‹ Lois et mystères des fonctions de reproductionChapitre 38 sur 51 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

L'Accouchement est l'acte par lequel le produit de la conception est expulsé de l'utérus au terme normal de la grossesse.

Quand ce terme est avancé ou retarde, T Accouchement est die prématuré ou tardif. L'Accouchement tardif peut n'avoir lieu ([u'à neuf mois et demi et même dix mois ; mais cela est très-rare.

Selon qu'il se fait par les seules forces de la nature ou qu'il exige l'intervention de Tart, l'Accouchement est appelé naturel ou non naturel ; laborieux et contre nature^ lorsque le fœtus présente au passage une autre partie que la tète.

Nous ne décrirons que l'Accouchement naturel^

qui se présente d'ailleurs quatre-vingt-dix-huit fois sur cent; après quoi nous passerons à la DélU vrance.

§ l®^ — Accouchement naturel.

L'Accouchement est un acte physiologique, et comme tel il doit être, il est en effet une fonction qui, dans l'immense majorité des cas, peut se passer de toute intervention étrangère.

L'expulsion du Foetus a pour agents essentiels : 1° les contractions des parois musculaires de la matrice, qui agissent seules dans la première moitié du travail ; 2° les contractions des muscles abdominaux, qui s'ajoutent aux premières dans la seconde période. Le produit de la conception n'est pour rien dans 'ces efforts ; il reste tout à fait passif, malgré ce qui a été dit à cet égard.

Lorsque le Fœtus est arrivé au degré de développement qui lui permet de vivre hors du sein maternel, l'heure de l'Accouchement a sonné, le travail commence. Toutefois, ce travail est précédé, quelques jours à l'avance, de phénomènes précurseurs, tels que : abaissement sensible de l'utérus, diminution dans la gêne de la respiration; mais, par contre, il survient un peu plus de pesanteur, des envies

d'uriner plus fréquentes , de la fatigue plus, grande, etc., car le globe utérin presse davantage sur les organes situés dans le bassin. En outre, vers rapproche du moment suprême, il se manifeste un écoulement muqueux marqué de stries de sang, lesquelles indiquent que déjà lé placenta commence à se décoller; puis enfin des contractions douloureuses de Tutérus, courtes et intermittentes, annoncent le commencement du travail.

Ces douleurs, appelées coliques^ mouches^ se manifestent quelquefois quinze jours, trois semaines avant le terme, pour cesser et ne revenir qu'au moment où se déclarera le véritable travail.

Le travail de l'Accouchement est divisé, par les accoucheurs, en trois temps, deux pour Texpulsion du Fœtus, le troisième pour Texpulsion du placenta. Nous trouvons, nous, trois temps pour le premier travail, et voici les phénomènes qui correspondent à chacun d'eux.

1" temps, — Les douleurs s'accentuent, deviennent plus régulières et plus fréquentes, quoique encore relativement faibles ; elles sont dites préparantes ; le coj de l'utérus s'entr'ouvre, le bourrelet que forment les lèvres du museau de tanche s'efïace.

2'' temps. — Les douleurs préparantes sont plus fortes ; sous leur influence, qui correspond toujours

aux contractions des parois utérines, lea membranes de l'œuf commencent à former ce que l'on nomme la poche des eaux, laquelle s'engage dans l'ouverture du col et contribue à son élargissement, à sa di; îalation, selon l'expression consacrée. (V. fig. , p. 361 .)

La tête est eiigagM dans le détroit inKriear et prête k le franchir.

Pressée de tontes parla.

elle s'allonge un pen en cdQe pour faciliter aon passage ; et loreqn'ello est au dehors, elle remonte vers le pnbis oomm« l'indiquent les traits expliquant ses positions sacces-

diamètre du détroit eapé-

B, détroit inférieur. CD.

ligne courbe indiquant la direction de la résultante des forces qui agissent sur

L* TSTB FBËTE a FBANCaiH LE DÉTROIT INFÉHIEnB.

Cette dilatation du col se fait plus ou moins lentement, selon que les douleurs sont plus ou moins fortes et fréquentes ou faibles et rares. Mais parfois ces mêmes douleurs, quoique fortes, ne font faire aucun progrès au travail ; elles se font sentir alors principalement dans la région lombaire (douleurs de reins), et fatiguent considérablement la Femme,

qui ne sait trouver ni bonne position, ni repos, bien qu'elle éprouve une grande tendance au sommeil.

5® temps. — Enfin le col s'est suffisamment dilaté pour que la tête puisse le franchir; la poche des eaux s'est généralement rompue, et cette rupture, en laissait écouler une certaine quantité des eaux de Tamnios, donne plus de force aux contractions utérines, qui agissent sur un globe diminué de diamètre.

La tête de l'enfant est descendue dans le petit bassin et se présente à l'ouverture vulvaire. C'est alors que les douleurs changent de nature; elles étaient anxieuses, vives, sans grande action* sur l'œuf, elles vont devenir pressantes et vont provoquer la Femme à pousser, comme malgré elle, au moyen de la mise en jeu de ses muscles abdomi-' naux : ces douleurs ont reçu le nom d'expultrices. Il y a dans ce phénomène d'çxpulsion, au dernier temps de l'Accouchement, association d'une douleur acceptée à un besoin instinctif dont la satisfaction promet, comme toutes les autres, un certain plaisir.

Dans l'Accouchement naturel, dont nous venons de rappeler les phases les plus ordinaires, l'accoucheur reste simple spectateur de la marche du travail ; il s'assure seulement de ses progrès par le toucher vaginal; il suit ceux de la dilatation du col, il dirige les efforts de la Femme, et au moment où

la tête se présente au passage externe, il soutient le périnée.

Nous Tavons déjà dit. L'Accouchement se fait naturellement et sans secours direct étranger quatre-vingt-quinze fois sur cent au moins. Mais il n'est pas moins nécessaire de savoir que des acci» dents de plusieurs sortes peuvent survenir, retarder, entraver et même arrêter tout à fait la marche du travail. Ces accidents sont i'hémorrhagie, qui peut offrir une gravité inquiétante, Téclampsie, qui compromet la vie de Tenfant et qui nécessite souvent TAccouchement forcé dont le premier temps consiste dans la rupture prématurée des membranes. — Les douleurs irrégulières, anxieuses, peuvent être rendues plus naturelles et efficaces au moyen de la saignée, du bain, etc. — Le défaut de contractions utérines, de douleurs autrement dit, peut être combattu par des frictions faites sur le ventre, et au besoin par Tadministration de 1 gramme de poudre de seigle ergoté. Quelquefois leur suspension tient simplement à une émotion, à une contrariété éprouvée par la Femme.

Lorsque la partie du Fœtus qui se présente est autre que la tête, TAccoucheur doit opérer la version^ c'est-à-dire introduire la main dans les organes de la mère, afin d'aller chercher, non pas la tète, mais les pieds, et les ramener au dehors. —

Quant à remploi du forceps^ on y a recours pour faire franchir à la tête Touverture vulvaire, lorsque la Femme s'épuise en efforts impuissants.

Mais ces cas exceptionnels ne doivent pas nous occuper davantage. Quant à TAccouchement naturel, nous avons dû n'en donner qu'une description, sommaire, sans entrer dans les explications relatives aux mouvements divers de la tête descendant du grand bassin dans le petit et se présentant en dernier lieu à la vulve. Pour cette étude, il faut la connaissance exacte de la conformation di^ bas^n chez la Femme, des dimensions de la tête du Fœtus à terme, et posséder des notions suffisantes de pathologie générale.

§ 2. — Délivrance,

L'Enfant sorti du sein de sa mère, tout n^estpas fini : il reste dans la matrice les annexes de l'œuf, les enveloppes du Fœtus et le placenta, encore appelé délivre^ arrière-faix, parce que ce n'est qu'après son expulsion que la Femme peut se dire délivrée.

La Délivrance est précédée de la section du cordon ombilical qui unit l'enfant à sa mère ; cette section se fait à 5 ou 6 centimètres de l'ombilic de cet

enfant, après qu'on a appliqué une ligature sur le bout qui doit appartenir à ce dernier, qui, désormais, doit vivre par la respiration et la digestion (1).

Débarrassée du Fœtus et des eaux dans lesquelles il nageait, l'utérus revient presque aussitôt sur luimême, et alors commence comme un nouveau travail, mais qui n'est rien auprès du premier, et qui *a pour but d'expulser le délivre avec les caillots de sang que son décollem|nt a occasionnés.

Ce sont encore les contractions de Tutéfus qui vont l'effectuer, et cela en trois temps : le décollement du délivre, son expulsion de l'utérus, et son expulsion du vagin. Pour favoriser l'accomplissement de ces deux derniers temps, l'Accoucheur exerce quelques tractions légères sur le cordon ombilical, d'abord dans l'axe de l'utérus, puis dans celui du vagin.

Quand, après la sortie de l'enfant et la section du cordon, les contractions douloureuses qui doivent présider à la délivrance se font attendre plus de quelques minutes, il faut exercer des frictions sur le ventre pour réveiller la tonicité des fibres utérines. Cela est d'autant plus important que, quand

'1) Dans notre Anthropologie on trouvera décrites toutes les fonctions du Fœtus renfermé dans le sein de sa mère et celles du nouveau-né s'habituant à la vie commune.

la matrice reste inactive, comme plongée dans une sorte de stupeur sans contraction, il s^ensuit presque inévitablement une perte de sang par les vaisseaux utéro-placentaires restés béants faute de ces contractions nécessaires. Des frictions, nous le répétons, quelques e;rains de seigle ergoté, voire même au besoin l'introduction de la main dans la matrice pour provoquer son réveil, sont les moyens à opposer à cet accident.

A, matrice. B, intérieur de la matrice. C, délivre ou placenta. D, cordon ; point où les doigts de la main droite de l'acconcheur forment uue sorte de [luiilie de réDV*i tondis qne la matu gauche sacram. F, rectum. G, puhis. H, Vessie.

Mais il n'est pas le seul. Le placenta peut coutracter des adhéreTices anormales qu'il faut détruire ; être retenu en partie ou en totalité dans l'utérus ; être enchRtonné, etc. Dans ces deux der-

niers cas, il donne lieu à des hémorrhagies qui se renouvellent jusqu'à jeter la Femme dans Tanémie la plus profonde, si on ne la débarrasse pas du délivre encore retenu dans ses organes. En outre, il y a à redouter des accidents d'infection purulente résultant de la putréfaction du gâteau charnu en cfuestion.

Page 1