La perfection d'une sensation se
fait ordinairement aux dépens des autres.
2LO. Les habitans des pays chauds jouissent d'une sensibilité plus exquise que ceux des pays septentrionaux.
i2i. La sensibilité est très-grande au moment de la naissance , et elle va en diminuant , plus ou moins rapidement , avec
âge.
22. Chaque organe des sens a son genre particulier d'excitant pour être mis en action. Car un excitant appliqué sur différens organes produira sur chacun d'eux des effets spéciaux et variés selon leur propre organisation, et selon la disposition individuelle.
:23. Tous les tissus organisés jouissent de la sensibilité nutritive, mais avec des modifications relatives à leur nature; de là l'aptitude particulière de chaque tissu
pour répondre à tel ou tel autre agent d'excitation.
^[\, La sensibilité est en raison directe du défaut des causes susceptibles de la réveiller, et en raison inverse de leur énergie.
i25. Quand la sensibilité d'un organe a été presque épuisée, elle ne peut se ranimer que par l'augmentation de l'excitant habituel, ou par de nouveaux sti-^ mulans.
25. Quand le système animal est affecté par le plaisir ou par la douleur , il y a excitation dans les mouvemens des sens et des muscles. La tendance générale de ces mouvemens consiste à posséder ou à entretenir le plaisir, ou bien à éviter et à chasser la douleur.
i:,a7. Toute sensation agréable ou douloureuse est toujours produite, en premier
lieu, par Faction d'un modificateur sur les organes externes.
28. Les plaisirs moraux , ainsi que les douleurs morales, sont d'autant plus vives que le nombre des besoins et des relations qu'on a avec la société, est plus grand. Tout besoin est accompagné d'un sentiment pénible.
2.g, Tout genre de plaisir moral ou physique consiste dans la cessation rapide d'une sensation douloureuse; de sorte que celle-ci précède toujours le plaisir, et l'on peut , sous ce point de vue , regarder la douleur comme le principe moteur de toute action (i).
(t) Pour bien apprécier la vàlear icle cette loi il faut se reporter à la théorie de l'autear exposée dans un écrit qu'il a publié en Italie, sous le titre de discours Suli' utilità del dolore , que j'ai traduit en français , et qui a été inséré dans le Journal universel des sciences médicales (deuxième année, t. § , p. 76). On y trouve la doctrine du célèbre comte Veni, qui n'admet aucune sensation agréable sans qu'elle n'ait été pi'écédée constamment de quelque sensation don-
3o. Un plaisir sera d'autant plus vif que la cessation de la douleur qui l'aura précédé aura été plus rapide et plus intense,
3t. La douleur est essentielle à notre existence ; c'est un avis du principe conservateur qui nous indique ce qui nous manque , ce qui nous nuit , ce qu'il faut éviter, et ce qu'on doit rechercher.
Sa. De deux douleurs produites à la fois, la plus violente fait taire ou rend moins sensible la plus légère.
33. La douleur qu'on éprouve dans les parties qui ont des nerfs ganglionnaires a un caractère particulier et différent de la
loureuse. Montaigne avait dit que « notre bien-être n'est que la privation d'être mal; et Card^nus avait déjà exprimé la même idée long-temps avant eux par cette sentence : Poluplas consistit in dolore prcecedenti sedato. Nous retrouvons la même pensée dans le Spectateur anglais. » There is nothing truly valuable which can be purchased without pains. » La doaleur est donc nécessaire à notre existence ; c'est un principe conservateur qui nous avertit de ce qu'il nous faut, et de ce qu'il faut éviter ou chasser. Le Trad.
douleur qu'on ressent dans les parties qui sont pourvues de nerfs encéphaliques.
34. La sensation de la douleur, et l'excès du plaisir , excitent la sécrétion des larmes.
35. Toute cause capable de produire un plaisir excessif détermine souvent de la douleur ; le contraire ne s'observe jamais.
36. Toute fonction dont l'exercice peut influer directement sur la conservation de l'individu ou de l'espèce, est précédée du besoin qui est un sentiment pénible , et suivie bientôt d'une sensation plus ou moins agréable de bien-être.
OSS SENSATIONS BIT FARTICX7XIER.
Des organes des sens en général. — Des yenx; leurs appendices chez l'homme et chez les animaux. — Des rayons lumineux ; de la vision. — De l'oreille externe et interne ; ses rapports avec la caisse crânienne ; de l'audition. — De l'appareil de l'odorat , et des odeurs. —De la langue et de la gustation. — De la peau considérée comme organe du tact; du toucher et de ses modi'^ fications.
I. La variété des sensations dans les différentes classes d'animaux dépend du nombre de leurs sens , ainsi que de la struc-
132 l'Ois PHYSIOLOGIQUES.
ture des appareils particuliers propres à recevoir Taction des excitans.
12. Tous les animaux à sang rouge ont cinq sens, dont le développement partiel est toujours en rapport avec le besoin et le genre de vie de l'animal , et dont les nerfs proviennent du cerveau et de la moelle alongée.
3. Un grand crâne et une petite face dénotent un cerveau volumineux, et les appareils de l'odorat et du goût peu développés.
4. Tous les organes dont la majorité des nerfs est encéphalique, transmettent au cerveau la conscience des impressions qu'ils reçoivent. Si ces organes sont contractiles ils lui donnent le pouvoir de réagir sur eux à volonté.
5. Tous les animaux, par les sens extérieurs , se mettent en communication avec
les objets qui les entourent ; ces sens sont les vrais intermédiaires entre plusieu rs facultés intérieures et les objets extérieurs.
6. Les yeux varient par leur structure et par leur nombre dans les différentes classes d'animaux, selon le milieu où ils vivent habituellement, et d'après leurs besoins d^attaquer ou de se défendre. Dans les animaux vertébrés, et qui ont un double ordre de nerfs, les yeux sont toujours au nombre de deux.
7. La vision et l'ouïe sont de tous les sens ceux qui nous procurent les perceptions les plus variées, les plus étendues et les plus promptes , et qui établissent le plus de rapports entre nous et les corps extérieurs à des distances fort éloignées.
8. La lumière eât l'excitant le plus direct pour mettre en action l'organe de la vue.
134 LOIS PIIYSIOLOGIQUBS.
9. Pour qu'un objet quelconque soit perceptible à la vue, il faut que les rayons lumineux qui en partent frappent la rétine en traversant les membranes et les humeurs de l'œil.
10. Pour que les rayons lumineux puissent donner une sensation conforme à l'objet dont ils reproduisent l'image^il faut qu'ils arrivent sur le centre nerveux de la rétine dans le même ordre qu'ils en sont partis.
11. Le changement de direction qu'éprouvent les rayons lumineux en traversant l'œil, et leur réunion sur un point donné de larétine, sont dus aux humeurs, aux membranes et à la forme sphérique de l'œil même.
12. Nous jugeons de la ligne dans laquelle est situé un point lumineux par la direction des rayons que nous en recevons.
i3. La vue nous fait distinguer la cou-
leur et la direction des rayons lumineux qui pénètrent dans nos yeux, ainsi que la forme, le volume, Féloignement des corps, leur état de repos ,* la direction et la célérité de leurs mouvemens. Tous ces différens jugemens sont dus spécialement à Fexercice habituel du sens de la vue.
i4. La vision nous aide à satisfaire plusieurs de nos besoins, à éviter et repousser toute offense corporelle. Elle sert de guide à nos mouvemens, tant pour la locomotion que pour nous procurer ou choisir des alimens , etc.
i5. La longueur de notre vue diminue à mesure que la quantité de lumière qui nous environne , augmente , quoique celle de l'objet aperçu reste toujours la même ; de sorte que si un objet que nous voyons de jour à la distance de 3,436 de son diamètre , était éclairé dans une nuit
trèfl- obscure par la même quantité de lumière qui réclairait dans le jour , nous pourrions l'apercevoir à une distance cent fois plus grande, c'est-à-dire à 343,6oo diamètres.
i6. La diversité des couleurs nous donne la connaissance de la limite des corps en hauteur et en longueur.
17. La différente intensité de la lumière et rexpérience acquise par le tact , nous font juger de la profondeur des distances réelles et des inégalités des corps.
18. L'iris s'oppose à ce qu'il entre dans l'œil trop de rayons lumineux venant d'un même objet ^ et à ce qu'une lumière trop intense n'affecte douloureusement la rétine. A cet effet , l'iris jouit d'une propriété de contraction et de relâchement.
19. Quand on observe un objet trop lumineux ou de très près, la pupille se res-
seiTe, et "vice versa. L'on peut dire que la dilatation de la pupille est en raison inverse de l'intensité des rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil, et en raison directe de la distance des objets qu'on regarde.
ao. Les paupières sont destinées à couvrir l'œil pendant le sommeil, à modérer, par leur mouvement, l'action trop vive de la lumière , à rendre la vision volontaire , à s'opposer à ce que les corpuscules qui voltigent dans l'air n'entrent dans l'œil , à l'humecter et à le nétoyer.
^1. Le globe de l'œil est continuellement humecté par les larmes qui servent à le défendre d'une trop vive impression que pourrait exercer sur lui le contact immédiat de l'air; elles facilitent en outre le mouvement des paupières , et adoucissent leur frottement sur le globe de l'œil.
Les larmes coulant par le sac lacrymal dans les fosses nasales , concourent encore à humecter la membrane pituitaire (i).
22. Les sourcils servent en quelque sorte d'accessoires aux paupières ; ils expriment par leurs différentes inflexions les émotions auxquelles notre susceptibilité nerveuse nous rend plus ou moins sujets. Ils donnent à la physionomie , en s'élevant , l'expression du contentement , de l'admiration et du calme ; en se fronçant et en se rapprochant , ils lui donnent l'expression de la colère , du mépris et d'une profonde méditation. Les sourcils servent encore à empêcher que la sueur du front ne tombe sur les yeux.
2.3. Dans le fœtus humain et dans celui de plusieurs mammifères , la pupille est
(i) Ordre i, genre v, des Sécrétions, lois i3 et 14.
couverte d'une membrane qui se déchire par la traction de ses anses vasculaires, et disparaît chez les nouveau-nés.
s4- Parmi tous les organes des sens, les yeux sont les premiers qui apparaissent dans le foetus , et qui soient le plus développés chez Fenfant qui vient de naître.
2.5. La quantité et la transparence des humeurs de l'œil , ainsi que le volume du nerf optique , diminuent chez l'adulte à mesure qu'il avance en âge ; de là viennent les modifications que subit la vue vers la vieillesse.
2.6. La densité des trois humeurs de l'oeil est en raison inverse du diamètre du globe de l'œil pris de la cornée jusqu'au nerf optique ; cette consistance croît également par degrés de la circonférence au centre.