Le chatouillement est un tact ac
compagne d'une sensation qui d'abord cause du plaisir, mais qui devient bientôt gênante et intolérable : il provoque souvent un rire forcé et convulsif.
58. La sensation du tact, très-exquise, et parfois douloureuse sur les membranes muqueuses, s'adoucit, et devient même agréable par le pouvoir de l'habitude.
59. La perfection du tact dépend de la souplesse de la peau , de la quantité de ses nerfs , de son extension , de la finesse de l'épiderme qui la recouvre , et enfin de la mobilité , de la délicatesse et de l'étendue des appendices avec lesquelles l'animal peut palper et examiner les corps.
60. Le tissu dermoïde varie dans ses caractères autant par sa contexture, sa densité, sa contractilité , sa faculté perspiratoire , absorbante et tactile , que par
les parties du corps qu'il couvre, par Tâge, le sexe, le tempérament, le climat qu'on habite, et enfin dans les diffërens animaux.
6i. De tous les animaux, ceux qui paraissent avoir le tact le plus exquis ce sont les zoophytes, tels que les actinites , les méduses, les hydres ou polypes d'eau douce , etc.
62. Les mains , chez l'homme et chez les quadrumanes , sont les parties qui offrent les conditions les plus favorables pour la perfection du toucher ou de la palpation. Chez la taupe , le porc , etc. , c'est le nez; dans l'éléphant, c'est la trompe ; dans le cheval , l'âne et autres solipèdes, les lèvres; dans le castor, la queue ; chez les chiens , et dans beaucoup de carnivores et de ruminans la langue ; et chez les oiseaux de proie, les pattes, etc.
63. Le toucher, ou l'exercice du tact, dirigé par la volonté , nous met, plus que toute autre sensation, dans un rapport très-intime avec les corps qui nous environnent. Aussi ce sens nous induit-il moins en erreur que les autres. Tl sert encore à vérifier, rectifier et compléter les impressions reçues par les autres sens.
64. La palpation nous donne l'idée des trois dimensions des corps, et de leur configuration ; elle ne diversifie du tact que parce qu'elle est dirigée par la volonté.
65. Nous jugeons de la consistance et de la mobilité ou immobilité des corps que nous touchons, par le degré de résistence qu'ils nous opposent.
66. C'est par le degré de pression que les diverses parties d'un corps exercent sur nos tégumens, que nous reconnais-
sons les inégalités et le poli de ce même corps.
67. La pression ou la percussion que les corps exercent sur nous, quand ils sont en mouvement, nous indique la force qui les fait mouvoir, et nous fait connaître à peu près la direction de cette même force.
68. La sensation de chaud et de froid dépend de la proportion qui existe entre la quantité du calorique que nous acquérons, ou que nous perdons dans un temps donné ; et celle que nous avons acquise ou perdue dans l'instant précédent. Cette quantité n'est pourtant point en rapport direct avec la chaleur absolue des corps, ni avec la proportion de leur chaleur à la nôtre.
69. Les corps qui se trouvent à un degré de température plus grand que celui
LOIS PHYSIOLOGIQUES, v 155
de la partie de notre corps avec laquelle ils ont été mis en contact , nous semblent chauds et "vice versa,
70. Quand nous touchons successivement deux corps de différente capacité pour le calorique , celui qui a une plus grande capacité nous semble froid, quoique tous les deux soient au même degré de température, parce qu'il nous enlève dans un temps donné plus de calorique que l'autre.
71. L'appareil dermoide n'est pas uniquement l'organe du toucher ; mais il sert encore d'émonctoire à toute l'économie animale; il en règle la température, et supplée quelquefois, d'une certaine manière à l'organe respiratoire. C'est par lui aussi que s'opère l'absorption périphériale.
GENRE DEUXlÉniE.
FACULTÉS INTKI.I.ECTDEl.i;.ES.
Dn cerveau et de ses rapports avec le système nerveux. — Des facultés intellectuelles. — Des idées en général et en particulier. — Des passions; de la joie et de la tristesse; de la mémoire ; de l'attention ; de l'imagination ; du désir ; de la colère ; de l'envie; de la jalousie; de l'espoir; de la crainte ; de la compassion ; de la volonté; de l'amour; de la haine, etc, — De la veille, da sommeil et des songes.
I. La perfection et le nombre des facultés morales , intellectuelles et instinctives sont le plus souvent en raison di-
158 LOIS PEnrSIOLOGlQUES.
recte de la masse encéphalique; c'est-àdire que la manifestation de ces facultés est à peu près proportionnée au volume du cerveau relativement à la grandeur du corps. Dans cette évaluation, on ne doit point négliger la perfection de la structure cérébrale (i).
^. Il n'y a point d'animal qui ait autant de cerveau que l'homme, comparativement aux nerfs qui en proviennent, dont les anfractuosités cérébrales soient aussi pro-
(i) L'auteur n'a pas mis tout-à-fait à profit les travaux de Gall €t de Spurzheim , sur le cerveau et sur le système nerveux, car, bien qu'il préjuge déjà la vaste carrière ouverte à la physiologie inlellectuelle, il n'a pas cru pouvoir en déduire encore des conséquences positives. Il serait par exemple trop hardi d'établir dès à présent en axiome que Vorgane de la pensée est une véritable membrane sur laquelle se dessinent tous les actes de V intelligence , etc ; que les sensations s'effectuent dans les organes mêmes auxquels nous les rapportons par notre idée , etc., etc. L'auteur a bien senti aussi que les différentes dispositions morales , intellectuelles et instinctives, ne sont pas toujours exactement i^vo^otûonaées, dans tous les animaux , au volume de leurs parties cérébrales. Quand il s'agit de vérités naturelles il faut être sur ses gardes par rapport aux conséquences qu'on en tire. Le Trad,
fondes, et les circonvolutions plus nombreuses; comme aussi l'homme est de tous les animaux le seul dont le crâne est le plus grand relativement au visage.
3. Le cerveau de l'homme est fourni de parties cérébrales concédées à lui seul ; ce qui lui donne la condition physique qui le place au-dessus de tout le règne animal par rapport à ses facultés morales et intellectuelles.
4.. Il n'y a point d'animal dont l'angle facial soit plus ouvert que chez l'homme. On remarque en général un certain rapport entre le développement de l'intelligence et l'ouverture de ce même angle.
5. Nos penchans, nos sentimens et nos facultés intellectuelles se manifestent, augmentent et diminuent suivant que les parties cérébrales qui leur sont propres se développent, se fortifient et s'affaiblissent ;
car le cerveau doit être toujours regardé comme l'organe exclusif des forces intellectuelles et morales et comme l'instrument de la pensée.
6. Chez tous les animaux vertébrés le système nerveux encéphalique est égal et symétrique dans chaque côté du corps ; tandis que le système ganglionnaire est toujours irrégulier dans la distribution de ses nombreuses ramifications.
^. Dans tous les animaux les organes pairs ou symétriques reçoivent toujours kurs nerfs de la même paire, quelle que soit la situation de ces organes.
8. Les mouvemens alternatifs d'élévation et d'abaissement du cerveau sont isocrones à ceux de systole et de diastole des artères placées à sa base.
9. Dans la vieillesse, la masse cérébrale diminue à peu près dans la même
proportion qu'elle s'était développée depuis l'enfance jusqu'à l'âge mûr. Il en est de même des facultés morales, intellectuelles et instinctives (i).
10. Les talens précoces sont le plus souvent accompagnés d'un développement prononcé du cerveau ou d'une de ses parties.
1 1. Toutes les facultés du système nerveux cérébral jouissent d'une périodicité assez prononcée. Le sommeil les suspend, et la veille les rappelle à l'action , tandis que les facultés soumises au système nerveux ganglionaire sont toujours plus ou moins en activité. (2)
(1) On peut objecter à cette loi générale quelques exceptions, mais elles ne peuvent en attaquer la justesse. Un cas isolé ne saurait faire loi. Je ne m'arrêterai pas à réfuter les objections spécieuses qu'on pourrait opposer à cette loi , ainsi qu'à quelques autres tliéo» rèmes consignés dans cet ouvrage , c'est le cas de dire que l'exception confirme la règle. Le Trad.
(a) La périodicité dans le corps vivant est une faculté primor \
i62 LOIS PHYSIOLOGIQUES.
12. Les nerfs e'tendent leur influence sur tous les organes doués du sentiment et du mouvement.
i3. Les nerfs encéphaliques sont en grande partie soumis dans leur action au pouvoir de la ^volonté; tandis que les nerfs ganglionnaires en sont indépendans; de sorte qu'on peut dire que l'exercice de tous les phénomènes volontaires est
diale et plus particnlièrement inhérente anx nerfs. Tontes nos fonctions s'exercent périodiquement; mais indépendamment de cette propriété particulière, il en est d'autres qu'on acquiert par le pouvoir de l'habitude, dans Tétat normal, comme dans l'état de maladie; ce qui a fait dire au professeur Dumas que l'hahitude qui entretient et perpétue certaines affections soit qu'elle en prolonge l'existence, soit qu'elle en force le retour , est un principe analogue à la périodicité. J'avais déjà puhUé en i8i 3, dans une Topographie de Rome (i), que nombre de fièvres intermittentes doivent leur périodicité à des mouvemens d'association qui se répètent dans le système nerveux par le pur effet de l'habitude. J'ai vu, après avoir employé inutilement les antifèbriles les plus énergiques, disparaître ces fièvres par le fait seul de mouvemens brusqnes imprimés au système nerveux et opposés au mode d'action vicieux contracté par l'habitude.
(l) Recherches médicw topogr. sur Rome. — Rome, i8l3, pag, 147.
Le Trad.
dû au système cérébro-spiiral , et que les fonctions involontaires sont deVolues en grande partie aux nerfs ganglionnaires.
14. Une quantité donnée d'impressions propres à produire une augmentation d'exercice dans la puissance sensitive^ diminue la quantité de cette puissance et vice versa,
i5. Deux séries d^actions cérébrales en sens tout-à-fait opposé l'une de l'autre ne peuvent jamais avoir lieu en même temps. •.
16. Quand une impression quelconque est répétée plus souvent que ne le comporte le renouvellement delà faculté sensitive dans un organe, l'effet de cette même impression diminue progressivement.
1 7. Le système nerveux ganglionnaire peut dans certaines circonstances éveiller des sensations particulières, des excita-
tions viscérales; mais il ne peut jamais être employé directement à déterminer des mouvemens volontaires.
i8. Le germe de toutes les dispositions humaines est donné aux nouveau-nés par la nature ; mais ce germe n'est pas de la même force chez tous les individus : l'éducation, les habitudes, la diète, etc., le dessèchent ou le développent.
I g. Les enfans reçoivent de leurs parens les capacités , le caractère et les penchans, en même temps que l'organisation, la forme et les traits de la physionomie. Ainsi on voit que Fenfant qui ressemble plus spécialement au père ou à la mère dans le physique, assez ordinairement , lui ressemble plus aussi par le moral.
2,0. Les facultés intellectuelles se multiplient et varient dans )a même pro-
portion que les parties qui constituent la masse encéphalique, depuis les animaux les plus inférieurs jusqu'à l'homme. L'intensité et la direction de ces mêmes facultés sont aussi soumises à l'influence de l'âge, du sexe, de l'habitude, du tempérament, etc. (i).
21, Le volume et la configuration du cerveau diffèrent chez les poissons, les reptiles , les oiseaux et les mammifères , selon leur intelligence, leurs mœurs, leurs habitudes et leurs instincts.
2,9., L'influence de l'organisation cérébrale sur nos actions et sur nos penchans, exclut en nous le libre arbitre absolu. La pluralité de nos actions est
(i) Nos différentea manières de sentir, de juger, de connaître et d'exprimer, dit avec raison le docteur Révéille'Parise , naissent de la disposition de nos organes, du cours de nos fluides, de l'exercice plus on moins régulier de nos fonctions , de l'irritabilité plu& ou moins grande de la fibre nerveuse , etc. Lç Trad.
inhérente à notre organisation ; elle nous entraîne et nous maîtrise.
2.3. Les différences et les modifications de nos idées , de nos passions et de nos sentimens ^ correspondent constamment avec les modifications et les différences de nos organes ; car le moral varie plus ou moins selon les variations du physique.
24. Les mouvemens internes qui ont lieu dans la machine animale, et qui contribuent à la digestion des alimens, à la production des sécrétions , au développement et à l'accroissement du corps , s'exécutent sans notre perception.
lîS La prévision prochaine d^ine sensation agréable produit la gaité et fait palpiter le cœur.
26. La prévision prochaine d'une sensation désagréable, douloureuse , détermine la crainte et la peur.
sy. Les idées voluptueuses et l'aspect d'objects lascifs déterminent , chez les mammifères^ le sang à se porter dans les cellules des corps caverneux du pénis , donnent lieu à l'érection , et augmentent la sécrétion du sperme.
a8. L'aspect de mets agréables , ou même le simple souvenir fait affluer la salive dans la bouche des gourmands.
L'idée ou la vue d'une substance acre et nauséabonde augmente de même la sécrétion de la salive (i).
(i) J'ai publié en 1806 une dissertation sur l'influence de l'imagination dans les sécrétions. Je pense que les différens points de vue sous lesquels j'ai envisagé cette question, peuvent exciter quelque intérêt; on y verra tout ce qui a été dit sur cet objet par Frank, Cabanis , Darwin et autres physiologistes. J'ai démontré que l'imagination agit sur tous les organes sécrétoires , soit en augmentant on en diminuant leur action, soit en altérant les résultats ou en les supprimant. Cette branche des fonctions de la vie organique est assez impo-rtante pour mériter l'altention des gens de l'art. Les influences morales sont trop bien marquées dans l'action vitale des organes sécrétoires sur les fluides qu'ils élaborent pour le contester; nous voyons effectivement les idées voluptueuses augineuter la se-
29. Une joie vive , un rire excessif , la tristesse^ ainsi que toutes les sensations douloureuses , excitent le larmoiement.
30. La pudeur ^ la honte et la colère déterminent d'abord la rougeur au visage, puis le pâlissent.
3i. Une terreur imprévue, Y horreur ou une grande inquiétude abattent l'action du système musculaire, augmentent la sécrétion des sucs intestinaux , et donnent lieu à la diarrhée. La peau en même temps se resserre, se ride, et tout le corps frissonne.
3i2. Les passions vives se peignent sur
crétion du sperme; la penr , celle de la mncosité intestinale; les passions sombres , vives , concentrées altérer la bile ; la colère d'une nourrice dénaturer les qualités de son lait , etc.
Obs. phy. surl'infl. de l'imagin. sur les sécrétions. — Gènes, 1806.
Le Trad.
la physionomie d'une manière très-prononcée (î).
(i) L'imagination nous fait, jusqu'à un certain point , ressembler à l'objet aimé ou baï. La figure d'un bomme excessivement amoureux, surtout dans les momens où il croit n'être vu de personne, emprunte quelques traits, selon Lawater , de l'objet aimé qui captive son esprit , que son imagination lui retrace sans cesse , et que sa tendresse se plaît à embellir : de même que dans l'air feint d'un homme vindicatif , on entrevoit quelques traits de l'ennemi dont il médite la vengance. On sait que les premiers moavemens d'un enfant en colère sont ceux de contrefaire celui qui l'irrite. L'imagination de la mère influe sur la figure de l'enfant. Les différentes religions se peignent sur la figure par divers caractères assez saillans; la physionomie des Juifs a un caractère particulier qui les distingue des cbrétiens. En Angleterre, on reconnait aisément un Qoaker dnns une multitude. Les gouvernemens et les coutumes différeutes produisent aussi des effets très-marqués sur la physionomie. Quelques observations générales tirées des ouvrages de Porta, deLawater^ de Huart^ de Winkehnann , de Kamph, démontreront combien le moral a d'influence sur la phyi^iouomie. Tout mouvement de colère fréquemment répété s'annonce avec des sourcils épais qui semblent se gonfler ; l'orgueil distend les muscles du visage; les vertus sociales et la joie remettent les muscles dans leur état naturel, La dureté et la délicatesse de la figure sont proportionnées à la vivacité ou à l'amabilité et à la douceur du moral. Lorsque la partie inférieure du visage est rentrante , elle annonce presque toujours une personne judicieuse , modeste et réservée , et les défauts auxquels elle sera disposée seront plutôt la feinte et l'entêtement. L'homme naturellement stupide , vil et esclave se présente la bouche béante , la lèvre inférieure qui avance , le nez enfoncé, le regard humble et incer» tain. L'homme vraiment grand , généreux, montre sa supériorité par un regard sûr et ouvert; la modération de son caractère
33. \jdi joie ^X espérance ^ les chagrins^ la crainte , etc. agissent fortement sur toutes les fonctions de la vie automatique, ainsi que sur celles de la vie animale.
34» ï^^ fatigue , les chagrins , une attention soutenue, de même que les sensations très-varie'es et trop nombreuses, épuisent les forces sensitives , idéales et motrices.
se reconnaîtra par les lèvres rapprocliées et bien unies. Le commerce fréquent , et les relations intimes qui régnent entre deux personnes, les rendent tellement ressemblantes que non-seulement leurs humeurs se modèlent l'une sur l'autre, mais encore la physionomie et lenr voix contractent une certaine analogie. Ceux qui ne s'occupent que d'idées abstraites et qui se livrent à leur imagination , comme les gens d'esprit et les vrais génies , ont tous les muscles formés avantageusement et bien disposés : aussi est-ce pour cela que l'on cherche en eux le caractère moral sur leur figure. Mciis j'outrepasserais les bornes d'une simple note , si je pariais de tontes les modifications que les différentes passions peuvent produire sur la figure de l'homme. C'est à ce sujet, que La Rochefoucauld dit que tous les sentimens ont chacun un ton de voix, de gestes et de mines qui leur sont propres, et ce rapport, bon ou mauvais, agréable ou désagréable, fait que les personnes plaisent ou déplaisent . Le Trad.
35. La certitude dun obstacle invincible à une passion dominante, donne lieu aux égaremens du désespoir.
36. Dans X orgueil et dans la honte nous nous croyons l'objet de l'attention des autres, et par sympathie nous devenons l'objet de la nôtre.
37. Toutes les idées sont en origine le résultat d'une impression quelconque affectant nos organes. Elles ne sont que l'impression convertie en perception.
38. Les idées qui émanent des impressions faites sur le système nerveux ganglionnaire , sont les plus nécessaires à la conservation de l'individu, et à la propagation de l'espèce ; tandis que les impressions faites sur les nerfs encéphaliques le sont davantage au moral. Les premières sont instinctives ; les secondes intellectuelles.
39. Les premières idées que nous acquérons sont dues au sens du tact.
40. Les idées et les déterminations produites par l'organe sensitif , en vertu des impressions qu'il reçoit, suivent les mêmes lois que les mouvemens qu'il imprime, à l'organe musculaire moyennant ces mêmes impressions (i).
4i. hes idées d'imagination, comme il arrive dans les songes ou dans le délire, sont très-souvent excitées par le plaisir ou par la douleur qu'elles eurent auparavant pour compagnes.
4^1. Le caractère des idées et du sentiment, relativement à un même objet chez
(i) Cette loi se trouve très-clairement développée par Darwin ; Cabanis l'a de même assez bien expliquée ; ainsi je conseille à ceux qui pourraient la trouver un tant soit peu obscure de lire ce qui a rapporta cette loi dans la Zoonomie de l'auteur anglais, et àscasles Rapports du physique et du moral de Th.om.me de l'auteur français.
Le Trad.
l'homme et chez tous les animaux , correspond à leur organisation et à leur manière de sentir.
43. T^es habitudes et les capacités se renforcent réciproquement ; et leur action sur la volonté est fort difficile à vaincre.
44» La réminiscence consiste dans la faculté de reproduire à la pensée quelques idées déjà acquises , sans que les objets auxquels elles peuvent se rapporter agissent sur nos sens extérieurs.
45. La réminiscence est d'autant plus exacte , que l'attention donnée à la sensation reçue a été plus intense et plus répétée.
46. La mémoire est très-heureuse dans l'enfance et dans la jeunesse; mais elle s'affaiblit avec l'âge : elle diminue chez l'adulte, et s'anéantit dans la décrépitude (i).
(i) Voyez loi 9 , de ce même genre 11.
47. Les différentes mémoires des lieux , des mots, des formes , de la musique, etc. se trouvent rarement réunies chez un même individu à un égal degré.
48. U attention doit être envisagée comme un acte de la volonté, apte à concentrer une ou plusieurs facultés intellectuelles sur le même objet, pendant un certain temps, ou à préparer et disposer nos organes à mieux sentir une impression donnée.
49. Nos perceptions deviennent plus vives par le pouvoir de Y attention , sans que les sensations augmentent en inten= site. L'effet contraire est produit par la distraction^ qui en nous fait taire les impressions même les plus énergiques et les plus fortes.
50. \J habitude^ c'est-à-dire la répétition fréquente des mêmes actes, affaiblit à !a
longue la sensibilité physique ; mais ^lle perfectionne l'intelligence : elle rend aussi les mouvemens volontaires plus aisés et plus prompts.
5i. On juge mieux une sensation que l'on a éprouvée plusieurs fois , parce que Ton raisonne avec plus de certitude sur les différentes parties de l'objet qui l'a produite ; on la compare aux autres , et on en distingue plus exactement l'ensemble.
Sa. \^ imagination , c est-à-dire la faculté de reproduire, multiplier, exagérer, combiner , etc. les idées simples ou les images des choses absentes , est en raison directe de la sensibilité physique.
53. La force et la vivacité de notre imagination augmentent après un bon repas; l'abstinence produit un effet contraire.
i76 LOIS PHYSIOLOGIQUES.
o4. Lorsque l'objet de nos désirs est devant nous, ou que nous sommes sûrs de le posséder , nous éprouvons alors une sensation de joie,
55. Le sentiment de Yainour physique ne se développe qu'à l'âge de la puberté , et disparaît dans la vieillesse avancée. L'amour maternel chez les animaux est bien plus fort que chez la femme ; car chez eux il n'est pas distrait par l'intelligence , et par mille intérêts particuliers.
56. Uaniitié n'est que le développement ou l'application particulière du sens de l'attachement pour quelque personne.
57- L'ambition n'est que le désir ardent des honneurs , des dignités, des louanges, et de tout genre de succès.
58. La colère est toujours composée par la douleur d'une injustice récente, et par l'aversion pour la personne qui l'a
commise. Elle développe une espèce de frénésie qui nous entraîne parfois à des actes reprocha blés et même criminels.
5g. Une passion vive n'est déterminée que par un grand développement d'activité d'une faculté quelconque.
60. \J envie est une passion qui ne peut tolérer le bonheur d' autrui. Elle est spécialement causée par le désir ardent d'un bien possédé par un autre.
61. La mélancolie ou la tristesse est une affection désagréable des sentimens affectifs.
62. Nous sommes poussés à la vengeance lorsque l'amour-propre est blessé, et qu'il est combiné avec le courage et le penchant à la destruction.
63. Yj'à jalousie par amour, chez tous les animaux en état de nature , est une passion qui ennoblit les races ; elle donne le
nS LOIS PHYSIOLOGIQUES.
dessus aux individus jeunes et vigoureux sur les individus faibles et maladifs, et éloigne ces derniers de Facte propagateur. Elle entretient l'espèce dans toute sa vigueur.
64. Les désirs et les aversions sont aussi nombreux que les plaisirs et les douleurs dont ils dérivent.
65. Dans les premières périodes de la vie , les appétits ne sont dus qu'à des fonctions particulières et variées , déterminées en nous-mêmes par nos besoins.
^Ç>. Une félicité entière ne consiste que dans l'accomplissement de tous les désirs et de tous les besoins.
67. JJ espoir naît toutes les fois qu'au désir de posséder une chose , on combine l'idée flatteuse de l'obtenir. Elle suppose toujours le manque d'un bien.