‹ LoïsaChapitre 11 sur 37 · SCÈNE Vilî · texte numérisé non relu

SCÈNE Vilî

KERVEN, LOISA.

(Loisa paraît à la porte et regarde avec altenlion. Elle a un ccstiiinc de villageoise bretonne , et tient un panier et une branche de clématite.)

LOISA, mettant !a main sur son cœur.

Comme il bat!

KERVEN, qui s'est retourné vivement pour aller à

celle qui entre, s arrêtant en reculant.

Ah!..

LOISA, retournant sur la porte cl déposant son

panier.

C'est moi !

KEr.VEN. étonné, et sans bouger.

Comment?

LOISA, gaiinent, mais comme à e'Je-mênie. Il n'ose pas approcher non plus.

Ki'HVEN, à lui-même.

Quelle est i( «te jeune fille?

î.oiSA, avec douleur.

Ciel! Lois ne me reconnaît pas?

KI:UVK.\, étonné.

Lois! ce noii;!..

LOISA, pîeuran!.

11 ne se souvient piits de Quimperlé.

KEnVEN, étonné.

Le nom de rno;i pays !

LOISA, se laissai t îomher sur un siège avec l'accent d'uiic vive douleur.

Oh ! pauvre Loïsa !

KERVEN, allant à c^lc et la menant sur le devaiit. Loïsa... c'est ciio ! t'.on, je n'ai pas ouljlié !.. Loïsa, revenez à vous, ne voiis désolez pas ainsi !.. J'étais si join de m'alteiidreà vous voir... (Il a de renilariis.) quc... c'est à peine... Je doute encore...

i.oisA, pleurant.

Oh! mon Dieu!

KEUVKN, embarrassé.

Vous êtes ï': embellie ! (A part.) Ça va la remettre.

LOISA, avec un mouvement de joie.

C'est pour cela que vous ne me reconnaissiez pas.

KERVEN.

Sans doute, (a part.) La voilà remise.

Et mainteDaut?

KERVEN.

Je retrouve tous vos traits, (a part.) Quelle toilette!.. Si Ernest avait vu!

(Il rit.)

Vous êtes content? Quel bonheur!

KERVEN.

Mais comment êtes-vous ici ?

R : Sonnons.

Je me suis fait attendre, Mais de rester là-bas Je n'ai pu me défendre :

Oh! ne m'en veuillez pas!

Vous aviez à votre compagne Dit quelques mets, son seul trésor!..

Elle vient de Bretagne Pour les entendre encor.

Lois, Loïs s'en souvient-il encor?

KERVEX, à part.

i\Ia foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère.

Un jour, le jour où j'eus seize ans, vous m'avez dit... Loïsa. je t'aime ! (Elle se reprend.) Je vous aime.... et c'est pour toute la vie!., puis... quand vous êtes parti... Ce soir où nous pleurions avec votre mère... vous m'avez dit: Je reviendrai... ou si, moi, je ne pouvais revenir ici... toi, qui es orpheline, libre de tes actions , viens me trouver, Loïsa!.. Moi, je n'avais rien promis... et cependant... je suis ve-

ÎHic!

KERVEN, troublé et inquiet.

Ah ! vous venez faire un voyage à Paris?., Et avec qui?

LOISA, gaîmeut.

Non pas faire un voyage... mais rester à Paris... et je suis venue seule.

KERVEN.

Seule !

Depuis VGlro départ, M"" la marquise de Plénoë m'avait prise au château près d'elle ; et comme c'était ma marraine, et qu'elle avait veillé sur moi dès mon enfance, je n'ai pas pu lui refiîser mes soins quand elle était devenue infirme et aveugle; mais... elle n'est plus... et, alors, nie voici.

KERVEN, avec intérêt.

Pauvre enfant! seule!

Pas maintenant... mais avec vous, et pour toujours.

KERVEN,

Comment !

Je ne retournerai plus au pays qu'avec vous... je le leur ai dit au moment des adieux... Si vous saviez comme ils m'embrassaient !.. comme ils me souhaitaient im bon voyage ! comme ils me chargeaient de vous embrasser pour eux!

KERVEN, la regardant.

Ah!

LOISA , naïve et embarrassée.

Et je ne vous ai pas encore embrassé pour moi.

KERVEN , l'embrassant en riant.

Voyons donc !

LOISA, gaîment.

Et maintenant, vous me conterez tout ce qui vous est arrivé pendant ces quatre ans .\c séparation! Moi aussi je vous dirai tou^.. mais un

irot suffira... j'aimais !.. Toutes mes espérances étaient là... et tout mon bonheur est ici. KERVEi\, contrarié , à part.

Elle semble naïve et bonne!

Peut-ête aurais-je dû vous prévenir de mon arrivée?.. Vous avez un air d'embarras...

KERVEN.

Gommeat avez-vous fait pour me trouver ? LOISA, gaîment.

Dès que je fus libre de disposer de moi, ou plutôt de remplir mon devoir... car c'était mon devoir autant que mon bonheur, de venir près de vous, je fustrouver le notaire, qui, je le savais, avait été chargé par vous, après la mort de vos parens, il y a trois ans, de vendre tout ce que vous possédiez dans le canton.

KERVEIV , souriant.

Et ce n'était pas grand'chose !

La petite ferme et la maison où votre père tenait son école.

KERVEN, faisant un mouvement d'impatience et de dégoût.

Allons!..

LOISA, allant au panier qu'elle a déposé en entrant. Ah! vous VOUS rappelez bien, Lois, la clématite qui entourait la porte d'entrée ? elle couvre à présent toute la cabane. La veille de mon départ, j'ai été en cueillir une branche pour vous l'apporter... J'ai pensé que cette tleur de vos jours d'enfant, cette fleur soignée jadis par vos parens qui ne sont plus... vous serait chère et précieuse.

(Kerven est d'abord un peu troublé, mais son attention a été détournée pendant que Loïsa parlait. Tom est entré, portant le bouquet commandé. Kerven prend précieusement le bouquet et le met dans un vase qui est sur la table. Loïsa a pris et rajusté la clématite; elle la lui tend sans le regarder; puis, sentant qu'il .ne la prend pas, elle se retourne.)

LOISA, étonnée et chagrine.

Vous ne la prenez pas?.. Ah !.. (il ne l'entend pas, occupé à arranger le bouquet. Loïsa le voit et dit tristement :) Quelles belles fleurs vous avez là!.. (Elle soupire, regarde la clématite, et dit avec chagrin.) J'avais pris tant de soin pour ne pas la gâter en l'apportant !.. Je l'ai tenue ainsi à la main dans la voiture pendant les quatre-vingts lieues.

KERVEN, sortant de sa distraction.

Qu'y a-t-il?

LOISA, laissant tomber ses bras avec découragement; la clématite s'échappe et tombe.

Hélas!

AïK : Fleur des chanps.

Fleur des champs, pauvre fleur chérie, Autrefois si belle à ses yeux.

Loin du doux ciel de la patrie, <Jue venais-tu faire en ces lieux î Ces fleurs, qu'embellit la culture , OiUun éclat si séduisant!

Simple fille de la nature, «uicl espoir te reste à présent?

l'cnchc la lêlc humiliée.

Pauvre fleur qui vaste flétrirl Seras-tu la seule oubliée?

Seras-tu la seule à souffrir?

KERVEN, la ramassant.

Merci, Loïsa, de ce souvenir... Vous disiez? LOISA, mélancolique et tendre.

Que je l'ai cueillie pour vous, près du banc (le pierre où nous causions ensemble le soir... où un jour votre bonne mère prit nos mains dans les sior.nes en disant : Mes enfans!.. (Mouvement de Kerven.) que de fois, depuis votre départ , j'y suis retournée... La veille de sa mort, votre mère, bien faible et bien souffrante, s'y appuyait encore sur moi et me disait : Ma filio, porte mes adieux à Lois... moi, je vais prier pour lui là-haut... toi, tu l'aimeras toujours ici-bas !

KERVEN , embarrassé.

Ah! ma mère!

Mais, pardon de vous avoir attristé par ce souvenir... (Elle regarde autour d'elle, et s'cfTorce de cacher sa tristesse.) Vous êtes heureux, Loïs? vous vous plaisez à Paris ?

KERVEN, eml)arrassé.

Oui, mais je n'oublie pas mes anciennes affections... (Il dit cela négligemment, regarde la f leur qu'il tient, et dit :) Je garderai cette cléîaatite.

(Il ne sait qu'en faire ; il la jette aveOkindifféreDce

sur la r'icminée, puis revient regarder le bouquet,

et va ensuite à la fenêtre. Loïsa suit ses mouve-

mens et essuie une larme.)

KERVEN, à lui-même.

Je n'ai pu voir passer sa voiture... j§ ne sais si elle est rentrée.

Peut-être avez-vous quelque affaire?.. Ne vous gênez pas. Lois, j'attendrai.

(Elle s'assied.)

KERVEN.

Coinnieiitl mais vous ne pouvex pas rester

Où dois-je aller?

KERVEN.

N'avez-vous pas un logement ? d'où venezvous en ce moment?

LOISA, très naïve.

Ne vous l'ai-je pas dit?.. Je descends de la voiture qui m'amène de Quimperlé... j'avais votre adresse, et je suis venue tout de suite chez vous... pour y rester.

KERVEN , mécontent.

Que dites-vous?

Pourquoi cette surprise?.. Ah! vous pensez que je suis bien fatiguée?.. Un peu, c'est vrai, parce que je n'ai pas dormi les deux dernières nuits... la joie de vous revoir, le soin de veiller sur cette petite branche... Mais, est-ce que je pensais seulement à la fatigue, au froid ou à la chaleur?.. Je venais près de vous.

KEUVEX.

Ah! cependant, il faut vous éloigner... aller dans un liOtel.

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