SCÈNE II
LOISA, KERVEN, ERNEST, AGLAÉ, HER- MAiNN.
(Ils veulent faire entrer le comte le premier.)
EUNEST.
Allons donc , entre jeunes gens !..
AGLAÉ , allant au devant d'eux.
Venez, Messieurs, quoique votre présence interrompe des conlidences.
(Elle va au-devant d'eux un peu seulement; ils la saluent; puis se tournent vers Loïsa et l'entourent avec surprise.)
KEaVEN , inquiet, la regardant.
Ah!..
ERNEST, l'examinant avec affectation.
Mademoiselle...
UERMANN, l'admirant.
Ravissante ...
AGLAÉ, à part, mécontente, allant s'asseoir sur le canapé.
En effet !.. quelle toilette !.. je ne l'avais pas remarquée. (Haut.) Eh bien! M. Hermann, comment avez-vous trouvé la promenade d'hier ? TîERMANN, s'approchant. Charmante, puisque J'y étais près de vous.
AGLAÉ, très coquette.
La soliî;ule la rendait délicieuse... n'est-ce pas?
HERMANN
J'aiiiie à vous l'entendre dire.
AGLAÉ
C'est do mage que M. le comte de Soisy n'ait pas pu me donner son goût sur une voiture nouvelle.
ERNEST, allant à elle et s'appuyant sur le dossier du canapé.
A vos ordres... quand vous le voudrez...
AGLAÉ, lui tendant son bras.
Votre avis sur ce bracelet, (il prend la main et regarde le bracelet pendant que M"" de Moramille
e^^Amiue KervQn qui est prùs de Loisa.) TA, Kerveoi
les derniers vers que vous m'avez adressés seront dimanche dans la Revue de Paris.
KERVEN, s'approchant.
Ah!., je n'osais...
ERNEST, baise la main de M°" de Moranville qui la retire.
La main m'a empêché de voir autre chose... (En ce moment les trois hommes sont tous groupés autour de M°" de Moranville et Loîsa est toute seule.)
AGLAÉ, très coquette, à Ernest. Votre bon goût est si distingué , Monsieur le comte!... (A Kerven. ) Votre talent si élevé, M. Kervcn. (A Hermanu.) Et vous êtes un ami, si dévoué M. Hermann.que jene puis me passer de vous voir chaque jour.
ER.NEST, de sa place.
Mais quelles confidences avons-nous interrompues ?
AGLAÉ, un peu dédaigneuse.
J'essayais de faire comprendre à cette jeune personne., quelques-unes des idées^ d'une Parisienne.
ERNEST
Et il serait drôle d'apprendre d'elle quelquesunes des idées d'une...
LOISA, souriant.
D'une sauvage Bretonne, n'est-ce pas ?
KEUVEN, inquiet.
Il faut craindre...
. LOISA, souriant.
D'entendre... ce qu'oa ne doit pas dire?
ERNEST
Avec d'aussi beaux yeux, tout ce qu'on dit est bien !.. Coniez-nous... tout ce que vous faisiez dans voire Bretagne ! parlez... je vous regarde...
LOISA, souriant.
Ah! c'est bien simple ! élevée dans la liherlé et l'ignorance des champs jusqu'à ma quinzième année, le ciel, la mer, nos rochers, nos montagnes, puis les Heurs qui naissaient d'elles-mêmes sur le sol, et les idées qui s'éveillaient d'elles-mêmes dans mon âme, voilà tout ce que je savais de la vie... les œuvres de Dieu ! KERVEN, qui d'abord était penché près de M°" de Moranville s'est retourné et paraît étonné.
Ah!
ERNEST, se dirige vers la droite de Lolsa.
Ce naïf langage est plein de charme ; il n'y a que nous pour former cela... c'est l'innocence même...
AGLAÉ, moqueuse.
Il croit cela... mais il y a des passions de village.. . irest-ce pas , Mademoiselle ?..
Oui !.. Un jour... à ma seizième année... un jeune homme... (Mouvement ile Kerven, qui est très attentif.) me promit sa foi... je me crus aimée !.. je dus le croire!., car c'était dans les bras de sa mère... que je reçus ses ^ennens ; et mon cœur fut à lui pour jamais... voilà tout ce que je sais des passions... un innocent et mal- , heureux amour. .
(Kerven, moitié crainte moitié émotion, s'est levé et est elle est piim d'elle.)
EEBVEN, à ml-volx.
Ah ! Loîsa !
AGLAÉ, très dédaigneuse, à Hermann.
Cette naïveté semble piquante ici, entre nous, mais dans le monde...
LOISA, plus finementet souriant.
Plus tard, une noble châtelaine , qui vivait retirée dans son château , après avoir habité des palais, m'apprit à exprimer ce que je sentais, ce que je pensais; elle me fit connaître aussi les événemens passés, les hommes illustres , et les grands écrivains. Puis elle me dit: A Paris... dans la bonne compagnie, pour être aimable et honorée, il fautdire naturellement des choses très-spirituelles... et faire simplement de très nobles actions!.. Voilà tout ce que je connais du monde... L'esprit et la bonté.
KERVEN, étonnée et charmé.
Est-ce possible ?
HERMANN, allant entre Loîsa et Ernest.
Ah ! l'on ne vous apprendra jamais rien qui vaille mieax que cela.
AGLAÉ, qui estrestée seule, se lève avec humeur. Faisons donc un peu de musique pour passer le temps, Messieurs.
(Elle va au piano.) ERNEST.
Oui... oui... Mademoiselle doit savoir des airs bretons... ilssontcharmans... Un air sauvage, je vous en prie...