‹ LoïsaChapitre 32 sur 37 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, HERMANN, AGLAÉ. *

HERMANN

Vous le voyez. Madame, Je l'avais deviné; elle n'est pas sa sœur...

AGLAÉ , furieuse.

Me tromper... me jouera ce point!..

loisâ, s'éloignant de Kerren.

Ciel!

KERVEN , de même.

Dieu!

AGLAÉ

Ici, chez moi, une intrigue avec cette petite fille!., abuser de ma bonté !.. Mais qui est-elle donc, cette belle demoiselle?..

Vous le savez... elle n'est pas la sœur de Kerveu... c'est une passion de village.

KERVEN, menaçant.

Monsieur...

Madame , daignez m'entendre ?

* Hermann, Aglaé, Kerven, Loïsa.

AGLAÊ.

Moi, VOUS écouter un seul instant! Oh! sortez, sortez... ou je vous fais chasser.

(Kerven va près de Loisa; Christophe parait.)

SCÈxNE IX.

Les MÊMES, CHRISTOPHE. *

CURISTOPUE, au fond, avec force.

La chasser !

(Mouvement.)

Christophe !

CHRISTOPHE

Chasser M'" Loïsa.., mais elle est donc folle cette dame-là.

AGLAÉ

Qu'est-ce que cela ?

CauiSTOPHE.

Mais on ne sait donc rien respecter dans ce pays-ci ? on ne sait donc pas que c'est l'honneur et le bonheur du nôtre que la bonne Loïsa? Mon Dieu ! pourquoi a-t-e!le voulu venir ici chercher un trompeur, un perOde ?

KERVEN , fait un mouvement.

Ah!

AGLAii.

Que dites-vous ?

CHRISTOPHE, regardant Kerven.

Mais le voilà!., elle est venue pour lui. (Emu.) elle est allée le tiouver , elle , qu'on adorait au pays ! pour qui tous les garçons du village se seraient fait tuer , sans même oser lui dire qu'ils l'aimaient! sans en rien espérer ! Et lui, l'ingrat, au lieu de la recevoir à genoux, en bénissant le ciel d'un tel bonheur , il l'a repoussée , il l'a chassée!..

( Mouvement de tous.

AGLAÉ

Est-ce vrai ?

KERVEN.

Oh ! ne dites pas cela !

HERMANN

Est-ce possible!

CHRISTOPHE

Oui, chassée, et j'arrive ici pour être encore témoin d'une pareille indignité! La pauvre enfant, dans son trouble, elle se jeta sous les pieds des chevaux d'une voiture , où elle faillit périr.

AGLAÉ

C'est cela!..

CHRISTOPHE

Et je n'étais pas là pour me précipiter, pour la sauver!., et je n'ai pas tué celui qui l'outrageait !

KERVEN, se retournant vivement avec un geste de menace.

Vous !

CHRISTOPHE

Ah ! c'est que je ne le savais pas hier soir ! je savais sculcmeni qu'elle était partie, qu'elle allait tenter une épreuve.

( Mouvement de tous. ) *Hermann, Aglaé. Christophe', Loïsa, Kerven.

AGLAÉ

Comment?

CHRISTOPHE

Moi, qui me sens là , pour elle , quéqu' chose que je ne peux pas définir... et qui ne peux pas voir faire du mal à quelqu'un , j'ai deviné les dangers qui la menaçaient... j'ai suivi la voituture sans qu'elle le sût !

Oh!

CHRISTOPHE

Pardon, Mademoiselle, de cette liberté!... mais , c'est moi qui ai réveillé le postillon endormi qui s'en allait dans le fossé ; et, une autre fois, le conducteur ivre, qui allait verser.^ cependant, j'étais si las, hier matin, que deux heures de sommeil involontaire vous ont donné de l'avance sur moi , et je suis arrivé trop tard pour vous suivre, vous attendre à sa porte et vous secourir... J'étais là-bas quand j'aurai dû être ici... Ah! cré coquin! (lise tape le front.) Le malheur... le danger étaient venus, et je n'y étais plus! Je ne m'en consolerai jamais!

Quelle bonté !

AGLAE, étonnée.

Mais si M. Kerven la repoussait hier, pourquoi donc la cherchait-il aujourd'hui?

CHRISTOPHE, avec colère.

Il la cherchait ?

AGLAÉ

Là, tout à l'heure, il était près d'elle, lui disant qu'il l'aimait.

CHRISTOPHE

Il disait cela?

AGLAÉ

Lui demandait de l'aimer.

CHRISTOPHE, avec colère. Lui ?.. Ah ! c'est affreux! il a repoussé hier la pauvre fille dévouée, et il cherche aujourd'hui la riche héritière?

(Mouvement.) HERMANN.

Riche héritière !

AGLAÉ

Elle!., riche?..

KERVEN, avec colère.

Qu'osez-vous dire ?

CHRISTOPHE

La vérité ! Et pourquoi ce changement si prompt, 5'il n'était à cause de la fortune? KERVEN, avec indignation.

Et quelle fortune? Ah! que Loïsa soit riche ou non... je l'ignore, et peu m'importe! CHRISTOPHE, avec colère.

Vous l'ignorez? Osez-vous dire cela, quand c'est moi qui vous l'ai appris?

KBRVEN, étonné, très vivement.

Vous m'avez appris quelque chose, vous? Mais je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais vu, je vous parle en ce moment pour la première fois!

CHRISTOPHE

Ah! c'est trop fort aussi! Mais u'Otes-vous pas Louis Kerven ?

KERVEN.

Sans doute.

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