‹ LoïsaChapitre 7 sur 37 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

HERMANN, souriant. j

Monsieur!., nous avons à peu près le même âge, la même profession, vous êtes...

KERVEN.

Poète...

HERMANN

Moi, je ne fais rien : ça se resseml)le beaucoup !.. Nous avons aussi le même but... nous voulons... épouser la jolie veuve...

KERVEN.

Je n'ai pas de compte à vous rendre. Monsieur, et je ne sais de quel droit...

(Mouvement pour se lever).

Encore un moment. Monsieur... je connaissais M"^ de Moranville avant qu'elle eût l'honneur de vous connaître... mes soins avaient été agréés... j'espérais.,. (.viouvemePtdeKcrven.)Oh! on ne m'avait rien promis positivement!.. Je fus obligé de partir pour Toulouse, il y a six mois ; notre jolie veuve ne rnulut pas prendre d'engagement formel avec moi ; mais elle m'assura qu'elle lesterait libre jusqu'à mon retour , — Je l'aime ! son humeur enjouée... son caractère plein de bonté, me l'ont rendue chère, malgré mon éloignementpour un défaut...

KERVEN.

Vous lui trouvez un défaut, Monsieur? vous ne l'aimez pas! Et si vous le lui avez dit, elle ne vous aimera jamais...

HERMANN

Vous croyez ?

KERVEN, riant.

J'en suis sûr... Et ce défaut qu'elle ne vous pardonnera pas, est...

HERMANN

D'aimer les choses singulières... bizarres.

KEr.VEN, riant.

Jalousie de métier.

HERMANN

Toujours est-il que, malgré mes instances, je ne pus obtenir de M™° de Moranville , ni une promesse formelle, ni la permission de me rappeler à elle par quelques lettres... Vous êtes , me disait-elle, celui que je préfère aujourd'hui, mais six mois d'aijsence peuvent changer mes idées, etjeneveus pas me trouver irrévocablement engagée !.. Et comme je m'inquiétais alors de l'oubli qui pouvait me chasser de sa pensée, et du chagrin, de l'embarras, qui suivraient l'explication au retour,M°' de Moranville se leva en riant, et prit sur la cheminée une carte de visite que j'avais laissée la veille ; puis, y lisant mon nom!.. « Pour ne pas oublier une nminute, dit-elle en éclatant de rire, ce nom... «qui sera peut-être le mien , je vais le placer »ainsi seul, en évidence, en face de moi et de «tous, devant la glace, et accroché dans la bor- ))dure... ce sera... comme si vous étiez présent» Je ne pus m'empêcher de dire : Et s'il allait entendre... des choses... quH'affligeraient ? personnifiant ainsi mon nom dans ma crainte jalouse...

KERVEN.

Alors...

HERMANN

Alors , dit-elle en continuant la plaisanterie , si cela arrivait, si j'avais un secret qui pût nous séparer... votre nom disparaîtrait, je l'ôterais de devant mes yeux, et je jeterais cette carte au feu. Ah!, m'écriai-je ma carte anéantie., anéantira donc toutes mes espérances. Eh bien! qu'il en soit ainsi... j'y consens... cela remplacera toute explication et vaudra mille fois mieux que des reproches et des plaintes! Si, au retour.mon nom est encore là, seul, à la même place, je reprends mon doux espoir... J'y renonce, au contraire, et je m'éloigne à jamais, si ma carte de visite a disparu.

KERVEN, avec joie.

Et la carte a disparu.

HERMANN

Non, Monsieiu'... maiselle n'est plus seule...

Ah!

HERMANN, avec un soupir.

Il y a la vôtre.

KERVEN, avecjoie.

Quel bonheur !

HERMANN

La vôtre d'un coté... puis celle de M. le comte de Soisy de l'autre.

(Un autre soupir.) KERVEN.

Oh ! ce n'est pas possible.

(lisse lèvent.) HERMANN.

Je sais bien que c'est un vieux fat.

KERVEN.

Vieux ! il ne s'en doute pas! fat, il ne s'en soucie guère, et le monde fait comme lui ; on le recherche, on le fête, il a des succès... la mode le traite en favori, en enfant gâté. HERMANN, souriant.

Vous voulez dire en invalide !.. C'est un étourdi vers sa cinquantième année d'étourderie... vieil enfant qui met de l'importance à des riens,etqui plaisante sur des choses importantes; mais il a un titre... de la fortune , et l'habitude d'imposer son opinion et ses goûts comme des lois du monde, sous prétexte qu'il est neveu au troisième degré du dernier duc de Lauzun ; il persuade à toutes les coquettes sans expérience et à tous les jeunes élégans un peu niais , qu'ils ne peuvent avoir de succès s'il n'est en première ligne parmi leurs amis... (Ou entend Ernest rire.) Mais c'est sa voix que j'entends... Est-ce qu'il serait des vôtres?

KERVEN, mécontent.

A ce qu'il dit !.. Quel bruit ?..

HERMANN

C'est cela!., il m'épargnera une course: je comptais aller chez lui en sortant d'ici.

KERVEN.

Ah!

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