‹ LoïsaChapitre 8 sur 37 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ERNEST, HERMANN, KERVEN.

ERNEST, entrant une cravache h la niaiu , parlant avec affectation et tendant la main à Kerven. Je gronde votre groom , une tenue déplorable, à déshonorer un gentleman -, et comme vous l'avez pris sortant de chez tuoi... je ne dois pas souffrir...

KERVEN.

Permettez!..

ERNEST, conliniiant.

Puis, que se passe-t il donc? on ne vous voit plus... ni au club, ni à l'Opéra î Vous n'étiezpas aux courses ce matin ! il n'y avait que moi pour accompagnera cheval la voiture de M""' de Moranville. (Mouvement des deux autres, qui sontratcontens,) ce qui faitqu'elleapresque toujours éle seule, tant il y avait de femmes de ma connaissance... Eîles reproches! les bouderies! si je ne m'étais., partagé. (Les autres haussent les épaules, lui regarde autour de la chambre. ) J'y SUIS... VOUS travaillez? Votre livre paraît-il, eniin ? Du bruit, du scandale, des portraits reconnaissables, les aventures récentes, Il fautcelal.. si l'on ne vous Toit nulle part, et si vous ne îaites pas un tapage d'enfer... je vous renie pour élève et pour ami...

KERVEN.

Mais, permettez donc?

ERNEST

Tout ce que vous voudrez.

UERMANN.

Excepté de parler raison.

ERNEST , regardant Hermann avec son lorgnon.

Ah! c'est M. Hermann Desrivières ! un jeune homme tout-à-fait... respectable, oui , oui, respectable, c'est le mot ! Ce n'est pas lui qui badineraitavec l'amour, ou plaisanterait avec la vie ! il s'en garderait bien \ il prend tout au sérieux, la politiqne, le monde, les aHaires ! Oh ! il est bien de son siècle"

Afn : Du petit niot.

C'est la raison Qui maintenant gale la vie ;

C'est la raison, Le plaisir n'est plus de saison.

On raisonne, on bâille, on s'ennuie, Nous n'avons plus qu'une folie,

C'est la raison , Notre folie, c'cstla raison.

c'est le plaisir Qui jadis charmait Icxistc ~

C'est le plaisir; Et quand le bonheur seuil)l^it fuir.

Quand il trompait noire csiiérancc, Qui faisait prendre patience,

c'est le plaisir, La raison vaul-elle le plaisir?

Et quand je pense que vous auriez pu être comme ce vénérable jeune Iioriiuo, si je ne vous avais fait connaître Paris l'année dernière.

KERVEN.

Paris ?je l'habitais depuis troisans !

ERNEST

C'est-à-dire que vous aviez quitté la Bretagne depuis trois ans... mais vous n'habitiez point Paris. (A Hermann.) Il vivait au Marais, iravaillant (lu matin au soir... Je le découvre là... je reconnais en lui le sentiment de réiégaiice et du bon goût; il me prend eu amitié... son nom était déjà connu par un succès littéraire. (A Kerven.) Je vous vante, je vous amène à Paris , dans le monde... Je vous fais une léputaiion... il n'y a que nous pour cela !.. à qui Laharpe et Chamlort ont-ils dû 'eiir entrée dans les nobles salons qui ont fait leur gloire ? à qui la niar(iuise do Prossac et !a petite Duthé... ont-elles dû !euré(!;it? à mon onrle! au duc de Lauzun !.. Je vous le r^'-pè!e, il n'y a que nous pour cela!.. Mais ii faut qu'on me fasse honneur !.. Allons, vite, (juelque chose de bien extraordinaire, que l'attention se po: te sur nous , ou nous sommes deux jeunes gens perdus !

Nous parlerons de cela une autre fois : Monsieur a quelque chose à nous dire de plus pressé...

EHNEST.

Déplus pressé?., l/a coupe dos habits est-elle changée? le bai dn colonel a remis? ou le souper du marquis... contremandé ?..

HERMANN

Mon, et je vais tout de suite au fait... Je vous demande votre avis sur un point important . Monsieur!.. Que doivent faire des hommes rivaux ?.. épris de la même femme ?

ERNEST

Ma foi... jadis on se battait.

HERMANN

C'est vieux ! Puis le plus aimé peut n'être pas le plus adroit, et le beau moyen de plaire à une femme, (jik' (ie tuer celui qu'elle préfère !.. Ensuite, si au lieu de deux rivaux... on était trois? ce serait une espèce de massacre, et notre époque esta la paix générale...

ERNEST

On pourrait tirer au sort : cela s'est fait! c'est drôle ! Lin jour le duc de Lauzun...

KERVEN.

Ah ! Messieurs , quand ce ne serait que pour vous-mêmes, respectez davantage et votre affec' tion et celle qui en est l'objet... Il faut qu'il en • soit de l'amour comme de la gloire : le meilleur moyen de réussir doit être de s'en montrer digue.

ERNEST

Vous êtes encore bien arriéré , mon pauvre Louis.

HERMANN, tendant la main à Kerven.

Vous êtes toujours un honnête jeune homme, M. Kerven. Kh bien ! que votre avis devienne notre loi! Oui, Messieurs, je voulais vous consulter sur la conduite à suivre pour des hommes d'honneur qui se trouvent en rivalité près d'une femme qui ne veutpass'expliquer franchement, sansdoutepour se donner le temps d'apprécier J celui avec qui elle passera sa vie... Au Hou de

) * Ernest , Kerven, Hermann,

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