‹ Loiseau de proieChapitre 19 sur 31 · CARAVANE · texte numérisé non relu

CARAVANE

Ils n'étaient pas sur la route, les deux bons gendarmes, que le brigadier s'arrêtait, les bras croisés :

— Et comment sait-il que Péricléro se trouvait en compagnie de Michéou?

En effet, qui donc avait pu avertir Morineau?

— Té, conclut le compagnon. C'est un gars qui serait mieux dans son pays que dans le nôtre !

On a beau être des gendarmes de France, on garde quand même ses sentiments de Gascon.

Ils marchèrent ainsi jusqu'à l'auberge de Gagoni : là, un homme du château, qui les attendait, les pria de coucher à Quatreloup. M. le comte d'Arbot, qui partait le lendemain pour Biarritz, voulait s'entretenir avec eux.

Le brigadier se grattait l'oreille.

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— On est aile avertir chez vous, fit Jaiity.

Cela les décida, parce qu'ils n'avaient peur que de leur bourgeoise.

Et ils montèrent dans le break, contents de l'expédition.

— Vous avez vu la canaille? demanda Janty.

— Oui.

— Hé bé?...

— Hé bé, lien!

Mais, au bout de cinq minutes, la langue leur démangeait. Chacun devinait que son voisin pensait à Morineau.

— C'est égal, soupira le brigadier, que le silence étouffait, en voilà un qui n'est pas franc!

— Je me suis laissé dire, confessa Janty, que dans son pays tout le monde est comme ça.

Ils étaient entre gens de ce Midi de soleil et de pinadas, où l'on tient les gens du Nord et ceux du Sud pour des sauvages, et où l'on n'ose pas trop affirmer qu'on mange du pain à Paris. Pour eux, au-dessus de la Loire, commence la région polaire, et au delà des Pyrénées, l'Afrique cuisante.

Lorsqu'ils arrivèrent à Quatreloup, le comte d'Arbot revenait de visiter Michéou à Fontarbon.

H était démoralisé.

Il aurait voulu, à la fois, qu'on s'assurât de Morineau sur l'heure et qu'on ne l'inquiétât pas; malheu-

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reusement, pour arrêter Morineau, il aurait fallu des preuves et pour ne pas l'inquiéter il y avait des présomptions.

Le comte eut un geste de lassitude.

Ses traits s'étaient tirés, des poches s'étaient formées sous ses yeux. En moins de deux mois — depuis la mort de Flambeau — il avait vieilli de dix ans. La perpétuelle menace qu'il sentait autour du château, autour de sa famille, autour de lui, le minait.

Il questionna les gendarmes, voulut connaître leur plan d'enquête et dit à Lucien :

— Tu vois bien que je ne puis pas m'absenter!

Il fallut que tout le monde intervînt pour le décider à ne pas remettre son voyage.

Le lendemain, à la première heure, Lucien, les deux gendarmes. Geofroy et Tanao se trouvaient dans la lande et recherchaient la place où Michéou avait dû tomber, lorsqu'ils aperçurent, au pied d'un pin, le fusil du droulàt. si bien exposé cpi'on ne pouvait pas ne pas le voir et, comme Geofroy affirmait que le fusil n'était pas à cette place la veille, on décida dinterroger immédiatement Michéou.

Lorsque ^l. Lucien, le brigadier et Geofroy — qui avaient laissé le gendarme et Tanao sur les lieux de 1 attentat — se présentèrent à Fontarbon, Jeanne et Geofroy s'y trouvaient.

Michéou, qui avait passé une nuit de fièvre, reposait

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lourdement, de ce sommeil du matin qui surprend

les malades et les terrasse.

Dès qu'il fut éveillé, le brigadier l'informa qu'on avait retrouvé son fusil :

Au pied d'un pin, à vingt mètres de l'endroit

où on t'a ramassé, sur le Levant...

Ce fut comme si on l'avait accusé d'avoir menti.

Il fit un mouvement pour se redresser, mais il eut une crispation : il lui semblait que sa chair était collée à ses draps.

Et tournant légèrement la tête, pour cacher sa grimace, il vit Jeanne qui se tenait derrière son lit.

— Té! fit-il la voix changée, tu étais ici?

— Alors, écoute, Michéou, reprit le brigadier. Oii l'avais-tu laissé?

— Quoi? demanda Michéou, subitement devenu

indifférent.

— Ton fusil?...

Sa poitrine se gonfla pour une aspiration, il exhala un petit soupir et, fermant les yeux, il confessa doucement :

— Je ne sais pas, tenez! Et puis je m'en moque!

— Ah! milléditz! jura le brigadier, ça c'est un peu fort! Tu ne veux plus nous aider maintenant?

Geofroy considérait sa fille qui, un peu pâle, s'activait à préparer des compresses, et il lui vint un soupçon.

Il s'approcha d'elle et lui glissa :

— Cours à la maison. Tu commanderas à Justine de venir veiller Michéou.

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Il lui avait posé la main sur Fépaule, afTcclucusement, en bon papa.

Elle baissa les paupières, gravement : elle avait compris.

— Voyons, recommençait le brigadier, tu ne peux pas nous dire où tu avais posé ton fusil?

— Je serais là-bas, répliqua enfin Michéou, que je vous montrerais la place. C'est entre deux pins. Il y a une pousse de genêts à côté.

Ses regards étaient dirigés sur la porte. S'il avait osé, il aurait demandé pourquoi Jeanne avait disparu. Il ferma les yeux un instant, mais brusquement, reconquérant son entrain, il lança :

— Té, boudiou ! Je veux faire une promenade! Il faut m'y conduire!... Ça va-t-il?

M. Lucien s'y opposait, mais le drôle ne lâchait pas son idée.

— Laissez faire, monsieur Lucien. Je vous montrerai l'endroit. Et puis vous ne savez pas? On devrait aussi m'amener Morineau ! J'ai besoin de voir sa bonne figure.

— Alors, fit le brigadier en balançant la tête, ce sera une confrontation?

— Eh bé?

— Eh bé, tu as raison, té! Mais, ajouta-il assez perplexe, comment ferons-nous pour le décider?

— Ça n'est pas difficile, affirma Michéou. Vous lui expliquerez que c'est moi qui vous envoie pour lui demander de me serrer la main, que je suis à la mort et que je veux le voir... Ah! ah! on rigolera,

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miilédiou ! Et que je crève si je ne lui fais pas avouer son mauvais coup !

On fit prévenir un domestique du château et, aidé de Geofroy, tandis que le brigadier courait à Balazet, on plaça le petit Michéou sur une civière.

— Alou, toi! cria Michéou à Péricléro qui entendait être de la caravane.

Mais le fou était déjà à bas de son lit. Il fallut le recoucher de force, et comme Justine arrivait, on la pria de le garder.

— S'il t'embéfe, dit Michéou. donne-lui à boire!

— De l'eau! jeta Lucien.

— Avec la goutte dedans, sans ça tu ne t'en aideras pas !

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