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LES MENOTTES

Dans la lande, à lendroit où était tombé Michéou. tout le pays était assemblé. Il y avait des gens d'Ardanne, de Claré, d'Huzel, de Moncasson...

Pendant la nuit, la nouvelle de l'arrivée des gendarmes avait filtré de Ouat reloup et s'était répandue jusque sur la grand'route.

— Michéou est mort! Michéou de Ouatreloup a été tué !

Et c'étaient des exclamations. Les femmes levaient les mains en faisant « Povre ! » les hommes couraient vers Ouatreloup avec des « Ah î milléditz ! » aux lèvres et tous se confiaient déjà que la tête de « la canaille » ne tenait presque plus sur ses épaules et que, désormais, on vivrait tranquille.

Les premiers qui aperçurent le gendarme près du vieux Tanao, dans la pinada de Fontarbon, n'osèrent

pas s'approcher. Mais les autres survenant, le nombre des curieux grossissant, ils s'enhardirent.

— Et qu'est-ce qu'il fait là avec Tanao?

— Il attend la justice!

La justice ! Elle n'apparait pas souvent dans la lande ; il y a des vieux qui meurent sans l'avoir aperçue et qui jusqu'à leur dernier jour se sont imaginés qu'elle se montrait en appareil de féerie : les juges en rouge, précédés de cuirassiers à cheval, entourés de soldats.

Tout coup un des curieux, découvrant le cortège qui s'avançait, cria :

— Les voici !

Ce n'était pas la justice ; ce n'était que « le povre Michéou ».

M. Lucien marchait près de la civière que portaient Geofroy et Janly.

On s'écarta :

— Sainte Vierge!... marmonna une femme. 11 n'est pas mort!

— Il n'est pas mort?

Michéou les regardait, sans remuer la tête, et avait son sourire malin.

Alors il n'y eut plus de service d'ordre possible. Chacun voulait demander quelque chose au moribond et le nom de Morineau courait de bouche en bouche.

— Malheureux! faisait-on, il l'a bien arrangé, oui!... — Il n'en reviendra pas, le povre!... — Michéou, tu l'as vue, la canaille?

— Ecoutez, dit M. Lucien, si vous restez là, nous

ne saurons rien. Le brigadier va nous amener Morineau. il ne faut pas que vous nous gêniez.

On les fit reculer jusqu'à un fossé et, tandis qu'ils s'entretenaient de laffaire. bouleversés, faisant déjà l'oraison funèbre de Michéou et jurant qu'ils écliarperaient celui qui l'avait tué, on transporta la civière jusqu'à l'endroit où Micbéou avait déposé son fusil.

— Tenez, monsieur Lucien, voyez-vous, c'est entre ces deux pins. Je les reconnais. Péricléro était là-bas; moi je grattais l'écorce à dix mètres de lui, quand j'ai aperçu un épervier qui « mirait » au-dessus de ces « tauzins ».

La civière refit le cbemin qu'il avait parcouru.

— Et c'est par ici que j'ai entendu craquer une branche . . .

Un gamin, qu on avait posté à la croisée des chemins d'Ardanne et de Fontarbon. annonça que le brigadier arrivait avec Morineau.

— Micbéou, recommanda M. Lucien, n'oublie pas ce que nous avons convenu?

— C'est promis, monsieur Lucien.

— Et vous, fit Lucien en se dirigeant du côté du fossé, pas un mot.

Les femmes faisaient : « Voilà un courageux que monsieur Lucien! » sans savoir, pour le plaisir de prononcer leur mot favori, et aussi parce que, de tout le château, c'était lui qu'on préférait. Il parlait leur langue, connaissait chacun par son nom, s'intéressait à leurs malheurs et, tout gamin, il avait écarté une vache. Il était un peu l'enfant du pays.

^^2 l'oiseau de proie

A travers les pins, on aperçut le brigadier qui se dirigeait sur Fontarbon, en compagnie de Morineau. Mais à un momenl, au lieu de filer sur la maison, le brigadier obliqua un peu vers la droite. Il continuait de s'entretenir avec le résinier. Tout à coup ils s'arrêtèrent ;

— Té! s'exclama le brigadier en feignant l'étonnement. ils l'ont transporté là!

Morineau eut un petit recul.

—-Le povre! reprit le brigadier. Il est bien malade!

— Morineau, dit M. Lucien fermement, Michéou a désiré te voir. J'ignore ce qu'il te veut, mais approcbe-toi ; nous te laissons avec lui.

Tandis qu'on s'éloignait, Micbéou éleva la main.

— Écoute, Morineau, fit-il à voix basse, je suis fichu! Ce soir, je serai bon pour faire sonner les cloches. Mais il me semble que je ferais un mauvais voyage si je ne te demandais pas pardon d'avoir cherché à te faire du tort. C'est moi qui avais posé le piège dans ton hangar! Tu le savais, hé?... Je te demande pardon. Si tu me pardonnes, moi je te pardonnerai. Tu as été le plus malin, Morineau. Ça restera entre nous. Ce qui est fait est fait. J'ai voulu te prendre, tu as voulu me tuer. Moi je t'ai manqué; toi tu as bien visé. Il n'y aurait que moi pour te dénoncer; mais, povre, dénoncer quelqu'un à l'endroit où je me trouve!... Ça ne me guérirait pas, hé?...

Il parlait, la voix éteinte, ouvrant à peine les paupières, la figure tirée, mais serrant avec force la main de Morineau dans la sienne.

— Alors, tu me pardonnes le piège?... Moi. je te pardonne ton coup de fusil.

Morineau, les traits durcis, chercha à se dégager. Il s'inclina un peu et marmonna, la bouche sur la face de Michéou :

— Sale crapule ! . . .

Et, se reprenant aussitôt, il articula :

— D'abord, c'est pas moi qui tai tiré 1' coup de

fusil :

La figure de Michéou s'éclaira.

— Ça n'est pas toi?... Hé bé! mon ami, ça doit te faire un rude dépit de savoir que c'est un autre que toi qui m'envoie là-haut!... Et moi, moi, je suis content aussi ! Tu répétais si souvent que tu voulais ma peau... Tu vois! Ça n'est pas toi qui l'as, eue, et c'est moi qui gagne !

Morineau se pencha de nouveau vers le moribond et. rageusement, il prononça :

— Ben, salaud, crève pas si content ! . . . T'entends? c'est moé, oui, c'est moél...

— Monsieur Lucien ! cria Michéou. A moi ! Arrivez ! Ça y est!

Morineau n'eut pas le temps de se relever. Le brigadier et le gendarme l'avaient empoigné à brasle-corps et d'un coup l'avaient tiré en arrière.

Aussitôt, telle une vague grossie, la bande furibonde des curieux déferla.

Et devant ce petit peuple en colère, qui venait à lui, menaçant, emporté par une soif de vengeance, Morineau blêmit.

164 LOISEAUDEPROIE

Il les regardait, ahuri, n'ayant jamais supposé que ces gars qu'il connaissait si calmes, si bons garçons, que ces femmes si paisibles qui, de leur longue allure, égale, chaque jour, traversaient la lande devant lui pouvaient atteindre à cette fureur. Ses yeux s'étaient creusés et ses joues avaient un petit tremblement, scandé de secousses qui séparaient ses lèvres.

Ah! il ne se dandinait plus, le Morineau, il ne proférait plus son : c< Que qu'tu veux !» ; il ne portait plus sa gueule de brute en avant! La frayeur l'avait tellement transfiguré que le vieux Tanao, pris de pitié, s'approcha des gendarmes qui lui passaient les menottes :

— Laissez-le, voyons! Il ne veut pas s'échapper... N'est-ce pas que tu ne veux pas t'échapper?

Morineau le considéra, inconscient, et fit « hein ?». . . ne sachant pas ce qu'on lui voulait encore.

Lorsqu'on put faire ouvrir le cercle, Lucien, s'adressant à Michéou lui demanda :

— Qu'est-ce qu'il t'a dit?

La bouche du petit droulàt se tordit :

— Il m'a dit, fit-il en essayant de badiner, il m'a dit que j'étais une crapule. Voilà une bonne nouvelle ! Quant au reste, il va vous le repéter lui-même... Ah! tu ne te serais pas consolé que je parte pour le grand voyage en emportant l'assurance que ce n'était pas toi qui m'avais payé mon billet?... Povre, tu n'avais pas besoin d'être inquiet!... Je t'avais vu, tiens, dans ces tauzins!... Par exemple, je ne m'attendais pas à ton coup de fusil!...

l'oiseau de proie 165

- Moé!... Moé! faisait Morineau. Moé, j't'ai foutu un coup d' fusil?

\ussi vrai que c'est toi qui as tué Flambeau.

Moé, j'ai tué Flambeau?

Tu me l'as dit, l'autre jour, dans la lande.

— J'y ai dit dans la lande, à c'manant-là? répéta Morineau en prenant les gendarmes à témoin. J'iui ai seulement pas parlé dans la lande depuis plus de. . . de je n'sais combien d'temps ! . . .

Le droulât avait les pommettes rouges et les yeux brillants de fièvre.

Bougre d'âne, reprit-il en essayant de rire,

puisque tu m'as envoyé un coup de fusil, tu aurais bien dû m'achever!... Quand le sanglier est touché, mon ami, il ne faut pas lui donner le temps de respirer un peu fort : sans ça, c'est un mauvais moment pour le chasseur. Aujourd'hui, c'est moi qui

te dénonce.

Morineau jurait qu'il n'avait pas passé surFontarbon

la veille.

— J'vous l'ai dit hier, faisait-il aux gendarmes. J'ai des témoins. J'seu pas sorti d'chez moé. J'vous l'ai-t-y dit? Oui?... Ben, alors c'est-y moé? Et puis, pour tirer un coup de fusil, faut avoir un fusd, d'hasard? J'en ai un, mais c'est-y avec lui qu'j'ai tiré? Vous l'avez-t-y vu, mon fusil rouillé?

— A la bonne heure, plaça le petit Michéou, c'est ce qui s'appelle se défendre! Hardi, Morineau!

Il était si content de voir la bête venir à l'appeau, qu'il en oubliait ses souffrances.

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— J'seu innocent! J'ic jure! Mais toé, articula rageusement Morineau, t'es une canaille!...

Une canaille!...

Tous les lanusquets le conspuèrent sur ce mot.

^ — J'répète, affirma-t-il en changeant de ton, que j'ai pas touché mon fusil depuis plus de trois mois. Ben plus 'core, p't'être!

— Depuis le premier janvier, plaça le hrigadier.

— J'vous l'ai-t-y dit, voyons?

— Tu nous l'as dit hier soir.

— Et mon fusil était-il rouillé?

— Oui. Ton fusil était rouillé !

— Dans c'cas, c'est-y moé qu'ai fait ça? Michéou tenta de se redresser, mais la douleur le

recolla sur la civière.

— Hé, bé! fit-il en soupirant, tu te vantais donc, tout à l'heure?... Et alors, qui est-ce qui a pu m'envoyer un si beau coup?

— Ça me r'garde pas î M. Lucien s'interposa :

— Morineau! si vous le prenez ainsi, tout Je monde croira que c'est vous qui avez tiré. Ça nous regarde tous, Morineau! Moi, je ne vous accuse pas. Je trouve seulement que vous devez chercher le coupable comme nous.

— Certainement! acquiesça le brigadier. Tu le connais, toi, le coupable?

Morineau réfléchit un instant et tout à coup, s'adressant aux gendarmes :

- — C'est pourtant pas à moc d'vous apprendre vot' métier. Mais j'ie connais tout sûr, çui qu'a fichu ça. Et puis, vous aussi!

— Lou Péricléro?

— Dame !

— 11 n'était pas avec Micliéou!

— Il n'y était pas?... Mais si, il y était!... Il s'interrompit soudain.

Michéou éclata de rire.

— Lou Péricléro, mon ami, affirma carrément le vieux Tanao, il ne sait pas toucher un fusil.

— T'as trouvé ça, toé?...

A ce moment, on vit la vieille Justine accourir.

— Péricléro n'est pas là?... fît-elle, essoufflée.

— Si c'est comme ça qu'tu Tsurveilles! marmonna Geofroy.

— ...11 voulait la goutte, jai pas pu la trouver, il s'a levé et puis il s'a sauvé !

Tandis que des hommes se mettaient à sa recherche, Michéou s'adressa à Justine :

— Le soir où Morineau a été pris à mon piège, il ne t'a pas raconté que j'avais égaré un chien dans la lande?... Tu ne te rappelles pas?... Voyons! Le lendemain tu me l'as répété !

Justine ne leva pas les yeux, en Normande qu'elle était et qui sait bien que, dans le regard, on lit même les pensées que l'on veut garder pour soi. Aucun muscle ne bougeait dans son masque ridé. C'était comme si on ne lui avait pas posé la question.

— T'as entendu? fît Geofrov.

Elle répondit :

— J ai entendu.

— Alors, est-y v'nu t'raconter que Michéoii avait égaré un chien?...

Elle prononça presque à voix basse :

— L'est v'nu.

Morineau ne broncha pas, mais sa figure s'était comme voilée.

— lié bé? Morineau, faisait Michéou. tu diras maintenant qu'on ne s'était pas rencontré dans la lande? Tu étais le seul à qui j'avais raconté cette blague!... Alors tu ne m'as pas rencontré?...

— J sais-t-y, moé?

— Où vous a-t-il rapporté ça, Justine? demanda le brigadier.

— Par-dessus la haie du jardin.

Geofroy était devenu rouge de honte. II chuchota vivement à M. Lucien qui le regardait, étonné :

— Je vous expliquerai ça!

— Té! s'exclama Michéou qui avait tourné la tète vers la pinède, voici un quelqu'un qui va te donner encore une fois raison, Morineau.

On ramenait lou Péricléro, la face balafrée, couverte d'ecchymoses, méconnaissable.

— Monsieur Lucien, pria Michéou, faites-les reculer tous et qu'on présente mon fusil à Péricléro... On va rigoler!

Il samusait comme à une traque de bête.

— IIo ! Péricléro ! . . .

Le fou le regarda en grimaçant.

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— Morineau, demanda Michéou, tu as bien dit que loLi Péricléro savait manier un fusil?

— J'ai pas dit ça. J'ai dit...

— Vous nous avez dit liier soir, rapporta le brigadier, que vous l'aviez empêché de décrocher votre fusil, chez vous !

— Ça, j'I'ai dit! Et puis c'est vrai!

— Bien! fit Michéou... Ho! Péricléro! Tiens, mon gars!

M. Lucien présenta le fusil au fou.

Lou Péricléro s'approcha, tendit les mains, mais il n'avait pas plus tôt senti le froid de l'acier qu'il se rejetait en arrière, effrayé, et qu'il se serait sauvé si on ne l'avait retenu.

Il y eut une grande clameur parmi les lanusquets.

Les gendarmes avaient saisi Morineau.

— Ben! quoé qu'cest qii'vous faites, vous? demanda-t-il au brigadier qui lui passait les menottes.

— Vous vous expliquerez avec le juge d'instruction, répliqua le brigadier.

— C'est ça! tu lui en feras un beau discours, au juge d'instruction! cria Michéou. Et tu sais, s'il ne veut pas de toi, nous nous retrouverons Morineau, parce que j'en reviendrai. J'ai le coffre solide.

On emmenait Morineau lorsque le comte d'Arbot survint en compagnie du docteur Favret et d'André Gavignon.

En voyant son ancien résinier entre deux gendarmes, il s'arrêta la figure décomposée.

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Ce n'était plus le gentilhomme easseur, paradoxal, s'amusant de futilités; pas plus que le grand seigneur aux lèvres ironiques et qui traitait les plus graves événements à la légère. Les mois de frayeur muette l'avaient réduit à ce bourgeois timoré qui prenait peur de son ombre, qui s'en allait à la dérive, qui ne voyait plus que les spectacles déraisonnables que lui forgeait son esprit.

Morineau s'arrêta devant lui :

— Ben ! v's êtes content, vous ! . . . On m'ies a mises, les menottes, mais c'est pas fmi!... Ah! on m'a pris pour un assassin?... A c't'heure, il vous reste plus qu'à rprouver! On prouvera p't'être quéqu'chosc... Oui...!... Enfin, je m'tais!... On verra d'quel côté

qu'est la canaille ! . . .

— Morineau ! . . .

— \ a pas d'Morineau, ici! Y a qu'un homme qu'on a arrêté, qu'on a sali d'vant tout un pays et qui va voér le juge!

— Enlevez lui ses menottes! cria le comte exaspéré. Il était hors de lui.

— C'est l'j'uge qui m'ies enlèvera ! gueulait Morineau. Et j'ai pas peur d'aller l'voér! J'seu un honnête homme... et vous tous vous êtes que des sortions!... des manopiers !... C'est des excuses qu'y m'faudra! Devant le tribunal, d'vant la loé... La loél... D'vant la loé! Et une indemnité aussi!...

Il pérorait, scandant ses paroles de deux gestes accouplés par l'entrave, menaçant de la bouche et semblant assommer l'humanité de ses bras réunis.

LOISEAIDEPROIE 171

Les curieux, qui avaient un instant accompagné la civière de ^lichéou, accouraient avec M. Lucien.

— Jles ai, j'ies garde! répétait Morineau.

— Parfaitement! fit Lucien en se trayant un passage. Qu'il les garde !

— Oui ! Mais c'est l'juge qui m'ies enlèvera.

— Peut-être!... Dans tous les cas, pas avant de m avoir entendu !

Morineau sembla prendre son élan.

— Après t'avœr entendu, toé ! . . . Espèce de vaurien ! . . .

— Vaurien ! . . .

Le comte se dégagea de l'étreinte du docteur. > iivança, raide, la tête haute, les mains derrière le dos, et articula posément :

— Mon fils a raison! Emmenez-le, messieurs.

— Ben sur qu'ils vont m'emmener. . .

— Je croyais pouvoir tenter de le sauver. C'est inutile. Quil se débrouille tout seul !

Morineau ne vociférait plus, ébranlé par ce revirement.

Les lanusquets hurlaient :

— Canaille î . . . A la ^ruillotine ! . . .

Il ne leur faisait plus face, non ! Il s'en allait, les regards au sol, secoué de haut-le-corps, comme s'il s'était moqué deux : « Penh!... Penh !.. »

— C'est égal , marmonnait André Gavignon désemparé, qu'est-ce qui va se passer maintenant?

— Mon Dieu! grogna le docteur, ne vous mettez donc pas dans cet état, mon ami !

Et, le prenant à l'écart, il lui glissa :

— Je vous en prie, ayez un peu de courage! Votre père est assez bas pour que nous essayions tous de le remonter. Il m'effraye ! Je ne peux plus vous le cacher : il m'effraye!...

— C'est que, dit André en soupirant, ça va si mal, ici!

— Mais non, ça ne va pas mal! Cette canaille partie, ça ira très bien ! Ecoutez-moi : vous accompagnerez votre père à Biarritz, n'est-ce pas? Eh bien, secouez-le, empêchez-le de penser à Quatreloup...

Il lui donnait des conseils.

— Je compte sur vous !

Non, il ne comptait pas sur ce grand garçon qui n'était que le reflet de son beau-père, un pâle reflet, si timide! Un timoré, qui redoute le froid, la chaleur, le voisin, son toit...

Le comte d'Arbot marchait devant eux, accompagné de Lucien.

— Rejoignez-les, pria le docteur. Il faut que je panse Michéou.

Mais en arrivant à Fontarbon, oii Geofroy, Tanao et deux hommes de la lande venaient de ramener la civière, il examina Michéou qui était dans un tel état de surexcitation qu'on dut dépêcher Geofroy d'urgence près de M. Lucien.

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