SAN RENE
ILE PAU avec des accidents convulsifs qu’on eut à peine le temps de constater.
B. — Un autre présenta rapidement après l'injecjection, de l'incertitude dans la marche qui se fit d'avant en arrière pendant près d’une heure ; puis survinrent de la raideur des membres postérieurs, des convulsions et la mort arriva en moins de douze heures.
C. — Un troisième mourut en douze heures pendant la nuit dans sa cage sans qu’on ait observé les accidents initiaux.
D. — Dans d’autres cas, moins nets d’ailleurs, la mort survint de 56 à 70 heures après l’injection.
La rapide apparition de ces accidents, leur intènsité immédiate ne nous semblent pas indiquer une infection microbienne ; elles nous conduisent plutôt à envisager une intoxication par le suc ascaridien.
Etudions maintenant le suc ascaridien décrit par Von Siebold. D’après lui, l'humeur exhalée par les Nématodes serait une substance volatile acide contenant une matière soluble dans l’alcool et probablement huileuse qu’on trouverait principalement dans le renflement vésiculeux des fibres musculai-
res. Il serait trop long de rappeler cette structure
intime de l’ascaride. Qu'il nous suffise de rappeler
que ces cellules ont un corps, deux extrémités, interne, externe. Que l'extrémité externe s’insinuerait sous l’hypoderme, tandis que l’extrémité interne,
renflée, quatre à cinq fois plus longue que la première, renfermerait le liquide clair, finement gra-
open nuleux qui constituerait un suc ascaridien, qu’efin cette extrémité se terminerait par des prolongements filamenteux, contractiles, auxquels Leuckart attribue le rôle de muscles dilatateurs et constric” teurs.
Tel serait l’organe secréteur du suc.
Toutefois ce liquide n’existe pas d’une façon constante dans le ver, au moins en quantité suffisante pour provoquer l’intoxication ; M. Henneguy dans la séance du 11 janvier 1896 à la société de biologie a affirmé n’avoir jamais vu survenir d'accident en travaillant les ascarides frais ou conservés dans l’acool. .
Dans les expériences de Arthus et Chanson sur les cobayes, que nous avons rapportees plus haut, on n’a pas toujours éprouvé les phénomènes d’intoxication.
Quand donc le suc ascaridien devient-il toxique ?
Voilà le problème que nous avons essayé de résoudre. Pour y arriver, nous avons tenté quelques expériences sur les cobayesetles résultats quenous avons obtenus sont assez intéressants pour que nous les rapportions.
Première expérience. — Nous avons fait avaler à des cobayes vigoureux des ascarides morts récemment et coupés en tronçons. Aucun cobaye n’est mort.
Tous ont digéré leurs ascarides et n’ont présenté aucun symptôme d'empoisonnement.
Deuxième expérience. — Ingestion d’ascarides
UT ae morts depuis trois jours, un cobaye sur deux est mort en deux jours, mais sans symptômes nerveux.
Troisième expérience. — À deux cobayes encore nous avons donné des lombrics morts tout récemment ou même encore vivants, m ais rendus malade par un séjour prolongé (trois jours), dans une eau rendue irritante par l’adjonction d’un peu d’alcool. Les animaux expérimentés sont morts l’un en deux heures, l’autre en huit heures ayant fous deux présenté des spasmes convulsifs, de la dilatation pupillaire, de la raideur des membres et des mouvements tétaniques. |
-Ces résultats font penser à une véritable intoxication. L’analogie d’ailleurs est frappante avec les empoisonnements alimentaires à forme typhoïde, qui rappellent la dothiénentérie à tel point que certains
auteurs, Lüber en particulier, ont pu croire qu’il
s'agissait de fièvre typhoïde méconnue (accidents de
Anderfingen, Kloten et Hjaetelin).
Nous croyons donc qu'il se passe ici quelque chose
d’analogue à ce que nous remarquons dans l’empoi-
sonnement par certains mollusques qui ne sont toxiques que dans des conditions spéciales. Il n’a pas été possible encore d'isoler la toxine de l’asca-
ride ; mais il est probable qu'il ne s’agit pas d’une
ptomaïne développée dans le corps de l’animal par
la putréfaction.
Dans nos expériences les cobayes qui avaient ingéré des ascarides en voie de putréfaction sont
morts sans convulsions, sans spasmes, presque sans
accidents nerveux. Ceux au contraire qui avaient ingéré des ascarides malades sont morts dans les
convulsions. Ceux de M. de Chanson sont morts
de même. Nous croyons donc pouvoir dire que le
suc ascaridien est un produit d’excrétion du ver ma-
lade, soit qu’il constitue un produit de dégénérescence morbide du suc normal, soit qu’il constituée une toxine semblable à la mythilotoxine que Brie-
ger a trouvée dans le corps et surtout le foie des
moules toxiques, vivant dans des conditions anor-
males.
Ce poison, éliminé par le lombric, dont on a pu constater l’action irritante sur les muqueuses nasales, buccales, oculaires et laryngées, agirait peutêtre sur le cerveau, peut-être sur la muqueuse intestinale ; peut-être même aurait-il une action spéciale sur les plaques de Peyer, action comparable à celle des ptomaïnes toxiques du bacille d'Eberth.
Quant aux circonstances qui peuvent provoquer chez les parasites cet état morbide, nous n’avons | pas pu les déterminer. Vraisemblablement il s’agit :. d’une question d’aliment : telle nourriture venant provoquer dans l’organisme ascaridien la sécrétion du liquide toxique, ou lui donnant des propriétés nocives nouvelles. |