‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 4 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA TOUR. — LE TEMPLE. — LA CITÉ. — SAINT-PAUL. L'INCENDIE DE LONDRES ET SES CONSÉQUENCES

La Tour de Londres est intéressante surtout par ses souvenirs historiques et comme monument de l'époque de la conquête normande. C'est une forteresse établie par le Conquérant, sur une éminence pour dominer la ville et près de la rivière pour recevoir au besoin des secours par eau et garder le passage et le Pont de Londres. La Tour Blanche (White Tower) dont les murs extérieurs ont été refaits par Sir Christopher Wren, en est le donjon central^ bâti vers 1085 par Guillaume le Conquérant. Elle renferme un musée d'armes et une belle chapelle normande, la chapelle de Saint-Jean, au deuxième étage, d'une imposante simplicité avec ses énormes piliers de maçonnerie qui forment ambulatoire tout autour de la nef. U^ne dizaine d'autres tours des xii^, xiii*-' et xiv^ siècles, très restaurées d'ailleurs, ont presque toutes leurs souvenirs sinistres, car la Tour, élevée pour être un palais royal, cessa de remplir cet office presque aussitôt que le palais de Westminster fut construit, et ne servit plus que de forteresse, de prison et de lieu d'exécution.

lo LONDRES

C'est à la Tour que furent enfermés Jean le Bon, roi de France, après Poitiers, et Charles d'Orléans après Azincourt : c'est là que furent exécutés Sir Thomas More en 1531, deux des femmes de Henr\- VIII, Anne Boleyn et Catherine Howard. Jane Grey et sou mari, StraÔ'ord et ^Monmouth, les lords écossais rebelles de 1745-1747. et bien d'autres. C'est à la Tour que les ^c enfants d'Edouard », chers à nos romantiques, furent assassinés, suivant la tradition.

l'ii.l.. V.il.'iiliii.-

Vue d'ensemble de li Tour de Londres.

et à la Tour que Sir Walter Raleigh. le grand explorateur et homme de guerre, composa en prison son Histoire du monde.

Dans une des cours une chapelle dédiée au xiv^ siècle à saint Pierre-aux- Liens (Saint Peter ad Vincula). un patron bien choisi pour des prisonniers, et rebâtie au xm:^ siècle, contient encore les dalles funéraires de beaucoup d'illustres \-ictimes et les tombeaux de la Renaissance de quelques officiers de la Tour.

Aujourd'hui la vieille forteresse, qu'on visite régulièrement, est une des joies des Cockneys et des étrangers. On y voit manœuvrer quelques soldats et parader quelques gardes nommés traditionnellement beej-eateis, dans leur costume spécial qu'immortalise un tableau de Millais. C>n ne sent nulle part mieux qu'ici la sécurité de ce Londres qui n'a jamais été menacé sérieusement qu'une fois par l'ennemi

l.A TorR.

IJ: TKMIM.K. - LA C I ï K .

SAI.NT-PAUI,

Les joyaux de la couronne d'Angleterre sont conservés dans une des tours, mais contiennent peu de pièces intéressantes autrement que par leur richesse. Le musée d'armes, dans le donjon, peut montrer entre autres curiosités, une armure de Henry VIII, de 1516, et une armure bourguignonne de la fin du xv*^ siècle, avec de jolies petites armures de princes enfants. C'est une partie du trésor historique de l'Angleterre qu'il faudrait aller voir, même si le décor n'inspirait pas de réflexion. ^Nlais la position même de la Tour, la forteresse des conquérants arrivés d'outre-mer, nous rappelle ce fait si important pour l'histoire de 1 Angleterre que depuis le xii^ siècle, la dynastie qui la gouverne est étrangère, ]\Iais quel conquérant diplomatique que celui qui donna à Londres, dès son arrivée, sa charte en anglo-saxon conservée au Guildhall !

De l'époque normande, comme la fondation de la Tour, date encore une église trop peu visitée, Saint-Barthélémy le Grand (Si Bartholomew the Great) qu'il faut aller chercher près du grand hôpital du même nom, dans le quartier de Smith field. Rahere, un prieur vivant au xii^ siècle, dont on voit encore dans l'église un beau tombeau du xv^ siècle, avec une effigie couchée, peut-être plus

ancienne, fonda là un prieuré de moines augustins et finit seulement le chœur et une partie des bâtiments conventuels. L'église ne fut achevée qu'au xvi^ siècle, et la congrégation étant dissoute peu après par Henn,- VIII. elle devint alors paroisse et fut restaurée de nos jours, mais la portion Est de l'ancienne église est intacte et c'est un magnifique spécimen d'architecture normande, très voisine de la chapelle de vSaint-Jean à la Tour, avec les mêmes piliers formant ambulatoire. C'est aussi un des rares intérieurs d'églises, à Londres, auxquels la restauration ait laissé sa sombre couleur, le seul peut-être où l'on puisse retrouver quelque chose de ce passé lointain que

♦ Photo .Seurdein.

Entrée de la Tour de Londres.

12 LONDRES

nous connaissons si mal par les livres et que l'architecture ressuscite si bien. Nous avons cependant dans les documents écrits une description de Londres au xii*" siècle, assez agréablement détaillée par un chroniqueur écrivant en latin, nommé Fitzstephen. Tous les historiens de Londres s'en sont servis, mais elle est écrite sur un ton de panégyrique si enthousiaste qu'il est difficile de la prendre entièrement au sérieux. Ce clerc, qui fut l'ami de l'évêque martyr Thomas Becket, écrivit sa description de Londres comme introduc-

l'Iiolo V..l,iUii

Le Pont de la Tour, ouvert.

tion à la vie de ce saint, avant iiqo. Il nous parle du grand mur romain qui entourait encore la Cité, du grand palais, la Tour, dont le mortier, pour plus de solidité, dit-il, avait été délayé dans le sang des animaux, et de deux autres châteaux forts normands, Baynard Castle et Montfiquet; il énumère treize églises de couvents et cent vingt-six églises de paroisses, nombre qui paraît démesuré pour les 30 à 40.000 habitants que pouvait avoir alors Londres. Il mentionne aussi que les métiers étaient répartis en différents quartiers. Il nous fait admirer partout des jardins vastes et beaux, spatiosi d spcciosi, comme il dit. La vertu des matrones de Londres est pareille à celle des Sabines elles-mêmes, les écoles célèbres et la cuisine variée, u ce qui contribue à la fois à l'utilité de la ville et à la civilisation ». Les jeux sont fréquents : au carnaval

Page 1