‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 30 sur 44 · LIUOLK ANGLAISE DE PEINTIRE DAX.^ LES MUSEES · texte numérisé non relu

LIUOLK ANGLAISE DE PEINTIRE DAX.^ LES MUSEES

il a voyagé dans presque toute l'Angleterre, en France et en Suisse et il a fait d'innombrables dessins d'après nature. Déjà dans ces dessins qui comprennent presque toujours des monuments ou des vues de villes, Ruskin a remarqué des déformations singulières ou plutôt des libertés prises avec le paysage naturel. Admirable dessinateur d'architecture, il ne se faisait pas scrupule de modifier les monuments qu'il dessinait, adorateur des paysages de montagne, il exagérait presque toujours ses vues dans le sens de la hauteur. Il était fait évidemment pour rêver le paysage plutôt que pour le reproduire. Il essayait

Turner. Didon construisant Canhage National Gailerv

aussi déjà des tableaux mythologiques et classiques dans de grands paysages qui devaient être un de ses genres caractéristiques. Mais il est très important de noter qu'il apprit à voir la lumière dans les pays du Xord, sur la mer et dans les pays de montagnes, avec un voile de brouillard qui pénètre la plus brillante couleur.

Du reste il était des plus éclectiques comme sujets. \'ues de marines, de montagnes, paysages mythologiques, pour\-u qu'il eût à peindre en pleine lumière, avec le moins d'ombres possible, il était heureux. Dès ce temps il était un grand peintre de marines. Sa Jetée de Calais (1802, année de son élection à l'Académie Royale) est déjà un tableau caractéristique, quoique plus sombre

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que tout ce qu'il a peint après. La composition est très savante dans son désordre et il a fallu une puissance de vision intérieure extraordinaire pour reproduire avec autant de vraisemblance une scène qui n'a jamais pu être peinte d'après nature. Turner, dès ce temps, ne faisait que des esquisses très sommaires d'après nature, avec des indications de couleur, mais le plus souvent au crayon seulement, avec des rehauts de crayon blanc, d'aquarelle ou de gouache.

Il réservait toute son application pour de précieuses aquarelles toujours exécutées par petites touches comme des tableaux à l'huile, suivant la méthode de l'ancienne école anglaise, et non lavées largement.

De 1805 à 1820, Turner est dans sa seconde période, et principalement sous l'influence de Claude Lorrain. Il ne cherchait nullement à dissimuler qu'il rivalisait avec le grand peintre classique et voulait l'imiter, puisqu'il a intitulé Liber Studionoii le recueil de dessins reproduits à l'eau-forte et à l'aquatinte qu'il publia de 1807 à 1819, à l'imitation du célèbre Liber Veritatis de Claude Lorrain (reproduit alors en Angleterre), puisqu'il a légué à la nation deux de ses tableaux, la Fondation de Cartilage (1815) et le Soleil levant dans le brouillard (1807), à la condition qu'ils fussent exposés entre deux tableaux de Claude. Ils sont, en effet, placés entre le Mariage d'Isaac et de Rebecca, et VEniba remuement de la reine de Saba du Lorrain (à la Galerie Nationale).

La comparaison montre que Claude Lorrain eut sur Turner une double influence. Il prit l'habitude de mettre comme lui ses compositions dans une lumière vue de face, et il s'éprit comme lui d'un beau ton doré allant du citron le plus pâle à l'orangé. Mais soleils levants ou soleils couchants, la lumière du maître français et classique, est toujours assez atténuée pour ne pas éblouir ; elle dessine fortement les ombres et ne détruit pas les formes. Turner devait finir par l'éblouissement d'un plein soleil vu de face, d'une lumière sans ombres ou avec des ombres si lumineuses qu'elle semble venir de tous les côtés à la fois, avec la conséquence naturelle que les objets perdent leur forme et ne sont plus vus que comme on voit dans un éclair.

]\Iais c'est là sa dernière manière, et dans la seconde qui nous occupe, celle du paysage classique, il peint encore des architectures très définies, quoique fantastiques. C'est la période de la Didon construisant Cartilage (1813) à la Galerie Nationale, œuvre d'un Claude Lorrain qui n'avait pas encore vu le soleil méditerranéen et qui cherchait à se le représenter a\-ec sa vision d'homme du Nord.

A partir de 1819, Turner fit plusieurs voyages en Italie et en France et sa peinture se modifia encore, mais toujours dans la même voie. Il cherche à reproduire la lumière, c'est-à-dire la couleur, sans aucun mélange d'ombre et

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