‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 31 sur 44 · KCOLK ANGLAISE DE PEINTURE DANS LES MUSEES · texte numérisé non relu

KCOLK ANGLAISE DE PEINTURE DANS LES MUSEES

atténuée par sa seule division. Il n'y a jamais, dans cette troisième manière, une grande étendue couverte d'un même ton; Turner, même dans ses vues d'Italie, évite de représenter les ciels purs et les mers calmes. Il adore \'enise, parce que la couleur y est toujours pénétrée de brouillard comme en Angleterre, si cette brume lumineuse et transparente peut s'appeler un brouillard. Quoiqu'on puisse penser de l'admirable peintre qu'il fut déjà dans sa seconde manière, ses vrais chefs-d'œuvre, ceux qui ne doivent rien à personne, sont de cette dernière période. C'est celle qui produisit le Golfe de Ba'soi Ulysse et Polyphème, le Pèlerinage de Childc Harold, la I'i)i du vaisseau « le

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Turner. Le pèlerinage de Child Harold National Gallery).

Téméraire », les Funérailles du peintre Wilkie en mer, et tous les admirables chefs-d'œuvre de la Tate Gallery.

Nous sommes obligés de choisir ceux qui ne disparaissent pas complètement dans une reproduction, deux des paysages, à moitié réels, qui préludent aux extraordinaires visions des dernièers années. Ces deux études de 1829. Petworth Park et Chichester Canal sont à la Tate Gallery, comme le merveilleux Arc de Triomphe de Constantin, la Baie rocheuse avec des persojinages mythologiques et la l'ue de Hastings, à la voile rouge, qui est peut-être la plus lumineuse vision du peintre, avec ses Vues de Venise. On ne manquera pas d'étudier aussi à la Tate Gallers- l'immense collection d'aquarelles qui donnent parfois l'explication des plus extraordinaires énigmes. Ainsi le Paysage avec un monstre marin (n» 1990) me parait une pêche au thon, inachevée, dont

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l'aquarelle n'^ CCCLIII. 21 est la préparation. Il est d'ailleurs inutile, je crois, d'essayer d'expliquer Turner à ceux qui ne l'aimeront pas dès leur entrée dans ces salles.

Ces toiles où le vieux peintre solitaire a mis ses rêves de couleur sont parfois presque des palettes, des préparations à des œuvres plus achevées comme il en peignit presque jusqu'à son dernier jour. S'il les a léguées, si ou les a exposées, c'est pour nous faire comprendre d'autres œuvres de lui, plutôt que pour elles-mêmes.

Pour celui qui arrivera à aimer Turner, il restera d'une visite à la Tate Galler}-, précisément je crois, ce qu'il aurait voulu, un éblouissement, et la

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Turner. Petworth Park Tate GallervV

vision d'un autre monde à côté duquel celui-ci pâlit presque, vision dont on ne peut exiger ni retenir des formes précises, mais seulement ou surtout un plaisir de rêve. C'est ce qui a soutenu l'étrange artiste dans son extraordinaire carrière, qu'il termina en laissant toute sa fortune et toute son œuvre à la nation. La fortune fut réclamée par les héritiers, mais l'œuvre reste aux musées de Londres comme le seul trésor, à proprement parler, incomparable qu'ils possèdent, l'œuvre entier d'un grand peintre.

Pour l'école anglaise de 1830 à n.os jours, nous sommes obligés de nous en tenir à une revue bien incomplète de ce que contiennent les musées de Londres. A l'exception de ceux-là mêmes des artistes qui nous intéressent le moins aujourd'hui, le peintre de genre David Wilkie, Sir Edwin Landseer, l'animalier, les maîtres de 1800 à 1850 sont déjà assez mal représentés, mais quand on arrive à l'école de 1850. aux préraphaélites et à ceux qui se rattachent à

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renseignement de Ruskin, il faut ax'ouer qu'il serait difficile de se faire une idée exacte de leur œuvre d'après leurs tableaux exposés, exception faite pour George Frederick Watts.

ly'Ecossais David Wilkie (1785-1841), l'Irlandais William Muiready (1786-1863), l'Anglais William Etty (1786-1849) intéresseront peu les Français d'aujourd'hui, (quoique le premier ait exercé une certaine influence sur les peintres français de l'école de 1830 pour restaurer chez nous la peinture de genre et que Delacroix l'ait fort admiré. vSes tableaux les meilleurs sont au musée de South Kensington et à la National Gallers'. Mulreadv lui est encore

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Turner. Chichester Canal Tate Gallerv' .

inférieur et il a tout à fait perdu le sens de la couleur claire et harmonieuse qui distinguait jusque-là l'école anglaise. Presque tous ses tableaux sont au musée de South Kensington. Un autre peintre anecdotier, Charles Robert Leslie, est aussi bien représenté à South Kensington. Il faut connaître tous ces peintres pour savoir contre quelles influences néfastes Ruskin et l'école préraphaélite à sa suite eurent à lutter. Nous ne pouvons que conseiller au Français désireux de s'orienter, la lecture des premières pages de la Pci)itiii'c û)iglaisc contemporaine de M. de la Sizeranne.

L,e fait le plus marquant de la période qui s'étend dans l'art anglais de 1820 à 1860 est la disparition du portrait. Rappelons le jugement du meilleur historien de la peinture anglaise que nous connaissions. Sir \A'alter Armstrong :

« Pour des raisons que l'on n'aperçoit pas, l'art pictural du portrait disparut presque entièrement entre la mort de Lawrence et la venue de ]Mil-

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lais. La seule exception à la médiocrité générale nous est fournie par Watts, qui sut unir la largeur du style et l'imagination artistique aux exigences objectives. L'art du portrait tomba dans un tel discrédit que ]Millais crut nécessaire de s'excuser lorsqu'il s'y consacra. Watts lui-même, malgré toutes ses qualités, ne fit couramment des portraits que dans la seconde moitié de sa carrière. »

Comme on n'a jamais vu une grande école de peinture sans portraitistes, il faut peut-être rapprocher ce phénomène de la disparition du portrait, et en général de l'étude sincère d'après nature, du caractère quelque peu artificiel de l'école anglaise dans son plus beau moment, soutenu par la gloire de quelques hommes de génie, mais manquant d'enseignement, et du travail en commun qui constitue véritablement une école.

Quand il y eut des principes, une nouvelle école se forma. Ce fut le préraphaélitisme ou ce que nous aimerions mieux appeler l'école ruskinienne, car si tous les peintres de cette école n'imitent pas les primitifs italiens, tous écoutent Ruskin, le suivent dans quelqu'une des voies multiples et divergentes qu'indique son enseignement enthousiaste et divinateur, mais illogique et qui ne redoute en rien les contradictions.

Ruskin, par la date de ses Peintres modernes est bien un précurseur. [Niais dans ses Peintres modernes il professe à la fois l'étude de la nature la plus patiente, la plus minutieuse, un art du paysage qui serait géologique et botanique et... le culte de Turner, dont malgré toute l'ingéniosité possible, on ne fera jamais un naturaliste. La conciliation était presque impossible entre l'idéal que Ruskin proposait, et la manière dont il cro3^ait le voir réalisé. Il fut écouté surtout dans son appel au naturalisme intransigeant, d'un impressionnisme presque anti-artistique, par Ford Madox Brown, Millais et Holman Hunt ; sur Burne Jones, Rossetti et George Frédéric Watts il eut avant tout une influence morale, car ces derniers ne suivirent pas en réalité ses préceptes et il serait difficile de trouver des peintres moins naturalistes qu'eux. Heureusement il ne se trouva personne pour imiter Turner, car on frémit en pensant ce qu'aurait pu produire un imitateur de Turner sans son génie.

L'école préraphaélite à ses débuts ne comprenait pas un portraitiste, l'enseignement de Ruskin ne put donner à l'Angleterre un paysagiste selon son cœur, l'étude du nu était proscrite par les conventions de la moralité anglaise, l'anecdote historique et la peinture de genre méprisées comme les caractéristiques de l'ancienne école, on voit ce qui restait : l'allégorie religieuse et morale, qui correspondait seule aux tendances, d'un idéalisme j^lus littéraire au fond qu'artistique, de ces hommes. Chacun d'eux varia son cadre suivant son tempérament, Holman Hunt fut plutôt biblique, et Burne Jones

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médiéval, Watts se tint dans l'abstraction pure, mais tous, comme autrefois Hogarth, voulaient dire quelque chose qu'il n'appartient pas à la peinture de dire.

C'est peut-être chez Watts que ceci est le plus apparent, et c'est Watts, de tous ces peintres, qu'on peut le mieux étudier dans les musées de Londres. Ses peintures allégoriques sont à la Tate Gallen*', et ses portraits à la National Portrait Gallery. C'est un grand poète qui eut la passion de son art, mais qui n'y réussit jamais en artiste autant qu'en moraliste. Il s'impose par la noblesse de ses conceptions, mais la réalisation en est souvent douloureusement inférieure. Il a mieux réussi dans ses portraits. L'idée seule d'avoir entrepris cette galerie de tous les hommes illustres de son pays qu'il admirait est louable, la réalisation, dans sa sincérité appliquée, parfois maladroite, est souvent admirable.

Comme il peignait, là au moins, d'après nature et cherchait avant tout à exprimer l'individualité, la faiblesse de ses moyens apparaît moins. Il }• a trente et un de ses portraits à la Galerie Nationale des portraits, et chose

curieuse, ceux des poètes et des artistes Tennyson, Browning, Walter Crâne, William Morris et Burne Jones, qui furent ses amis, sont les meilleurs, comme si ce peintre de l'âme avait su mieux peindre ceux qu'il avait le mieux compris. Dante Gabriel Rossetti était encore moins un peintre que Watts. Nous reproduisons sa meilleure œuvre, V Annonciation ou Eccc Ancilla Doniini (à la Tate Galler\-). Le mouvement au moins en est expressif. Mais Rossetti était tellement et si profondément maniéré qu'il a rarement réussi à créer une œuvre sincère. Il avait un type de femme à la fois sensuel et mystique qu'il

I'liot).Mans.-ll.

Rossetti. L'Annonciation ^Tate Gallery\

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reproduisit sans chercher à le varier. Poète en vers, dans une certaine manière morbide et passionnée qui avait son charme, sa peinture nous touche peu, et elle eut le grand défaut de laisser croire que l'art pouvait, sans déchoir, se complaire dans l'artificiel.

Sir Edward Burne Jones (1833-1898) qui subit malheureusement l'influence de Rossetti, était infiniment mieux doué que lui comine peintre, beaucoup plus varié aussi et plus profond comme inspiration, mais il avait le défaut de l'école que Rossetti ne fit qu'exagérer, il ne voj'ait pas la nature. Quoiqu'il ait tout fait pour acquérir la science du dessin et du coloris, ses plus beaux tableaux, d'une poésie si séduisante, ont un charme intellectuel de composition et de conception plut(3t que d'exécution. ^loins il a voulu dire et plus il plaît, dans ses beaux dessins, par exemple. Le coloris de ses tableaux est très artificiel, l'alliance fréquente de ses carnations pâles, presque livides, avec des draperies d'un bleu verdâtre acide, est particulièrement désagréable à l'œil. Nous donnons ici, un de ses tableaux de la Tate Galler}*, la légende du roi Cophetua qui mit une mendiante sur le trône, mais ses chefs-d'œuvre, Laiis Veneris, le Chant d'amour, V Escalier d'Or, le Miroir de Vénus, les Profondeurs de la Mer, ne sont pas dans les collections publiques de Londres.

Chronologiquement, Ford ^ladox Brown {1821-1893) et William Holman Hunt, né en 1826, se placent avant Burne Jones, mais ils représentent une autre tendance du préraphaélitisme, la section de l'école qui voulut exprimer le même idéalisme moral et religieux par des moyens d'un réalisme minutieux, intransigeant, presque brutal, qu'ils croyaient être ceux des primitifs. La Tate Galler}?- possède deux des toiles les plus curieuses de Brown, le Christ lavant les pieds de saint Pierre, et Chauccr à la cour d'Edouard III. Sa technique nous le fait ranger parmi l'école ruskinienne, suivant en cela l'opinion de ^L de la Sizeranne, quoique strictement parlant il n'ait pas fait partie du groupe.

Holman Hunt fut aussi un isolé, un étrange artiste, très sincère, mais qui ne vaut guère que par son idéal et par l'extraordinaire passion avec laquelle il chercha à le réaliser. Il est d'ailleurs mieux représenté dans les galeries provinciales, à Oxford, à Manchester, qu'à Londres.

Sir John Everett ]\Iillais, né en 1829, peut aussi être appelé un préraphaélite, quoique son inspiration soit plutôt pittoresque et anecdotique, à la manière des peintres de l'ancienne école, que légendaire et idéaliste. ^lais il adopta les grands principes techniques de l'école, le réalisme et la couleur brillante. Seulement il fut beaucoup mieux doué comme peintre, son dessin est savant et sa couleur harmonieuse dans des œuvres comme le Yconum de la Garde, l'Ordre d'élargissement (à la Tate Gallery) auxquelles on ne peut reprocher qu'une perfection un peu trop froide. Son Enfance de Waltcr Ralcigh, à la

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