‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 6 sur 44 · SAINT-PAIL · texte numérisé non relu

SAINT-PAIL

nion contre cet ordre déchu qui donna lieu à leur célèbre procès en P'rance, leur établissement fut donné aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui le louèrent ensuite aux étudiants en droit, et il finit par passer à la Couronne, à la charge d'être toujours consacré au même usage. C'est ainsi que se constituèrent, dans la vieille enceinte réservée autrefois aux Templiers, comme des collèges d'étudiants en droit, avec des chapelles et des halls et une organisation analogue, au moyen âge, à celle des étudiants d'Oxford et de Cambridge.

En 1608, James I*^^ finit par donner les deux Temples, car il y a VInner Temple et le Middle Temple, aux Benchers, c'est-à-dire aux administrateurs élus par les étudiants réunis en deux sociétés, et correspondant aux jellows ou membres agrégés des Universités.

Le Temple essaima dans tout Londres pour former d'autres sociétés d'étudiants. Gray's Inn fut fondé à l'imitation du Temple, Clifford's Inn, Lyon s Inn, aujourd'hui démolis, dépendaient directement du Temple. Staplc Inn, dans Holborn, a encore sa vieille façade à pans de bois du temps de la reine Elizabeth, témoin égaré d'un autre âge dans la rue bruj^ante aux immeubles démesurés. Les souvenirs qui s'attachent au Temple sont les plus beaux et les plus glorieux, mais chacune de ces Inns, de ces retraites du savoir, a son charme particulier.

Le Hall de VInner Temple est moderne, mais ses cours ont vu passer Sir Edward Coke, le grand légiste, John Selden, un des plus extraordinaires érudits de son temps. Sir Francis Beaumont, un noble poète du temps de Shakespeare, William Cowper, une des âmes les plus tendres et les plus délicates de la fin du xviii^ siècle, enfin Charles Laml), qui a décrit tout ce petit monde dans un de ses plus charmants Essais.

Entrée du Temple.

Dans le Middle Temple, on admire le Hall original de 1572, avec samao-nifique charpente, un des plus beaux intérieurs de la Renaissance anglaise qui nous aient été conservés. C'est là qu'on joua pour la première fois le Soir des Rois de Shakespeare et que furent élevés dans l'étude de la loi Sir Walter Raleigh, le héros malheureux du temps d'Elizabeth, le poète John Ford, le

Église ronde du Temple.

chancelier Clarendon, historien monarchiste de la Grande Rébellion, c'està-dire du temps de la république de Cromwell, les poètes comiques Wyclierley, Congreve, Shadwell, les orateurs Burke et Sheridan. Cette énumération donne une idée approximative de ce que cette Ecole de droit, en toute autre chose combien différente de la nôtre, a donné à la nation, dans tous les genres. C'est une cité à part qui a ses portes, ses passages, ses cours nombreuses aux noms pittoresques et surannés, ses jardins paisibles, du côté de la Tamise, toute une atmosphère de recueillement et d'activité calme dans la fièvre de

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LA dïK. - SAINT-PAUL

cette ville immense où tout paraît ultra-modenie et créé d'hier et où presque tout remonte au moyen âge dans son premier établissement.

Le Temple fait partie de la Cité et il y avait autrefois en face du Temple, à l'endroit où le Strand se continue en Fleet Street, une porte monumentale en travers de la rue qu'on appelait Temple Bar. C'était la limite officielle entre la Cité et Westminster, l'endroit où le cortège ro3^al, quand le roi venait visiter la Cité, s'arrêtait pour recevoir l'hommage des magistrats. Temple Bar était un édifice sans caractère et gênant pour la circulation, il a été démoli en 1878, et il ne reste plus qu'un petit monument commémoratif sur une des maisons en face de son emplacement, la barrière a disparu et depuis des siècles la Cité a été submergée dans le reste de Londres toujours accru, mais c'est toujours là que la procession royale s'arrête lors des couronnements.

Ce cérémonial sans objet apparent, c'est toute l'Angleterre. La confrérie des avocats, en Angleterre comme en France, a conservé des usages, un costume spécial, la vie en commun dans les Inns of Court représente seulement un état plus archaïque de la même profession, comme la perruque des juges. Gray's Inn et Lincoln' s Inn, quoique originairement des Inns of Court ou demeures de gens de loi, ont moins bien conser\-é que le Temple leur caractère spécial. Dans ces paisibles retraites en plein Londres vivent mai ntenant beaucoup de gens qui, tout en appartenant aux professions libérales, ne sont pas de la juridique. Ces deux Cours ont des restes architecturaux qui demeurent en témoins de leur passé, à Lincoln's Inn une porte monumentale sur Chanccry

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Tombeaux des Templiers, dans Téglise du Temple.

LONDRES

Lane, bâtie en 1518, et une chapelle construite par Inigo Jones et datée de 162 1. I^e Hall, bâti en 1845, a été garni des vitraux et des boiseries armoriées de l'ancien édifice. Sir Thomas More, un des plus grands esprits de la première Renaissance anglaise, Cromwell, Pitt, Canning furent étudiants à

Hall du Temple.

lyincoln's Inn. Les champs qui ser^-aient de lieu de récréation sont devenus un square public, Lincoln sinn Ficlds, aprèsavoir été auxxvii*^" et xviii^ siècles un repaire de bretteurs, duellistes et brigands, dans l'insécurité du Londres d'alors. C'est là que fut exécuté Lord Russell en 1683 et on dit qu'il put apercevoir de l'échafaud sa maison bâtie dans Bloomsbury, tant ce quartier, maintenant en plein centre de I.,ondres, était alors peu habité !

A Gray's Inn c'est le souvenir de Lord Bacon qui nous arrêtera un moment. Le grand chancelier, un des précurseurs de la science moderne et l'un des plus

LA TOUR

LE TKMPLK.

LA CITK. — SAINÏ-PAL'L

grands prosateurs de 1 époque d'Elizabeth, fut aussi un amateur de jardins et prit la charge de ceux de Gray's Innen 1597. Dans son £ss«î sur les jardins il donne la liste des plantes et des fleursqui prospéraient à Londres de son temps, dans cet air pur d'un quartier qui touchait alors aux champs, avec une vue qui s'étendait jusqu'aux collines du nord de Londres, à Highgate et Hampstead. Aujourd'hui les jardins du philosophe existent encore, mais enserrés entre de hautes maisons noires d'où tombe, avec la suie, une tristesse que Dickens, cet amoureux de Londres, a signalée. Mais Samuel Pepys et Charles Lamb, deux

Porche de l'église du Temple.

autres Londoniens éminents,qui les virent plus beaux sans doute, les aimèrent, et peut-être peut-on y trouver encore une ombre du charme que ces lieux avaient encore il y a un siècle.

On s'arrêtera peut-être aussi avec curiosité devant le magasin d'antiquités, qui est, assure-t-on, celui immortalisé par Charles Dickens. Tout ce quartier du Temple, de Holboni, Chancer\- Lane et des rues qui avoisinent les Inns oj Court, bien transformé aujourd'hui, est celui auquel il est fait le plus souvent allusion dans les romans de Dickens, comme Oxford Strcd récemment ouverte alors, a été célébrée par le Mangeur d'opium, Thomas de Quincey, dans ses Confessions.

Une autre relique du vieux Londres se trouve à Gray's Inn, c'est le Hall, de 1560. Il a des boiseries du temps, qu'on attribue à des artistes allemands

LONDRES

ou flamands, et c'est dans cette salle et pour les membres de la société de Gray's Inn que fut jouée pour la première fois la Comédie des Erreurs, de Shakespeare.

Une fondation du moyen âge qu'on peut rapprocher des Inns of Court c'est CharterhoHSt, anciennement une chartreuse bâtie en 1371. En 1537. elle fut supprimée avec les autres monastères par Henr\- \'III qui la donna à Lord Xorth. Elle passa ensuite aux ducs de Xorfolk. puis à un grand marchand de Londres, Sir Thomas Sutton. qui en lit une école pour quarante enfants pauvres, jointe à un hospice pour quatre-vingts vieillards. Les deux institu-

rii.'l.. .N.'Ui.iriu.

Porte normande de Téglise du Temple.

tions existent encore, mais l'école, accrue jusqu'à comprendre 500 élèves, a été transportée à la campagne et celle qui est actuellement logée dans les bâtiments est celle qui appartient à la corporation des marchands tailleurs. Le terrain de jeu est sur l'emplacement de l'ancien cloître, les bâtimentsconser\-ent des restes des xiv«^ et x\^^ siècles, la chapelle est de 1612. Les » pauvres frères >\ poor hrethrcn, ces vieux retraités dont Thackeray a décrit la vie dans les Neu'comes, passent encore leur existence dans les cours et les vieux bâtiments du temps d'Elizabeth. C'est un coin charmant du vieux Londres qui. tout à côté de l'affreux marché à la viande de Smithfield, est bien menacé aujourd'hui par les démolisseurs, mais ne disparaîtra pas, espérons-le, comme Christ's Hospital, l'ancienne fondation des Frères Gris, près de Xevvgate, où furent élevés Charles Lamb et Coleridse.

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