‹ Londres, Hampton Court et WindsorChapitre 9 sur 44 · I.A TOUR — LK TKMIT.K. — LA C I T K . — SAI.\ï-PA[;L · texte numérisé non relu

I.A TOUR — LK TKMIT.K. — LA C I T K . — SAI.\ï-PA[;L

On peut remarquer encore que la Cité proprement dite ne contient ni un

l'iiol., II.Tll

Saint-Saviour. Southwark. Tombeau du poète John Gowcr.

théâtre ni un musée. A Paris, la Bourse est près de l'Opéra-Comique, et la

Tombe de l'Alderman Humble, à Saint- Sa viour.

Banque pas loin de l'Opéra, le quartier des affaires voisine avec celui des

LONDRES

amusements. Mais ici, quoique le Londonien aime beaucoup les distractions, il ne songe pas à les entremêler avec son travail comme le Parisien. C'est le samedi après midi avec le dimanche, le week-end, qui constitue une fête et un repos et non pas toutes les heures de loisir comme à Paris. La foule, dans la rue, n'a pas de curiosité. Parce que la lutte pour la vie est plus câpre, et qu'elle n'a pas de temps à perdre, il n'y a pas d'intermédiaire entre le travailleur et le mendiant, et point de flâneurs. Le Londoner ne regarde pas ses monuments et pourvu qu'ils portent le nom traditionnel, peu lui importe qu'ils n'aient plus rien d'ancien, il n'est pas artiste. Cette forme toute particulière du respect, qui s'attache aux noms plus qu'aux choses, explique et tolère toutes les res- 1,^^^^ '"^i^É^ ■-^^l'iv^^^^l taurations. \'ieux ou neuf, qu'im-

R^'^B' 'i^-vî'^^- J»i. - ^ ■ J^^^H porte pour un peuple pratique,

pourvu que la forme soit à peu près conservée et que les choses gardent leur nom !

On vous montre avec admiration, à Londres, Mansion House, demeure du lord maire, le Roval ExcJiange, la Banque d'Angleterre, pauvres et tristes monuments dont les plus anciens sont du xviii^ siècle, mais on est habitué à les voir, comme les monotones églises de Sir Christopher \\'ren et de ses élèves qui ont remplacé toutes les églises de paroisses brûlées dans le grand incendie. On ne peut se figurer Londres autrement que dans cet attirail pseudo-classique, voilà tout ce que peut se dire, pour se consoler, l'étranger déçu qui cherche dans Londres une ombre de la Cité d'autrefois.

Le Monument, près de London Bridge, rappelle le souvenir de l'incendie mémorable qui détruisit les quatre cinquièmes de la Cité de Londres en 1666. Cet événement a eu une si grande importance dans l'histoire de Londres, et a déterminé à un tel point l'architecture de toute la ville, la catastrophe eut un

Saint-Saviour, Southwark.

Tombeau de John Treherne.

LA TOrR. - LK TKMPLK. - I.A CITÉ. - SAîNT-PAL'I.

tel retentissement clans l'Europe entière, qu'on peut bien lui consacrer une

page.

Nous avons vu que dès le xii*^ siècle les incendies étaient si fréquents à Londres cjue le chroniqueur Fitzstephen y voyait, avec l'intempérance de

Xef de Saint-Saviour. Southwark.

ses compatriotes, les deux seules pestes de la ville, qui était alors, en toute probabilité, construite surtout en bois.

Le 2 septembre 1666, le feu prit dans la boutique d'un boulanger, près de l'endroit où est actuellement le ^Monument, et s'étendit aussitôt, ces maisons de bois étant extrêmement combustibles après un été très chaud. L'incendie proprement dit dura quatre jours, on ne put l'arrêter qu'en prévenant sa marche en démolissant les maisons, et six mois après, les ruines de Londres étaient encore fumantes !

L'incendie brûla 89 églises, 4 des portes de la ville, le Ouildhall, et Baynard

Castle, une ancienne forteresse du moyen âge sur les bords de la Tamise. Il détruisit 13.200 maisons et 460 rues, comme le rappelle encore l'inscription du Monument. L'ancienne inscription attribuait l'incendie aux papistes, comme la rumeur populaire du xvii*^ siècle, et ne fut enlevée qu'en 1831, à la veille de l'émancipation politique des catholiques, quoique le poète Alexander Pope eût protesté dès le xviii^ siècle en vers courageux.

Le Monument de Londres, en montrant le ciel Comme un orand brutal, lève la tête et ment !

rii.'lo Valnilinr

Banque d'Angleterre. Royal Exchange.

Le Monument, élevé en 1671-1673 sur les dessins de Sir Christopher Wren, que nous retrouvons à Saint-Paul et partout à Londres, est une colonne de 202 pieds anglais de hauteur, contenant un escalier qui permet de monter jusqu'au sommet et d'avoir une des plus curieuses vues de Londres et de la Tamise.

L'incendie aA'ant détruit Londres depuis la Tour, à peu près, jusqu'au Temple, et de la Tamise jusqu'à Saint-Giles, Cripplegate. au Nord, une tâche immense s'imposa immédiatement : refaire la ville entière, rendre des habitations à 200.000 personnes sans abri, campées dans les parcs sous des huttes provisoires.

Au point de vue artistique, on ne sait pas exactement ce qu'on a à regret-

I,A TOl'K

IJ-: THMPLE.

1,A CITK

SAIXT-PAL'L

ter. L'intérieur de l'aiicien Guildhall gothique devait être défiguré déjà par le goût du xvii^ siècle et nous savons bien peu de chose sur toutes ces églises de paroisses qui furent détruites plus ou moins complètement. Des restes comme ceux de Saint-Giles, Cripplegate, de Great Saint-Helen, Bishopsgate, celle-ci renfermant cependant de beaux tombeaux du xv^ siècle, dont nous reproduisons celui de Lord et Lady Cro.sby, ne font pas trop regretter les autres. Si elles avaient survécu au feu, auraient-elles d'ailleurs survécu aux restaurations de trois siècles ?

l'li..|o Xalnili

Maiision House.

Le monument le plus vénérable, et sans doute aussi le plus intéressant ^t le plus beau que le grand incendie ait détruit, c'est l'ancienne cathédrale de Saint-Paul qui était à peu près exactement sur l'emplacement de la nouvelle.

Bède le Vénérable écrit qu'au commencement du vu'' siècle, une église fut bâtie à Londres pour Mellitus, premier év'cque consacré dans cette ville par Augustinus, premier archevêque de Canterbury. La conversion des Londoniens ne se fit pas sans peine, l'évèque ]\Iellitus fut chassé, mais il revint et le culte recommença dans l'église située sur une éminence voisine de la Tamise, peut-être sur l'emplacement d'un temple de Diane.

LONDRES

Est-il besoin de dire que de cette première église il ne reste que cette mention, et la tradition qui donne saint Paul comme patron de la Cité de Londres ? De même, la deuxième cathédrale, normande celle-ci, fondée par Mauritius. chapelain de Guillaume le Conquérant, et où furent déposées les

rehques de saint Erkenwald, un évéque

»de Londres dont nous avons une très curieuse légende, et dont le sépulcre r^ attirait beaucoup d'offrandes. Celle-là

disparut aussi dans un grand incendie en 1136. Nous connaissons un peu mieux, grâce aux vues de Hollar et d'autres graveurs, la troisième cathédrale, gothique, qui fut bâtie en deux siècles, celle qui dura jusqu'au grand incendie de 1666.

^ I Toute cette colline nous est montrée sur

^^^ les anciennes vues comme un groupe

^B| d'églises. Il y en avait une souterraine.

^^Ê I dédiée à Saint Faith (sainte Foi), au-des-

^^m ^ sous de la cathédrale, et une, Saint-Gré-

W^ ^^1 goire. y attenante. La grande cathédrale

dominait toute la \"ille de sa nef et de son clocher de bois fameux, un des plus hauts de la chrétienté, qui fut brûlé dès 1561. Elle était entourée de murs formant enceinte et contenant les maisons des chanoines et le palais de l'évèque. Dans un coin de cette enceinte, se trouvait la fameuse croix de saint Paul (Saint Pauls Crcss) où prêchaient en plein air les prédicateurs populaires, avec cette liberté de langage qui sentait déjà la Réforme, criant que les prêtres -> étaient vêtus comme des chevaliers, parlaient comme des comtes, étaient montés comme des princes, et tout ce qui était dépensé ainsi était du bien des pauvres gens et de l'héritage du Christ ». Cette chaire en plein air. qu'on laissait ainsi subsister avec une tolérance caractéristique du pays jusqu'à la Réforme, n'était qu'un pauvre petit édifice de bois couvert de plomb où l'on montait par des degrés de pierre.

La cathédrale elle-même, principalement du xiv*^ siècle, était magnifique intérieurement, riche en ornements d'or et d'argent, car le peuple anglais du

Le Monument.

],A TOUR. - LK Ti-MPiJ;. - LA C IT K . - S A I NT- l'A i: T. 35

moyeu âge était généreux j^our ses églises. Il y avait aussi un cloître avec une Danse des Morts.

C'était déjà l'église de la municipalité, celle où se rendait le nouveau lordmaire lors de son élection. C'est dans cette nef qu'on lut en 1521 la sentence du pape contre Luther, c'est là que survécut le plus longtemps en Angleterre le culte catholique avec ses pompes du démon, comme devaient dire plus tard les puritains. En 1547 on commença à y dire le service en anglais, on y entendit des protestations contre le jeûne de carême, contre le culte des

Tombeau de Lord et LaJy Crosby l'xv" siècle). (Great Saint-Helen Church).

saints, mais on y vit encore un service funèbre solennel à la mémoire de François I*^'", le persécuteur des protestants.

A partir de ce moment, le chroniqueur des Frères Gris signale la destruction de nombreuses œuvres d'art. Certains ornements offerts en vente publique furent achetés par des Espagnols ^t donnés par eux à des cathédrales de leur pays (Valence, Saragosse). On supprima la célébration des fêtes des saints, même de saint Georges, patron de l'Angleterre; enfin en 1553. tout ce qui restait du trésor fut saisi.

La réaction sous Mary Tudor mit, il est vrai, l'évêque Donner à la place du réformateur Ridley, et Ridley sur le bûcher d'Oxford, mais après elle le catholicisme fut, pour longtemps, contraint de se cacher et la vieille cathédrale

LONDRES

dépouillée resta comme un témoin des anciens âges pour ser\'ir à un culte nouveau qui ne cherchait pas à s'entourer d'art.

Il semble même qu'au xvi*^ siècle la cathédrale ait été à demi abandonnée puisqu'on permettait aux gens du monde et aux marchands de se réunir dans la nef comme dans une Bourse. Le porche fut défiguré au commencement du XVII'' siècle par un péristyle classique d'Inigo Jones; en 1650, le vieux palais épiscopal fut détruit, les cryptes servaient d'entrepôt aux libraires dont les boutiques entouraient la cathédrale. Enfin, tout l'intérieur fut consumé par

Façade de Saint-Paul

le grand incendie et les murs si ébranlés qu'après avoir essayé, pendant deux ans, de restaurer l'ancienne cathédrale on dut y renoncer et se décider à une construction nouvelle.

La cathédrale actuelle de vSaint Paul, est l'œuvre de Sir Christopher Wren qui a marqué ainsi pour toujours de son empreinte le nouveau Londres. Tout le monde connaît la silhouette de cet immense temple classique à coupole, inspiré de Saint-Pierre de Rome. Le grand architecte, car il faut l'ap^ieler de ce nom, qui l'éleva de 1675 à 1710, y mit toute sa science.

Elle était immense et c'est par là surtout qu'il éblouit tous ses contemporains. Il se révéla, quand il fallut rebâtir Londres, le seul architecte de sou pays et il n'a\'ait pour ainsi dire pas pratiqué cet art. Il aurait pu aussi bien

LA TOUR

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