‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE LT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LT

vJn ne peut scmger à ce qui se praticpe znx élections y tant des schérifs ^ des maires ^ des aidennans ^ que des membres de la chambre des commmies y sans être firappé ^ sans être indigné des abus sans nombre qui se commettent dans cette partie importante de la législation anglaise.

Quoiqu'il soit sévèrement défendu aux candidats d'acheter les suffrages qu'ils obtiennent ^ il est connu de tout le monde qu'il en coûte au moins deux mille guinées ( 96^000 francs ) y pour se faire élire membre du parlement y et cependant cette place ne rapporte rien; mais Un Anglais compte pour beaucoup le plaisir de contrarier le roi et ses ministres : d'ailleurs plusieurs se proposent de vendre leur voix à la cour y et d'en obtenir des pensions y des titres y des places lucratives.

Lorsqu'U s'agit de nommar un député à la chambre basse, l'hoitime le plus vertueux, le plus sage, le plus zélé patriote, devrait toujours être préféré \ cependant c'est ordinairement le plus ambitieux et le plus prodigue qui l'emporte. Le

dJi^teterref d^Bcasse et é^ Irlande. l3S

peuple payait jadis ceux qu'il chargeait de la défense de ses droits ; aujourd'hui il vend sou sufr frage à celui qui y met le plus haut prix. Tout homme qui est eu état de dépenser beaucoup ^ est sûr de se faire un parti ; mais celui de ses concurrens qui aura dépensé le plus^ aura la pluralité des voix« Les uns entrent au parlement pour payer leurs dettes ; d'autres en font pour y obtenir place ou pour y rentrer. Plusieurs se ruinent pour briguer cet honneur. Souvent aussi ce ne sont pas eux-mêmes qui font cette dé*pense , ce sont les principaux du parti qui les porte au parleçient ....

Pendant ces temps d'élection, ceux qui f aspirent ou qui soutiennent lès aspirans, sont obligés de tenir table*ouyerte dans les tayemes du Hou où s'assemblent les âecteurs. Us y ont quelquefois trois cents personnes à régaler par jour. Celui qui enivre le plus de peuple , peut compter sur un ^ùs grand nombre de voix : on fait en Angleterre tout ce qu'on veut avec de la bière forte , et surtout a^iec du vin. S'il s'en trouve de sobres^ on les gagne à fiyrce d'urgent. A l'égard du bourgeois intéressé, l'un vend son suffrage vingt guinées , l'autre ne le dmme qu'à trente : pourvu qu'ton y mette le prix ^ on est sur de les avoir. N'est<*-il pas étonnant que ce moyen soit le seul qui puisse faire obtenir l'honneur de veiller au salut de ses concitoyens ?• ». •

) 36 Londres y la cour et les provinces

A l'égard des dépenses excessives que sont obligés de faire ^ ceux qui , par ambition ^ veuleot être élus ,. qu'en arrive-t-il? que ces mêmes députés qui y par ambition se sont ruinés en entrant au parlement ^ sont obligés y pour rétablir leurs affaires « de vendre ensuite à la cour leurs suffrages 9 et le peuple même qui les a choisis trop imprudemment.

Il faut mettre en têtç des moyens de se ruiner en Angleterre y n(K>yens que Ton ne connaît pas dans les autres pays y l'ambition des chefs de partis y d'influer sur le choix des membres du parlement pour . certains cantons. Westminster^ y orci , Bristol , et toutes les provinces , sont des représentations privilégiées , eh ce qu^elles sont plus populeuses 9 et quelles ne diminuent pas le nombre des bourgs dont chaque parti peut disposer : on a vur de c^s sortes de concurrences coûter plusieurs millions. Une de ces élections contraignit le lord Northaiiipton à vivre hors du royaume. Cette même éléctîoin réduisit lord Rodney à la cruelle extrémité de s'en absenter également : elle coûta loo^oôo guinées aumoins au lord Spencer , et tme pareille somme au lordHallifax.

Pendant le temps des élections y oh connaît les partisans des deux partis^ aux cocardes de différentes couleurs qu'ils portent , et sur les-

'd^Jngî^m yd^Etfme et d^Irlande. iZj

quelles oa voit en lettres d'or le uom de leur favori.

Les électeurs font serment de ne pas vendre leurs voix j et cependant la plupart des candidats se ruinent pour les acheter. Que de basses flat-» teries prodiguent ces aspirans à ceux dont ils briguent le suffitage ! Lie bourgeois^ le labou-* reur^ l'artisan^ voient ramper devant eux des gens qui^ auparavant^ ne daignaient ni leiir parler y ni les regarder. Ceux-ci les font asseoir ^ leur table ^ leur prennent les mains ^ les embrassent , leur offrent leur bojurse^ leur promet-^ tent leur protection.

Un jeune Anglais voulant être député ^ se présenta 9 chapeau bas, devant l'échoppe d'ui> savetier, fort en crédit dans le bourg, pour. le prier de lui donner sa voix, (c On verra cela, nôtre bourgeois , lui répondit l'ouvrier rustique; mais avant toutes choses, il ifaut savoir à qu» l'on a à faire : je ne connais les* gens que quand j'ai bu avec eux. ^^ Mon cher monsieur , reprit avec humilité le suppliant, j'ai pourvu à tout; il y a chez un tel , à telle enseigne , d'excellente bière. — De la bière , répliqua le savetier î je ne bois que du vin, et du meilleur. — Eh bien, votre goût sera satisfait , dit le candidat ; venez a* deux pas d'ici. — Non , en vérité , répondit le savetier, je ne. sors pas de ma boiUique : si ta veux boire avec moi , fais apporter ici ton via».

f38 iLondreiy la cùur et les prwbieei

En attendant , assieds-toi ; tiens , voilà un esca<^ beau. Fumes-tu? prends ma pipe >i. Le vin arrive ; on boit , et après quelques rasades y le sa<vetier^ paraissant enchanté de son hôte^ dit avee transport à son protège : u Camarade , donnemoi la main... ne fais pas attention si la mienne est un peu poissée...» Embrassb-moi. • . • bon... de Fautre côté. • . • à merveille ». Puis haussant la voix , il s'écrie avec humeur : m Quoi ! n'as-ttt pas de honte de tant de bassesse? J'en rougis pour un prétendant de ta sorte. Tu es genûl-* homme ; tu veux être membre du parlement. Vas^ j'en suis plus digne que toi. Sors de ma boutique , lâche ; tu peux aUer ailleurs mendier des suffirages; le mien ne sera pas pour un homme aussi méprisable ».

Toutes les tavernes sont ouvertes tant que rélection dure. Chaque concurrent a la »enne^ et y reçoit tout ce qui se présente. La bière, le vin, les liqueurs*, y sont prodigués. Des tables couvertes de toutes sortes de viandes y sont servies gratuitement. On y chante, on y rit, on s'y eni vi^ , on s'y bat. On y célèbre surtout , avec beaucoup d'emphase > le nom de celui qui fait les frais et les honneurs de la fête. On le compiarç aux plus grands hommes, on lui donne toutes les vertus ; la moindre de ses qualités est de détester les ministres , d'être invinciblement opposé au parti de la cour , de n'être occupé que

JPJngUterre ^ éP Ecosse et Jttrtanâe. ' 1 3^

du bien ptiblic. Il y a tel homme qui dépense jusqu'à la^ i5> ao^ooû francs le jour de Téléction ; il lui en avait coûté quatre fois autant pour acheter les suffrages.

En général^ lefs élections sont toujours trèstumultueuses ; le peuple échauffé par la grosse bière qu'cm lui fait boire à longs traits y s'agite violemment ; l'intérêt que chacun prend à celui des candidats qu'il adopte , se manifeste par deê injures réciproques, par des pierres etde la boue que les partis rivaux se jettent lorsqu'ils sont échauffée; souvent même par des coups de poings et de bâton. Il est très-heureux qu'il soit défendu de venir armé aux élections ; sans cette précaution si sage , chaque renouvellement de la chaitt» bre des communes coûterait à FEtat la vie de plusieurs milfiers de citoyens. Les Anglais appelr lent tout ce tumulte l'exercice de la liberté hA* tannique.

Sous Guillaume IQ, en 1695, on renouvela les anciennes lois, pour que les élections des mem* bres des communes fussent le prix des talena et de la vertu, et non des dépenses que faisaient les candidats en régals et en présçns propres a cor^ rompre les électeurs. Cette loi tomba bientôt en 4lésuétude.

Il f^t prouvé, en 1768, ^e deux membres de Jia chambre des communes avaient donné des

i4o Londreij la cour et lespropinces

sommes très - considérables pour être élas de nouyeau. U fallut recommencer l'élection.

Lies élections y achetées à prix d'argent y au su de toute l'Angleterre , entraînent souvent dés rixes ^ des combats sanglans^ entre les champions des differens partis. Lorsqu'il fut questiba d'élire ^ pour la seconde fois y le célébrée Fox y il avait pour concurrent le chevalier Wrây. Ua ^ur y dans une assemblée tumultueuse des électeurs y Fox reçut à la poitrine un sachet rempli de poudr^ternutatoîre ^ qur^ s'étant ouvert par la force du coup, forma un atmosphère autour de lui y qui le fit élemuer aussi violemment que les valets de Bartolo dans le BarBier de Sésnlle.

Qjoand Fox eut été enfin élu, pour l'un des membres du parlement ^ en 17849 il reçut les. honneurs d'une espèce de triomphe. Indépendamment de cinq eents hpmmes à cheval y et de plus du double de gens à pied^ en habit bleu, veste ventre de bidbe (costume ordinaire de Fox),, qui marchaient devant lui entre l'es drapeaux de k ville i% Londres et ceux des différentes paroisses^ et les carrosses des duchesses de Devonshirè et de Porlland y attelés de six chevaux y qui fer^ matent la marche y il était accompagné de plus de quatre mille personnes de son parti. Les fidèles bouchers , entr'autres , vainqueurs des porteurs , de chaise y avec leurs couperets y dont ils frappaient des os énormes^ et unebande d^ cors et ^

JtJngleterre , d* Ecosse et d'Irlande. 1 4 1

Iiautbois^ se disputaient la palme de rharmonie , itmnédiateinent devant la chaise curule sur laquelle Fôx élaît gravement assis, surmontée d'uu dais de laurier et de fleurs y et portée par douze Iiommes, (](uî se relayaient de quart d'heure en quart, d'heure. On lui fit faire de la sorte , dans Londres, un trajet de plus de deux milles, ayant d'arriver à l'hôtel de Devonshire. On remarqua comme une chose fort extraordinaire, qu'il n'arriva aucun accidentdans cette mai^he populaire et pompeuse, quoiqu'il y eût plus de cent mille âmes dans la place de Covent-Garden, et dans les rues adjacentes, et que leis toits fussent couverts d'une foule de spectateurs/On distingua parmi les drapeaux celiii où on îîsadt ces mois : Droits de la chambre des cdmthUnes, et que suivaient plusieurs des anciens membres. Un autre attirait aussi tous les regards ; il était porté devant lés carrosses des duchesses de Devonshire et de Porlland , et on y lisait cette inscription -.Consacré au patriotisme des femmes. Ces deux belles duchesses, partisantes enthousiastes du mérite de Fox, avaient daigné ellés^^mémes solliciter en sa faveur, et n'avaient point fait difficulté d'accorder des baisers à quelques-uns des électeurs, qui leur demandèrent cette douce récompense, tlètte marche solennelle fut suivie d'un grand dlûer à la taverne de Willy, où se trioùvèrent quinze .cents con-

i4a Lonàr€$ ^ la cour et les pronncef

Un autre représentant fut traité par le peuple de Windiester d'une manière biea différente. U ae nommait sir Flood, Mécontente de son élection^ une parue dea halntana de cette ville, au lieu de lui décerner les honneurs de la chaise curule, en le portant dans un fauteuil , suivant la coutume, s'avisa de choisir un ramoneur de cheminée, dans le costume enfumé .de sa profession. Après lui avoir mis sur la tète un bonnet blanc de papier , très^evé en pyramide , orné de bandelettes bleues , il fut placé dans le fauteuil de ce* rémonie. La procession burlesque se mit en marche, précédée par des espèces de pionniers, por-^ tant de longs bâtons , d'où pendaient en guirlandes des ponmies de terre et des ceufs pourris, et arriva^ en bon ordre devant l'auberge où pend pour enseigne l'image de Saiat^îeorge. Les amis de sir Flood firent apporter un baril de bière forte; mais la populace, loin de se laisser séduire par cet objet , ordinairement si attrayant pour ielle, se crut vivement insultée, et bientôt les pommes de terre et les'œuf« ccmimencèrent à pleuvoir de toutes parts. Le nouvel élu et ses amis furent trop heureux de pouvoir prendre la fuite.

Fpx se imt sur les rangs pour l'âection de Westminster, et il siégeait déjà au parlement; il venait, avec beaucoup de peine d'obtenir le jrfus grand nombre de vrâu U s'était pkcé dans la

éP Angleterre 9 d^Scem et é^ Irlande, ' i4S

tribune devant laquelle défilaient et donnaient leurs sufiirages les âecteurs de eette partie de Londres; un d'eux lui dit ai passant : ic M. Fox ^ je suis venu pour vous donner ma voix. J'ai fait plus^ Je vous ai amené quinze de mes amis qui vous ont ég^ement donné la leur n. M. Fox s'é« tant incliné pour témoigner sa reconnaissance , ^l'électeur ajouta : « Vous savez ce que vous avez 'promis à vos coi» tituans ? Vous devez vous oc-* ^per sans cesse du bien de la patrie ». Autre révérence de la part de l'beureux candidat, ic Si vous ne le faites pas> poursuivit l'électeur^ et si vous violez les engagemens que vous avez pris ^ ne .soyez point élcmné que partout où je vous trou-« Verai>je vouséerille d'importance». A ces mets^les cbapeaux d'être lancés en l'air ^ et tout le monde de crier Auzza/ kuxsMl C'est avec cette politesse^ un peu grossière, que sont élus les représentans de la Grande-Bretagne.

Un auteur anglais s'exprime en ces termes :

tr 11 est d'usage qu'aux élections , ainsi qu'à la n potence > Facteur principal adresse un discours » pathétique à la'populace y et lui fasse de gran- )9 des protestations y- à ^u près aussi sincères de D part et d'autre. Le membre du parlement fait i> sonner bien haut son patriotisme , avec la » même vérité que le patient proteste de son a inuooenise a;

'i44 Londres, la cour et les provinces

- Le nomme BrMni Dignam , fameux escroc et intrigant^ fut enfin démasqué ^ et condamné^ en^ ^777 * ^ traTaiiler à la chaine pendant cinq ans 5ur la Tamise; cette punition ayant été substituée à la transportatioû* dans les colonies > ^depuis le commencement de la guerre d'Amérique.

Cet homme y doué d'une extrême efironterie ^ était lié avec tout ce qu'il y avait de grands seigneurs dans les trois royaumes; il afficbrît tous les dehors de l'opulence et de la faveur; il avait eu le secret de s'attaaher asses .d'électeurs pour s^assurer une place dans \^ sénat de la nation* N'ayant pas un pouce de terrain dans le district de ce lîourg^.n'y étant point du tout connu ^ il ïm aryait £sJlu recourir à l'artifice y et voici.. comment il s'y était pris. Il soUicitaèn particuli^ lesfemmes et les filles des électeurs y promeUant à leurs maris ou k fleurs pères des pommes d'or : ce moyen était nouveau , il réussit. Il présenta àt chaque électeur une pomme qui renfermait ha mandat de trois y cinq ou dbç ^inées , suivant l'importance du personnage :. il se pi^cure ainsi un millier de partisans. Cependant un ^utre candidat lui propose, i^^ooo livres st^erling^ pour qu'il renonce à l'élection/ Dignam.accepte la somme^ et se rend en poste chez son banquier à Londres^ . le prévient qu'il ne doit payer auc1^l des billets qu'on lui présent^a de sa part y attendu qu'il a

toutes les .raispns du mcmde de croies qu'ils sept

d'Angleterre , d* Ecosse et d Irlande. i45

faux. Ainsi les électeurs perdirent le prix qu'ils avaient espéré de leurs suffrages.

' Nous avoils dit que de sages lois proscrivent de pareils abus y mais qu'elles sont oubliées de^ puis long-temps. Il est défendu aux candidats de donner ou de promettre de l'argent y et de donner des fêtes aux électeurs ^ afin d'obtenir leurs suffrages y sous peine d'être déclarés incapable^ de représenter dans le parlement. Si une somme d'argent, un emploi , une charge , ou une récompense quelconque, a été donnée ou promise à un électeur , pour influer sur son suffrage y ce« lui qui office et celui qui accepte, sont tous deux condamnés à une amende de 5oo liv. sferl. , et déclarés incapables à jamais d'émettre leurs suffrages , ou de posséder aucun, emploi dans le bourg ou la province dans lesquels s'est coounis le délit.'

Le premier exemple de corruption dans une élection , arriva sous le règne d'Elisabeth; Uu ^ certain Thomas Longe , homme d'un e$prit fort borné et nuUenient fait pour être du parlement.^ \ avoua qu'il avait donné au premier magistrat et à d'autres personnes du bourg, 4 1^^* sterL,. et que moyennaBt cette récompense^ il avait étéélu« JLe bourg fut condatnné à une amende , aijsjsi bien que le magistrat prévaricateur, qui fut encore mis en prison , et le représentant indigne fut expulsé. a. , lo

i46 Londres f la cour et les provinces

Pour éluder la loi qui défend d'acheter les votes des électeurs y ce n'est pas de l'argent qu'offrô l'ambition des candidats à ceux dont elle veut corrompre le suffrage ; c'est un pari qu'elle leur propose. Nous parions ^ disaient les partisans de Jean Wilkes , en 1768., qu'il ne sera pas élu membre du parlement par la cité de Londres.

Les votàns^ en acceptant là gageure y et donnant ensuite leurs voix à Wilkes ^ s'assuraient le prix ^e leur vénalité ^ et ne paraissaient nullement coupables.

Ne serait-il pas à souhaiter ^ dit Tabbé Baynal^ t[ue le ^ombre des représentans fût proportionné 4 la valeur des propriétés , la juste mesure dd patriotisme ? N'est-il pas absurde qu'un pauvre Itameau ^ qu'un malheureux village en députe autant et plus à l'assemblée des communes que la ville ou la contrée la plus opulente ? Quel intérêt ces hompes peuvent-41s prendre à la félicité publique ^ qu'ils ne partagent presque point ? Quelle facilité de mauvais ministres ne doi- Irent-ils pas trouver dans leur indigence, pour les corrompre et obtenir, à prix d'argent, la plutalité des voix dont ils ont besoin ? O honte ! l'homme riche achète les suffrages de ses comttiettans pour obtenir l'honneur de les représenter; la cour achète les suffrages des représentans jpour gouverner plus despotiquement.

éP Angleterre , d'Ecosse et d'trla nde. * 1 47

' Un garçon boulanger eut le désintéressement héroïque de refuser i5o guinées qu'on lui offrit pour acheter sa vbîx.

Un particulier', dans une situation pareille , ne niontra pas le même désintéressement. Comme Ton procédait à l'élection d'un schérif , un agent vdu ministère glissa dans la main d'un des votans une bourse contenant 12 guinées. Cet homme était pauvre , il prit la bourse , et la mettant dans sa poche: « C'est dans ce moment, dit-il, que je sens combien il est difficile d'être homme ».

Sir John Wood , voulant obtenir le vote d'un perruquier , de préférence à sir James Belfiield : « Vous savez, mon ami , lui-dit-il , pour le séduire , que dernièrement fe vous ai payé grassement, lorsque je vous ai envoyé chercher pou|: me raser; 5 guinées pour une barbe, je crois que c'est une, récompense honnête : une générosité en mérite une autre ; j'espère donc que. vous me donnerez votre çufFrage. — Je le voudrais de tout mon cœur, reprit le barbier; mais sir James donne le même prix que vous pour une barbe, et il s'est déjà fait raser deux fois ».

Le célèbre Richard Steele , l'un des auteurs du Spectateur lahglais, avait été deux fois député au parlement , par deux différentes villes. Il eut envie d'être encore une fois représentant du peuple , mais ses affaires étaient dans ïe plus gaMi

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désordre : il ne pouvait faire autant de dépense que son concurrent. Il imagina un moyen qui put y suppléer et combler son espoir : au lieu de suivre la méthode ordinaire ^ en tenant table ouverte dans toutes les tavernes y il fît préparer , dans la principale auberge y un repas élégant y au- «quel il invita tous les électeurs mariés y avec leurs femmes. Steele, qui était galant et d'une humeur agréable y eut soin de les traiter si bien y et de leur prpcurer tant d'agrément y qu'ils auraient tous passé volontiers la nuit avec lui. Lorsqu'il les vit le plus livrés a la joie, il éleva la voix^ et s'adres-

, sant aux dames, il leur dit, que si ce qu'il avait à leur offrir leur était agréable , il espérait qu'elles s'^iiitéresseraient toutes pour lui auprès de leurs xnaris , et qu'elles les engageraient à le choisir pour représentant. Toutes les femmes montrèrent beaucoup d'empressement de savoir en quoi consistait l'offre qu'il voulait leur faire., Steele dut soin d'exciter leur curiosité par des propos amusans, et leur dit enfin •: « Vous désirez vivement d'avoir un fils; vous ne négligez sûrement rien pour en obtenir un : eh bien , pour vous encourager à faire de nouveaux efforts , je vous promets so guinées pour chaque enfant mâle que vous aurez d'ici à dix mois ^). La manière agréable avec laquelle il débita sa haran-

'^tte , fit rire toute la compagnie. Les dames de- . vinr^it plus emiMressées auprès de leurs maris ^

ê^ Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande. i49

<fili parurent aussi plus tendres. Par reconnaissance ^ elles parlèrent avec zèle en faveur de sir Richard , qui fut élu à la pluralité d'un grand nombre de voix , malgré les efforts et les riches^ ses de son concurrent.

Le général Skeene devait appuyer de son crédit un candidat qui s'était mis sur les rangs pour une élection. La famille de lady Wallace s'opposait à ce que le protégé du général fût nommé. Au moment de partir pour l'enxlroit où Télectïon devait se faire , lady Wallace fit prier le» général de passer chez elle» Il s'y rendit avec epa* pressement, et après quelques minutes de conversation y elle le quitta , en lui promettant de revenir dans le moment. Le général attendit pendant une demi-heure ; mais lady Wallace ne revenant pas, il sonna, personne ne répondit. Il alla à la porte y elle était fermée ^ il la trouva trop forte pour pouvoir l'enfoncer. Regardant de la fenêtre dans la tue /il vît qu il était à un second étage. Enfin , il entra dans la chambre à coucher^ prit les draps qu'il trouva dans le lit, les attacha l'un à l'autre , descendit par ce irioyen jusque dans la eue , et se hâta de se rendre au lieu de l'élection. Mais pendant qu'il était enfermé ^ lady Wallace avait obtenu des électeurs tout ce qu elle voulait. Le général arriva trop tard , son protégé ne fut point élu. I/anecdote fut bientôt

i5q Londres^ la cour et hs provinces ,

répandue dans le public , et excita beaucoup de plaisanteries. On disait du général qu'il s'était, montré peu galant , et que jamais homme n avait quitté avec tant de précipitation les draps d'une jolie femme.

Le duc de Nevrcastle, lorsqu'il était encore dans le ministère y voulut un jour assister à l'élection d'un membre du parlement qui se faisait à Lewes^ dans le Sussex. Le zèle que fit paraître un des électeurs^ pour la cour ^ fut si remarquable y que le duc enchanté lui sauta au cou y le pressa étroitement dans ses bras^ et promit de lui rendre tous les services qui dépendraient de son ministère. « Vous pouvez m'en rendre un trèsgrand, milord, lui dit ce particulier; l'un des commis de l'accise se meurt y et je vous demande de m'accorder sa place dès qu'il aura les yeux fermés. Je vous la promets, lui dit le duc ; aussi- * tôt que le possesseur de l'office sera mort y venez chez moi ; je donnerai ordre qu'on vous laisse entftr y à quelque heure que ce soit ».

Peu après, le duc apprit que le roi d'Espagne ^tait très-mal ; il dépécha un courrier à Madrid , ayec ordre de repardr a Tinstant que le roi serait mort , et de faire la plus grande diligence possible. Pendant ce temps , le commis de l'accise y dont la place était promise à l'électeur de Lewes ^ ireodait les derniers soupirs y^ et celui qui attendait

d Angleterre y d Ecosse çt 4* Irlande. i5i .

ce moment avec la dernière impatience j partit aussitôt pour faire ressouvenir le duc de Nei/vcastle de la promesse qu'il lui avait faite. U était minuit quand il se présenta a la porte da minis^ tre. Ses gens lui dirent qu'il venait 4e $e couchée. L'homme insista^ et demanda avec tant d'instance d'être introduit^ qu'on ne put le lui refioser. A son arrivée dans la chambre du duc^ rélecteor^ dans le transport de sa joie , s'écria : // est mort^ ' milord ! Le lord^ tout préoccupé de son courrier ^'Espagne : « C'est fort bien ^ mon ami ^ répon-^ dit-il j je suis content de toi. Mais quand estait mort? - Avant hier matin. - Comment, mon cher ami! mais tu as doue volé dans les airs? Que puis'-je faire pour te récompenser comme tu le mérites ? — En me donnait sa place. — - Es-tu fou? Quoi! la couronne d'Espagne »I Le duc ouvrant alors les rideaux de son lit, reconnut son erreur et fut d'abord de fort mauvaise hu*meur ; mais , en se rappelant sa promesse , il se radoucit : « Vas , lui dit-il , je ne te donne pas la couronne d'Espagne, mais je te fais commis de jlfaccise »^

1 5a ïtohdres , ta cour et les provinces

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