CHAPITRE LVI
Le Parlement d" Angleterre.
Xj& roi seul a le droit de convoquer le Parlement^ qui ne peut siéger sans que le monarque n'ait ouvert la session^ soit en personne^ soit par un commissaire.
Lé parlement n'est point perpétueL Sa durée était d abord de trois ans ; après ce terme le roi était obligé de le dissoudre. Depuis la reine Anne ^ en 1707 9 une loi étend sa durée jusqu'à sept ans. Ce terme expiré, les membres qui le composent redeviennent simples citoyens : il faut que l'autorité royale convoque la cbambre haute ^ et. qu'elle donne ordre au peuple de nommer de nouveaux députée , pour la repré- '^etits^tion de la chambre des communes^.
La convocation se fait cinquante jours au moins avant que le parlement ne se réunisse ; le roi adresse un JVrit à chaque lord laïc ou spîrir lue!. Les Writs collectifs pour les communes sont adressés aux schérifs..
D faut observer que les évêqties , archevêques et pairs de la Grande-Bretagne y sont de droit membres perpétuels du parlement j, à la charnière hautes
à'^Ângteterre ^ d* Ecosse et éP Irlande. i53
La loi qui veut qu'un membre des commi2-> Ties y représentant un comté y ait en bien fonds 6oQ liv. sterL de revenu ; que celui qui est député par une ville ou par un bourg en ait 5oo , est éludée comme presque toutes les autres. .En terme de jurisprudence on appelle la possession de ce revenu y qualification ; mais si tel bu tel particulier n'a pas la quaUficcUion requise y el s'il psirait cependant disposé à servir un partît les membres de ce parti lèvent bientôt les difficultés qui se seraient opposées à son élection. De là cette foule de dépendans^ indigens qui vivent du prix de leurs votes»
• 11 est si connu qu'une grande partie des^ mem-« bres du parlement est vendue à la cour y qu'on n'y fait presque plus d'attention.
Si les anciens Wigtks (i), étaient de bonne foi 5 et que l'amour de k liberté fut le principe vrai de leur opposition au parti de la cour y les .verratt'H>n s^en tenir à de vaines déclamations ^ k d'inutiles protestations ? Ils iraient k la source du taû y c'esl-4i-dire y qu'ils feraient revivre les anciennes lois qui excluent de la chambre des communes tous les obligés de la cour et des n^i-* nistres.
Si des membres du psorlement vendent quel- ' quefois leurs voix a la cour^ ils ressemblent k
(i) Le» patrioteju.
I&4 Londres^ ta cour et les provinces
quelques belles qui vendent leurs faveurs ^ et qui ne le disent pas. Ajoutons qu'ils ressemblent aussi aux courtisanes , dont le nombre des eu*'^ treteneurs est si considérable, qu'elles ne sauraient le cacher.
Charles II était si bien informé de cetts corruption générale , qu'il disait a^. chevalier Temple : « L'argent me donnera la clef du par-» lei;nent. — La défiance, répondit le chevalier, y, : mettra des verroux ».
Peu d'Anglais ressemblent à ce seigneur , dis^ tingué par son mérite et ses lumières, que tout l'or de la cour ne put corrompre* Robert Wal-* poole voulait le détacher du parti du parle-» ment. Il va le trouver : « Je viens , lui dit*il , dé la part du roi, vous assurer de sa protection ^ vous témoigner le regret qu'il a de n'avoir en«* core rien fait pour vous , et vous offrir un emploi plus convenable à votre mérite. -*- Blilord , f épliqua l'estimable seigneur , avant de répondre à vos offres , permettez-moi de faire apport ter mon souper devant vous » . On lui sert aa même instant un hachis, fait d'un reste de gigot dont il avait dîné. Se tournant alors vers Walpoole : w Milord , ajouta-t-il , pensez-vous qu'un homme qui se contente d'un pareil repas , puisse être facilement gagné par la cour ? Dites au roi ce que vous avez vu; c'est la seule réponse que j'aye à vous faire ».
d Angleterre^ d^Eéossê et d^ Irlande. i5S
Cet éUtt de choses ^ si^réjudiciable au bonheur des citoyens 9 ne fait qu'empirer tous les jours. Dans la séance du 1 3 mars 1 809 , sir Francis Burdett , dit dans la chambre des communes :
n Lorsque^ le lord-chanceKer nous parle du peu >i de corruptiou qui règne aujourd'hui y j'admire M son éloquence , qui me rappelle le Paradis M reconquis. Je conviens que la corruption n'est >i plus aussi grossière que du temps de nos ho- » norables prédécesseurs , lorsqu'un membre du >) parlement y étant à diner chez un ministre y >i trouvait sous son couvert un billet de banque » de 5oo Kv. sterL ^ et^ tout en s'étonnant d'une » semblable trouvaille, le mettait gravement dans j» sa poche. Mais la corruption emploie au jour-n d'hui des moyens d'autant plus dangereux >i qu'ils sont plus cachés ».
Ce membre faisait trop d'honneur aux mesa« res de corruption employées aujourd'hui pour attacher au parti de la cour presque toute la chambre des comipunes; elles ne sont ni secrètes ni délicates. D'abord il est de notoriété^ publique , qu'il n'y a guère que cent quatre-vingt six membres , dont la nomination soit libre et indépendante : tous les autres sont nommés par l'influence des ministres ou de quelques familles nobles attachées par état aux intérêts de la cour. Enfin y à chaque nouvelle élection y un bureau -est ouvert a la trésorerie^ où les candidats peuvent se
i56 Londres, la cour et les provinces
présenter pour acheter la protection des ministres* efleur influence dans les élections. En échange de leur promçfi^e de soutenir le gouvernement, ils acquièrent le droit de stipuler une promesse de la part des ministres, de places lucratives pour leurs parens et leurs an^is, ou de bonnes pensions. Dans le mois d'avril 1809 , M. Curwen demanda expressément, dans la chambre des communes ^ que la vente des places au parlement fut désor-^ mais interdite par une loi formelle.
On remédierait a une partie de ces abus , si Fintention du législateur était exactement suivie.
La loi ne permet pas aux membres du parlement de posséder aucune charge civile, s'il y a des appointemens attachés. Aussit6t qu'un membre du parlement y est nommé, il faut qu'il se démette de sa place de représentant du peuple : on procède alors à Télection d'un nouveau représentant ; mais , par une infractiog^ à la lor, le choix des électeurs peut tomber sur le dépossédé , qui alors reprend sa place dans la chambre des coipmunes, et exerce en même temps son emploi civil.
La dignité et l'indépendance des deux chambres les font jouir de plusieurs privilèges. Par exemple , un membre ne peut pas être molesté hors du parlement pour les discours qu'il y aura tenus : la liberté de sa personne et celle de ses doniestiques est une chose sacrée; ses terres pu
â^ Angleterre ^d'Ecosse et JC Irlande. 1&7
ses meubles ne peuvent être saisis. Frapper un membre de Tuue ou de Fautre chambre y ou ses domestiques , est une insulte très-grave faite au parlement même, qu'il punit très-se'vèrement.
Le parlement tient ses assemblées dans uii lieu peu convenable aux reprësentans d'une grande nation , si fière , si orgueilleuse. L'ëtraager est bien surpris , observe M. Ferri de Saint- Constant , d'avoir à demander où est le palais du parlement , lorsqu'il est à la porte du palais de Westminster , et il ne Test pas moins ^ lorsqu'on le lui montre , de voir un assemblage confus de bàtimens qui n'ont rien que^de très-mesquin.
La chambre haute du parlement est composée de deux cent trente pairs ^ et la chambre des communes de cinq cent«ciaquante--quatre reprësentans des comtés^ des villes et des bourgs^ ce qui fait en tout sept cent quatre-vingt-quatre ; mais il est rare de les voir tous rassemblés. Qui 4^roirait que dans un corps composé de cinq cent cinquante-quatre membres , il ne s'en trouve pas quelquefois quarante pour garnir la chambre et lui donner un nombre suffisant pour délibérer? Le président (l'orateur) est souvent forcé A'envoyer des messagers d'Etat dans les cafps ou tavernes des environs , sommer les membres de comparaître à la chambre, pour qu'elle puisse s'occuper de la di$cussiou d'objets importans.
i5B Londres , la cour et lés prosHnces
Les actes ou les lois {Proposés dans l'une et l'autre chambre, s'appelent bilL On nomme ^ des commissaires pour en faire l'examen et la rédaction ; cela fait , le bill est formé ; on le lit alors trois fois a la chambre : il est reçu ou rejeté à la pluralité des voix. Lorsqu'il est reçu dans la chambre des communes , où il a d'abord été proposé , elle le communique à celles des pairs : si cette dernière le rejette , il reste sans effet. 11 faut qu'il soit reçu par les deux chambres pour avoir force de loi; mais pour qu'il ait son exécution , il faut encore qu'il soit approuvé par le roi , puissance exécutrice.
Les Anglais sont dans l'usage de parler surle-champ sur tout ce qui se traite au parlement : les matières peuvent être préparées , mais rarement leurs discours sobt^ls étudiés.
Si l'on y entend quelquefois d'excellens orateurs, dont les discours sont remplis d'une logique vive et animée , il faut convenir aussi que la plupart des membres s'expriment souvent .d'une manière ridicule et fort opposée à la gravité de leur caractère. Lord Puitenay , en 1754, fît à la chambre des communes trois propositions; elles furent rejelées par les partisans de la cour. Indigné , il compara le ministère à tktL empyrique , et la constitution d'Angleterre à un malade, (c L'empyrique, dit-il, consulté par un malade ^ lui dit orâinairemeat ^ qit'il y a deux
éP Angleterre , d* Ecosse et d* Irlande, i Sg
ou trois moyens de traiter sa maladie , qui seront peut-être tous iautiles : le vomitif, le purgatif ^ et la saignée ; que le vomitif lui donnera des convulsions 9 qui le conduiront à la mort; que le purgatif lui procurera une forte évacuation , qui l'emportera en peu jde temps , ainsi que la saigné^e , qu'il a dé]à tant éprouvée , qu'il n'est plus en état de la supporter. Le malade (continua Pultenay) ouvre alors de grands yeux; il reconnaît pour un empyrique et un charlatan ^ celui qu'il regardait comme un docteur; il lé chasse et lui dit , que lorsqu'il se mit entre ses mains 9 il avait une excellente constitution; quç lui seul l'a détruite^ et qu'il n'a d'autres moyens pour se conserver la vie y que d-avoir recours à un véritable médecin »4
Ce sarcasme tombait sur Robert Walpoole , qui lui répondit sur le même ton. ù Ce membre^ dit-il, traite le ministère comme on traite un habillement. Quand je port%un habit uni , on prétend que je suis malpropre. Quand je porte un habit galonné > chacun crie : Cet homme est fou de porter un habit si riche avec une si pauvre mine ».^
Voilà l'éloquence du plus grand nombre des orateurs anglais, et le ton de leurs haraa|[ues parlementaires. Des plaisanteries pitoyables sont souvent employées dans<^les discours les plus graves qui se àiSkïWA dans les deusc chambres ;
i6o Londres , la cour et les pronnces
oa y mêle à des raisonnemens sérieux y les bi^ toriettes les plus futiles^ des sarcasmes violens^ des satires contre les membres ^ trop malignes ^ trop mécbantes^ ou du plus^ mauvais goût. Au reste y nous ne dissimulerons pas que c'est à cette manière libre et déréglée de parler a la tribune^ que le peuple anglais doit son énergie et son audace. Lord Clare y pour répondre dans la chambre des communes à la harangue du sergent Gloyn^ qui demandait qu'on examinât la conduite du lord Mansfield y en qualité de juge y raconte Thisloire de Polyphéme^ à qui le dernier Grec {Ulisse) éch^pé à sa dent carnassière^ creva l'œil. •
Sir Robert Fletcher Norton s'écria, dans la chambre des seigneurs ; a Milords y songez que vous êtes dans la chambre, haute; les termes dont vous vous servez ne conviennent qu'aux balles, et on peut4out au plus s'en servir dans la chambre bas^ ».
En lySg, |ilusieurs membres de la chambre des communes s'étant opposés inutilement à la ratification de la convention avec l'Espagne , prirent le parti de cette sécession , qui leur fut depuis si reprochée. L'année suivante, M. George Littleton , un des membres de cette chambre, voulant justifier la conduite de ses amis , la con>para à celle que tiendraient des médecins désintéressés qui prendraient congé d'une chambre
d* Angleterre ^ d^ Ecosse et et Irlande. i6i
de malades , lorsqu'ils croiraient , par leur présence , n'y pouvoir plus faire aucun bien , plutôt que d'imiter le grand nombre de ceux qui sont si friands d'honoraires , qu'ils resteraient et signeraient volontiers des ordonnances après la mort des malades.
. Horace Walpople, irère du premier ministre^ prît la parole et crut mettre les rieurs de soa côté y en se servant de la même comparaison, c( La remarque ^ dit-il, de V honorable gentilhoni'me qui a parlé le dernier, me rappelle un pasr sage assez plaisant d'une comédie française. On y demande à un valet comment se porte son maître ? Il est , répond-il , à présent en état de se bien porter, car son médecin a pris congé de lui ».
Un «troisième membre fit peut-*etre repaitif Horace Walpoolé de sa citation, par la nouvelle application qu'il en fit. « La plaisanterie franr çaise ne nous fait pas autant d'honneur que se le persuade celui qui s'en est servi , repartit lor4 Gage. Ce qui l'a occasionnée , c'est le mépris où étaient tombés les médecins français de CQf temps -là, soit en laissant voir leur ignorance^ soit en se montrant plus avides d'argent, qu'appliqués à la guérison de leurs malades. Us s'étaient ainsi rendus ridicules par tout le royaume, excepté dans Içurs propres assemblées. Les memr a. Il
i6a Londres, ta cour et les pro9inàes
bres de cette chambre sont les vrais médecine politiques de la nation : leur devoir -est de rechercher les causes des désordres et des maladies qui peuvent altérer la constitution du gouvernement, et d'y appliquer ies remèdes convenables. Si par notre ignorance y ou en montrant plus d'attachement pour les petisions et pour les places, que pour le bien de notre pays, nous laissons faire des progrès au mal dont il se plaint , nous ne pouvons manquer de nous couvrir du même mépris. Nous deviendrons bientôt, comme les médecins français , un objet de ridicule pour tout le royaume , excepté nos propres assemblées ».
Le ministre Walpôolc s'éx]^riAia un' jour en ces termes dans la chambre des communes :
Vr Que les affaires seraîeiit plus prômptement et iûîeuit discutées , si dans nos disputes on voulait Irenoncer atix injures personnelles, et aux plaisanteries offensantes! Par de telles pratiques on fait passer le mensonge pour la vcrîte, «t Tignojrance , qui s'avise d'y avoir recours , tient lieu ide capacité. Si le badinage et la plaisanterie enr traînent nos suffrages, il n^est' pas nécessaire, pour en obtenirla supériorité, d'être ààge et honnête, il Suffira de rire et de railler ; ce que tout bbmme {>eut commnnénient fidre 'avec autant île succès qu'un aùtte».
d^ Angleterre , d^ Ecosse et â^hiawàe. \ 63
M. Wîndham ayant fait rire plus d'ane'foîs Itf «bambre des communes aux dépens de Robert WàlpoôJèy il échappa à cèkii-ci, dans sa réponse^ de se comparer luî^mémeà une bétè êàtive èi (|ui l'on donnait la chasse pour réjouir l'asseilnblécL ftiltenay, qui prit la parole après lui, dît que par cette comparaison îé très-honoriable gentil** tiomme faisait un assez mauvais compliment à ceux devant qui il parlait, et qu^elle était tm pe^ trop bouffonne pour là dignité de rassemblée. icMais, continua-t-il, puisque celui que vous venez d'enVehdre a eu reccfurs'a une similitude du çenre le plus bai, je demandte ht perhiissioti d'en hasawîer une autre et mèttié «spèce. VL y 'a vingt ans que le très-'bônt)rtible^nîilbon:iÈhfe àiaquignohné Ift natron ;. il est tejhfij^s de' le àÀ^ tnontrer. Cî^est à la chambré à juger st dette comparaison né vient pas plus \ propôB qiie la 'sien>ne. Qu2»:](t à l'objet de la chasse dont il à pisirle*^ je ne sais 'si réellement il vaudrait la*^èitie dfétrb poursuivi , si ce n^était poui^ >e |ilâîiir que ciette chasse pourrait donner».
Dans la chambre des pair^ tttf'Hèé membiies s'écria an jour : « MÎlords , les-*deûx /eàneé'èéignetjrs qui ont ouvert le >àébàtj 'OÀt 'parlé 'avec une telle 4îgmié5 urie si grande force dîins lés ' raisonnemens , ^«t tarit; ' d(^ j^ropWelé dâiifs'^lès expressions, que \4 cdifiriiénçais' à W crpiise
dans le seoat de RcMcne^ d'Athèaes, ou de démone : c'est pourquoi jç dois remercier le; noble lord qui a parlé le dernier, de m'avoir ra» mené à une véHuble ^chambre de seigneurs an« glais >u
Un membre de la même chambre haute dit un jour,^ que comme la plupart de ses confrères recevaient dq^ gages du ministère , il voudrait liussi quils portassent sa livrée^ afip qu'il fût possible de les reconnaître^
Sir John Bamard ^ l'un des membres de la chambre des communes, accusé d'attaquer avec trop d'aigreur le ministre Walppole , se justifia en ces termes x a C'est une preuve d'intégrité lorsque la langue et le coI|m* étant d'accord, les paroles sont la représentation des sentimens^ ainsi j'ai toujours tâché. d'exposer ce que je pense avec fprcé. Je trouve que c'est une hypocrisie de traiter la stupidité avec respect , et d'honorer d'une réfutation des discours destitués de bon sens. La folie qui ne se peut corriger np mérite pas plus de ménagement que la friponnerie. Si jeiisuîs repris par ceux que je puis offenser en xnç aeryant de termes qui secondent mes idées , du moins, par un lâche silence, je ne leur donnerai p|^^ liisude soupçc^nner que je me crois coupable y et je n'aurai pas plus d'égards pour les défenseurs que pour les auteurs d'une
'^ Angleterre^ ^Ecosse et d* Irlande. r65
absurdité. Je ne nierai pas qne la décence ne soit d'un grand usage dans nos débats ; elle peut quelquefois mettre la folie à l'abri du ridicyile » et cmpécber que Tinfamie ne soit exposée publiquement. Jamais cette décence n'est plus soigneusement, observée que lorsqu'on ay^ance ici des propositions que rien ne peut sauver du mépris, si ce n'est la force solennelle avec laquelle on tâche de les établir. La décenc^st un accessoire de convenance dans nos discuKidns parlementaires, mais la liberté en est Tessence. Il est des cas où la vérité et la décence ne peuvent s'^accorder ensemble. Toutes les propositions, tous les hommes doivent être ici traités comme ils méritent de l'être, et il y en a plusieurs quiu.'ont aucun droit au respect et à la décence M.
Un grand nc^mbre de menibres des deu^ chapfibres n'ont que trop adopté ces étranges propositions , qu'on pourrait appeler des paradoxes patriotiques., .
Horace Walpoole , après avoir reproché à certain préopinant d'avoir parlé de bien des choses s C€Uîdaleuses faites dans la chamhre par une majorité corrompue , ohs^eyvdi (\ae ce même membre venait de promettre qu'il ne jetterait pias volontiers la première pierre; mais il semble, continua-t-il ^ qu'il ait oublié ce qu'il avait dit^ et
a66 . Londres ^ la cour et les provinùèt
^Wv^h pas jeté une pierre y il a du m.om5 laucé un caillou k-. toute ]a chambre.
Il y à plusieurs années que l'on se plaignait que les gardes de nuit appelés watchmen ^ négligaient leur devoirs à un point intolérable. JJsifîaife étant portée au parlement^ un membre de la chambre des communes proposa un bill (une loi) qui obligeât les watchmen à dor^ mir^ jour^ afin d'être mieux en état de faire ïeur service de nuit. « Parbleu , s'écria sir Jam^s Çreed , \e sdpplie. l'honorable membre, de laie comprendre dans \e bill, car je soufiPre tant de la goutte j^ que je ne puis dormir ni jour ni nuit >;.
Le bill concernant le mariage de la famille ' rojale, ayant passé, le 27 mars 17^3, à la pluralité de cent soixante -huit voix contre cent *^;^uin^e, un membre du parti de Topposition , '*prôp6ia de l'intituler { Acte j)our augmenter et étendre les prérogatives rojr aies- , et pour en-courager l'adultère et la paillardise' f'kHiÈ prétexte de régler les mariages de^la famille royale. ' ; ' '
Dans une séance de la chambre dés' comihuhès , en 1784, le chevalier Hill s^avisa de réciteîr ime requête burlesque des communes, à Charles II , avec la réponse de ce priiiiée : ceile
£ Angleterre^ d'Ecosse.et d'Irlande. iS'j
requête 9 qui est du comte Rochestqr , ^sure Iç roi 9 qu un moyen d'être le plus grand prince de la chrétienté y cfest de déposer son - $cep-> \xe et sacouronne y et de laisser librement agir les communes* On a essayé de rendre l'idée dti: poète anglais par les vers français très-faible». quVn Ta lire;
Nous désirons, en tonte hamîlîté y Que notre roi devienne notre esclave^ £t le prions, reil^lis de loyauté. Pour qu'il oie reste ^auci^ie «ntraye 'Au boudeur de sa majesté.
• De vouloir bien la mettre de côté , Puis renvoyer ses serviteurs fidèles.
11 trouvera par ce sage moyen.
Qu'il n*aura plus avec nous d^ querelle», £t qu'il sera le pins graïul roi dirétien*
A quoi Rochester fait répondre par Charles IL
De "VOS avisn'éprouvonsr nab besoins; Mais. ob%és ne vous sommes pas moins»
Pitt ayant eu une dispute très-vive contre un des membres du parlement, répliqua de manière à ce que la discussion ne put être terminée de sitôt. Sir James Johnstone y mit fin en disant avec sa galté ordinaire : « Monsieur le président ^ l'objet de cette dispute est aussi futile que mal fondé. L'honorable membre nous dît que nous ne çlevons point oser soupçonner sa
i68 Londres y la cour tt lespronnces
conduite. Pour moi , je n'eittends point ce langage. J^ùse dire que je soupçonne tout le monde. Tose soupçonner jusqu'au banc des évéques.
Tose soupçonner l'honorable membre (Pitt).
Xosé vous soupçonner Tous-mème , monsieur le président. JT^o^c messieurs (ajouta-t-il en faisant la révérence aux membres ^ à droite et^à gauche ) ^ vous soupçonner tous tant que vous êtes a. A ce discours 3 les membres éclatèrent de rire , et la discussion fut fermée.
Quelquefois même, dans les lois du parlement^ on remarque des passages qui prêtent au ridicule. Dans un bill passé vers l'année 1785, pour établir une hdLmbce J^tumpike^ sur la route de Tîverton à Exeter , il y a une clause qui dit y que les commissaires s^assembleront pendant un cer- • tain temps, les premiers jeudis de chaque mois, excepté lorsque ce jour se troussera être un dimanche , auquel l'assemblée sera remisé au jour suivant* 41
On est tenté de se proposer cette question :
Quelle est la chambre la plus vendue au ministère, ou celle des communes, ouxelle des pairs? Mais pour . la . résoudre d'une manière satisfaisante , il faudrait être né en Angleterre, et même avoir l'honneur 4^êlre membre de Tube ou Fautre de ces ch*ambres ; encore cela ne suffirait-il pas : il faudrait être ministre , et de plus , du conseil intime de sa majesté britannique.
â^ Angleterre y éP Ecosse et et Irlande. 169
Le parlement d'Ecosse coiitiatte de s^assembler comme dans le temps où ce pays formait tm royaume indépendant ; mais il est subordonné au royaume de la Grande-Bretagne, et les affaires qui s*y traitent ne sont qu'une espèce de préparation pour un tribunal supérieur. Cependant les cérémonies qui précèdent l'ouverture des sessions , et la cavalcade que les Ecossais appellent the riding ofparliament , s'exécutent avec autant de pompe que dans le plus florissant état de la nation écossaise. Il y a peu de fêtes publiques en Europe où Toh voie tant de grandeur et de faste, La couronne , le sceptre , l'épée d'Etat , son apportés du château d'Edimbourg , où ils sont en dépôt, sur un char d'une *magni^ ficence extraordinaire, et tout le monde est obligé de se découvrir à leur passage, et de faire une profonde inclination. Lorsque le char est arrivé au palais du gouvernement, la cavalcade com^ mence dans cet ordre , au Bruit continuel de Tartillerie : la bourgeoisie notable marche eti deux colonnes, sur des chevaux richement caparaçonnés , précédés de tiinbales et de divers instrumens, et chaque bourgeois est suivi d'uh laquais à pied. La file eri fcst excessivement longue , parce qu'il y' a peu de personnes aisées qui ne se fassent un honneur de paraître , et dé se faire remarquer par quelque ornement par*ticulicr à sa Camille. Cette troupe, est suivie des.
jL^Q Londres f Iflcoj^ et hsprO¥Ùifie^\
pcÎQcipaux officiers des proTiaces , dcm.t cbaç ui» a derrière soi deux laquais à cbeYaL qui mar^^ cbeni de froot. A celle-ci succèdent les oi^ciersde FEtat^ suivis chacua de trois laquais. Ces trois troupes sont séparées , comme celles q.ui les sui*-^ vent, par les officiers et les eccl|é$ia>tiques su* baltemes , qui composent un groupe , et qui soajÈ revêtus d'habits bizarres et symboliques. On. voilL paraître enfin le cbar qui porte la couronne, le sceptre et Tépée^ avec les autres, enseignes de la dignité royale , accompagné d'ua nombre in-r Unis de gens bizarrerpent vêtus, qui represen^ tent tous les officiers de la maiçox)> 4^ roi. Après eux s'avance^ un gentilhomme . d'une naissance distinguée , qui porte , tête nue et la jn^in haute ^, tine bourse où est renfermée la conimission de milord grand-commissionnaire^ e'est-à-dif e d'ujçt seigneur nommé par le roi pour présider cette .auguste assemhléiK. Qe seigneur suit, à-quelque distance, et toute la noblesse du royaume qui .compose son* cortège, forme un corps plus hn\laut encore que les premiers. A 1^ droite, et à .la gauche de, niilord sont les ducs et les marquis 2 suivis^ des comt(^s , des vicomtes ^ et des autres seigneurs. Chaque duc a huit laquais, chaque marquis six , chaque comte quatre , et les vicomtes n'en ont chacun que trois ; mais tous ont .à ]^ tète de leurs Iaqua\s un éçuy er accompagné d'un nombre proportioané de ]^a^s» Toutes ces
d^AnjgisteTre^ ^.Ecosse.etdt Mande. 171
divîsipns , la richesse des habits , Tordre admira*hle^ qu'on observe , forment un des plus beaux spectacles dont il soit pos^ble de se former une idée. Les deux archevêques ont rang parmi les ducs 9 et les ëveques entre les marquis. L'habit de toute la noblesse y çans exception ^ est d'écar* late bordée d'hermine , avec les distinctions seu- ^Ic^ment qui sont pçopres à chaque degré. Celui dç leurs laquais est une courte casaque de ve- Jo^ur^^ qui ne cache point leur livrée, et sur la*quelle sont représentés en broderie, devant et derrière , les arm^s, les chiffres et les devises de lear^.nialtriBS.
t7a Loiàkes , la cour et lesproviacer