‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 9 sur 36 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Les Ministres»

J j£s Anglais rejetteat toujours sur les ministres le désordre des affaires politiques^ les guerres onéreuses et funestes qui tourmentent leur nation, les pertes continuelles que souffrent leur commerce et leurs manufactures^ et les impôts de toute espèce dont ils sont perpétuellement accablée. Mais ne peut-on pas soupçonner que tous ces désastres leur arrivent bien plutôt par la faute de quelques-uns de leurs monarques, indolens, faibles , occupés de leurs seuls plaisirs , laissant au hasard à leur procurer de bons ministres , s'iaquîétant peu des murmures, des gémissemens de leurs sujets , pourvu que la cour soit brillante , livrçeà des fêtes perpétuelles, et enfin ne songeant nullement que le premier devoir des rois est de rendre leurs peuples heureux ?

Qu'il est favorisé du ciel le monarque qui a le bonheur de faire choix d'un excellent ministre ! il peut se flatter d'avoir auprès de lui un véritable ami, un sage, dont les conseils, francs et' sincères , n'auront sans cesse pour but que d'alléger les impôts , non de les augmenter sous mille pi*étextes spécieux j que d'encourager les

d Angleterre y d* Ecosse et d'Irlande. lag

sciences , les lettres ^ les taleas en tout genre ; que d'éloigner le fléau de la guerre y nou-seulement des Etats de son souverain y mais encore de l'Europe entière ; et ne se proposant ^ en un mot> pour prix 'de ses travaux , que la gloire et la félicité de son maître , ainsi que de la nation.'

Les pensions que le roi de la Grande-Bretagne donne ordinairement aux ministres qui se retirent volontairenient ^ ou qui sont renvoyés pour satisfaire aux plaintes élevées contr'eux, contribuent encore à les rendre l'objet de la haine publique. Il est rare d'en voir qui y comme le comte de Sunderland y refuse les bienfaits de la cour. Le comte de Sunderland ayant été disgracié y la reine Anne voulut lui donner une pension de 3poo liv. sterL ; il la refusa, en disant que s'il il'était pas assez heureux pour servir sa patrie , il ne serait jamais assez lâche pour la piller.

Quels que soient les succès d'un premier mi* ziistre britannique y il voit chaque jour éclore des satires mordantes de ses moBur^ y des critiques injustes de sa conduite j mille libelles circulent de toutes parts contre lui : s'il veut en prouver la fausseté y on donne croyance aux men* songes qu'ils contiennent ; ' s'il n'y répond pas ^ il est encore davantage présumé coupable.

Le lord-coioîlc dé ^^^^ , élevé à la place de ^cfétaire d'Etat ^ menait de prendre sa patente

1 3o Londres ^ Ui cour et les provinces

dans le cabinet du roi, lor8<]a'ane foule de courtisans l'entoura; chacun s'empressait d'être des premiers à le féliciter^ et son fils était au milieu d^eux. f< Que ce spectacle ne vous abuse point, mon fils 9 lui dît-il ; depuis une heure je ne suis * ni plus grand ni meilleur que je n'étais ; ce n'est pas à moi qu W rend ces honneurs : cette patente les a reçus sous mon prédécesseur^ et elle en jouira encore souâ ceux qui me remplaceront d •

» Gveorge II était contrarié par des ministres pour la nomination d'un vice^roi d'Irlande. Us insistaient pour que le roi préférât le lord Harrington au duc de Dorset que George e&t beau* coup mieux aimé. Le prince se leva avec dépit de la table du conseil et passa dans sa chambre, laissant les ministres dans le plus grand embarras, car il n'avait point parlé de décision. Enfin , voyant que sa majesté ne revenait point , ils lui députèrent le lord Chârst^eld , comptant sur . les ressources de son esprit pour calmer l'hu-* meur du monarque ^ et pour obtenir ce qu'ils désiraient. Chersterfield ouvre tout doucement la porte, et s'approche d'un air très respectueux du fauteuil où le monarque s'était jeté, (c Je suis chargé 9 sire, dit-il j de savoir de quel nom votre majesté veut qu'on remplisse le blanc laisse sur la patente. — Metteas-y le diable , répond le

toi en colère. — Mais, aire,^ reprend dfun ton

d Angleterre y dEcùsse et d Irlande. i3ii

aétieux le ministre , votre majesté veut-elle que l'on suive le style ordinaire ^ et que j'écrive : Nommons notre Jidèle et bien amé cousin feDia* ]>le> etc. » ? George éclata de rire^ et la patente fut signée au gré du conseil.

Un gej^tilhomme présenta un four/^a n&ilord duc, de Bukingham, une longue^iste de tous les griefs qijte la nation avait à reprocher au minis-^ tère. Le due, habile à découvrir ce qui portait ce gentilhomme à se plaindre, feignit d*èntrer dans ses vues , et lui dit : a Mon cher ami , vous n'aviez, et la nation, que trop raison d'être mécontens , et je travaillerai à effacer les divers griefs dont eW/b se plaint par votre canal • • • • • Mais à propos de ministère, je. vous dirai qu'il y a un poste honorable , et qui rapporte 5oo liy^ sterl. , qui se trouve vacant depuis ce matin. J'avais dessein dé vous le faire offrir m. Le gentilhomnle , charmé de la condescendance du mi* nistre à son égard, accepta la propositon, ^ et avant que de sortir de chez le ministre , il convint que \% gouvernement n'avait jamais été en meilleure main , et que la nation anglaise était la plus heureuse des cations.

Cette anecdote rappelle celle-ci. On demaa*^ tdait à un secrétaire d'Etat, pourquoi il n'avan-* çait pas le mérite? fc Parce que y répondit*il, ce là'cst pas le mérite qui m'a avancé »•*

!t3a Londres , la cour et lespro^incei

. Les ministres anglais ont le privilège de faire tout ce qu'ils yeulent. Dans un moment oii il s'agissait de faire passer un bill qui lui tenait extrêroeipent à cceur.^ sir Robert Walpoole , principal ministre , craignant que les évêques ^ qu'il aTaj^ récemment indisposés y ne lui jouas^ sent le mauvais tour de voter contre lui y s'avise du stratagème Suivant. Il va trouver Lambeth^ archevêque de Cantorbéry , qui n'était pas du nombre des mécontens y et le prie de feindre tme maladie sérieuse. Le prélat se prête à la ruse j se met sur-le-champ au lit^ ordonne qu'on enveloppe le marteau de sa porte y que Ton jonche la rue de paille^ et prie son médecin de con'fiaiice de i*épandre que, lui ^ Lambetb^ est à. la dernière extrémité. Le bruit de la mort inévitable et prochaine du prélat se répand; les yeut. de tous les évêques se portent sur le siège de Lambeth ; ic'est à qui fera mieux sa cour au ministre pour l'obtenir. Le bill passe avec une mérité que décident les très-révérends évêques ; alors Farchevêque ressusâte^ et le rusé Wal*^ pbole eut sujet de rire à leurs dépend

Robert Walpoole, pendant qu'il était au mi-»

nistèrè ^ avait coutume de dire : te J'ai dans ma boutique une drogue (de l'argent) y avec laquelle j'adoucis toutes les mauvaises humeurs n.

Fox avait autant d'esprit que de mérite. Il

d^AngUtetn y J^Ecù»e et 4^ Irlande, f âS

emprunta des sommes immenses à difiecens' Juifs ; il se flattait que la succession d'un de ses oncles payei^ait toutes ses. dieUes. Cet oncle se maria et eut un fils. A la naissance de l'enfant ^ Fox dit à pluâeurs amis : (c^ C'est le Messie que cet enfant ! il vient au monde pour la^ .destruc^, tioA des' Juifs j»..

r34 l4>ndreSf la cour et tesprwinees

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