‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 15 sur 36 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

DesChe^aUsrsdUndustrie; des Filmx^ de leurs

rus^; d^s Fçl^urs. - . . • .

L estpart^out, çt principalemçat dans les grandes capitale3> un: nombre infit^i d^hoinmes et de lemines j mq^ mœUr^^ ^ saqs pripcipes > ennjepiiji <die toute es|>èpe 4^ travail ,.qui ne vivent que du frujrt de leurs rapinç3 9'de9-Vo]^^ des assasinats 4|uils cH>mmétt6nt journelleo^ent, et qui çirchcient ssins <)e49e. la vigilance de la polide* C'es^ xinechoaeMiQQilimuîQe, quVHQi pourrait se diftpettsw d'€;n faire joientiott dans un ouvrage sefieuic ; mai^ oette es|>èeed'inditid.4l^ a» en Anglf^ ;terre , et i^ijrtoji^t' dans Londres, un caractère d'originalité qui lui est propre, et dqnt on trpqverait' diffîcUjginçnï la resâc^mblaufie ailleurs. «Ce. motif suffit: .$eul pour ^e pas p^nettre d'en parler, iUfd^cHifian^mentiJLés. anecdotes pluso^ moins singuliè^ref, qu';un pareil sujet fournira pqur 1 amusement des lecteurs.

Il y a d^ filpux dans tous les quartiers de Xondres ; ils se tiennent surtout devant les boutiques; des m^rcl^^nds d'estampes , où le peuple ^'arrête quelquefois en foule , pour y admirer d^s chef'd'eBUvre^;4e dessin et de gravure, ou

!io6 Londreêy la cour^ léspfoviHccs ^'

pour satisfaire sa maligoité, en jetant un coup d'œil sur les caricatures politiques et l'es portraits grotesques des pireAiêirâ jieiisdnhag^s de FEtat. Les filoux (pick'poAets) se réunissent aussi aux issues des Spec^aoies , -et se nvêlèttt jÀrtAi'ÎBt foule ; c'est là qû'ib savent s'entendre avec beaucoup d'adresse , et que les uns escamotent subtilement une montre, tandî^qu^ léS â'tftïes coupeut, avec tles "cisieinsri^ les boUttMis ou lea àgfraJ^ (es qiii poiJitrai^Wt ^^t^teair la «notitre datls- 1^ ^tki^^et. M. Paltn^^, directeidï* et'prè^Hiëtbirêi d'un nouveM thëâtrevconrfu $otis le ncrtfa et ta "Ràyauté^y et qui ^ot'ëupprifti^^8û boutée quel>^ que^ m<!>iS)<îi^igfÀ4af¥t^ue jes traits d^ filmiteriè Ti'èMf^éèbétâMqtft ^^^XwA'mfi^mit^^woiÀ^^^ tatte y payait' décile bdttitn^'fi(Kir>èriersftr l'e^ •câlier , à la fitt de ia pièfce r Tàkè'd^éù^ ôfyûtir paketSj genrlen^eh '{^rknie^ jgahk^âïVos »podk^S', •messieurs).'^ •" c -■ 5 -• . •'••'; ' ' - ' '' Mais une bceèiaiiôti &k VéS'ûlbûii ont hé2iû jeu , c'est brsqike de\jLt h^MPnèë ife- battant i coups depoiùgè'dtuis'Ia rUè. LK^^fi^llte aecburit ^et s^e rassemble , ëîlfes fbt-rtiie'uri feércflè^âutotii* dès. deux athlètes. PëWdàtit le' ' cfôtrfbrft , les fîlbak se mettent; à TburVfTa^^/Qtleî^îacffcis^iMsfiiôux sont d-intelligetifceV iieux fcWit'Sfetïîblàftt de sfe battre , poùt attit^t^ la fotile ^ tàhfliS qtte le troi-^ sième fouille dans 4eis p6obes. Mai* lètr combat** simulés que sfe H virent lés filoiii ,• «tàretft ordU

tfâiretHent peu de mcmde , parce qu'ils ne sont jpas sanglans ; ils se lancent beaucoup d'invectives,:, et presque psus de coups de poings; Ceux, des passât» qui counaissent çjette ruse , ne maqqi;ieot pas de la découvrir, en s'çcriant : TçJkç, vare^fyourpoAets^ iherjs arepick pokets (preue^ garde à vos poche^,^ voilà dçs filoux). L'étran; ger\quL n'entend point ce l^pgage veut satis; faixe ^ curijoiité ,.çt L'avis est pejdu pour lui.

Ces messieuns .ont invente depuis peu , uq mo^en infaillible pour escamolfer jies inouchoirs. Ilsaccostent un. homnie en portant une canne 3ou$ leur bras; l'honnête homiue qui Les sent à cpte.de }ui 9 et qui voit leurs brajs^et leurs mains, ne §oi^pç9|EiQe ^as. qu'ils oi)t ^la.chjé un tire.bouchpu. au bout de leur canne , et que ce tir^bouchon eutranfr d^ns la poche ^devrait , s'appeler dans cçt ijastaut uq ^;re-/no^cÀo/r.

Au.re^te, les fi^^^ti^'^'o'^^ p^ autant d'audacp qu'i^ pourrait se i'^nji^gifi&r^d'après ce que nous venons ^e . dire , parce qu'ils savent que dans plusieurs, parqififies 9 e^tdai^s, plusieurs quartiers, OU. donne qp^^puiiiée de réco.oipçusc^ à quicpnqtte:pbut leç jpr^ndre sur le fait^i, e^, qu'outre 1^ peine qui l^ur €^t. alors décernée ^ar la loi, lé peuple est;i^ pot^session deles punir Ini-mênie sur- le- champ, en les conduisant au bord d'un abreuvoir ou de la rivière, pour . les plonger dans l'ea^u à plusieurs reprises*

ao6 Londres, la cour et les pfqvinces- >

Le trait suivant est celui d'ua ichevalî^ ^ïfSh dustrie.

Un jeune bomme , que sa mâiivaisè bonduitë réduisait à vivre souvent aux dë^ns désidtf-i pes , se trouvant un jour embarrassé pour a^vdik* un dîner ^ imagina de s'adresser à un richard de sa connaissance : tout lé monde savait qii'e ce jeune homme était par£iiteroent versé dâtiis les affaires de négoce. Il va trouver* à la boutsé le Crésus qu'il sagissait d^attendrir ^ lui fait entendre qu'il a découvert uni moyen d'étendre ses projets de commerce, au point de lui fah^ gagner uiie somme immense ; mais que lé pro^ jet demande des détails , qu'ii lui fera dans Fa» près dinée. « Eh! où dînee - voiis ? Venez chez moi : je n'ai personne ; nous' avons un raàst^ heef et an plumb-pudding ». Lé jeune honiuie ne se fait pas presser. On mange avec àppàLit: Le repas fini , on commence k parler d'affaire. « t)e quoi s'agit-ïlP; — 'MdttSieur , jc^ veux voiiS faire gagner d'uù sèuLtrait de plume , au moins 10,000 livres sterling ; je comptais que Cela n'irait qu'à cinq, mais votré^l^03|>itatlité/en me jpéhétrant dé reconnaissante,' tû\ échauffé l'i-magination. — Expliquez -vbûs/ 'de grâce. -^ Eh bien , monsieur , voici le fait. J^ai entendu dire que vous vous proposiez de donner ao,ooo livres sterling pour dot à mademoiselle votrts £Ue : je la prends avec la moitié taoins».

^Angleterre , d Ecosse et d'Irlande. 209

Les filoiix , les jeunes voleurs sont toujouf s sûrs d'être élargis pendaat qu'ils en sont encore à leur apprentissage ; pourvu qu'ils n'opè* rent qu'aux portes des spectacles et des lieux d'assemblées publiques , et n'aillent pas plus loin que la poche , ils n'ont rien à craindre à cette époque , toutefois en prenant garde de n'être point pris sur le fait par la populace. La police ne se mêle guère de leur conduite que lorsqu'ils font le service sur les grands chemins^ ou qu'ils volent avec effraction : alors , quand il se fait quelque vol considérable ^ et qu'à la récompense parlementaire se joint celle qu'offre la victime du vol , les juges de paix ne manquent jamais de faire prendre les coupages , et ne ménagent rien pour les convaincre.

C'est toujours dans certains cabarets que l'on arrête les escrocs et les voleurs ; aussi les ma-* gistrats tolèrent-îls ces sortes de maisons , soyi$ prétexte qu'il vaut beaucoup mieux que les coquins s'assemblent ouvertement dans .ces endroits connus , qu'en secret et seulement entre eux. Mais ce raisonnemettt porte sur un faui^ principe ; quand les lieux de ces assemblées per* verses et dangereuses , sont » pour ainsi dire , publics , plusieurs jeunes libertins y ^ont atti* rés par l'espoir de l'impunité. . Les voleurs ne s'assembleraient pas si souvent , s'ils ne le pou- Taient faire qu'à la dérobée ; c'est le prenaieç; 2. i4

^iO Londres , la cour et les pro^ineef

pas qui les décide ; s'il est conforme à leurs inclinations , ils se laissent entraîner davantage ^.ers le crime. C'est ordinairement pour parta* ger leur butin, ou pour comploter de nouveaux projets criminels y que les voleurs se rendent dans ces repaires.

Il est un moyen infaillible de recouvrer à Eiondres une montre ou une tabatière , quand ^Ue a été prise dans la poche : c'est d'avertir , dès le lendemain , dans la gazette des cabarets à bière {Daify advertiser) ^ que Ton donnera au gentilhomme {gentlemen)^ qui a trouvé l'effet perdu , deux fois plus qu'il n'en aurait reçu du -courtier juif, à qui il serait oMigé de lé ven* ^re. Si Ton a la délicatesse d'ajouter l'observa* tion, qu'on a laissé tomber cet effet par mégar-' de dans la rue ou à la promenade , on peut létre assuré de voir, le lendemain matin, detrès«^ bonne heure, le gentilhomme qui vous dira Ta-i voir trouvé, et, en recevant la récompense promise, il vous remettra fort honnêtement le bi«« jou qui vous plaît , et dont la perte vous eut ^^ été infiniment sensible.

Semple, chevalier d'industrie.^ et Barring* thon, homme fort adroit A jouer des^mains^ disputant un jour sur la prééminence de leura professions respectives , d'escroc et de filon 7 « Toute la différence que je vois entre nous y

d* Angleierre^^ d'Ecosse et d Irlande, an

4it Barringthon , c'est que vous avez l'adresse d'engager les hommes à vider leurs poches pour remplir lés vôtres , au lieu que moi j'ai l'hoiinêteté de leur en épargner la peine. -

Ce même Barringthon est fameux en Angleterre par la multiplicité de ses vols , et par sou impudence ; il poussa l'effronterie si loin , qu'ayant volé à un prince étranger , célèbre général d'armée, qui voyageait dans la Grande- Bretagne , une boîte d'or enrichie de brillans , d'une très -grande valeur, il dit au magistrat devant lequel il fut mené ^ qu'il n'avait pas con\^ inis un crime , mais qu'il s'était procuré par un tour d'adresse un bijou que le possesseur originaire avait gagné par des tours de force.

Uesjprit fécond des âloux qui fourmillent dans Londres • a inventé une nouvelle manière de faire une abondante récolte. Ils coupent presque entièrement la soupente des fiacres , lorsqu'ils voient mettre ties malles ou des portemanteaux dans ces voitures , et les suivent à quelque distance à pied : la soupente casse , ils accourent comme pour secourir les personnes qui se trouvent dans la voiture , et offrent leurs services pour porter les bagages : si l'on se fie à eux ,^ ils décampent avec leur butin , et leut coup se trquve ïait prestement et san^ violence.

2 T a Londres, la cour et les provinces

Ua homme qui paraissait être un commissionnaire, porta quatre barils d'huîtres chez un M. Jackson, dans Halton - Garden , en disant qu'ils venaient d'arriver par la voiture de Colchester ; il demanda six schellings pour le port, un pour lui , et huit sous pour frais de magasin. M. JacksojQ paya cet homme sur-le-champ, croyant que c'était un de ses amis qui lui faisait ce cadeau. Une demi-heure après , M. Jackson eut envie de goûter les huîtres , et ouvrit un des barils; mais au lieu des huîtres délicates dgnt il comptait se régaler, il ne trouva que les écailles. «

Une femme parée avec beaucoup d'élégance , fut surprise au baV de l'opéra , mettant. la main dans la poche d'un de ses voisins. Au moment qu'elle fut découverte, elle se trouva mal; .ce qui fit dire, que sentant cette défaillance approcher , elle cherchait un flacon pour la prévenir*

Un de ces filoux qui , à l'entrée des spectacles, se glissent sous les vétemens des femmes , en marchant à quatre pattes , comme s'ils étaient des chiens , et détachent leurs poches , se trompa de cordon , et au lieu de poches n'emporta que des hanches ^de liège ; il ne s'aperçut pas plutôt de sa méprisé y qu'il lui était impossi-

d^uàngleterre f d Ecosse et d' Irlande. 2x3

ble de réparer , que sje relevant sur ses deux pieds : « Madame , dit-il, voilà vos charmes ».

Le jour de l'anniversaire de la fête du roi ^ les avenues du palais de Saint-James sont remplies d'une multitude immense qui se presse à l'effet de voir les voitures et les seigneiu's qui se rendent à la cour. Pour profiter d'une circonstance aussi favorable au larcin , une troupe de voleurs s'avisa de lâcher, au milieu de la foule , un gros chien que l'un d'eux avait ame* lié en lesse, et au moment où cet animal, mia -en liberté, cherchait à se faire jour à traveri les flots de spectateurs , les voleurs crièrent qu'il était enragé. La crainte s'empara aussitôt de chacun; on chercha à s'éloigner avec précipitation ; les individus tombèrent les uns sur Ifes autres , et le tumulte ne fit que s'accroître^ Ceux qui étaient dans lé secret^ saisissant le mo'* ment propice , firent une abondante récolte de bourses, de montres, de tabatières, qui chaii^ gèrent de poches en up clin d'œil.

Un jeune homtne, vêtu décemment et monté siv un très-beau cheval, s'arrêta dans Bishopgate , devant la boutique d'un horloger , et demanda à voir une montre d'or. L'^artiste le pria de descendre et d'entrer dans la boutique. « Non , dit le cavalier, mon cheval est difficile k monter , et je puis tout aussi bien choisir ujoe moa-

ire sans quitter la selle. Le confiant horloger présenta en conséquence plusieurs montres ; lorsque le cavalier en eut choisi une , et qu'il fut convenu du prix , il la mit dans la poche de sa veste , et, tout en feignant de chercher de l'argent pour la payer , il donna un coup d'éperon à son cheval , et s'enfuit au grand galop ^ en criant à l'horloger : « Je vous avais bien dit que mon maudit cheval était difficile à gouverner ; ce n'est pas ma faute ».

Un honnête Allemand fut arrêté une nuit idaus les rues da Londres , par un voleur , qui lui prit sa montre et deux guinées : le coup fait^ le voleur s'éloigne en souhaitant poliment une bonne nuit. L'Allemand s'aperçoit qu'on lui a laissé sept guinées; il regrette sa montre, et. imagine de la racheter j il rappelle le voleur, lui offre sçpt guinées de sa montre s'il veut la lui vendre : « Bien volontiers, dit celui-ci, en faisant l'échange ». Ensuite lui portant le pistolet sur la gorge : cr Encore un mot , mpnsieur ; . je vous ai vendu votre montre , à présent je vous la vole , c'est inon métier ». Cette anecdote rappelle une vérité très- connue : ne faisons jamais d'affaire avec les coquins, si nous

ne voulons être leur dupe.

Un» filou très-bien vêtu, se présenta dans une maison située à Brdmpton^ dont il savait que

^Angleterre , d^ Ecosse ^t d'Irlande, i 1 5

les 'maîtres étaient absens. « Je suis , dit-il , aux domestiques, le premier mari de la maîtresse de céans , quoiqu'elle soit remariée , et que ma mort ait été annoncée depuis long- temps ». Le» TaletSy intimidés d'abord par le ton de confiance et d'audace de ce nouveau maître , le laissèrent entrer. Son premier so^n fut d'examiner Fargenterie ; il trouva très-mauvais qu'on eût enlevé ses armes. Il parcourut toute la maison , se promit d'y faire de grands changemens. Ensuite il sç mit à table , et se régala de deux bouteilles de vin. Cependant les domestiques, revenus de leur première stupeur , après l'avoir mieux examiné , et surtout le Voyant boire outre mesure , eurent des soupçons sur cet homme; ils firent venir plusieurs voisins , qui réussirent à l'intimider. Le fripon prit le parti de se retirer , n'emportant avec lui pour tout butin , que le contenu des deux bouteilles qu'il avait bues.

Un de ces hommes adroits à profiter des circonstances , traversant à cheval un des nour veaux villages bâtis sur l'emplacement qu'occupait autrefois la foret d'Enfield j arriva dans un endr9it où l'on allait ouvrir une chapelle de méthodistes. Ayant appris qu^ devait s'y faire une quête , il attendit que le service fût commencé, descendit de dbev^l, et écouta le sçr-

ji 1 6 Londres , la cour et tes provinces

mon avec beaucoup de recueillement. Peu de temps après , il tira sa bourse , mit une guinée dans son chapeau , et fit le tour de la chapelle , en faisant très-dévotement la collecte. Ces bonnes âmes, émues et animées par son exemple , se livrèrent à leijrs dispositions charitables , et mirent à l'envi dans le chapeau. Quelque exttaordinaire que la conduite de cet étranger parût à tout le monde, on le laissa faire. Le pasteur même , qui attribua ce zèle à une conversion subite du quêteur , et qui lorgnait le pécule dans le chapeau, ne s'y opposa point.

Mais quelle fut la surprise de cette congrégation de fidèles, lorsqu'ils virent le nouveau converti gagner la porte de la chapelle , au lieu d'entrer dans la sacristie ! On eut beau lui crier de rapporter le produit de la quête : « Non , répliqua- t-il, mes frères, j'ai reçu volontiers ce que vous avez donné librement , et je le garde »^. Remontant ensuite sur son cheval, qui était excellent, il laissa les dévots crier contre lui,, et lui souhaiter, selon la formule anglaise, une éternelle damnation^

Un chevalier d'industrie se trouvait à fiath sans argent ; voyant qu'il commençait à être trop connu , et qu'il ne pouvait plus déployer son adresse , il sentit la nécessité de retourner uti plus vite à Londr^Si. Msài oomment s^'y pren^

d^ Angleterre , d^ Ecosse et d'Irlande, a 1 7

dre pour faire le voyage sans posséder les fonds dont il avait besoin ? Voici l'expédient qu'il imagina pour qu'il ne lui en coûtât que les frais des barrières , qui se trouvent entre cette ville et la capitale. Il envoya chercher un cheval de selle chez un loueur de chevaux de Bath , pour faire une promenade du matin ; il fit sa promenade au galop, de poste en poste, jusqu'à Londres, laissant à chaque nouvelle poste le cheval pris à la dernière , en attendant qu'il repassât. Arrivé à Londres , il fit ressource en vendant ïa monture qui lui était restée ; en sorte que six maîtres de postes se trouvèrent avoir fait des échanges forcés , et entent un procès pour déterminer celui d'entre eux qui perdrait le cheval vendu • »

Il se commit à Oxford une friponnerie d'une espèce toute nouvelle. Un jeune homme mis déce|)iment, et qui avait l'air de ne pas connaître l'université , entra dans un des collèges,, se fit introduire chez le principal , et , après avoir fait quelques questions , comme pour s'instruire des usages , il se fit inscrire au nombre des pensionnaires. On lui dit alors , qu'il fallait qu'il payât d'avance , par forme de cautionnement , 1 3 livres sterling , tous les éttrdians avançant cette somme , lorsqu'ils sont admis à l'aniTeffâité» I^ jeune escroc présenta au

a 1 8 Londres , la cour-et lesprosnnces

principal une traite de 4o livres st^ling , avee vne acceptation sur une maison des plus considérables de Londres. Le principal prit la traite supposée, et rendit 27 livres sterling à ce £aus^ Sdire^ dont on n'entendit plus parlerl

Trois filoux , qui avaient l'air d'honnêtes gens (on sait que. la physionomie est trompeuse), arrivèrent dans une hôtellerie à Putney; toutes les chambres étaient occupées , à l'exceptioil d'une seule qu'on leur donna. Ils demandèrent un bol de punch , et , pour qu'on les servît plus promptement , l'un d'eux resta sur l'escalier, et jura qu'aucun domest^ue de la maison ne pas^ ferait que lorsqu'on leur aurait apporté le punch. Tandis qu'on le préparait , les deux autres fi* loux ouvrirent la porte d^ la chambre, où ils savaient que l'hôtesse serrait son argent, crochetèrent l'armoire où il était enfermé , y prirent environ 3oo livres sterling (6,750 fr. ) , burent leur punch, Iç payèrent, et sortirent de la maison sans qu'on pût se douter de leur larcin. ' ^

Un homme bien mis se présente chez un banquier de Londres , à qui il dit , que milord Ar« lington voudrait lui parler d'une affaire de conséquence , et se rendra au grand café de la bourse. Le banquier monte dans son carrosse avec l'incoanu , et arrive à ce café. Mibard n'y

d'Angleterre , d* Ecosse et d'Irlande, a i g

€tait pas 9 on l'attendait. Le banquier trouvant qu'il tardait à ve'nir, tire sa montre ^ dont Fiiî* connu parut émerveillé, et qu'il trouva d'une grande beauté. Il demanda la permission d'aller la faire voir à son horloger, pour en commander une semblable , et il laissa entre les" mains du banquier , un billet de 5o livres sterling ^ qu'ille pria de garder jusqu'à son retour. Le banquier lui prêta son carrosse , et lui dit qu'il Fattendrait. L'inconnu ordonna au cocher d'aller au logis de son maître ; il arrive , et demande à un commis aoo livres sterling, dont le banquier avait besoin sur - le - champ ; le filou présenta , pour preuve de sa mission, la montre qu'on lui avait confiée. Le commis qui la reconnut, et qui vit cet 'homme venir dans le carrosse même du maître , ne fit pas difficulté de remettre les aoo livres au filou , qui retourna au café , rendit la montre^ retira son billet , et prit congé poliment du banquier, qui se lassa enfin d'attendre milord Arlington, et s'en retourna chez lui , où il apprit le tour subtil qu'on venait de lui jouer.

Chaque district, en Angleterre, répond des Tols qui s'y commettent, et celui qui est volé, peut, suivant la loi, poursuivre tout le district, qui est obhgé de son côté de poursuivre le voleur.

!iâo Londres^ la cour et lespronnces

La tête des voleurs est mise à prix. On donner^ 5o liv. sterl. à quiconque livre, dans la capitale, un voleur à la justice, et 4o dans les provinces. La peine de mort est prononcée contre presque tous les vols, même les plus simples ; mais comme on suit toujours la loi à la lettre , les malfaiteurs un peu exerces calculent le crime de mar> nière à défendre au moins leur existence.

Uji certain Howell Green , convaintu d'avoir fait une obligation fausse au nom d'une per* sonne décédée depuis peu, fut condsRnné à payer une amende de loo liv. sterl. et au pilori : on ne put pas le condamner à mort , aux termes de la loi , parce qu'il avait eu la perfide précaution de couper la main du défunt , lut avait mis une plume entre les doigts, et s'ea était servi pour écrire l'obligation ; en sorte qu'il avait pu- sans se parjurer , faire serment qu'il avait vu signer ladite obligation de la pro* pre main de celui dont le nom se trouvait au bas. Ce subterfuge lui sauva la vie.

Une femme fut condamnée à mort, pour crime de fausse monnaie. La malheureuse ayant dressé un placet à la reine , pour démander sou pardon , il fut présenté par une de ses sœurs , mariée à Windsor, qui pénétra dans le château^ aecomj)agnée de deux enfans de la suppliante ; lorsqu'elle vit la reine se rendre à pied à la

*£ Angleterre jd^ Ecosse et d'Irlande, aai

chapellç de Saint-Geôrge , cette, sœur au désespoir se jeta à genoux , et remit son placet à sa majesté. Une jeune enfant, âgée d'environ quatre ans , fille de la condamnée , s'écria en sanglotant y et joignant ses petites mains : <c Je \ou$ en prie, madame la reine, je vous en prie, ne pendez point maman ». La princesse touchée des pleurs de ces innocens, demanda au roi le pardon de la coupable, et l'obtint. Cette fename 9 par sa bonne conduite , mérita dans la suite les faveurs de son auguste protectrice.

Quoique le crime des faux monnayèurs soit ordinairement irrémissible , il est très-commun dans 1^ Grande-Bretagne. On fs^it des demande^ régulières aux fabriques de fausses monnaies tx)mme aux autres manufactures. Il n'y a peut* être pas une voiture partant de Londres , qui ne porte quelques caisses de fausses monnaies dans les ports de mer et dans les villes manufacturières , et on en fait des marchés réglés dans la capitale.

Un jeune homme de dix-huit ans fut condamné à mort pour 'crime de faux, en 1787.

Les juges , voyant qu'il était doué de plusieurs belles qualités , et sachant que , jusqu'alors , il avait mené une vie très - régulière , le recommandèrent à la clémence du roi. Mais quelle

aaa Londres f la cour et les pros^inces

fut leur surprise , loi^sque le criminel refusa la grâce qu'on était sur le point de lui obtenir. On eut beau lui faire des représentations , il s'obstina à demander la mort, comme la fin de ses malheurs.

Les juges commençant dès - lors à le regarder comme suicide , et voulant savoir pourquoi il haïssait si fort^ la vie , lui firent plusieurs questions , sans qu'il voulût s'expliquer claire^ ment. Enfin , il répondit que , n'ayant pu obtenir de son père la permission de se marier avec une jeune personne qui n'était pas assez riche, et n'ayant pas eu la force de terminer lui-même ses jours , il avait fait une fausse lettre-de*change , dans le dessein de périr sous le glaive de la justice, parce qu'il aimait mieux mourir, que de vivre séparé d'un objet sans lequel il n'avait aucune espèce de bonheur à espérer sur la terre.

Le père, instruit de cette réponse, permit alors le mariage; et la grâce fut accordée, à con» dition que le jeune homme et sa jeune épouse seraient transportés à Botany-bay (i).

Il est une espèce de voleurs qui n'est guère connue qu'en Angleterre , et qu'on appelle les courtiers de la résurrection. Ils s'adonneut à vo--

(i) Colonie anglaise , presque aux antipodes de Londres , et dan^ laquelle ou transporte certaine crimineb*

dJngleterrejéPEcoise et d^ Irlande. mJ

léi^ des Cadavres dans les cimetières , et les vendent ensuite fort cher aux chirurgiens anato-^ xnistes , qui ne peuvent s*en procurer que diffiicilement:le mojren le plus ordinaire d'en avoti* est d'acheter les cadavres des criminels condamnés à mort. Ceux-ci les vendent eux-mémek dans l'intervalle qui a lieu entre le jugement rendu et son exécution. Ces misérables font ce^ sortes de marché avec un sang-froid impertur"bable , mettent à leur cadavre un prix plus ou moins élevé , suivant leur structure , et font des orgies avec le prix qu'ils en reçoivent, en attendant l'heure de passer sur l'échafaud. .

Il existe à Londres un club de scélérats , appelé Résolution cliiby dont les membres pré* lent serment entre eux, de ne jamais faire 'Quartier à ceux qui se défendent lorsqu'ils sont al* taqués ,<ou. qui sont connus pour avoir fait pur uir. quelques-uns des membres de l'infâme société.

En 1787; OH établit ^dans la capitale des trois royaumes, près de- la bourse, un bureau d'as^ surance contre les voleurs. Moyennant uoe prime modique , la nouvelle compagnie s'engage à indemniser tous les particuliers souscripteurs , de la perte des f fïets qui leur seront Tolés , soit par effraction de portes , ^e fenêtres, soit sur les grands chemins, soit dans les

3a4 Londres, la cour et les provinces

rues , etc. Elle s'engage également à payer lei; frais des poursuites contre les voleurs y à faire des pensions à la veuve et aux enfans de ceux qui seront tués en défendant leurs propriétés, ou qui mourront des blessures qu'ils auront reçues; à donner une récompense de 5 guinées^ en sus des récompenses ordinaires , à tous ceux qui empêcheront qu on attente aux propriétés des sociétaires.

La famille d'un malfaiteur exécuté se croit si peu déshonorée à Londres , que souvent les veuves font insérer dans les gazettes un paragraphe , dans lequel elles se recommandent à la charité publique, annonçant qu'elles sont dénuées de tout secours^ depuis que leur mari a été pendu .

Le fameux Makinston , contemporain de Cartouche , était aussi redouté à Londres que Cartouche l'était à Paris. Makinston avait un cheval d'une telle prestesse , qu'il le mettait en état de citer, devant le jury, un alibi qui n'avait rien de réel, mais qui avait tellement les apparences de la réalité, qu'il paraissait impos^ sible de le condamner^ Coniment se persuader » en effet, qu'un homme qui était à telle heure dans un pays, distant d'un autre de dix à dçuze lieues , ait pu se rendre coupable , une heure après, d'un >ol commis dans ce dernier endroit?

d^ Angleterre ^ d* Ecosse et d'Irlande* ai5

, Urt 17^6, il se fit à Glascow, ville archiépiscopale d'Ecosse 9 un changement considérable dans les formes de la justice criminelle , à Toccasion d'un événement extraordinaire qui fit connaître l'abus affreux de la question , et cdm* bien il est facile aux juges de confondre l'innocent avec le coupable.

Un jeune homme , d'une naissance. honnête ,était parvenu , avec beaucoup d'amour et de constance, à gagner le cœur d'une fille de son âge; et, diverses. raisons ne lui permettant ps» de la rechercher ouvertement ^ il se cousoûît 4e cette contrainte en passant une partie* dM nuits avec elle. L'intrigue avait duré plusieurs mois, avec taht.de bonbeur et de conduitei,.que les, domestiques mêmes ne s'en étaient ; point aperçu. Mais quelques voisins se trouvant, pro^ ehe de la maison pejidant la nuit, en virent sor»« tir une fois le jeune amant, qui paraissait se rei tirer avec beaucoup de précautions. Ils ne soup*^ çonnèrent que la vertu de leur voisine, et n'y prenant qtte peu d'intérêt , ils eurent assez de discrétion pour se taire^ Quelques jours aprey»^ on 3'aperçiit dans la même maison qu'il s'y /étai^' fait un vol cot^sidér^ble d'argenterie , et de bî<- |[ joux précieux , ssuis aucun indice qui put ser*

r vir |t faire conûaitreles coupables» Les voisina ,

plus intéressés xiue les autres :à se purger 4^ a. j5

%%S Londres^ la cour et les province

80upçoD, prirent le parti de déclarer au maître, à quelle heure et de quelle manière ils avaient ▼u sortir le jeune homme* Des apparences si fortes parurent suffisantes pour le faire arrêter. Il dàavoua le crime ayec horreur ; mais un gé-* séreux égard pour l'honneur de sa maîtresse, né lui permettant point de confesser les raisons gui l'avaient conduit chez elle^ il s'expliqua avec tant d'embarras et si peu de vraisemblance^ que cette manière de se défendre fut presque regar-' dée comme une conviction. Cependant, coihme il continuait à soutenir son innocence , et qiie le témoig9sige de ses accusateurs ne suffisait pas pour le condamner , les juges ordonnèrent la question. Elle consistait à faire avaler une certaine quantité d'eau ; et quand l'accusé avait k corps rempli, on le couchait à terre ^ on le couvrait d'une planche sur laquelle on sautait pesamment pour lui faire rendre l'eau avec la dernière violence , et l'on recommençait cette cruelle exécution aussi long-temps qu'il refusait de se confesser coupable.

Le bruit de cette sentence étant parvenu jusqu'à l'amante , elle se crut aussi malheureuse que celui qui devait Qtre traité si rigoureuse* ment pour Tamour d'elle. La tendresse et la re-* connaissance l'obligeant à ne rien ménager , elle eut le courage d'aller déclarer aux juges qu'il était impossible que l'accusé fût ctiminel , puisque

d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande, ^ij

depuis fort long- temps qu'il avait passé toutes les nuits dans sa maison , elle avait eu soin elie-^ même de lui ouvrir la porte , de le conduirt; dans sa chambre, où il s'était toujours mis au Ut avec elle , et de le reconduire ensuite jusqu'à la rue. Cette déclaration produisit peu d'effet ; elle fut regardée comme un artifice de l'amour 9. eÇ la sentence n'en fut pas exécutée avec moins d^ rigueur.

Le jeune homme n'essuya que la première épreuve de la question, et confessant tout ca qu'o^ lui reprochait, il demanda pour to^te grâce , que sa mort ne fût . paa différée longtemps. Cependant , par un autrç ifs^g!^ de TAn^ gleterre et de l^cosse, il fut réservé pour le temps ordinaire des exécution3 pi^bliques^ qui ne se font que tous les trois mpis^ Oa le ren^ ferma dans une étroite prison ^ oiji il fi^t tcaf té comme une misérable victime de la justice. . ^

Le ciel permit, pendant ce temps-la, que d^ius.' voleurs fussent arrêtés, pour des crimes p)u§, réels , et qu'étant c^omme le Jeune homme copdamnés à mourir , ils fussent renfeftoés dans le même cachot. Quoique leurs chaînes. i^e leur laissassent point la liberté de s'approdier , ils avaient eellè de s^ètitretenif. Ib surent bientôt pouc quelle* causé le jeune bôtnute devait pattager leur «tet idéUit eu|;'-xtté0i«$ qui àvaieiiti

aa8 Londres^ la cour et les prc^inces

commis le vol dont on l'aVait chargé. La pitié les toucha en sa faveur, et l'aveu d'un crime de plus fie devant rieh cihanger à leur séhteùcê^ ils s'accordèrent de conicert à lui rendre ITionneur et la vie, en reconnaissant qu'ils étaient seuls cou- |>ables. Les explications et les jpreuyes qu'ils donnèrent aux juges levèrent tous les voiles. L'innocence du jeune homme fut reconnue publiquement, et Ton se hâta de lé mettre en liberté, avec toutes les réparations qui pouvaient le ëonsoler de son malheur. Mais il n'y en eut point de si douce que celle qu'il reçut de l'âinout. Sa maîtresse , qui avait été jusquiatlors Inconsolable , lï'eut pas plutôt appris Théureux ôhan'gement qui venait de s'opérer , qu'elle se fendit à la prison 6ans rien consulter. Elle fit les plus tendres caresses à son amant , aux yeufx de tous ceuit' quî s'y rencontrèrent , et ne suiirant plilÀ t(U(e se^ transports , elle iehvoya de là chez son père, pour lui déclarer qu'elle n'aurait jams^is *d'autre mari que celui qu'elle choisissait t rHeurémême, et qu'elle préférait à toutes les richesses du monde. Elle reçut aussitôt un conaèntenient ^uW ne pouvait lui refuser après êét eôlal, et le mariage fut célébré sur^e-champ oans la prison»

Le tribunal de Çlascpwi qui lient un rang distingué dans l'Ecosse, prit occasion de sa pro- {yre ecreur jpoui: a^lii: rusa^^e do l» q[tt^io9»

jâ^ Angleterre , d* Ecosse et ^Irlande, aag

Il n'est point de ruses que les voleurs de Londres ne mettent en usage. Un homme ayant frappé avec force, dans le voisinage d*Holboriij, on se hâta de lui ouvrir ; it s'ëlaxice aussitôt dans l'intérieur , court à la cuisine d'un air e£* frayé et y trouvant plusieurs domestiques , iï regarde avec beaucoup d^attehtion dans la che* minée, prétend qu'il est un des pompiers, et qu'averti qu'il se manifestait un incendie, if avait en conséquence fait conduire une pompe pour l'éteindre. On donne sur cet avis Falarme à toute la maison ; plusieurs jeunes gens accoii^ rent : le faux pompier , étonné de voir tant demonde , sent qu'il n'a rien de mieux à faire que de se retirer ; il déclare qu'il s'est mépris , qu'il n'y a nulle apparence de feu, et en s'excusant il gagne la porte , où il y avait , en effet ^ une pompe , et trois ou quatre hommes de mauvaise mine. Il est évident que c'était un prétexte pour s'introduire dans la maison : d'ailleurs la pompe amenée , n'était pas une de celles de la ville ; mais dans le premier moment de surprise , on laissa ces filoux s'échapper.

Un voleur trouva le moyen de s'introduire pendant le jour dans la maison d'un marchand, et de parvenir jusqu'à la chambre à coucher sans être vu. Il fit à ta hâte un paquet des matelas et des couvertûreis dii lit, le chargea sûr

a3o IfOndres^ la cour-et les provinces

sa tétte , et descendit les escaliers ; 'mavs il fit un faux pas et tomba avec sa charge. Le marchand, alors dans sa boutique , accourut au bruit , et lui demanda ce qu'il voulait. « C'est , monsieur, lui dit le voleur , la garniture du lit que vous avez achetée ce matin à un inventaire , que je vous apporte.— Je n'ai point fait cette emp|et* te, répoiidit le marchand. — Mon maître m'a qçpendant dit de l'apporter chez un marchand, dans cette rue; mais, puisque vous n'avez point fait cette acquisition , il faut que j'aye mal entendu , et que ce soit pour la maison voisine ; aidez-moi , je vous prie , à charger le paquet ». L'officieux marchand eut la bonté de le lui re* jpettre sur la tête , et le voleur décampa. Ce ne f^t que le soir qu'on s'aperçut que le marchand avait aidé à se voler lui-même.

Un voleur de nuit, rencontra une femme assez bien vêtue, qui, à la faveur des ténèbres, gagnait timidement la x demeure d'un préteur 6UK. gages ; il l'arrête et lui ordonne de se désaisir entre ses mains de tout ce qu'elle a sur elle. « J'ai bien une bourse , dit la pauvre créature , mais il n'y a rieix dedans; j'allais, pour la garnir im peu, mettre ma montre en gage. » Elle tire alors une montre d'or de sa poche, «c Oh! mon doux cœur ^ qu'alliez-vous ifaire chez ces fripons ! Ils vous prêteraient trois guiixées j votre

d^ Angleterre y d'Ecosse et d'Irlande. a3i

montre eu yaut dix, et je la prends pour cinq». En achevant ces mots, il lui compte l'argent^ et s'éloigne.

De tous les voleurs gui exercent leur profes-^ sion avec les plus grands égards , aucun d eux n'a porté plus loin les dehors de la politesse, que celui qu-'on appelait le voleur aux visites. li s'était fait une loi de ne voler personne sans> avoiîr l'air de faire une visite honnête. Dès qu'il avait formé un projet,, il s'habillait magnifiquement, sepréseptait à la porte d'une dame, et demandait à lui rendre ses devoirs. Si elle était

sortie , il se faisait écrire , et tâchait de savoir de quel côté elle était allée.. Il la suivait, supi^ posé qu'on l'eût instruit, ou bien il revenait quand elle était rentrée , et lui exposait galam*ment le sujet.de sa visite.. C'était ordinairement une bague ou une boîte d'or qu'il lui avait vue , disait-il, qu'il avait déjà eu l'honneur de venir démander, et qu'il serait charmé de garder toute 4sa vie pour l'amour de la dame. Il recevait cette faveur en homme qui en sentait le prix, faisait f

une profondé révérence , et sortait. Mais il est bon d'observer, ajoute l'historien anglais» qu'il se retirait posément et de meilleure grâce que ks autres gens dû bel air/ qui s'enfuient toujours comme s'ils avaient dérobé quelque chose.

Deii^demoiseUes^idu nom de^Staples, se pro-

aSi Londres j la cour et les pro¥inces *

menant dans le parc de Saint-James, furent accostées par deux jeunes gens assea bien mis, qui leur dirent : « Mesdemoiselles fmiss), nou»

sommes des infortunés <^ue des joueurs ont dépouillés de tout leur argent ; nous n'avons pas un seul ami auquel nous puissions nous adresser pour les besoins les plus pressans ; nous vous prions donc très*instam ment de nous remettra tout l'argent que vous aves dans \a$ poches. . . , Point de délai , il nous le faut ». Ces jeunes per* sonnes , ne pouvant résister à une prière aussi pressante , leur livrèrent , en tremblant , le numéraire qu'elles avaientsur elles , qui se mon- ^it à 3 livres sterling. « Souvenez-vous bien^ leur dirent les deux voleurs en les quittant, que nous ne vous avons point volées ; nous vous ayons suppliées de nous assister dans notre détresse , >

et vons avez eu la générosité de le faire ».

A l'époque d'une presse de matelots , qui s'exéss cutait vivement dans Londres, des voleurs ima* ginèrent un nouveau moyen d'exerrer leur métier» Un d'eux, vêtu en ofGicier de marine ^ marchait à la tête de quelques satellites dégui-. ses en matelots , qu'il avait l'air de commander : quand ils rencontraient un homme qu'ils soup^ çonnaient avoir de l'argent et quelques bijoux , ils l'entouraient et le fouillaient , sous prétexte

d'eumine? s'il avait des papiers dao3$espocheS|

d* Angleterre , d Ecosse et â^ Irlande, a 33

qui prouvassent seS/Services sur mer ; et quand ils' s'étaient saisis de l'argent, de la montre, et de tout ce qui leur convenait, ils poussaient par les ëpâlules Thomnije qulls venaient de dé« pouiller , en lui disant , qu'il ne faisait pas leur affaire ^ et décampaient lestement avec ce qu'ib avaient enlevé.

7acques Johnson , homme de la naissance la plus obscure , et sans aucune espèce d'éducation , avait épousé une jeune femme qui n'avait rien de remarquable que son industrie. Au bout de quelques années il&'se trouvèrent chargés d'une famille, à l'entretien de laquelle la mère contri<* buait seule par son travail. Celui de leurs enfans qu'ils chérissaient le plus vint à tomber malade» et son état alarma sa tendre mère. Johnson y fut sensible jusqu'à un certain point , sans cepen* dant se livrer au travail plus qu'à l'ordinaire. Le temps qu'elle mit à soigner son enfant, et les dépenses inévitables qui s'ensuivirent, la réduisirent à la dernière indigence ; elle chercha à emprunter , elle implora le secours des gens les plus aisés de sa connaissance , rien ne lui réùssit,^ Cette malheureuse femme s'était résignée à souffrir individuellement , mais elle ne put supporter le spectacle de son enfant qui périssait de besoin. Les tourmens de son cœur déchiré furent plus forts que Thonnei^r et la

^34 Londres , la cour et les pro9Ùiees

crainte de la punition'^ elle yola une personne qui l'employait; à travailler , et sur une grosse sorome y elle prit ce qu'elle crut nécessaire pour se tirer de sa triste situation , bien résolue de remplacer , par les fruits de son travail , toute la somme qù'eUe prenait en ce moment. Mais on s'aperçut de ce qui manquait d'argent , avant que la pauvre mère en eût fait usage. Comme elle s'était adressée dans son besoin à la per^ sonne qui était volée , on ne fut point embarrassé sur qui laisser tomber les soupçons ; oa fouilla dans le misérable réduit de l'infortunée ^ et on retrouva les mêmes pièces de la perte desquelles on se plaignait.

Ce fut en vain que cette mère éplorée représenta sa cruelle situation, son enfant prêt à périr faute de secours : celui qui avait été volé poussa, la barbarie jusqu'à son dernier période j il fut sourd à ses cris et la fit conduire en prison. Les. horreurs de la captivité n'affaiblirent point sa. tendresse maternelle ; elle conjura qu'on lui laissait son enfant sur le point d'expirer, afin qu'elle tentât de retarder les derniers momens de l'înnocente créature. Croirait-on qu'on eut l'inhumanité de lui refuser cette triste consolation ? L'enfant fut envoyé à la paroisse, et les soins inattentifs des étrangers ne purent le sauver.

Le mari, qui était plutôt indolent et fainéant

d'Jngleterre^ d'Ecosse et d'Irlande. %3S

que méchant homme', se réveilla pour la première fois de son assoupissement. Il ne lui fal** lait pas moins que cette violente secousse pour le tirer de sa coupable léthargie ; il vit souvent sa fe^irae dans la prison , et la traita avec plus^ d'affection qu'auparavant. Une circoi\stapce à laquelle ils n'avaient fait qu'une légère atten* tion , mit le comble à leur dés^poir ; le vol se trouva accompagné d'effraction , et c'est ce qui rendit le crime capital. Le mari fut présent au ^gement , et les preuves n'étant que trop claires « il entendit que sa femme serait condamnée à mort. Avant que l'op procédât aux dernières formalités , le mari demanda à la voir «a particulier et lui parla en ces termes : « J'ai été un monstre , et quoique la'loi ne condamne point ma paresse et mon oisiveté comme un crime , telle est pourtant la cause qui a occasionné tous vos malheurs. Il nous reste deux enfans; je ne peux leur être d'aucune utilité. Laissezmoi me charger du crime que vous avez commis par excès d'amour maternel; laissez -moi mourir à votre place , moi qui .mérite cent fois la mort par le lâche désœuvrement où j'ai végété, sans voir l'abyme que j'ai creusé sous vos pas »•

L'ignominie du supplice, la crainte de la mort , ou plutôt l'amour de ses deux enfans , lui firent consentir à la proposition de son

a36 Londres^ la wur et Usprovinees

mari ; il sç pr^enta deyant le juge , et lui dit r « Apprenez qu'il y a peu de fonds à faire ;ur la déposition des témotos ; j'ai seul commis le crime dont on aecuse ma femme. Vous allies condamner cette innocente victime ; mais je ne souffrirai point que la justice commette cette' nouvelle erreur , et le remords me force à yenir me dénoncer moi-même. Punissez le yrai cri* minel ». Il ajouta à ce discours . des circonstances qu'il avait arrangées pour donner plus de vraisemblance à sa déposition. Les témcnns^ eux-mêmes crurent s'être trompi». Le juge et les jurés furent .séduits ; ils déchargèrent la femme de toute accusation , et prononcèrent 1^ sentence de mort contre le mari.

Aux approches du sdppUce de cet homme ^ l'épouse ne put supporter l'idée de le voir périr pour elle. Déchirée entre Famour de ses enfans et ce qu'elle devait à son mari , elle céda enfin au sentiment conjugal. Elle alla trouver le juge^ lui protesta qu'elle seule était eoupable du vol , et lui divulgua l'entretien que son mari avait en avec elle avâilt de vouloir la sauver , en se sacrifiant lui - même. Le tribuual Att frappé de cet héroïsme des deux ^>oux, et il crut devoir le récompenser en obtenant leur grâce du roi.

. Une fille irlandaise , âgée de vingt - quatre

d'Jngletefre i d* Ecosse et â^ Irlande. a37

ans , nommée Sara Malcomb , fut condainnée à mort 9 et exécutée , pour avoir volé et assassiné, dans une même nuit , trois personnes , dont l'une était une dame fort âgée , l'autre une femme de chambre, et la troisième une serrante de dix-sept ou dix-huit ans. Une action si horrible fit beaucoup de bruit à Londres , où la scène se passa. Pendant que la criminelle était en prison, l'on fit et on grava son por- «trait, qui fut vendu par milliers dans toutes les rues. C'était une grande fille , belle et l;>ien faite , mais d'une physionomie un peu trop mâle. On assurait qu'elle était née de parens fort honnêtes, quoique sa mauvaise conduite Teû^ forcée à prendre le métier de blanchisseuse. Son père vint d'Irlande à Londres , ^ur le bruit de sa cruelle aventure ; mais ayant appris les circonstances du crime dont elle était accusée , il repartit sans se faire connaître. Elle fut pendue d'une manière tout-à-fait extraordinaire , dans son jsuaire , c'est-à^ire , dans une chemise de laine , et son cercueil à côté d'elle. Elle avait eu le courage de composer son épitaphe , en douze vers , la veille de sa mort , et l'on remarqua qu'après avoir souffert que le bour* reau l'embrassât, suivant la coutume, elle re^, fusa la même faveur à un inconnu qui se présenta pour l'obtenir. On soupçonna que c'était sou amant. Le même particaUer se rendit

a38 Londres, la cour et les provinces '

en habit noir au lieu où elle fut portée apré$ Texécution , et donna un écu au bourreaii pour obtenir la permission de la voir, et de la baiser au visage* Cette action peut être regardée comme un des plus rares effets de l'amour.

d'Angleterre y iT Ecosse et d* Mande. a3^

Page 1