CHAPITRE LXII
Voleurs de grands chemins. ^
JLjes grands chemins, à trente et quarante railles de Londres , sont infestes de voleurs artaéSj à pied et à cheval. Il est difficile de les arrêter , malgré la récompense de 5o guinées promise à ceux qui 'peuvent se saisir d'un seuK ys sont d^ttisés , et lorsqu'ils s'approchent de la portière d'un carrosse , ils présentent un pistolet , et demandent la bourse , qu'on leur donne sans parler. Ces brigands sont ordinairement deux ou trois ensemble ; l'un tient en respect le postillon , et les autres s'emparent des portières.
Pour écarter les voleurs , on doit avoir deux mousquets à gros canon y les appuyer sur la portière , de façon que le canon soit aperçu. Alors les voleurs n'osent avancer , si toutefois ils voient deux hommes dans la chaise ; car s'il n'y avait, qu^un voyageur , il serait volé malgré ses armes.
A la barrière d'Oxford^reet, les voleurs de cette espèce fréquentent une taverne très-connue de la police , qui sert de rendez-vous à ces coquins , où tous les soirs ib se communiquent
%fy> Londres, la cour et les provinces
leurs plans d'opération. Lorsqu'une personne de distinction a été volée , et qu'elle croit connaître l'auteur du crime , les agens de la potioe vont faire leur ronde , et s'ils aperçoivent l'horame désigné, ils lui ordonnent de les suivre pour comparaître devant le juge. Mais il est rare qu'on en vienne à une pareille mesure ; et en ferait-on souvent usage, les voleurs échapperaient facilement à la punition; ils trouvent des témoins qui affirment Xalibi. D'ailleurs le procès s'instruit aux dépens de l'accusateur , qui est encore obligé de se présenter plusieurs fo^s au tribunal.
On ne peut qu'attribuer au manque absolu de maréchaussée^ dans la Grs^nde Bretagne , les vols fréquens qui s'y font sur les £;hemins. L'établissement des maréchaussées» disent les Anglais, pourrait devenir très -préjudiciable à la liberté publique.; nous ne voutops pas permettre, dans le royaume le plus petit corps de trou« pes , qu'il serait facile d'augmenter selon les circonstances. D'un autre côté, le ministère ne confiera jamais au parlement , l'autorité sur le moindre corps d'hommes armés^, ,qiii pourrait «un jour servir le parti de l'opposition. Le peuple aime mieux jéjtre volé sur , les grands chemins par des voleurs de profession , que de l'être , dans sa maison , par la politique astu-» cieuse et l'avidité d'u» ministret
d'Angleterre , d'Ecosse -et d'Irlande, ix^i
Il'-y ^ pkis> les Anglais tirent vanité de l'a* dresse et de l'audace de leurs yoleùrs. Un de ces brigands arrêta un jour un particulier qu'il conn^dssait po^r être riche , «t ne lui ayant trouvé que 5 pu 6 guinées , il l'avertit que ^ première fois que cela lui arriverait, il lui^ donnerait vingt coups de bâton. Ces plaisante-» rie^) insérées dans les gazettes, sont lues avec plaisir et divertissent le peuple.
Lorsqu'on, passe d'une provinoi à l'autre , '\\ est d'usage de mettre à part une douzaine d^ guînëes, comme un tribut que l'on doit au premier brigand qui le demandera; c'est une sort^ de droit de passe établi par la çou^me en far veur des voleurs.
On distingue deux sortes de voleurs de grands chemins : les Foot^pads » ou vQleui:s à pied , le^ . plus dangereux et les plus cruels de tous ceux qui lèvent des contributions sur les passans, et les Highwày-meny mot à mot, hotrimes du grand chemin : ceux-là nVnt rien de la férocité barbare des premiers ; au contraire y ils sont en général on né peut plus polis , et empruntent votre bourse de la manière la plus gracie use^ Si , par hasard ^ ils attaquent de jolies feinmes « ils les tiennent quittes pour un baiser. Souvent ils rendent au voyageur peu fortuné ce qu'ft lui faut d'argent pour payer les barrières ^ et pour se rafraichir ^ continuant sa route. Ausât
a4^ Londres^ la cour et les provinces
est-il rare qu'on se défende contre ces sortes de Ghevaliers errans* '
Le plus singulier d*entrVux se nommait Du* Tftl ; il avait à sa suite une troupe de ménétriers 5 qui jouftient des fanfares aux passans , à qui il demandait ensuite pour boire avec beaucoup de politesse. Si les voyageurs ne fai^ «aiefit pas bien les choses, il leur montrait des pistolets. Il obtint trois fois sa grâce, et ce fut avec peine que Charles II signa enfin son arrêt de mort.
Quelquefois de jeunes filles ou femmes , habillées en hommes , Volent sur les grands chetnins ; on en arrêta une déguisée C(n garçon boulanger : dans un tablier retroussé autour de Sa ceinture , ainsi que l'exigeait le costume ^ elle cachait une paire de pistolets d*arçon.
Tous ces messieurs de grands chemins , qu'on î)eùt attraper, sont pendus à Tèndroit même où ils ont commis le crime; on les accroche à des potences le long des grandes routes ; ils j figurent en perruque, et habillés de pied en cap.
M. G*** fut un jour attaqué près de Cambridge , par lé fameux Turpin , le Cartouche de l'Angleterre. Le voleur lui ordonna vainement de faire arrêter sa voityre : indigné de sa désobéissance , il lui lâcha uq coup de pistolet.
dJngleHrrfi , d'Ecosse et d'Irlande. a43
M. C*** ordonna alors à son cocher de retenir les chevaux. Turpin li|i prend son argent , S4 montre et 5a tabatière » et ne lui laisse qu^ deus; sbhellings. pour. continuer sa route; mais avaiorl; de s'éloigner^ il exige la parole d'honneur dli ivolé de ne point faire. courir après lui,. et deot le point dénoncer à la justice : après ces cm|« tentions , ils se séparèrent , ^non bons amis ^ du m(Hns fort civilement. .
Au bout de qjuelque tèmps^ ils se retrouvèrent aux courses de ichevaiix , et ils y renouvelèrent connaissance. M. C*'^'^ avait religieiisemept gardé sa parole , mais il voulait. ravoir son argentet ie$ bijoux , et proposa un pari k Turpin : celuini l^coepta^ perdit, et paya d'aussi bonne grâce que le pli|s galant homme, de l'Angleterre*
Dryden^ célèbre adteurdramatîqifté, aimait beaucoup à voya^r k pied ; dans seemomepS(d0> loisir , tout en réfléchissant è què^ne .piècasrdié théâtre ou de poésie, il s'éloig^ai%<|ueIquefois de vingt à treùte lieues de la ville de ^niir^d ? ^t allait visiter les d^âteaux circonvoisînjs , où i} était reçu gv^ec cette distiuctioti que lUjéritaijdâS ses talens. G>mH^ il n'est pas rare de rencon^ trer à^s voleurs^ notre poëte menait avec lui un gros, lévrier, ndmmé Dragon. Un matin, qu'il traversait des bois pour se rendre xCb^ ipi}or4 Harley^, un g^e«lI:.nnt liâ>d^JX^
a44 Londres , la cour et lèspronnces ^
et reçut un schelling. Un second- tnendiant pré« sente la même requête , et obtient un pareil secours ; un troisième parait encore , ' nn autre fichelling lui est généreusement donné. Enfin, deux autres coquins , ayant une longue barbe bbnche, contrefaisant les muets, et se traînant sur^des béquilles, viennent à leur tour tendre leurs chapeaux , et .deux bonnes pièces d'argent j tombent aussitôt. Dryden , étôniié d'un si grand nombre de meodians, regarde autour de lui arec inquiétude! Dans Tnistant qu'il se re* tourne, un des muets prétendus lui met un pistolet sur la gorge, et lui dit d'un ton impérieux : c C'est la bçurse toute entière qu'il nous faut , ou bien* ••...». Le geste était exjHressif , et la bourse lui est livrée «ans un plus long discours. L'autre muet, à qui la parole revient aussi , de-^ mande l'heure^quHl est; Dryden entend à demi"> mot.^'et il abandonne sa montre sans difficulté. Ban^tîette cqrnjoncture délicate ^ Je. poète éprouvait: un gran4 t^mbs^rras ; il comptait beaucoup sur Drajgon; mais le premier mot lâché engageait un combat qui pouvait être meurtrier:
d'ailleurs la fiarfâe n^était pas égale; cinq l»*igands armés jusqu'aux dents, contre un chien et un seul homme sans armes JTot^te; réflexion £ait^ Y Dryden est i^ésolu de laisser jusqu'à son habit , plutôt que de. se faire tuer. Il se. trouva irédttit à cette diur&Mtréikiité. Voywt l^heureux:
éTJngletèrr&y d'Ecosse et â* Mande. ^45
succès è^ \e\x)r expédition , les brigands lui 6t^ donnent de vider ses poches, et de livrer^ tdtit ce qu'il a sur fui. Dryden se rèsoud'à oliéir, car la raison du plus fort est toujours sans réplique; hiais il sollicite une exception en faveurd^ua' sous^riir gBtm en or, et orn^ d'un portrait' qui lui est cher* Les voleurs insatiables s'écrient *eii jurant : Goddaml il nous faut le to*t. 'A ces mots , Dryden indigné prend là résolution de ^érir, ou de conserver une image précieuse,^ljul lui rappelle une épouse accomplie et un jeune fils mort depuis quelques' mois. » Coquins! s'écria-t-il , vous n'aurez point ce bijcjJu , ou Vi6u< m'ôterezja vie; A mdî,' Dragon »! Par un* effet de sa dbciliféi cet à*i>imaf) étabit' demeuré specta^ teur tranquille du dépoiitHementdesoniÉlàîtrê^, tant qu'il 'h'en avait point reçu d'ordrè*i à' ia voiîf, c'est Tiniion; il fond sur les scélérats. Cinq coups de pistolet partent soudain ; lesëf^ées sont tirées, et un nœud coulant est passé au cou du lévrier; afin de le mettre hors de deferfse. Dryden est légèrement blessé. Voyant les^n^ voleurs acharnés sur le panVre Dragon , qtri fes mordait d'une étrange manière , il firit à tôiitès jambes V irgagrie le grand chemin < il êntre'dsràs une auberge où buvaient quatre bûcherons ,>t conte son aventure. Le$ bûcherons, à la priéïè de Dryden > volent au secours du chien «fldèJe*. A peine eur^it-ils fait trois cents pas , que Dfa**
946 Londres » ia cour et les provinces'
gOQ parut, couvert de blessures, et trainaût. ^ue corde attachée, à son cou. Il lèche les pieds de son maître » et semble lui annpncer que les brigands sont vaincus , et qu'il peut venir re« prendre les effets qu'ils lui ont voles. On se hât« d'arriver au lien du combat ; on voit deux des )>^iDditf( étendus morts, le tro{sièi{ie toutdéfiguré; fet'Je^ deux autres sVnfuyant comme des cerfs au asilietii dçs broussailles. Mais ils ne purent aller loin^. les bûcherons les eurent bientôt attrapés , et legibet fut la juste récompense de leurs crimes. . Ç^est ainsî qu'un chien courageux attaqua '^nq hommes armés , et sauva la vie à son maîim Dragon ne survécut pas long*temps à cette belle action ; il mouriit un mojs après , non des blessiires qu'ils avait reçues , mats d'une enflure survenue) k la gorge ,, par le serrement de la eor4^;ayeq laqi^elle les voleurs avaieiit voulu Vé^
jlr^pgler., ,
Un gentilhoiBma qui voyageait à cheval d^ns le jcomté de Glocester , rencontra une femme 4lteQdue au milieu du grand chemin , qui lui ;den>fmda des secours ; elle lui dit qu'elle venait d!^tre volée et maltraitée par les voleurs , et le pria de vouloir bien l'aider à se relever, afin qu'elle pût se traîner jusqu'au village prochain. L'hodnéte Anglais^ touché de pitié , met pied k terre, tend la ioiain k cette nialheureuse femme.
d'JngUterm^ d* Ecosse et ^Irlande. ^047
qui lui pr.ësente aussitôt un pistolet, et lut de- Hiaude laboursf. Le voyageur , déconcerte dé la proposition , donne son argent et se laisse prendre sa montré? Alors le voleur , qui n'avait de femme qtie Fbabit, jette son déguisement»
saute slir le cheval, s'enfuit à toute bride, et laisse le gentilhoiinme fort ëtoùné d'upe teHc aventure.
Deux dames revenaient en phaëton ,. de Farn^ ham à Londres, accompagnées d'un domestique en livre'e; elles furent accostées sur les communés de Bagshot, par un jeune homme a cheval,, qui avait très-borgne mine, et était habillé en^ deuil. 11. leur adressa poliment la parole, et après leur avoir fait , en peu de mots , le tableau de sa situation , il les supplia de l'assister. Une des dames lui ayant donné quelques schellings ,^ il lui dit d*un ton courroucé , qu4l se trouvait insulté , et qu'il lui fallait un secours plus considérable y sinon.... D'après ce ton péremptoire , les dames n'hésitèrent point à faire lé sacrifice 4^ leurs boursejs, qui contenaient au-delà de douze livres sterling. Content alors de leur générosité , il leui: dit de^ continuer tranquillement leur;route*
Le fameux sauteur et danseur de corde Pkoide , passa à Londres ^ où il fil des merveilles; 4Éi&isil re^icontra V sur un graitd cheiifiin , un
d48 Londres , la coût et ies provinces
pfais hardi sauteur que lui ; cet homme , après lui avoir enlevé sa bourse et sa montre , lui se* coùa le bras amicalement, àTanglaise, en lui disant : Camarade Placide, je ferai, peut être bientôt un saut phis périlleux qu'aucun des vôtres; mais en attendant , je vais boire à votre santé.
Un marchand dans Fembarras, pour faire ses payemçns, apprend, par quelque voie indirecte, qu'un partîéuKer devait le lendemain se reniire à une trentaine de lieues de Londres avec une somme de 56o livres sterling; il prend alors iin parti très-singulier. Il monte à cheval, muni d'un lapin ; vers le déclin du jour, il joint la voiture de celui qu'il suivait , ordonne au poS' tillon d'arrêter, puis s'approchant ,de la por* tière : « Monsieur , dit-il au voyageur , j'ai un lapin à vendre; — Un lapin ! que voulez-vous que j'en fasse ?-^'QuevQùs en ayez besoin ou nbii , je veux lé* vendre : point, de tépliqiie ; le prix est dç 5oo livres sterling ». L'homme en chaise entend à detaî-mot, donne son argent, et prend }e lapin. ' ' *
Au bout de quelques mois, passant un jour dans uhê rue de Londres , lé voyageur crut reconnaître son marchand de làpiii dans la per* sonne d'un gri>S' réjcfui qui #e caressait le menton su? lâr pot te de Sa bojitîque. Presque $àr qiie $es soi|ipg«^'Çtaiefttt fpnd«ysf^le premier «oiu
d Angleterre , d* Ecosse et d^ Irlande. %i^
qu'il 'eui fût 4,'>cheter un lapîh au plus pn* chain marché , puis entrant dans la boutiqie sous prétexte d'acheter quelque, chose , il dimande à : enlreiteoir le maUre.en particulier. Quand ils» sont seuls : « Monsieur, dit-il, jU un lapin à vendre ; et tirant de sa poche l'e^ji* plette qu'il venait défaire, j'en ai payé un, àp<u près aeiràlable, 5bo UTrsterliiig^continua<-t4; €elui>ci 'Cil vaut 600». Le bourgeois , d^abofd on peu troublé, se remettant bientôt, s'éoie iilors : « Que je 6uis aise dé pouvoir m'acqiit- ^ter enver^^ vous ! Sans vous, sans cette somne -de 5oo livres, j'étais ruiné; mes afïaires se sdnt rétablies , et depuis j'ai recueilli une successba considérable; Je vous prie d'accepter le douU« de la $o«ni»ea>. Le voyageuse se contenta du le* couvrement de ses*5oo livres sterling , et jse ?e^ tira très-satisfait. ^ i '. • , » .
Un . volear de grand che»iin fit faire à son .nbeval , qu'il pressait trop > à- coups d'éperons , un effort,^ qui lui ôta tout à coup la facidté de marcher ; cet accident le mit dans l'impossibilité de terminer rrexpédition qu'il avait entrepris». 11 ne lui reà]taîl:.plus d'autre ressource que de regagner ia yiUe, m^s comment faire? Uue chaise de poste pas^eÀ vide, il se jette dedans avec la .pérn\i8si$in,dM;) guide. A peine y est-il entté, 4|u'an aulre vqIcujç ^ présente à la portière., le
l5o Londres^ la cour et iesproi^neès '
pstolet an poing : au premier mM $ la reocm^ laissance est faite , car ces mesaieuts ont des. sgnes pour se reconnaître;, et le postillon est bien sirpris de voir Thonnéte homme dc^t il s'était ciargé j monter en croupe et s'ëk3igner à toute bide avec son camarade.
Un autre Toteur, vêtu en Quaker, et mo^té âir un cheval bien équipe , rencontra sur un» raite un presbytérien ; 11 s'en approche , et là dJLt : « Comment %e portes-tu» Taifiii ? Aura»* tu la bonté de n\e dire le chemin qu'il faut piendre pour aller à Lancàster » ? i<'e€Glésia$«^v tifue lui ayant indiqué le chemin qu'il fallait tenir , le voleur ajouta : « Comme tu me parais ufl bon homme ^ tu ne me. refuseras^ pas nu pnx d'argent pour -faire ma route 3». Le prêtre, ne supposant auoim mauvais dessein au prétendu Quaker ^ lui observa que le cheval qa'il montait^ et son habillement n'annonçaient point un homme nécessiteux; mais que dans tous les cas, il n'était point assez riche pour féline des présens. « 3e suis fâché , lui répliqua le i!|oieur^ avec le pliis grand sang-froid, de voir qu'un homme de ton état n'ait psts plus de charité. Cependant voici dn petit instrument, ajouta-tnif ♦>n tirant un pistolet^ de sa poche , qui te àotxiiéra cette vertu nédessaire à un homme d'église, ou qui te punira d'en man<]^uer ». A ces
d'Angleterre^ d* Ecosse et d'Irlande. aSi^
fDOtft) qu'il prononça â'un tOQ lerme^ il descen^^ dit de cheTal , et tenant le pistolet &ur la gorge dti pasleniyiiisi d'effroi , il lui prit vingt demi* couronnes qu'il avait dans ses poches. Après Tavoir dépouillé , il lui dit : « Ne sois plus si dur à l'avenir \ soi» charitable^ et laisse émouvoir tes .Btraillespar las b««>ms dupauvre^En achevant cette mercuriale , le seirmoneur remonta à che* val y piqua des delix , et s'éloigna à toute bridéi.
Un Anglais de distinction s'éCait rendu à la campagne , pouv s'y dëlsuiser des embarras dé la ville. Il y àviait pcès de sa terre un grand bois ^ dans lequel iLprehait plaisir à s'aller promener .seul, et où il s'oubliait quelquefois des heu%M^ entières. Des p^cysans d'un voisinage ^ voleura d« profession ,' résolurent ensemble de le dé« pouiller de tout ce qu'il avait sur lui, et, de peur de manquer leur coup, ils convinrent que l'un d'^tr'eux se posterait à l'entrée di9 bois, pour les avertir piu* quelque signal lorsqu'il verrait leur proie âi'approcher. Le gentilhomme n^'inanqua point de se rendre à sa promenade .ordinaire j mais ayant pris pn/a route détournée , il se trouva fort proche de l'espion avant que celui-ci eût pu l'apercevoir. -Comme le gentilhomme était d'un caractère fort humain , il s'arrêta vis-à-vis de cet inconnu , qu'il prit pour un pauvre passant; et lui ayant fait diverses questions avec beau*
a5a Londres j ta cour et les pro^noes .
coup de doneeùr et de bonté, il finit parrlm faire présent de quelques schellings. Cette gêné* rosité toucha le valeur; cependanl^e vcmlant point se trahir lui - mênae , ni. découvrir ses compagnons, il se contenta de 41e pas faire \% signal dont*. il était convenu a\£eç .ejii&, et d* donner une espèce d*avis à4 8on bienfaiteur, pav un proverbe anglais qu'il lui répéta deux ou trots fois à mesure qu'il s'éloignait >. et dont le: sens est à- peu -près, qu'<7 ne faut point aller seul dans un bois quand on peut se faire €iceomp€igner. : XjC gentilhomme continua son chemin , sans y faire beaucoup d'attention. Il eut le malheur de tomber entre les mains des volei»rs qui le gl^ttaient, et qui le dépouillère&ta^mî violence et inhumanité. Jl vetouriMi chez lui nu et blessé* La justice des environs fit des perquisitioos si exactes, que l'on vint à bout d'arrêter un des brigands, et l'on tira de sa bouche, non-seulemeni l'aVeu du crime , mais encore les noms de tous ses complices. Ils furent tous arrêtés y et parmi eux celui<[ui avait servi de- sentinelle. L'étonpement du gentilhomme fut extrême , lorsque étant confronté aux coupables , il reconnut le n\|lheurettx avec lequel il s'était entrelenti , et qu'il avait pris pour un passao^t^ Il voulut d'abord affirmer son innocence , maison lui fit entendre qu'il était chargé par la déposition des autresf j et qu'il confessait Lui-même, d'avoir eu
d Angleterre y d'Ecosse et d'Irlande. a53
part au vol. Cependant, en éclaircissant tontes les circonssances rapportées plus haut, on trouva quelque apparence de repenlîp daùs le soin qu'il avait eu de ne pas donner le signal à ses compagnons; et le gentilhonunê,. d'ailleurs, fit valoir dans un sens si favorable le conseil qu'il lui avait répété plusieurs fois, de ne pets aller seul otuhois lorsqu'il pouvait se faire acconipagner y ^qtie cette seule raison parut suffisante pour le «auver du supplice.
Un lord, pair d'Angleterre, irevenait d'un d« ses châteaux et retournait à Salisbury ; il était seul dans sa voiture, son domestique qui coti- Tait devant était fort éloigné : deux hommes se présentèrent le-soir, sur le grand chemin, ordoniièrenl au postillon d'arrêter, et laisant mille excuses au lord de ce qu'ils int^rompaient un moment son voyage, ils le prièrent de leur donnei* de l'argent; mais n'étant point , dirent- ils, aissez grossier» pour taxer un homme de son rang , ils se contenteraient de ce qu'il voudrait bien leur donner. Milord leur présenta une gi^dsse bourse de jetons de cuivre, qu*il avait par hasard sur lui ; les voleurs la reçurent sans l'oiif vrîr et lui- firent unAle remercîmens. Le lord-, 'réfléchissant sur le présent qui en était l'objet^ «ut des remords de tromper des brigands ausisâ ^Us,.et cédant à. ces scrupules^ il se crut dtXv-
q54 Londres , la cour et le$ provinces
gë de répondre à la confiance qu'ils lui témoi» gnaieni; il les rappela au moment qu'iU se retiraient , les pria de lui rendre la bourse , en leur laissant voir ce qu'elle contenait ; et leur faisant mille excuses d'avoir voulu les tromper , il leur présenta tout l'argent qu'il avait sur lui. Les voleurs l'acceptèrent, en élevant jusqu'au cîet la justice, la probité et Thomieur du lordi dont ils prirent congé, en donnant généreusement unedemi-guinéeaupostilloQ, afin qu'il réparât, en poussant ses chevaux, le retard que cette scène avait apporté au voyage .de mil<>rd*
Un archevêque de Cantorberj, était parti df Londres pour aller régler quelques affaire d'intérét dans son diocèse, et en rçeueiUir les revenus^ Il s'arrêta en roule dans une maison de campagne agréable. La vue était bornée d'pn côté par un bois épais et solitaire ^eiù Je- {H'élat aper* ^t plusieurs fois un homme, seul , qui {paraissait profondément occupé , parlant comme s'il eut été avec quelqu'un. Il fut curieux de savoir ce que faisait, cet inconnu. Lès personnes qu'il eùvoya redoublèrent sa curiosité : l'étranger, disaient elles , parlait et répondait , quoi- ,qu'il fut seul. Il s'était plaint de leur ob^tinatiop .à l'épier et à l'interrompre. L'archevêque résolut ide le voir lui-même : il se rendit àuprèsidu bois , <2rdonna à ses gens de s'écarter^ et s'approcha
d'Angleterre , d'Eeosseel d'Irlande. aSS
seul de celtes honutie , qu'il trouva ayant devant lui un jeu d'échecs. Il lui fit un compliment auquel on repondit avec politesse. La conversa* tion s'engagea , quoiqu'elle fut interrompue quelquefois par l'étranger , qui semblait forter ment occupé d'autres c^jets. ce Que £aites-vous ici., lui demanda enfin le prélat?-*— Je joue, comme vous voyez , lui répondit l'inconnu. -— Vous jouez! eC àveeqiii? vous paraisseasseul.--*- Je ooaviens ^ milord , que vous ne voyez pas ce^ lui dont je fais la partie : c'est Dieu lui-même. — Yous^ jouez avec Dieu ! La partie, en e(f et, n'est pas ordinaire, reprit le prélat en souriant «. U ne douta pas qu'il n'eût à faire à un fopi, et résolut de «'en amuser. U continua ses queoUona. « Et n'inr léressez-vôus pas la partie ?-rt- Oui, sans doute, «lilord. ^ Vous ne devez pas gagner souvent , car votre adversaire a de grands avantages sur -vous. -"* Il n'en prend aucun , milord , il veut bien n'employer que la science ordinaire à un homme , «et ia partie est ton^ourei égale ; il en ré- ^sidte néoessàtrament perte ou gain. ^— Com^ meut remplissez vous vos engagemiens? -*- Avec beaucoup d'escaotitude, nous jouons tous deux, iraschemÉent , et le perdant paye toujoui's» -^ Oà eu .étes-votts de votrç partie ? ^ £lle finit , 'sS'^rd, l'avantage est pour Dieu. *<^ £t com* -bien perdez - vous? --^ 5o guinées. «^ La perte est oousidéiable ; «omment payerez ^ vous
jàS6 Londres y la couf et lesproV^nùes s
cela? Dieu prend-il votre argent ? '^. Koh ; les pauvres soi^t ses créanciers. Il m'envoie toujours quelque honnête homme qui reçoit ma dette et en fait la distribution aux malheureux. Vous êtes venu ; ^milord , c'est Diétu lui - même qui vous a conduit ici ; je vais m'acquitter ». A ces mots, le joueur tire une bourse ^ compte 5o guinées, lés remet au prélat, et se retire en disant qu'il ne veut plus jouer. Le prélat étonné ne savait que penser de cette aventure ; il regardait l'aident , se rappelait le discours du joueur I et se reprochait de l'avoir jugé fou. U continua son voyage, et n'eut rien de plus pressé que de remettre aux pauvres le dépôt qu'il Iih avait confié. Après avoir fini ses affaires , il re* prit le chemin de Londres, tl eut envie de revoir -encore le joueiir extraordinaire qu'it avait rencontré. 11 se rendit au bois et ne voulut être suivi de personne. 11 y trouva l'objet de sa cur riosité , et même de sa vénération , paraisssanï toujours occupé du jeu d'échecs; .il l'aborda eomme^ine vieille connaissance^ et lui demanda comment la chance avait été depuis leur première conversation. -^Tantôt bien, tantôt mal, répondis le joueur ; j'ai gagné ,: j'ai perdu. — Et aujourd'hm vous joues encore ? — *- Oui , milord , nous avons déjà fait plusieurs partiesa — r De quel côté est l'avantaige? -r— Je gagne, je fais actuellement Dieu écl^ec et mat pour la siiiéme fois.
d'Angleterre^ d'Ecosse et d Irlande. aSy
— - Et combien gagnez - vous? — 5oo gainées.
— C'est un beau gain! mais quand serez-vous payé? — Tout-à-l'heure. — Et comment Dieu s'acquitte-t-il avec vous ? — Comme je fais lots* qiÈie j'ai perdu ; il m'envoie quelqu'un pour recevoir ce qu'il me gagne , il m'envoie de m^me des personnes qui peuvent me payer. Oh ! Dieu est d'une exactitude singulière ». Le prélat fut plus étonné que la première fois; il vit alors ce qu'il devait pfnser de ce joueur. Il l'avait cru d'abord un fou , ensuite un saint ; ce n'était qu'un voleur. Que faire? le bon archevêque était seul, l'homme était armé, et montrait sans alffectation Ae% pistolets. Les 5oo guinées furent payées en billets de banque , et le prélat ne se vanta qu'au bout dé plusieurs années de cette aventure.
Un riche négociant revenait de la campagne avec sa famille ; il traversait les bruyères de Honslow, lorsque deux brigands bien montés se présentent à sa voiture. Un d'eux , le pistolet à la main , crie au cocher d'arrêter , et menace le laquais de le tuer , s'il fait mine de descendre. L'autre, adressant la parole aux personnes qui étaient daîns la voiture , les prie très-civilement de jeter dans son chapeau tout l'argeiit qu'elles pourraient avoir. On en jette ; il ne trouve point la somme i^ssez forte, il insisté pour avoir tçut* ^ C'est manquer d'honneur >
a. " - ' ' ■ ' ly '". V
a58 Londres y la cour et les provinces
leur dit-il, que iie ne pas répondre à la politesse de mon procédé; il n'est pas vraîsemblabïe qu'avec un train pareil, on ait si peu d'ar- ^ent. C'est qu'apparemment .vous voulez me tromper ; mais je vous ferai l'affront de vous fouiller. Je n'en viens à cette extrémité qu'avec les coquins ». Le négociant , en lui jeiant une bourse qui contenait ia guinées, luï dît que, puisqu'on en usait si honnêtement, on espérait qu'il voudrait bien se retirer. « Monsieur , répliqua le voient i je suis bien aisé cle vous faire voir que j'ai l'usage du monde ; je vôùs'sôiihaite un bon voyage .et à toute la compagnie ». Il partit aussitôt avec son camaîrade ; ils traversé'^ fient la plaine au grand galop, et on les eut 2)iëntot perdus de vue.
a guinees et 7 schelhngs. Le gentilii troublé par la frayeur, tira sa montre, sans y penser , et par réflexion voulut la cacher , de crainte que le voleur ne s avisât de la lui demander; mais celui-ci s en étant aperçu , lui dit detre tranquille ,: qu'il ne voulait que de f argent, dont il avait le plus pressant besoin pour acquitter un billet dont Pécfeéancp tombait au leaclexKiaia , et auquel il n aurait paft pu faire.
et Angleterre , d* Ecosse et d* Irlande. aSo
hauneur yë\\ n'ayait pas pris le parti àns^ s a<Jre;5ser ?iuxpassaqs.. Après quoi cet honâéte vçleijr fit des çxcuses au gentilhomme ^t à $a, femme ^ de la liberté qu'il ayait prise >, et s'éloigiia aTço beaucoup îde civilité*
Cependant il se trouve quelquefois chez lé»
voleurs mêmes des septimèns d'honneur. Quelques anecdotes sembleraient montrer que Tâmour 4^ là vertu s'éteint rarement dans la cœur de l'homme, quelque pervers qu*il soiV.
ype.dame qyl ^e prpmep^it, Sjçule j^^n?. les champs^ aui(çj|^YÎrops;4!!sni)g|pn^aperçpt de^x '.bom1pfs9.4ui.k1i pariif el)t tr^s-susp^ts ) pi qui semblaient cber/skpr rQqfi$i$ion^ de la^v.oler. Ço qui augmenta ses alarmes , c'est que , dans un . seu^er.tout proche,.. elle, en aperçiit i^n autre .d'aufsi mauYaiseLmîoe, Ëlle.prit^lors rçij psirti^ jet si'av^^çant vers Iq deraier , ejle lui dit af/ec un air de cooJ^ance : «^Mou^ieur, ypua aveu l'air d'un honnête hopime^la^miae de ce^ deux.iAconnus, .qui sont derrière pous, ne me pluit point.du tqut ; }e .crois qu'ils ont inte/^tion de me .voler : .seriez- vops assez généi*ejix pour 91e pirot<%0r ? -r-i Très volontiers , madame , lui rèpoudiU^il; .prenez. mon bras ,;,et j^ vpus acoctopagnerai jusqu'à ce f|uç.You:i.soy.€^ bs^rs d^ tQut danger; Je vaîSeagiter ^m ïfix mon mpuabçir , jei.TousuV«c£eg4^^^^ ^ni;dtf>inmej».(|ui .V9us
a6o Londres , la cour et les provinces
ont alarmée ne manqueront pas de 9e retirer aussitôt. Ce sont mes camarades ; mais lorsqu'on place sa confiance en moi , je ne suis pas assez malhonnête pour la trahir ». Il Faccompagna en effet jusque chez elle. La dame lui offrit une guinée^ pour reconnaître la protection qu'il lui avait accordée si généreusement ; mais il la refusa, en lui disant qu'il avait trop â^ honneur pour ravaler ainsi son caractère au niveau de celui des gens de loi : propos pour le moins singulier. « Que les gens à robe noire, ajoutat-il fièrement , reçoivent des honoraires ; pour moi , je me croirais- indigâB^ de la confiance que vous m'avez témoignée , si je vous faisais payer le service que je vous ai rendu ».
Un particulier, assez bien mis, fut attaqué la nuit y près de Londres , par un voleur qui lui demanda la bourse. « Si j'avais de l'argent, répondit le citoyen , ce ne serait pas vous qui auriez la peine de me l'enlever; mes créanciers me font poursuivre pour ao livres sterHng ; je n'ai pas un sou ; je * cherche un asile , mais je suis bien sûr de ne trouver que des cœurs durs et égoïstes. — Vous vous trompez , répliqua froi- 4iement le, voleur : trouvez '-vous ici demain à nettf heures du matin , ajouta- t-il , en lui montrant un cabaret peu éloigné ; vous verrez qu'il Ciîitt encore en Angleterre des âmes honnêtes
jtAn^Utrey d* Ecosse et d'Irlande. a6f
et de^ cceurs sensibles ». Tous deux furent exacts^ à l'heure du rendez-vous. Le voleur donna au débiteur insolvable 5o liy. sterL ^ ea l'exhortant a aller payer sa dette et les frais de la justice^ et se déroba sur-le-champ aux témoigpages de sa reconnaissance.
Un gentilhomme ^ allant à cheval d'Oxford à ^ Londres^ fut attaqué par un homme- masqué^ qui lui demanda la bourse en lui présentant le Jx>ut d'un pistolet. Le voyageur, faisant semblant de chercher son argent , prit un pistolet de poche et le tira sur le voleur; mais le coup fut mal ajusté,, et ne perça que son chapeau. L^ coquin fit un mouvement pour préparer aussi son pistolet, mais il s'arrêta^ et demanda une seconde fois la bourse au gentilhomme ^ qui la lui donna. Elle contenait plus de 5o. gui* nées : le voLeiur en prit ta, rendit le reste au voyageur ^ en lui disant qu'il entendrait par* 1er de lui avant trpis. mois , attendu qu'il savait son nom et sa demeure ,. et il disparut. A l'époque annoncée, le gentilhomme reçut un pa*.
quet, dans» lequel était" une superbe tabatière d'or, avec qe billet : vUn hoanéte voleur y qui vous 3>a pris 13 guinées il y a queli^ues mois, sur 9 le chemin de Londres à pxford , vous prie de » recevoir ce bijou à la place. Vous avez voulu aie tuer ^ et vous lui auriez épargné un crime;
al^ Lonâres\ là ôoUr et les' provinces
»'et bien dés remords. Cependant il ne méritait' » {ias de périr par la main d'un honnête hora- » me, ni parcelle d'un bourreau; et c'était pour D flaire une action bien généreuse, qu'il en fai* 9' fait une aussi infime, phisqu^l s'agissait de » sauver la vie à sa femme expirante de besoin* î> Ça été son premier et son dernier crime ; il » eçt dévenu riche par la, mort dMn- proche » parent. H ne lui reste plus que le désespoir i d'avoir pu commettre une action criminelle , i dont le souvenir le couvrira à jamais de con^ % filsion et de honte ».
Au commencement de janvier 1784^ un por* tefàix se présenta chez un riche bourgeois de îa cité, à Londres, et lui remit un panier contenant lin fnagnifique service de pôrcèlârine des Indes , et I i guinées. Le marchand crut d'à- Bord ^ùe ce pouvait être une m'ëprise et fit delîhàhdei* le p6rtefaii , nihis tl était déjà bien loin, iprès avoir vidé le panier il trouva au fohd la îetti^è suivàhtè , qui lui sër\rii à débrouiller Té- Tûî^iiiè, « Le 18 juin derriièr, tnohSielîr, jfe vous ^ volai ^ sûr le grand chemin ^ ï i ^uitiées que je » vous renvoie avec mille remërcîitii?hs. Je vous » tecôhiius àlbrs , mais je fiîis coHtraint de céder » à la nécessité, que mia. misère avait fait naîji tre. J'ai depuis Faccôhimodé mes âflfeires. » Quaut à la porcelaine, feUe ùie paraît trèê-
d^ Angleterre y d^ Ecosse et d'Irlande. a63
» belle ; c'est un présent que je vous prie de » faire accepter à madame votre épouse.
» Je suis votre très-humble serviteur ».
Une personne dé Fouest de l'^ngkterre se rendit à Londres, pour y recevoir ùh legs de 5oo livres sterling, avec lequel elle se proposaié' d'acheter quelques terres dans sa province. Son domestique , qui "avait connaissance du lestàment, et' de ses projets , eut l'imprudence d'enparler dans une auberge sur la rouie. Un voleur de grand chemin , qui avait l'air d être un négociant , entendit cette conversation , et forma le dessein de devenir lui-même l'héritier du lega-' taire, k cet effet, il le suivît jusqu'à Londres, où il observa tbutes ses démarches, et prit ses mesures de manière à se trouver sur le chemin du voyageur, lorsque celui-ci regagnerait sa province, il Fatteignit d'abord au delà de Honslbw, près d*une tarrière , et crut devoir prendre le devant pour mieux exécuter le coup qu'il médi-
pour payer le péage , barrière. Pour vaincre cet obstacie, il pria le commis du péage de garder son moucnoir pour gage jusqu'à son retour, tendant ce temps le voyageur arriva à la barrière; il avait vu de loin ce qui se i^s^it j. il paya le sou (un pence ) dû
^64 Londres y la cour et les provîntes
au commis , et se 6t donner le mouchoir , dans rintention de le rendre au cavalier qui le précédait. L'ayant atteint en quelques minutes , il jEit arrêter sa voiture , et lui demauda $i c'était 1^ son mouchoir? Le voleur lui répondit que Qui. — « Vqus deyez donc être bien daqs la dé-, tresse,^ s'écria-t-il affectueusement? — Hélas! oui , monsieur y lui répondit le voleur,, en ract-^ tant la main dau$^ sa poche pour en retirer uu pistolet. •^ Permette? - moi donc de subvenir* à vos pressans besoins ^ et daigne? accepter ce^; 5 guinées. — Votre générosité me désarme ;/ces. 5 guinées vous en épargnent 5oo. Adieu , mon-^^ aieur ». Puis il tourue ^oxx ciheval , et s'eufuit à toute bride.
En ^^63, Guillaume Orrebowfut condamné à mort avec quinze autres coupables ; la veille du jour de l'exécution , Orrebow eut envie de voir sa maîtresse et de lui faire ses adieux. Il u'était pas possible d'engager cette femme à venir dans la prison , et il n'y avait point d'apparence qu'il pût aller chez elle. lâ difficulté ne fit qu'irriter ses désirs ; il invita le geôlier à boire avec lui d'excellent vin : quand il l'eut à demi enivré,, il lui demanda la| permission de sortir pendant deux heures, s'engageant, par les sermens les plus forts, à revenir au moment ^écis. Le geôlier, échauffé par Ife vin, iHca'.
d Angleterre , d^Ecoss^ et ctirtààdè. a^S
pable de réflëchii* , osa compter sur la parole^ de son prisonnier ; les portes lui furent ouvertes^ Orrebow courut chez sa maîtresse , qui fut très-.^ surprise de le voir » et qui ne manqua pas de l'exhorter à profiter de son honheur extraordinaire; mais il rappela sa parole , et attesta lak sainteté du serment. Tout ce qu'il se permit^ ce fut de donner à. Tamour la dernière nuit de sa vie. Le geôlier n*eut pas plutôt cuvé son vîn^ que ne voyant pas revenir son prisonnier, il éprouva les plus cruelles alarmes. Cependant Theure de Vexécu^ion approche ; les charrettes, arrivent j on ne trouve plus que quinze crimU nels y au lieu de seize qu*il devait y avoir ; on demande ce qu'est devenu celui qui manque;; le geôlier , plus mort que vif, raconte sa triste aventure ; comme la confiance qu'il avait eue» était très^criminelle , et d'une conséquence in-finie , on le fait monter dans la charrette à la place du coupable , et 1 on part. Le sommeil le plus profond avait succédé aux plaisirs dont Orrebow s'était rassasié pour la dernière fois^ il se réveille enfin y s'informe de l'heure qu*il est, se hâte de s'habiller, et, quoique Fobjek de sa tendresse s'efforce de le retenir , il va précipitamment à la prison : apprenant qu'o»
en est déjà parti , il prend au plus vîte le chemin de Tyburn, rencontre enfin les charrettes, et s'approche hors d'haleiue de celle où est le .
0^, Londres y la mur et les provinces
geôlier : « Descendez , Ipi crie-t-il , vous avez tenu ma place ai^sez long -temps, je viens la reprendre ; si Ton s'était moins pressé , tous n'auriez pas eu, la peine de venir jjLisgu'ici , el je ne ipe serais point fatigué en couranjt pour vous rejoindre ». Il monte en disant ces mots , s'assied , reprend hal^iq^., remercie le gepUer , et se plaint aixièremeiit de cç <]ti'on l'a cru ca^ pable^de manquei: à s^ parole.
d'iàn^étërre y. é^Eeosse et tt'Ifttmde. sôj