‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 18 sur 36 · L.. po*,« ..gW. „i déd^g^. p«« d · texte numérisé non relu

L.. po*,« ..gW. „i déd^g^. p«« d

chdnter le& exploits , ou plutôt les crimes des plus fameux voleurs : Fun d'eux ,. pour les eon^ soler des fréquentes détei^tioas cju'ils ëproit* veut , a fait une chanson , fort en vogus dans les plus Fe$pecta})les ^ompagoies : tt y dit <|ii9 le grand AleaLaadre élait e^ prison aa iMlieu de rUnivers; qvie le roi. d'Angletcarre est prî^ sonnier dans son île, le sultan 4aAS soi^ sérail 1 le moine dans sa œl^ule ^ 1^ savwt dans soo ca- ]btnet , le seigneur d^bns son briUanl; carr^^sse^ le marchfind dans sa boutique ; qu'en un mot ji tous les hommes sQUt prisonniers j çt que \^ terre entière n'e$t qu'une vaste prispo, siispeip^'^ due a^ milieu des eieux*

Les prisons, en Angleterre, sont très-iiom'* breuses , et dans aucun pays de l'Europe il n'esi un aus^ grand noml^e de détenus. On a. eal*^ culé qu'il monte à cinquante n»sUê , en y ipomt prenant les prisons de l'Ecosse et de l'Irlande...^ Il n'y a pas moins de désordres et d'abus^ dans les prisons d'Angleterre que dans celles des au/» très pays; on n'a. presque pas p^çfitié des con-

ayfi Londres , la cour et les proi^inces

seils éclairés et humains du célèbre Howard.

Les prisoDuiers sont encore chargés de chaînes et réduits au pain et à l'eau ; les accusés sont confondus 9 sans égard au sexe, à l'âge et aux crimes ; des malfaiteurs endurcis sont mêlés avec d'autres qui ne font que débuter dans la carrière du crime , et qui achèvent de se corrompre ^ans la société d'hommes consommés dans le crime. Les prisonniers sont livrés à l'a* vidité et à la brutalité des geôliers; et les ma* gistrats supérieurs , chargés de visiter les pri- 80ÛS j négligent de le faire , ou se font accompagner (des geôliers , ce qui étouife les plaintes des prisonniers , par la crainte d'un traitement plus rigoureux. \

lia prison de Newgate est regardée comme un des plus beaux monumens de la ville de Londres; c'est un vaste monument en pierre de taille, tout en rustique, n'ayant pour ornement que quelques statues dans des niches sur les façades, représentant des criminels , et deux entablemens sur les deux portes d'entrée , où sont soulptiés des faisceaux de chaînes. Il annonce dHine manière frappante sa destination ; il est impossible de ne pas le considérer comn^ la demeure du désespoir , du crime et du laoalheur. Mais l'architecture de cette prison , où l'on enferme aussi les débiteurs , n'est pas la plus favorable à la salubrité*

d^ Angleterre y d'Ecosse et d Irlande. «77

Les prisons de Fleet et celle deK.io'g's bench^ sont principalement destinées pour les debi* leurs , qui ne font point honneur à leurs engagemens. Dans l'enceinte de la pren^ière , U y a un café, des cuisines communes, el un jeu de paume. Les prisonniers y jouissent d'une grande liberté : ils peuvent , en payant 5 schellings pai^ jour, et en donnant Caution , sortir quand bon leur semble.

La prison de King'« bench est plus vaste, plus commode ; il en coûte davantage pour y jouir d'une sorte de bien-être, elle est située presque dans les champs, et ressemble à une petite ville. On y trouve des rues , d^ boutiques , des^ tavernes , un jardin , etc. On n'aperçoit ni grilles, ni verroux, ni geôliers. L'entrée seule est gardée , et offre les dehors d'une maison de détention. Plusieurs prisonniers y vivent sur le plus grand ton , occupent de beaux appar* temens , et donnent des bals et des assemblées. La police de l'intérieur est administrée par les prisonniers eux-mêmes. On choisit à cet effet un certain nombre dé personnes , et un président , qui se rassemblent une fois par semaine, pour former un tribunal qui prononce sur tous les démêlés. Les dettes contractées entre les prisonniers , occupent surtout ce tribunal. S'il s'agit de vol ou d'excès à réprimer , il se forme en jury y et juge sans appel avec la plus grauda

%^9 Londres, la eôur et les pmyinee^ '

«quitë : le coupable est promefië dans toute»' les cours de la prison , avec un ëcritéau sur la poitrine , qui tildique é6vi délit.

Dans toute Tétendue de l'Angleterre , une sem tence d'ettiprisonnement s'exécute envers quelque personne que ce soit » et dans quelque rang qu'elle se trouve constituée , à moins qu'elle ne donne caution. Un simple bourgeois, disait à cet égard , qu'il pourrait faire arrêter le roi luimême , s'il lui devait une somme exigible qu'il fût en retard de payer. Si la dette excède 4o schellings, on peut faire arrêter le débiteur dtuis sa maison , en observant néanmoins de ne point faire i(^olence à la porte. Toute ruse pour y parvenir est licite et ne peut être dé* «approuvée. Ces ruses font partie du métier des has-ofâoiers de la justice : ils manquent rarement leur proie quand ils sont bien payés.

Les débiteurs insolvables à Londres, et dans le comté de Middlesex , se trouvent enfermés dans la prison de Newgajte , avec le voleur et l'assassin. Un marchand que la fortune a trahi, que la ¥nauvaise foi a trompé , doit-il portet les mêmes chatties que ceux qui se sont livrés sans pudeur aux excès les plus honteux ?

Tous ceux qui sont détenus dans les prisons de Londres , s'ils n'ont pas d'argent , sont traités avec une dureté inexcusable. Mais un prisonnier qui a de quoi satisfaire Pavi^itédes con*

d? Angleterre^ d'£cosse et d^ Mande. ^79

cierges et des geôliers > peut se livrer à tous ses^penchans; il est bien logé, bien nourri, il jouit de toutes les commodités de la vie , de tous les plaisirs , tandis qne le prisonnier nécessiteux laiiguit dans le besoin 9 et n'a pus même la satis£suction de recevoir la consolatioa de &fA proches et de hi^ amis. Tous les égai;ds sont pour le scélérat qui paye avec le bi^n 4'aittrui la complaisance de ses gardiens.

L'entrée des prisons est si chère , et les épi* ces dues aux geôliers si multipliées , qu'il faut avoir une fortune considérable pour pouvoir y vivre en gentilhomme ( gentlemen ) , lorsqu'on y est détenu pour dettes. Le vice de la loi , ou plutôt les suites cruelles qui en résultent , sont si bien sentis par les législateurs anglais , que de temps en temps le parlement passe des aetes de grâce en faveur des personnes insolvables. Sans cet adoucissement , la mort seule dégagerait de leurs chaînes les malheureuses victimes de l'avidité des créanciers. Il fallut insérer, il y a quelques années t dan? un de ces a^tes de bieafaiflance , uneelaijise expresse , pour pouvoir n^ettre ifin 4 la captivité d^un particulier qui avait passé vingt /- quatre ans dans la prison de FJLeet. 11 entrif^it dans sa 9QÎM»t^dix<*huitièine année , et n'avait pu se prévaloir des actes passés pendant sa< détention , parée qu'il devait Àua seul créancie;r ( un douc^retix

. ftSo Londres , la cour et Us'provinces^

Quaker ) , une somme plus forte que celle spé^ cifiee dans l'acte de grâce^

Quelques^ détenue dans b prison de King'st benrh , qui avaient un peu trop bo , revenant du café pour aller se coucher, furent accotst^ brusquement par un garde de la prison , qui leur demanda qui ils étaient , d'une manière fort arrogante. Choqués de ce ton grossier , ils. résolurent de l'en punir. Ils se saisirent de sa personne , lui remplirent la bouche de tabac ^ et , par le conseil d'un ecclésiastique qui était de la bande y ils retendirent sous ht tuyau de la pompe y et l'arrosèrent amplement , pour faire opérer la médecine. Le concierge étant surve-^ nu, avec main*forte, fit prendre l'ecclésiastique , et M. C***, frère d'un pair du royaume,, qui étaient les deux arroseurs , et les fit mettre au cachot. Le lendemain , le chapelain de la prison et le concierge, s'étant rendus àla chapelle, selon l'usage ; oA n'interrompit point ' leurs prières \ mais quand ils voulurent s'en retourner^ tous les prisonniers s'opposèrent à leur sortie , et les retinrent comme otages pour la sûreté de leurs deux amis. Une capituiatioa s'ensuivit, au bout de plusieurs heures; les articles en furent dresses;, et les insurgens firent proposer au geôlier en chef de faire l'échange des prisonniers ; la capitulatiofflujQué fut ei^écutée

d^Jngleéerre^ d*Ecos^ et ^ Irlande^ i^t

<!pîxk rheure du diner. On donna recclésîastiqu« pour le- chapelain , M. C*** pour le concierge^ et deux ou trois prisonniers pour le bedeau , le porte-olefs. Cet accord fut suiiri d une grande libation de rhum , de genièvre , qui mit fin à toutes les animosftés» ' ;

Un prisonnier pour dettes^ envoya un jour chercher son créancier, en lui annonçant qu'ilr avait à lui faire une proposition dont il serait satisfait. Le créancier s'étant rendu à son invi« tation : « Monsieur, lui dit le débiteur, je son- , geais à la vie que je mène ici j elle est fort triste et fort ennuyeuse , et je me reproche continuellement de vous constituer en une dépense de 3 schellings 6 pences (environ 3 liv. 12 s. )^ par semaine : il en coûte à ma délicatesse de vous être à charge, et je ne sais point quand cela finira, Ecoutn^vous allez me faire sortir de prison , et au lieu de 3 schellings 6* pences > vous ne me donnerez qu'une demi - couronne par semaine (^3 francs). Le demi-schelling qui restera à peu près , sera en rabattant sur votre créance ». On sent bien que le débiteur ne fut point élargi.

La plupart des prisonniers de Mardiaî-Sea ,.

qui renferme les prévenus de délits commis sur mer , trouvèrent le moyen de s'échapper par un trou qu'ils avaient adroitement pratiqué dauat

98a Londres , la cour et les provinces

fine partie reculée de la prison. Le geôlier en ayant été instruit, se tendit dans la cour basse de cette maison de force, où il ne vit qu'un matelot , qui se promenait gravement en long et en large » avec ses mains dans ses poches. U lui demanda où étaient tous les autres. «Ils sont partis 9 lui répondit celui-ci, d'un air indiffé* rent ». Le geôlier le pria alors de lui montrer l'endroit par où ils s'étaient évadés» Le matelot l'y conduisit , en effet , et pour lui faire voir comment ils s'y étaient; pris, il sortit lui même par le même trou , et ne jugea pas à propos d^ revenir.

d'AnghtefTé , étEcosàeet ^Irlande. a83

Page 1