‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 19 sur 36 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Exécutions des criminels.

JLj A peine <ie mort est Xxès - multipliée par les \<Âs anglaises , mais elle n'fst pas moins très* irare en Angleterre dans son exécntion , d'après le grand nombre de mo*yeris de fayeur établis pour l'éviter, tels que le pardon du parlement, la grâce du roi , et les modifications d«s peines permises aux cours de justice criminelle.

La tîour de justice , dite Session- House , tient ses assises huit fois Tannée, à Londres, jx)ur juger tous les criminels , ^n présence du lordmaire, accompagné du greffier de la Tille, d'uA ou deux des douze grands-juges , f6înt au grand sehérif de la cité de Londres et comté de Middlesex. On fait publiquement le procès aux accusés, ayec la plus grande douceur. 11$ ont la taculté d'examiner leurs accusateurs, et de se justifier avec tpute la literté possible. Il faut que le crime soit bien prouvé et rendu évident aux douze jurés , ^ihon l'accusé est renvoyé , et il peut poursuivre rigoureusement son délateur. .

La sentence de mort est^ conçue en^ ces termes : « Là loi dit que tu retourneras dans ht

3&4 Londres y la cour et les provinces

» prison d'où tu es venu ,, et de là ta fras au lieu » de lexëcutton y où tu seras pendu par le coii » jusqu'à ce que la mort s'ensuive ^ et le SeU 2> gneur ait pitié de ton ame ».

Un criminel entendant ces dernières paroles, s'écria : « Monsieur le juge, faites-moi grâce de votre prière ; je n'ai jamais vu personne prospérer après une telle recommandation »•

En vertu de la loi , le criminel doit mourir dans les vingt-quatre teures ; c'est par indul- . gence qu'on lui accorde quinze jours et davantage , pour se préparer à la mort. Mais si le criminel est un assassin , il doit être exécuté sans délai , et exposé sur un gibet , dans un corset de fer , au bord du grand chemin où le meurtre a été commis , afin de perpétuer la mémoire du crime , et de servir d'exemple.

Il n'y a point de galères en Angleterre, mais on condamne à être transportés aux îles, surtout à Botany-Bay ,. pour un certain temps, les accusés dont les crimes n'ont pas mérité la anort. Celui qui reviendrait avant l'époque qui lui est fixée, serait pendu sans rai^séricorde.

Une troupe de malfaiteurs condap^nés à être transportés en Afriique, étant en marche, enchaînés deux à deux , pour se rendre dé la prison de Newgate à bord des vaisseaux destinés à les recevoir , étaient précédés de plusieurs

â^ Angleterre ^ d'Ecosse et d'Irlande. a85

musiciens qu'ils avaient engages à marcher de- Tânt eux , en jouant les airs les plus gais. Un spectateur , étonné de \oir régner taht de joie parmi ces malheureux , s'adressa à l'un d'eux , et ]m dit : « Comment pouvez-vous être si gais dans la triste situation où vous êtes? — Gais ! répliqua lie galérien , en assaisonnant »la phrase d'un God dam (Dieu me damne); et se préparant à faire un mauvais calembour : « Ne voyezvous pas où nous allons ? Soyez des nôtres , et , parbleu , vous verrez que vous serez transporté aussi bien que nous ».

Un malheureux voleur , pris sur le fait , fut condamné à être déporté en Amérique pour y travailler aux sucreries avecJies nègres. Tous lès criminels en Angleterre sont reçus à présenter requête au roi, soît pour obtenir grâce entière, soit pour diminution de peine. Celui-Xîi présenta requête pour être pendu. Il alléguait qu'ij haïssait mortellement le travail, et qu'il aimait mieux être étranglé une minute, que de faire du sucre toute sa vie.

Dans certains cas, qui sont extrêmement rares , on pratique en Angleterre une sorte de question. C'est un supplice qu'on fippelle. en vieux gaulois-normand , peine forte et dure , dont on punit ceux qui étant ^coupables de petite trahison ou de félonie , refusent de répondre et d'être jugés selon les lois et les coutumeâ

du pays. Le crituio^l est alor& renvoyé dam ua cachot : oa le couche nu sor le do&, oo étend ses bras et %t% jambes , qu'on attache avec des cordes aux quatre coins du cachot , et Ton met sur son estomac du £er et des pierres , autant qu'il en peut porter sans mourir. Le lendemain^ OTÇL lui donne trois morceaux de pain d orge t sans boisson. Le jour suivant , on lii\ donne autant d'eau qu'il en peut boite, sana pain. Il est nourri ou plutôt tourmenté de cette manière, jusqu'à ce qu'il meure.

Mais le supplice d'être étranglé à la potence, est le supplice le plus usité dans la Grande- JBretagne ; encore y met-on les formes les plus humaines.

Le» faux monnayeurs arrivent au gibet sur un traîneau attaché à une c^ie : les autres criminels sont dans un tombereau, ou large char* rette.

C'est le schérif qui préside aux exécutions des criminels; s'il arrivait qu'il ne pût pas trouver de bourreau , il serait obligé de les exécuter lui-même. Un schérif, en Irlande, fouetta publiquement un crimineL .

Quoique les exécutions ayent lieu huit fois l'année, le peuple de Londres ne court pas moins avidement à ce triste spectacle.. Malgré la foule innombrable de cayalievs^, de voitures, de curieux s'agitant ea iQule » et pW^és sw dés

d^Angleterre y d* Ecosse et d Irlande, a 87

échàfauds fort élevés, il n'arrive aucun tumulte 9 aucun accident. Les quatre-vingts constables qui entourent le gibet, portent un bâton de six pieds et demi , décoré de fleurs de lys. L'Anglais respecte la loi dans l'bomme chargé de l'appuyer : quiconque frapperait cet homme en fonction , serait saisi par la populace , qui doit lui prêter main-forte eii tout temps , et serait pendu sans miséricorde à Tinstant même.

Le jour de l'exécution , on sonne la grosse cloche de l'église 'du Saint-Sépulcre, à Londres, afin d'avertir les personnes pieuses de prier Dieu pour les condamnés. On faisait aussi la prière lorsqu'ils passaient devant cette église, en allant à Tyburn ^ autrefois lieu du sup* plice.

Lorsqu'on les conduit au gibet , les malfaiteurs, au nombre de dix à douze, garrottés, et de bout sur la charrette, sont très -jaloux de se montrer en public d'une manière convenable.

Ils ont l'attention de se faire raser , de s'habiller proprement , d'avoir une perruque bien frisée , de beaux gants blancs , et tenant à la main un gros bouquet, comme s'ils allaient à la noce. Pour l'ordinaire, ils méditent un discours qu'ils prononcent soos le gibet , et le donnent par écrit au sohérif ou au ministre , avec prière de le faire imprimer dans les journaux. Si ce sont ^les fiUeSy on en voit qui s'habillent de blanc, et

a88 Londres^ la cour et les provinces

portent des corbeilles pleines de fleurs, qu'elles répandent sur leur passage.

La plupart de ces malheureuiL se dérobent , à force d'eau de vie , à l'horreur du supplice qu'ils méritent ; et le peuple charmé , admire en eux un courage qu'ils ne doivent qu*à leur ivresse. Il applaudit même à ceux qui sont assez pervers pour mourir aussi scélérats qu'ils ont vécu.

Un faussaire, fameux voleur, et lieutenant de milice, subit son jugement avec beaucoup d'effronterie. Il eut l'insolence d'envoyer des cartes à plusieurs officiers de la milice de Middlesex , où on lisait ces mots : « Le lieutenant » Campbell fait bien des complimens à M***} » il l'invite à venir prendre une tasse de choco-^ > lat chez lui , demain au matin, prison de New-» » gâte, et à lui faire l'honneur de l'accompagner n à pied , jusqu'à Tyburn , pour assister à la 9 cérémonie dé son exécution ».

Au sujet du supplice de cet homme ^ un ga^* zétier de Londres fit la réflexion suivante , qu'il inséra dans une de ses feuilles : « Campbell se » disait Ecossais ; mais les Ecossais disent qu'il n était Irlandais : nous laissons cette affaire à D terminer aux héros des deux nations. Quant » aux Anglais , ils sont si accoutumés à voir 9 leurs compatriotes p^ndu$ , qu'ils n'y aper*

d'Angleterre y d'Ecosse^ét d'Irlande. «$^

m 'çoiyent point/ de scandale ; et ils s'amusent » également à une exécution , de quelque pay$ 9 que soient les patiens »à

Il est absurde de' croire que le peuple; an-^ ^lais puisse éprouver le moindre sentiment de tei^reur à la vue des supplices qu'on fait sUbir à des criminels y quand il voit ces mêmes criminels marcheir gaîment à la mort ^ tenir des pro« pos bouffons j et pronèpcer des harangues plai-' santés avec un ton et des gestes vraiment co« miquesi» ' \ '

Il y à peu d'année^ qu'oh exécuta Un fameux Voleui* de grand chemin, ConhU sous le nom dé t)arkin ou de Dumas. Il entehdit sa dondamna^ tion aVec Uti grand sang - froid ; loirsqu'oU lé Conduisit au gibet » il monta à Téchellè d'utl dit calme et tranquille. U avait demandé qu'on at« tachât la cordfe à la potence^ avant qu'il arrivât; il la passa lui^^méme autour de son cou ^ Tajustà froidement y se couvrit les yeux et le visage de 6on mouchoir , et , sans dite un seul mot » s'é-» lança dans l'éternité. On vint chercher le corp9 pour le porter à Tamphithéàtre des chirurgiens^ où il devait être disséqué \ mais comme ce mal-» heureux avait dédaré qu'il se souciait peu de mourir» maijs qu'il ne pouvait soutenir l'idée de servir ji après sa mort ^ aux expériences d'un anatomiste , une troupe de l^at.^lier9 ? apparem^ a. 19

4g0 Londres^ la cour etUs prcviff^s ^

ment tovcbés de son grand courage , a*ameatè-* vept^ envoyèrent la corps, le portèrent en. triom* phe dans une église voisine , t% , tandis que les uns battaient le tambour en signe de joie, d'autres remplirent le cadavre de chaur vive , jus* i|u'à ce qu'il fût consumé.

Un matelot, nommé. Emmanuel Pinto^^ ayant tué dans une rixe un de ses camarades, fut condamné à être pendu; il 'mourut avec tant de fer* xneté , que la populace enchantée lui rendit de :grands honneurs funèbres. Six jeunes filles, vé« tues de blanc , portaient le poêle mortuaire ^ le maître du vaisseau sur lequel il avait seiryi, con* duisait le deuil ; seize officiers de la marine et ^quarante matelots en deuil, à leur manière (bas» Xestçs et calottes blancs) , formaient Iç convoi ^ «uiifi d 'Unç multitudie de gens de m%.

V Un trimiiiel qu'on menaiit pendre , fit arrêter la charrette devant kt maison d'un cabaretier, cî^ loir8que,tout tremblant, le marchand de bière Se fût approché , il lui demanda sfil n'avait pas perdu Fannée précédante une aiguière d'argient* « H est vrai , repcMidit le çabaretifer , e( depuis «» temps-là je n'ai pu en. avoir de néuvelles. — » Faites-nous apporter à boire , -dit le coquin , et je vous en apprendrai »• La bière forte arrivée , te voleur boit, et fait boire ses cajnaurades à sa Mtntév à ceUe du. maûce de l'auberge, et à celle

d* Angleterre ^ e^Eoosie et ^Irlande, âgt;

âu public; et lorsque le pot est vide et que Ift charrette est prête à partir, il dit gravement ati .cabaretîer i « C'est moi qui vou$ ai pri^ vôtre

aiguière; à mon retour je vous la rendrai *;

Depuis 1783 > on ne fait plus les éxecutions à ïyburHj lieu situé hors* de la^HUe , au bout de la rite d'Oxford. Elles se faisaient autrefois à tnidî; présentement elles t)nt dieii à huit où neuf heures du m^lin / detant' là prihèijpàl^ porte dis la maison de Newgaté» La teuHoiitê ^t^ tirait > îdès te inatin ^ sûr le chemin dé Tyburn; plusieurs miHietô d'ouvriers ' et d't^Hisaiis , qui perdaient iétir journée, ^t oubliaient dans lei cabarets à bière les besoins de leurs familles: C'est pour remédier à ces abus qu'on a change 1 heure et i emplacement des exécution^. A Ty<* burn , quand, la charrette était arrivée sous lë ^ibet , composé dé deux piliers et d une poutre de traverse i à laquelle 1 exécuteur attachait toutes les cordes ^ les patiens baissaient leur bonnet ji^sqWau bas 4^. Q^entpn ; ! rëci[}léaiasti<|U^ Redoublait sfî^ e^hprtatioos ) Ç^^ afi retiirait peu à^ peu 6i4r ^UQ dtipir.rette vpjsin^ ; a)prs> 1^ valet 'de^ rexécuteur doiotiait uii coup 4$ fpuet l^tl cheval du tomborea^u sut lequel iitâMqt tous If s l^ilni^. nels , qui restaient tout à co^p;^U3p^iidttSr)saiùl/ mouvement. Aujourd'hui, on les fait monter sur un échafoudy on les rangé tous eh ligne ^^en les

^9^ . tondresy la cour et les provinces ,

attacba^t à des poutres transversale», et quand îk ont chanté , tous ensemble , un cantique et 4eux ou trois psaumes, le schérif fait un signal, une cheville se dérange ^ le plancher de Téchafaud s'écroule , et dans le même instant ils restent suspendus. On les laisse de la sorte environ une heure, pendant laquelle leurs proches ou leurs amis les tirent officieusement par les pieds. Ce temps expiré , on les détache pour les livrer ou aux chirurgiens , ou aux paiiços , suiirant que les juges l'ont ordonné. Des femmes 4:réduies touchent la corde et les maina glacées .^'u|i ou deqx pendus, dans l'espoir de ^ guérir 4e Vépilepsie ou de quelques autres ixialadies «langereuses.^

On a souvent vu 4es criminels disposer euxiDfémes ta corde autour de leur cou^ et arranger ie nœud sous Toréille droite , parce qu'on pré* tend que cette précaution les fait mourût plus VÎtè-/ ^ .■ , "

L'ia^nsibilité, le mépris du Supplice et de l'infamie accompagnent ordinairement lés criminels'' jusqu'au dernier moment. Un malfaiteur, qu'on «lUait pendre avec son camarade, voyant celui-ci pleurer , lui dit ; « L|tche , tu n'es pas dig&e d'être pendu »*

Çfd misérables ue paraissent pas avoir besoia

)ffJngleterre, d'Ecosse et d^irlanUe. à^S

lîe Tencouragement qu'un de leurs compatrio^ tes s'avisa de leur donner.

Un joui' que Ton conduisait à Tyburn une troupe de criminels/ un particulier sortit du cabaret qui se trouvait sur leur passiage^ el après leur avoir recommandé à baute voix le courage et la fermeté : «Tenez, s'éeria-t-il, voyez qu'il est aisé de mourir » : en même temps il se coupa la gorge.

La crainte de la mort se fart quelquefois sentir aux criminels dévoués au supplice. Un bbu^ cher de Londres, nommé Gordon, joignait à son métier cejui de voleur de grand chemin , et il les exerçait tous les deux avec tant de succès depuis plus de trente ans , qu'il avait acquis dés richesses immenses. Le hasard fit découvrir qu'il était l'auteur d'une infinité de meurtres, et le fit arrêter lorsqu'il s^'en défiait le moins. Son procès s'instruisit avec diligence , et il fut condamné à mort. Ce grand scélérat aurait sa* crifié volontiers toutes se^ richesses , pour sauver sa vie; il tenta inutilement k' fidélité de ses geôliers, et la probité même dé plusieurs personnes puissantes , qui auraient pu le- garantir de la juste rigueur dès lois. Un jeupe chirurgien (M. ChoWell) , ébloui par l'espoir de la récompense , entreprit dé le dérober à la mort ^ il ^tint facilement la liberté* dé le voir dans sa

Page 1