CHAPITRE XLVIIK
Marchands et Boutiquiers. .
Il est innttle de marchander à Londres et dans les provinces d'Angleterre ; presque tous les marchands n'y ont qu'un mot ; ik ont emprun* té des Quakers cet usage, qui est fort commode pour eux, et ne Test pas moins pour le public : un enfant peut latre toutes tories d'emplettes*, aussi bien que la personne la plus instruite du prix des marchandise».
Cette probité, cette bonne foi des iparchands de Londres se trouvent jusque dansja^plus basse classe. Un banquier traversait un jour les rue§ de cette capitale, dans un fiacre, où il avait beaucoup d'argent. Un des sacs vint à s'ouvrir sans qu'il s'en aperçut , et les pièces se répandirent par quelques ouvertures de la soupente. Des paysans arrêtèrent le carrosse, et avertireni; le banquier de ce qui se passait* Sur-le-champ le fiacre fut entouré d'une foule de peuple,, qui, ayant fait un cercle autour de la voiture, ne permit à personne d'en approcher» Pas un de ceux qui formaient celle bacrière ne sortit desa place,, que tout l'argent ne fût retrouvé. Le cocher ne quitta pas même ^ou
d'Angleterre , iV Ecosse et d' Irlande. 1 3
siège , et il n'y eut pas un des spectateurs qui demandât pour boire.
On est surpris à Londres , de voir un si grand nombre de boutiques et de magasins qui annoncent la richesse des propriétaires , et d'y voir en même temps si peu d'acheteurs ; mais ce ne sont pas les chalands qui soutiennent, ces boutiques , dont la magnificence étonne : c'est le commerce des provinces et de l'extérieur; ce sont les marchés éloignés qui four* nissent une foule d'acheteurs. Tel marchand d'estampes qui fait un étalage coûteux , semble perdre ses frais, parce que les passans regardent sans rien acheter; mais il envoie en Ecosse, en Irlande, aux Indes orientales, en Afrique ^ et dans d'autres parties du monde. II y a dans Londres cent cinquante auberges , d où il part tous les jours un grand nombre de chariots chargés dé marchandises , qu'ils transportent dans les différentes parties du royaume. On en embarque aussi *sur la Tamise et sur plusieurs canaux.
Le marchand anglais est dans l'usage de faire une remise de vingt pour cent à ceux qui achètent en gros et argent comptant. Si vous prenez cent livres de sucre, vous n'en payez que quatre-vingts. On ne peut d'ailleurs rien voir de plus honnête qu'un boutiquier de Londres : vous n'achetez pas pour un schelling ,
i4 Londres y la cour et les provinces .
qu'il ne vous offre d'envoyer chez vous ce qu'il vous a vendu. Son amour pour le gain est le principe de cette afTabiltté , qui le rend poli et prévenant même envers les domestiques.
II mourut à Enfield, un boucher nommé Taylor , qui s'était fait dans son métier une, fortune de 10,000 liv. sterl. Il disait souvent qu'il avait amassé cette grande fortune en suivant constamment deux maximes : la première de vendre aux gens riches à haut prix , sans jamais s'en écarter ; et la seconde en vendant aux pauvres suivant leurs facultés; ce qui faisait qu'il n'avait jamais de viande perdue.
Les veuves , les enfens des membres des Corporations commerçantes qui meurent pauvres à Londres , sont pensionnés à proportion de l'ancienne fortune de leur mari ou de leur père , par toute la corporation dont ils faisaient partie.
Il existe à ËdinifbQur^ uue ntiaison soutenue par la générosité de plusieurs^ particuliers pour les enfans orphelins des marchands qui ont fait banqueroute : ila y sont in^^ruits au commerce ; on paye leur apprentissage chez liqs maîtres dont ils apprennent le métier , et, quand ils sont en «tat de l'exercer ^ on leur donne 5o liv, sterl. pour qu'ib puîi»e&t s'établir.
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