‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 24 sur 36 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

Presbytériens.

X-/A liberté accordée à toutes les sectes, en An»gleterre , est si grande , qu'il y a ^ dans le pays de Galles,, une société religieuse qui rappelle l'usage de ces derviches ,. qui, tous les jours ,^ pirouettent dans leurs mosquées, tant que leur force peut y suffîre. Les. Gallois, dont il s'agit , sont appelés /«/nper^ ou Sauteurs; ils se metr tent à danser en rond et à sauter jusqu'à ce qu'ils perdent la respiration ; alors ils ne dour tent pas d'être favorisés de la présence du Saint- Esprit, et tombent dans une longue extase, ils se proposent , disent-ils , de célébrer le souvenir de David , dansant devant l'arche ,. et de l'enfant qui tressaillait dans le sein d'Elisabeth^ ainsi que du boiteux qui , devenu, droit , danr sait et louait Dieu.

Les presbytériens , qu'on nomme aussi jPttnte//w, sont, de tous les non-confùrmisteSj ceux qui ont le plus de considération..

Henri VIII, fondateur de l'Eglise anglicane ^ en admettant les dogmes du protestantisme > rejeta la simplicité de soù culte. Ce fut pour donner plus d'éclat au culte qu'il Êivorisait^, et

sans doute pour le rendre plus agréable au peu-ple 9 séduit toujours par les yeux, qu'il le com« posa d'une partie de celui de Rome» U mit dans sa nouvelle Eglise desarchevéques, des évêque^, des chanoines, etc.; leur donna des habits sa^ cerdotaux , et , aux cérémonies religieuses^ une pompe nécessaire pour frapper vivement le peuple. Les protestans zélés regardèrent tout celât comme de& innovations , des pratiques superstitieuses , des pompes mondaines suggérées pat l'esprit d'erreur , et adoptées par la vanité hu-^ maine. Leurs^ clameurs furent sms effet; les. grâces de la cour y des revenus considérables; attachés aux riches bénéfices , des honneurs et des prérogatives accordés k ceux qui les possè-. dent , surtout le droit d'entrer dans le conseit de la nation (le parlement) donné aux évêques,. persuadèrent facileinentauplus grand nombre,, que la religion anglicane était la meilleure; Les presbytériens furent ceux qui rejetèrent cet édat et cette pompe avec le plus d'indignatioA.

Leur doctrine n'est aujourd'hui suivie que par la classe roturière de la natipn , et par quel-ques bourgeois aisés. Les dévots, les dévotes, s'extasient sur la sévérité de mœurs qu'ils ont adoptée ; les "autres rient de leur rigorisme putré.

Quant siux dogmes , Jes presbytél^iens ne difr

'^jtngh^rre^ ^Ecosse et d'Irlande^ 34^7

firent ppint des anglicans, S'ils ne veul^ent dans le culte aucune cérémonie , c'est qu'ils prétendent qu'elles sont toutes instituées par les hèm^ Tnes , et qu'aucune n'a été ordonnée par Jésus- Christ. Les Anglais eux-mêmes pensent qu'elles, sont totalement indifférentes à la religion chré- * tieniie/ LeSt dignités de l'Eglise lie paraissent^ aux presbytériens qu'Un appât inventé par la politique séculière , et présenté par elle aux ministres des alitels , pouc lès éloignei" de l'esprit d'abnégation , qui est celui du christianisme » et pour bannir de leur cœur le sentiment d'humanité et de désintéressement qui les rendraient trop sëvères à l'égard des passions.

Selon les presbytériens , qui sont les gens les moins gais de l'Angleterre , le rire est un huitième péché mortel. Ils soutiennent qu'une^ femme qui rit , pèche contre la pudeur et là modestie. Aussi est-il parmi eux des familles ^ où de père en fils on n'a jamais ri^

348 Londres^ la cour et Us pi'opinees^^

CHAPirRE LXX.

Quakers.

Jt J2NDANT les guerres civiles du règne malheur reux de Charles I, il s'éleva dans la Grande- Bretagne y une secte y connue sous le nom de Quakers^ ou Trembleyrs, parce qu'en faisant leurs prières , ils affectent un tremblement de tout leur corps. Un cordonnier , da com(é de Leicester y nommé George Fox , homme sombre et atrabilaire y ne trouvant d'amusemefit qu^'à lire l'Ecriture Sainte , en chargea tellement sa mémoire , que ses discours n'étaient qu'un tissu de citations ^t de passages. Sa vie solitaire aug* «nenta sa mélancolie ; et en parlant le langage des prophètes , il crut en avoir l'esprit et la mission. Bientôt ce ne furent qu'extases., que visions« Il se vit environné de diables , et s'imagina entendre une voix et sentir une lumière qui dissipait ses craintes. Il érigea en révélations tous les écarts d'une imagination déré"^ glée y et dans le commerce qu'il crut avoir avec le ciel , il ne douta pas que Dieu ne lui fît connaître le véritable esprit du christianisme. Il quitta alors sa profession de cordonnier , trop vile pour un homme inspiré , et voulut jouer

d* Angleterre , (T Ecosse et d'Irlande. 349

le rôle d'apôtre. Il feignit des miracles pour accréditer ses prédications.

Mais Tapostolat lui coûta cher , et lui fit éprouver de cruelles persécutions. Comme il prêchait contre la guerre et le clergé , il fut emprisonné à Dài:by , et fouetté pomme un fanatique.

L'intolérance de ses sectateurs révolta contre eux, et on les dépouilla de leurs biens; mais les obstacles que lui opposaient une partie du peuple , et la puissance du gouvernement , ne firent que dpnner de l'éclat à cette nouvelle religion, et multiplier les Quajkers.

George Fox était respecté par ses disciples comme le chef et comme le restaurateur du christianisme. Non-seulement il envoya des let» très pastorales dans les endroits où les Quakers avaient fait des prosélytes , mais encore il écrivit à tous les souverains de l'Europe, au roi de Finance, à l'empereur, au sultan , pour leur dire, de la part de Dieu, d'abjurer leur religion, .et d'embrasser sa doctrine. Des hommes et des femmes passèrent dans tous les pays du monde pour porter ses lettres : il ne reçut aucune réponse.

Les premiers ouvrages, qui parurent en faveur de la doctrine de George Fox, étaient écrits avec unç liberté grossière , remplis d'in-

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jures et d'absurdités; mais dans la suite, lorsque Guillaume Penii et Hobert Barkley furent entrés dans cette secte , le quakerisnie , qui n'était , dans son origine , qu'un amas d'exlrava* gances et de visions , devint un système de théologie , capable d'en imposer à quelques personnes.

V apologie des Quakers , composée par Ro bert Barlley , homme fort instruit , et pubUée en 1675 , est le meilleur ouvrage qu'on ait fait en faveur du quakerisme. L'épitre dé- ^ dicatoire à Charles II y contient , non de basses flatteries , mais des vérités hardies , et des conseils d'une extrême justesse. « Tu as goûté , » dit-il à Charles , à la fin de cette épitre , de la » douceur et de l'amertume , de la prospérité 9 et des plus grands malheurs. Tu as été chasse y d'un pays où tu règnes ^ tu as senti le poids » de l'oppression , et tu dois savoir combien » l'oppresseur est détestable devant Dieu et de- » vaut les hommes. Que si après tant d'épreu- » ves et de bénédictions, ton coeur s'endurcis- » sait , et oubliait le Dieu qui s'est souvenu d^ » toi dans tes disgrâces , ton crime en serait »plus grand, et. ta condamnation plus terri- » ble. Au lieu donc d'écouter les flatteurs de » ta cour , écoute la voix de ta conscience , qui » rie te flattera jamais. Je suis ton fidèle ami » et snjçtt ». ^

d^Auf^hterféy ^Ecosse et d'Irlande. 35 c

Le fond de Ik doctrine est un grand recueillement, des pasteurs sans ordination , choisis par rassemblée , ne recevant que ce qui est nécessaire à leur subsistance et à leur entretien ; un culte sans sacremens, sans cérémonies, sans ' prières publiques. Us pensent que nul homme se peut avpir de supériorité sur un autre , et q^'on ne do^t rendre hommage qu'à Dieu seul.

Les Qua^Lers ne saluent personne , tutoient tout le inonde , et n'admettent aucune distinction de maître et de serviteur. Ils ont été les premiers qui abolirent Tesclayage des nègres. La naissance, les dignités, les richesses, ne* sont point parmi eux des titres de recommandation» ni d'un profond respect. Ils parlent à un grand, ^ un ministre , à un^ prince , aussi libreipènt ^ aussi famiUèremçnt qu'à unpairticulier. Tout serment le^r est interdit, même en justice..

Lorsqu'ils sont appelés en témoignage , leur simple affir^nation suffit, mai^ en matière civile seulement. Ils ne doivent user d'aucune superfluité dans leurs habits; , ni de tout ce qui sert à l'ornement et^à la vanité. Le jeu , la cha^e, les divertissemeps , les spectacles , leur sont défe^ndus par leur législateur* Ils ne peuvent ni plaid<^r, ni porter les armes , ni faire la guerre, ni méme^ se défendre lorsqu'on les attaque.

Conséqueipmentà cç$ principes , on sers^it près-, que tenté de les croire fpus honnêtes gens.

35îi Londres^ la cour et tes provinces

Guillaume Penn , qui donna son nom à une des colonies de rAmérique septentrionale ( la Pensylvanie ) , ouvrit un asile aux Quakers , qui se sont relâchés , dans le nouveau monde , de quelques-uns de leurs principes les plus sé« vèrcs , entre autres de celui qui leur défend ,de s'armer pour le service de la patrie.

Quelques Quakers sont vains et fiers de leurs habits avec peu de boutons et peu de plis , ainsi que de leurs petites boucles et de leurs larges chapeaux toujours rabattus. George Fox , était aussi un peu fier de son habit apostoli* que /qui était tout de cuir, et il n'aimait pas. plus à ôter son bonnet de peau , 4^e ses sectateurs n'aiment à ôter leurs chapeaux. Afin d'éviter d'être contraints à ôter leur chapeau lorsqu'ils ont à parler au roi, ils prennent le parti d'aller à la cour sans chapeau. Ils affectent aussi d'autres singularités ; par exemple , ils rejettent les noms généralement adoptés des mois de l'année et des jours de la semaine , et les appellent le premier , le second mois , etc. , le premier , le second jour de la semaine , etc. Il semble aussi qu'il y ait de l'affectation dans leur manière lente et solennelle de parler; mais on est obligé de reconnaître que leur caractère moral est très-recommandable et digne d'estime. Il n'y a presque pas d'exemple de Quaker condamné à mort ou à des peines infamantes.

d^Jngîeterre, d'Ecosse e

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• Les- qu^[«ll:ès et les disputes < parmi eux ; si des personnes c \ en ont avec èu^;^ les Quakers c I joues : l'avantage , parce qu'ils i 1 maîtriser > et qu'ils conserva 1 itmà.

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