Londres , la cour et hs provinces
n'est point question parmi eux, ni.d'hoinniea dç loi , ni de militaires , ni d'ecclésiastiques. La médçcine est la seule des professions appelées libérales qu'ik embrassent. Quoiqu'ils soient ennemis des titres , ib admettent cependant ce» Ipi de docteur en médecine , et ils vont ordinairement prendre leurs degrés dans uue uniyersité de Hollande.
On ne croit pas qu'il y ait plus de cent mille Quakers danà toute l'Angleterre. Leur priuci* pale assemblée a lieu tous les ans au mois de mai , elle pourrait être appelée le grand Sjnode^ des Quakers. Elle est comjiqsée de ti^embres de toutes les parties du. monde où oett« secte est répandue^ Alors le synode publie une léttf^ concernant l'état de toute la communauté y pendant l'année précédente. Ils y parlent d'une msûiière particulière de leurs souffrances , ce qui signifie le;» dixnies, et quelques autrçs taxeiï qi^'ils pay^At avec chagrin. '^V .
Lf s Quakers île sont nullement. compUmen'^ leucs , et si' iQoqûent même quelquefois de ces foritiul^^ usitées dans le monde ,; tet qui sont autant dé mensonges. Un homme avait la cou* tume de dir» souvent, a voire service* Un Quaker de bonne liiimeur l'aborda un jour et lui dit : Âmi , comment se porte ta femme. — ^ A. vôtre senriee ^orépondi t l'hcmime ^ poli . .-^ £ t ta diarxnistnte fiile?^A Totre- seryioe.-^imi ; es-*
d'Angleterre , d* Ecosse et d*^ Irlande. 355
tu accoutumé à dire des mensonges? — Nfen, Dieu merci : je ne voudrais pas diire uu iKien-^ songe pour un trésor. — Et' bien , mon ami ,. envoie-moi ce soir ta fille , qui est , dis^tu , à mon service. Tu m'as dit que ta femmé^ussi est à mon service ; mais je n'aime pas à avoir à faire à une femme mariée : ainsi tu peux te dis^ penser d£ me renvoyer; mais n^oqbliç pais que j'attends ta charmante fitle.
Quoique lès Quakers soient: presque tou*
ignoràns , méprisent les sciences et' les savans ^
ils possèdent parfaitement là Bible* L'Ancien^
et lë Nouveau Testament sont les seuls livres^
qu'un Quaker Ut et médite, quand! il n'est pas^
médecin. Les Quakers y ont puisé leur&dbgmes ;
ils j ont VU' que Jésus-Chri»t avait été baptise ,'
mai^ n'avait jamais baptisé personne , et ils en?
ont' tiré là conséquence que le baptême ne don-^
nait pas la qualité de chrétien. L'ablution es
ï'anrie , disent-iU, est le vrai et seuil baptême
qui sauve l'homme. Un passage de Saint^Paul
les a confirmés dans cette opinion : c'est celui
où l'apôtre dit , qu'il n'était pas venu pour le^
baptiser ^ mais pour les prêcher. Les- Quatkera
ont pris ce passage pour une confirmation d&
leur dbgme sur le baptême. Gomme ces sectaî-'
res s'attachent plus à la lettre qu'à l'esprit ée» '
Ecritures^ ils.ont^aussi rejeté la communî'dtf.'
îk n'ont point 41^euM niarquë^ pour k prié*
re. < Nous ne prions , nous ne parlons , disentils , que. lorsque l'Esprit intérieur nous Finspire , et nous attendons qu'il nous maqifeste sa volonté ». Toutes les religions ont des jours de fêtes et de solennité ; les Quakers n'en ont aucune ; s'ils s'assemblent le dimanche , de pré* férence aux autres jours , c'est encore , suivant eux , parce qu'ils y sont forcés par VEsprit.
Leurs assemblées ressemblent assez aux coteries anglaises, par le silence et l'attention qui y régnent. On y entre, on s'y tient le chapeau 3ur la tête ; On y prend place satls saluer ni l'assemblée , ni ses voisins ; et les deux mains croi- "^sées sur le pommeau de sa canne , on ferme les yeux , Gfn prie ou l'on médite intérieurement , en balançant le corps en avant et en arrière , ainsi que le pratiquent les luifs allemands dans leurs synagogues. Les femmes occupent un des eôtés de la salle.
., Tout Quaker «st prédicateur, dès qu'il se sent inspiré. L'Esprit agit même sur les femmes^, et alors elles prêchent : souvent elles déclament contre les fontanges, les rubans , les dentelles. Ces inspirations ne sont point réglées ; l'élu commence par souffler long-temps ; il se retourne vers l'assemblée, souffle encore, et débite son sermon pendant un/e petite demi-heure. Tou^ sts phrases sont' poupées par de nouveaux soufflemens ; les yt^x fermés, les maiiis
â^ Angteterre y <V Ecosse et d'Irlande. BS'y
dans ses noianches^ il a tout l'air et le ton d'un somnambule.
La beauté delà plupart d^ leurs femmes^ relevée par toute la propreté anglaise , est en* core rendue plus piquante par la simplicité de l'ajustement. Leur linge, leurs robes» leurs chapeaux , sont tout unis» sans garnitures , sans fat l)alas, sans rubans» sans pomponsi : ce qui n'exclut point pour celles qui sont riches , la finessç de la toile et le choix des étoffes, dont les couleurs néannfioins sont toujours modestes.
Uu xoerabre de cette secte, interrogé par un ami , quel moyen les Quakers employaient pour être constamment heureux dans leur ménage»
répondit ea ces termes : « Nos femmes se croient des hommes, et le sont en effet , quand il s'agit de servir l'humanité : si leur tempérament est plus faible , leur esprit est aussi fort que le nôtre. L'éducation que nous leur donnons est toute pour la vertu ; point de musique , encore moins de danse ; nous ne leur enseignons pas lart de plaire , mais les moyens d'être utiles. Si elles ont le désir de se faire aimer , elles n'ont point celui de^séduire , et dès lors aucun motif d'être fausses. Le respect que nous leur témoig^noDS, qu'elles savent ne devoir qu'à l'estime que nous avons^our elles, est cause qu'elles se respectent elles-mêmes , et qu'elles prirent bien plus leur réputation que leur beauté ».
358 Xondres^ * la cour et les provinces
• On cite plusieurs exemples de la probité et de rbumanité des Quakers. Un charriot de bagages militaires passait sur.le pont de Londres* X»es commis chargés de la perception du droit •de passage Tavaient arrêté ; ce fut un sujet de x{uerelle avec les soldats qui l'escortaient y et ne voulaient rien payer* Des injures on allait en venir aux coups. Un Quaker qui se trouvait là par hasard» paya tranquillement le droit con« testé j dit aux soldats de continuer leur che**^ min , et s'en alla sans se faire connaître*
On avait ouvert une souscription pour des prisonniers français retenus en Angleterre. On imprima la liste des souscripteurs ; les Quaker^ y figuraient pour 1,000 guinées : plusieurs ne voulurent point être connus. Un de ces anonymes bienfaisans fit mettre sur le registre : Par un ami des hommes.
Peu d'hommes sont plus hospitaliers que le9 .Quakers. M. de Crevecœur , «onsul de France à New - Yorck , se trouve un jour surpris par un orage affreux ; il entre précipitahiment dans la première plantation qu'il apefcçèit : c'étail; ■celle d'un Quaker. Il est reçu comme une an* cienne connaissance; il y soupe , il y couche, il y déjeune. Avant de partir |^ il «demande de combien il est redevable ;« Ami , répond ie Quaker , qui que tu «ois y je >ne vends point i'hos*
JtJngleterre , d'Ecosse et d'Irlande. 359
pitalitë. Deviens l'ami inattrada de ceux qui «'arrêteront chez toi dans les mêmes circons» tances ; rends-leur le même, service pour Tamour de moi , et je suis satisfait ».
Pendant la guerre àes Anglo^-Araéricains contre leur métropole , en 1780, un capitaine de cavalerie allemande est commandé pour aller au fourrage , à la tête de sa compagnie. Parve* nu sur une hauteur, il aperçoit au loin une cabane , y dirige sa marche y frarppe à la porte et se fait ouvrir . « Mon père, montres^ -moi un champ où je puisse £aire fourrager mes cavalietrs.-— Très-volontiers ». Aussitôt le bon homme se met à la tête du détachement , et remonte avec lui le vallon. Après un quart d'heure db marche, se ptrésehte un beau .champ d'orge.
• Voilà ce , qu'il nous faut , dit le capitaine. -«- * Attendez un moment, réplique le conducteur, et vous serez content >« On continue de mar^ cher. A nii quart de lieue plus loin , on ren-* contre un nouveau champ d'orge, ou le Quaker invité les cavaliers de descendré. La irbùpe met pied a terre , scie le grain , le met en trousse , et remonté à cheval. Cependant rofncier înécdutent dit au giiidie : a Bon père , vous nous avez fait faire une coiirse fort inutile ; le pre- «nier champ valait bien celui-ci. — Cela est vrai, reprit le vieillard^ msls il i^'éCait pas à moi ».
366 Londres , la cour et lesprovù^es
Les Quakers, ont des principes qui ne sont absolumeot qu'à eux ; mais ils ont mille moyens d'en, éluder la pratique. Leur religion leur dé* fend de payer les taxes ; on saisit leurs meu^ blés y et ils les rachètent en donnant le montant de l'iropôt. Ils ne doivent en aucune mianière fournir leur quote-part des suhfiâdes destinés à soutenir la guerre /mais ils font entre eux des souscriptions pour habiller et nourrir les sot» dats: Un grave Quaker fut soHidté de contHtbuer de quelque aumône pour faire bâtir une église : «Ami , répondit'-il , tu aS grand besoin v il est vrai , d'une maison d'assemblée ; mais tu ne voudrais pas que je fisse ce que ma religion me défend. Je ne saurais donc t'assister pour l'élévation d'un temple neuf ; mais tiens, prends .ces loo livres sterling^ je te les donne pour je* ter bas l'tanoien ». Pouvait-on- éluder avec plus
d'adresse le scrupule religieux ?
Un Quaker conduisant un wiski dans la petite rue qui mène de Newington-Green à Hornsey , rencontra le hoky (i) d'un petit maître f comme il n^y avait pas assez de place pour que deux cabriolets puissent passer de front , il fallait qu*un des deux reculât. En France il se serait élevé une grande querelle , et des coups de
w^f^^mmmmmmÊmmmmmiÊmmmmmÊmmm^mmif^
(i) Voittu» aiwsi légèw qu'oa wiâkj^
{pJmgleterre ] et Ecosse et éP Mande. 36i
fouet eussent été libéralement distribués; mais les deux Anglais devaient se disputer d'une manic^e plus pacifique. « Le diable m'emporte si je bouge d'un pas , s'écria te petit maître ! — Ce n'est pas à moi à céder , reprit le Quaker , je suis plus vieux que toi. — Il est bien ici question d'âge, repartit le jeune homme 9 en tirait de sa^che un journal , qu'il se mit à lire Iran* quillemént ». Alors le Quaker tira de là sieiine lin briquet , une pierre à fusil et de l'amadoue; il alluma sa pipe, et se mit à fumer, eomme Vil eut été dans un estaminet ; puis s'adressant au petit maître : «^ Mon ami, dit-il, je retiens le journal, quand tu auras fini».* Le jeune homme, voyant qu'il n'était pas possible de triompher de l'entêtement du Quaker , lui céda le passage, mais non pas sans pest^' contre lui..
36a . Londres , la eoùr et fetprovin^s