‹ Londres, la cour et les provinces d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande: ou Esprit, moeursChapitre 4 sur 36 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Contrebandiers.

di les Anglais ne peuvent supprimer chez e\xx le commerce illicite, ils font du moins tout ce qu'ils peuvent poiar le réprimer. Us ont établi des vaisseaux (même des frégates) destinés à courir sur ceux, des contrebandiers ; et c'est sur tout contre ceux de France qu'ils ont porté tous leurs efibrts. £r 1763 , on a établi vin^ de ces vaisseaux armés » qui , motilés chaoon de trente hommes , et commandés par des Ueutenans de la marine , sont chargés d'empéchi^ l'introduc^ tion des marchandises de France sur les côtes de Kent et 4e Sussex. A une époqœ plus éloignée , les cutters et les frégates de la marine royale reçurent l'ordre de se saisir. des navires contrebandiers. Les douanes ont aussi àtf^ vaisseaux visiteurs qui sont chargés de veiller à ce que rien ne sorte de ceux qui font voile pour l'Angleterre, avant leur airrivée dan» les ports pour lesquels ils sont destiné».

Pour la contrebande de terre , on a établi dans les villes, des préposes qui ont le droit d'entrer dans les maisons des particuliers soupçonnés de recâer quel<|aes marchandises pro-

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hibëes , de les visiter depuis le grenier jusqu à la cave , d'arrêter , même dans les rues , les porteurs de paquets suspects. La confiscation de la marchandise prohibée n'est pas la seule peine qu'encoure le contrebandier, jl est encore condamné à une amende considérable. Il s'en faut de beaucoup que les amendes auxquelles sont condamnés les contrebandiers en France , lors* qu'ils sont découverts , soient aussi fortes que celles des contrebandiers anglais pris en flagrant délit. Qu'on en juge par un seul exemple. Si on' vient à saisir des éventails apportés en fraude du continent , le malheureux marchand paye , pour chaque éventail confisqué*, une amende de 5o liv. sterl. La rigueur n'est pas moins grande contre un capitaine de vaisseau qui se trouve chargé de marchandises prohibées : outre l'amende considérable qu'il faut payer , son navire est dans le cas de la confiscation.

On peut évaluer le bénéfice du contrebandier , en Angleterre , à quarante ou cinquante pour cent , quand il veut faire ce genre de commerce en sûreté, et à cent pour cent lorsqu'il le fait à ses périls et risques.

Ceux qui ne veulent courir aucun risque , font assurer les marchandises qu'ils font passer à Londres. C'est ordinairement à Calais, à Boulogne , à Dunkerque , oU à Dieppe , que se font ces assurances (en* temps de paiai:). Leur prix

d'Angleterre , d'Eœsse et d^ Irlande. 1 7

ordinaire est de dix , douze ou quinze pour cent. Les assureurs sont obligés de rendre , à Tendroit qui leur/ est indiqué , les marchandises assurées. Pour cet effet, ceux-ci s'entendent ou avec les douaujiers des ports «dans lesquels les vaisseaux qui les transportent doivent se rendre, ou bien ils font un marché avec le capi* . taine du vaisseau , qui s'engage à rendre la marchandise au lieu de sa destination : ce soat surtout ceux des paquebots qui prennent ces sortes d'engagemenSé Comme Anglais , il leur est facile de s'entendre avec les douaniers des ports d'Angleterre. Quand le contrebandier ne fait pas assurer sa marchandise , il s'arrange directement avec le capitaine du paquebot y qui , pour une somme convenue , la garantit de tous risques jusqu'au port du débarquement. Alors^ quand les visiteurs côtiers viennent, à quel^ ques lieues du port^ s'emparer du vaisseau pour empêcher que rien n'en sorte avant son arrivée au port^ le. capitaine les gagne ou par argent , ou endort leur vigilance à force de bière et (ie rhume Si le vaisseau arrive au port av^c toute sa cargaison j 1^ douanier ^ qui est prévenu , vient avec ses préposés faire sa visite ; il la fait lui-même de tous les ballpts pour les* quels on peut craindre trop d'exactitude , taa«dis que ses commis sont chargés de ceux pour lesquels on n'a rien à r^^p^^^i** L'usage des con* a. a

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trebandiers est de mettre au-dessus des balloté, caisses ou malles qui renferment des marchandises , de vieilles bardes ; en sorte que le douanier qui en est prévenu , fait sa visite en apparence très-exafctemfeht. Par là il se mbt à couvert du reproche de négligence.

Quand ce sont des vins ou. des eaux de vie^ qu^on veut faire passer en fraude , . on profite du temps où les visiteurs côtiers sont endormis y pour les débarquer en secret. Cette opération clandestine se fait à quelques lieues du port. On les met sur des chaloupes , qui les transportent pendant la nuit à certains endroits de la côte , d'où le douanier a soin d'écarter les préposés. Comme les eaux de vie sont dads de petits tonneaux, le capitaine qui se charge de lés faire passer en fraude, prévient l'arrivée des visiteurs côtiers.. Tous ces petits tonneaux attachés par des chaînes de fer à la poupe du navire , sont desceùdus à la mer ; on les en retire la nuit lorsqu'on est proche de la côte où Ton se propose de les débarquer : au moyen de ces précautions , les contrebandiers sont tou* jours sûrs de la réussite de leurs entreprises. Les marchandises de contrebande , arrivées à Londres , ou dans d'autres villes , sont ordinairement mises en dépôt dans les hôtels des ambassadeurs , ou dans les maisons des membres du parlement^ asiles inviolables que les

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préposés atix douanes n'ont pas droit de visiter. Les ofiËlciers de ces maisons les y reçoivent, les y cachent , et en sont dédommagés par des récompenses considérables.

Le capitaine d'un navire marchand, dont la femme venait de mourir sur le continent , feignant de vouloir la faire enterrer dans le tombeau de ses pères, avait fait remplir un cercueil de marchandises de contrebande. Deux carrosses de deuil et un corbillard vinrent au port prendre lé prétendu cadavre , accompagné par beaucoup . de parens et par le mari , tous vêtus dans le plus grand deuil , et paraissant plongés dans une affliction protonde. Les restes de la défunte^ respectés par tous les commis aux douanes , furent déposés dans un sépul* cre y et les obsèques célébrés avec une grande solennité. Mais l.e directeur en chef, soupçonnant quelque mystère dans cette pompe funèbre , posta en embuscade deu^ de ses gens, qui virent arriver a minuit le capitaine suivi du fossoyeur et d'une charrette destinée à enlever les marchandises renfermées dans le cercuei}. Le tout fut promptement saisi ; le ru^ capitaine , trompé dans ses espérances , se yi% pouj;*suivi comme profanateur des to'mbeatUL, et con* trebandier : on prétend qu'alors il Vf se para plus d'une douleur feiaie^

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