CHAPITRE LXXIV
Société Royale de Londres, Société des j/n* tiquaires. ' Musée Britannique. Clubs littéraires.
• JLiA société royale de Londres , composée de savans , de gens de lettres y de poètes , de peintreSy d'artbles^ d'amateurs éclairés, est justement célèbre en Angleterre et dans toute l'Europe. Mais comme tout est bizarre dans la Grande-»
Bretagne 9 jusqu'aux ainsdlutions les plus utile» et les plus respectables , celle-ci présente nombre^ de singularités.
Le lieu où s'assemble la société royale n'a ni grandeur ni magnificence : c'est une salle Ioop gué , basse et étroite , qui n'a de meubles qu'une table couverte d'un tapis vert, quelques sièges de maroquin , et des bancs de bois , élevés en gra* dins. La table, placée devant la cheminée du fond , est entourée par le président, adossé au feu quand il fait froid, et par les secrétaires. Sur. cette table est couchée une grande masse d'argent doré , pareille à celle de la chambre des cona-. munes, et que, comme celle de cette chambre du parlement, on accroche aux jambes de la ta-
d* Angleterre y d^ Ecosse et JC Irlande. 4ol
•bk , lorsque la société se forme en comité. Le président est précédé en entrant et en sortant ^ par rhuissier de la société portant cette masse. Il a devant lui ^ au bureau , un petit maillet de bois 9 dotit il frappe sur la table pour imposer silence , quand ceU est nécessaire y ce qui arriva très-rarement. A l'exception du président et de» deux secrétaires^ chacun se place au hasard^ ea évitant avec le plus grand soin ^ de causer du dér rangement et du bruitk
La société compte plus de quatre cent^ mem-^ bres nationaux 9 et environ cent étrangers. £11^ existe spécialemetit dans un Comité de vingt mem-* bres > choisis parmi les personnes qui peuvent le pluis librement se livrer aux travaux académiques « Ell<& ddrt sa grande réputation au prix qu'elle ac« corde chaque ankiée à Tauteur du meilleur mé-» moire^ sur des matîères^ de philosophie naturelle i ce prix^ consistant en une médaille dW^ a été fondé par Godfrey Copley, l'un de ses membres. Mais elle doit surtout l'estime dont elle jouit^aux TriXnsactions philosophiques, collection précieu-* se , qu'elle publie très-souvent , et qu'elle distri-* bue gratis à tous les membres.
La société royale de Londres doit son origine
%L la réunion de quelques savans qui> en i645)
se rassemblaient pour s'entretenir sur les scien«
^es , et se communiquer leurs lumières. Les ré-
4oa Londres, lu cour et les provinces
glemens qu'ils adoptèrent en 1660 subnstent en^ core en grande partie*
En i665 y Charles II donna à cette association des lettres patentes , avec le titre de société royale.
Peu de temps après Finstitution de ce corps célèbre , Charles II le chargea de traiter la ques^ tion suivante : Pourquoi un poisson mort est-il plus pesant qu^un poisson.en vie ? Les membres ûe la société composèrent plusieurs mémoires , pour montrer les causes physiques de d^tte différence. Lorsque Ja question eut été compJettement discutée , ils s'avisèrent de vérifier le fait , ti ils découvrirent, à leur grande confusion , que le roi s'était moqué d'eux y puisque le poisson tnort et le poisson en vie ont exactement la néme poids.
Vers 1661 y la société se détermina , à la soUi- "Citation de Boyle , à envoyer quelques-uns dé «es itiembres , sur le pic de TénérifTe , pour y faire les expériences de Torîcelli et de Pascal t On sait que Ténériffe est une des lies Canaries. Gomme ces lies appartiennent au roi d'Espagne , la société royale députa deulc personnes y afin de demander à l'ambassadeur d'Espagne y des lettres de recommandation y pour les gouverneurs de ces lies. L'ambassadeur témoigna beaucoup de bonne volonté aux députés, et les prenant jpour des membres dif une société de marchands
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dljMgleêem , d' Ecosse et 4T Irlande. 4o3.
qui d*était formée depuis peu à Lointres^ pour le négoce des vins de Canarle ^ il leur demanda la quantité qu'ils prétendaient en enlever. Les députés de la société royale lui répondirent que ce n'était pas pow négocier qu'ils allaient aux lies Canaries y mais pour y faire des expériences sur la pesanteur de l'air, a Quoi , vous voulez peser Fair 1 — C'est notre intention. -* Sortez de chez rooi^ vous êtes des insensés. — ^ Mais, excellence ••• . — Sortez, vous dis-je »* Les députés sont obligés de sortir , et Fexcellence va raconter , dans tontes les maisons , qu41 est venu chez lui des foux , qui vouhient peser l'air. M. l'ambassadeur eut le chagrin d'appren* dre que le roi et le duc d' Yorck étaient à la tètb de ceux à qui il donnait le titre de foux
Le docteur John Hill , piqué contre la société royale de Londres , qui Favait refii^é pour un de ses membres, imagina, pour s*en venger, une plaisanterie d'un genre neuf : ce fut d'adresser à un des secrétaires de cette académie , sous le nom supposé d'un médecin de province, le récit d'une cure récente dont il s'annonçait pour être Fau« teur. (c Un matelot, écrivait-il, s'était cassé la >i jambe* M^étant trouvé , par hasard , sur le lieu , » j'ai rapprocha fe^ deux parties de la jambe cas-* M sée, et s^rès les avoir fortement assujetties avec j» une ficelle, j'ai arrosé le tout d'eau de goudron. M Le matelot , en tvès*peu de tanps , continne lé
4o4 Londres , la cour et les provinces
» docteur y a senti refficacilé du remède y et n'a: » point tardé à se servir de sa jambe comme au<- » paravant ». Or^ cette cure merveUleose se trouvait publiée dans le temps que le fameux Barkeley y é vèque de Cloyne y venait de faire paraître son livre sur les vertus de l'eau de goudron y ouvrage qui faisait beaucoup de bruit , et qui excitait la division parmi les médecins. La relation du docteur fut lue et écoutée très-attentivement dans l'assemblée publique de la société royale ^ où Ton avait disputé de la meilleure foi du monde sur la cure presque miraculeuse. Les uns n'y vi*« rent qu'un témoignage éclatant en faveur de Teau de goudron ; les autres soutinrent y ou que la jambe n'était pas réellement cassée y ou que I4 |;uérison n'avait pu être si rapide. C^ allait im-^ primer pour et contre j lorsque la société royale preçut une seconde lettre du médecin de province ^ qui ébrivait au secrétaire : «c Dans ma > dernière j'^ii omis de vous dire que la jambe l^> cassée du matelot était une jambe de bois ».. La plaisanterie ne tarda pas à se répandre^ e^ âiverdt beaucoup les oisifs de Londres^ aux dé-^ |>ens de la société royale.
La société des Antiq!) aires de Londres s'oct:upe de Thistoire et des monumens anciens des trois royaumes^ mais elle n'exclut point les antiquités des autres pays ; le tout est gravé aux 4^pea9 de U société. C'est éam soa seia qu'est
6^ Angleterre ^ d'Ecosse et d^ Irlande. 4o5
Bée ridée hearease et si utile aux arts y de fairâ* dessiner sur les lieux ^ et grayer ensuite avec la plus grande magnificence , à Londres^ les admirables ruines de Palmyre^ de Balbec^ d'Athènes^ de Spalatro.
Elle a adopté pour sceau ^ une lampe ardente avec c:^% mots : Non extinguetur. C'est l'image du feu sacré ou de Tamour des sciences et des lettres^ qui ne doit jamais s'éteindre.
M. Shîpley , simple particulier de Northampton, forma en lySS^ la société la plus utile et la plus nombreuse de l'Europe : elle embrasse les arts^ les manufactures et le commerce; et maintenant elle est connue sous le nom à'Ihsii-' tiuion de la Grande-Bretagne. Elle est composée de plus de trois mille membres.
Ce vaste établissement y dans un intervalle de quelques mois , a été doté de la somme de âS^ooo liy. sterl. fournies par différentes classes de souscripteurs y parmi lesquels on remarqua plusieurs dames.
Le Musée britanniqtte , qui réunit la bibliothèque publique 9 le dépôt de toutes les productions de la nature^ de l'industrie humaine, -etc. , etc., fut fondé en lySS. Avant cette époque il n'y avait à Londres ni bibliothèque nationale, ni cabinet d'histoire naturelle, appartenant à l'Etat , et consacrés à l'usage du publie. Un particulier fut^ en quelque sorte ^ le loor
4ioO . Londres j la cour et les prônnsees
dateur du Musée. Le célèbre médecin Hanés Sk>ane avait fait une riche coUectioa de livres^ de manuscrits y de médailles y de minéraux et 4'liistoire naturelle dans tous les genres. A sa mort il- légua au public cette immense et ma^ gnifique GoUectioi^ qui fui avait coàté 5o^ooo liv. irterL y à condition que le parlement en payerait jao^ooo à ses héritiers. Le sénat britannique^ en approuvant les dispositions de Hans Sloane y acheta 10,000 Uv». sterl. \e palais Montaigu pour y placer ce riche dépôt.
Animé des mêoiesseatimens patriotiques qui ont immortalisé tant d'Anglais, M. Cracherodie a légué au Musée britannique, son cabinet de médailles y sa bibliothèque ,, ses desskis originaux ,, ses curiosités de tous les genres ; mais avec fe condition expresse et bixarre, que ces différentes tûUections resteront dans ^arrangement qu'il leur a donné , et qu'on n'en distraira point une seul& pièce pour la joindre à la collection générale.
La bibliothèque appartenant aux rois d^ADgle-* terre , depuis Henri VU jusqu'à Charles 11 , qui consistait en douze mille volumes y a été réunie à celle du Musée > qu'on croit de quatre->vingt mille volumes.
On conserve au Musée britannique Forigittal de la grande charte , donnée par Jean-sans-* Terre , vers l'an 1 2o5 , regardée comme le pal-^ l0diùm 4e la Ube]rté anglais y c^'on croyait per«-
et Angleterre y tP Ecosse et d' Manie. 4o;^
dae depnis long-temps ^ et que trouva par haj»ard le chevalier dir Robert GoUon^ mort en i65i. Ëtaol UQ )Our chez sou tailleur^ il vit que cdui-ci allait couper^ pour faire des mesures^ uu parchemin qui avait plusieurs cachets* U fut cu<n0ux de voir ce que c'était que ce yieux titre , et sa surprise égala son ravissement^ lorsqu'il reconnut l'original de la grande charte.
Le Musée serait plus utile , s'il était moins dif-« ficile d'y être admis* Il faut d'abord se faire ins«* crire pour obtenir y en payant au moins un schel-ling^ la permission de parcourir les salles^ à jour et heure indiqués y au milieu de plusieurs per« sonnes y suivre la foule des curieux , tâcher d'en-* tendre le Cicérone y toujours fatigué et de mauvaise humeur de répéter sans cesse la même chose.
Il est encore plus difficile d'obtenir la permission de travailler au Musée y et de parcourir quelques manuscrits; il faut une recommandalion puissante : la réputation la mieux établie ne suffit pas pour donner à un savant^ à un homme de mérite y les entrées libres*
Il est heureusement des bibliothèques pubti*queset particulières, des cabinets de lecture , et dés clubs littéraires y où l'^n parvient sans peine à être admis*
Les lectures publiques sont fort en vogue à Landna^ U y a vingVcinq an» qu^Mi y fonna une
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espèce de spectacle sous le nom à!jÉssemblée ai-* tique. Cette assemblée se tenait dans une grande el belle salle, où la musique suivait et coupait la lecture des plus fameux morceaux de pros& eu de poésie. Ce singulier spectacle , qui coû*. tait une demi-rcquroune y ne se soutint que quel-*^ ques années.
Ces assemblées attiques ont été renouvelées depuis 1 784 y mais on en a supprimé la masi-> que. M. Shéridan en a été long^temps un des lecteurs les plus distingués. On y a applaudi depuis le fameux Tissier, qui a porté lart do la lecture au dernier degré de perfection.
On a aussi formé , en Angleterre y un grand nombre de clubs de lecture ; chaque memibre de la société fournit une somnoTe ; on achète des livres en commun ; et quand chacun les a lus y on les vend au plus ofiraut parmi les as^ciés y pour en acheter d'autres avec le produit de la vente. . Les clubs de discussion sont fort à la mode k Londres 9 et servent à répandre quelques con-^ naissances de littérature et de morale.
Le désir de favoriser les progrés de Félo*^ quence a été si loin y qu'on forma, en 1779 y un club où le beau sexe put déployer et perfectionner ce dooi de la parole dont Isk natm^e l'a favorisé. Cette école de rhétorique porta un nom fran<-^ çais, la beUe assemblée y quoique tous les disçou^$ ^ ^^mX e^, 9ng;lais. C^tte société s'as*
JC Angleterre f d'Ecosse et â^ Irlande. 409
semblait une fois par semaine^ et l'on payait, pour entrer 9 quatre fois plus que dans les au« très. Dans une séance on agita cette question 3 Si lu Die de la campagne était préférable à celle de la ville? Dix femmes parlèrent dès galeries; les deux premières avaient des masques et pa« raissaient avoir appris leurs discours par cœur. les autres haranguèrent à visage découvert ; plu-> sieurs parlèrent avec beaucoup de facilité et de grâces, et traitèrent fort bien le sujet ».
Dans plusieurs de ces sociétés particulières on peut aller s'instruire ^ pour un , ou même pour un demi-schelling par séance. On y traite, deux on trois ibis par semaine, divers points d'histoire ou de morale. Les séances et les questions qu'on y doit agiter sont annoncées d'avance dans les |;azetles.
4]o Londres y ia cour tft hspmvinùàf
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