CHAPITRE LXXV
Théâtre anglais^
i^ï la nation anglaise diffère entièrement desr autres peuples de l'Europe , dans ses mœurs et dans ses usages ^ son théâtre doit nécessaires ment se ressentir de cette différence. En Ân-^ gle terre, plus qu'ailleurs, it faut que* les pièces; de théâtre soient accommodées au goût du peuf pie. Quel que soit le talent d'un auteur, il n# réussirait jamais à se faire applaudir, si John Buhl ne trouvait dans les comédies , dîins les^ tragédies ou dans le drame ^ de^siiuatians con«^ formes à son goût. Ainsi il ne s ag^t point là de* ' s'astreindre à des règles , de traiter un sujet intéressant ex professa^ il faut amuser le peuple^, et l'amuser par des bouffonneries insipides , ou« agiter ses passions par des scènes dont le trar gique va jusqu'à la férocité. Les pièces les plus^ estimables pèchent donc toujours par quelque endroit , parce que les auteurs qui ont le plus, de mérite sont forcés, de sacrifier le bon goût ^\x moins en partie , et de faire dans leurs pièces ce que les genjs sensés d'Angleterre appellent la part du peuple. ^
Dans les tragédies anglaises ^^ le diable joue
'd*Jngteterre ^ é^ Ecosse et d'Irlande. 4 ' >
ao«veiit un grand rôle. Ces pièces sont remplies d'action , mais elles rnao^uent de naturel , de régularité et de dëoence ; tout y est outré. Les. Anglais veulent être sédaits par un grand ap^ pareil ; Taoïour les touche moins que des évo^ Itttions d'année, des processions funèbres, des^ CM^tomes 9 du sang répandu , des objets propres à inspirer k terreur. C'est là ce qui a fait la fortune des pièces de Shakespear , poète qui vivait en i $90 , et dont les ouvrages montrent autant l^gnorance du ^ècle où il les composa y que le génie Hbre et audacieux de l'auteur.
La nature semble s'être plu à réunir dans la tête de Sakespear les idées les plus grandes et les jj^us grotesques.
Il avait un génie plein de (otct et de fécon^ dite 9 de ns^turel et de sublime , dit Volts^ire , sans la moindre étincelle de bon goût, et san» aucune connaissance des règles. Ses pièces sont des monstres admiriables> dans lesquelles , parmi des irrégularités- grossières et des absurdi-^ tés barbares , on^ trouve des scènes supérieurem^it rendues , ' des. morceaux pleins d'ame et de vie 9 des pensées grandes j des sentimens nobles et des situations touchantes.
Un soir, qu'un Anglais soupait à Ferney aveo Voltaire, la conversation tomba sur Shakespear. Yoltaire s'étendit sur l'effet inconvenant et abauide ^e produisaient des caractères bas et
des dialogues vulgaires dans la tragédie ; il s'ap-* puya de beaucoup d'extmples pour prouver qu»
le poète anglais avait souvent offensé le goût y même dans ses pièces les plus pathétiques. L'An^
glais observa , pour excuser son compatriote ^ que ces caractères , quoique bas, étaient pourtant dans la nature. « Avec votre permission , monsieur, répondit Voltaire, personne ne mon-^ tre son derrière ; il est pourtant dans la nature ».
Parmi les tragédies, {U'opres à donner une idée du théâtre anglais , on peut citer :
Jeanne Schore^ dont ITiéroïne, qui avait été la maîtresse d'un roi , est réduite , en punition de sa faute , à demander inutilement son l^ain de porte en porte , et à mourir , après avoir été trois jours sans manger , dans les bras de son mari , qui revient exprès de l'autre mond^ pour lui pardonner son infidélité.
Le Marchand de Londres ^ ou V Histoire efo Barneyelt, dont la catastrophe se passe au gibet. — Bonduca , pièce dans laquelle est une scène où quatre hommes , la corde au cou , plaisantent sur le supplice auquel ils sont condamnés. ' — Bloody Brother^ où l'on voit un cuisinier ,. un sommelier et un panetier , condamnés à la potence , qui fait la décoration du théâtre, arriver tous trois la corde au cou, et chanter c^cun un couplet de chanson relatif à leurétat^
éC Angleterre , d^ Ecosse et d* Irlande. 4 1 3
«t à leur situation présente. — Measure, tragédie de Shakespear , qui contient une scène de plaisanterie entre le bourreau et le patient.
Ce- goût bizarre, qui s'est emparé de la majeure partie de la nation anglaise, est la cause fie la difficulté que les hommes sensés ont eu ^ déterminer les directeurs de ce théâtre à fair» jouer la traduction de Zaïre*
Un M. Bond , avait conçu une juste admiration pour cette tragédie. Non content de la savoir par cœur en français^» il engagea un des meilleurs poètes de Londres à la traduire en anglais. Son dessein était de la faire représenter sur le théâtre de Drury-Lane. Il employa vainement , pendant plus de deux ans , tous ses soins et ceux de ses amis pour la faire recevoir des directeurs de ce théâtre (i), et enfin prit le parti de la représenter lui-même, avec quel'* ques autres amateiurs , dans la grande salle des Yorck'Buddings^ qui est un lieu destiné, dans son origine , pour les concerts de musique , mais dont on obtient Tusage en le louant aussi cher pour une soirée , qu un autre bâtiment serait
(x) Ou la joue anjourd'&iii sur toas les théâtres d'Angleterre. Att moment où Orosmane s'écrie : Zaïre , vous pieu-ml l'actrice se roule sur le thé&tre : ce qui a fait dire avec raison, qu'Orosmaof dcTrait a'éçrier : Zaïre, vous vous totUes par tare!
4 14 Londres y la cour et lè^ pro\jfinheP *
loué pour uue année entiète. Les rôles forenft distribués , et toute b Yille avertie de rentre^ prise qu'on avait formée pour lui plaire.M. Bond^ qui n'avait pas moins de soixante ans ^ choisit le rôle de Lusignan , comme le plus convenable à ses talena et à son âge : il n'épargna ni soins ni dépenses pour se mettre en état de le jou^ avec distinction , et il abandonna tout le f^rùËX du spectacle ( les billets d'entrée ayant été dis^ tribgés par souscription) aurpoëte traducteur ^ de la pièce. £e jour arrive ; jamais -on n'avait vu une assemblée si brillante et si nombreuse. liCS premiers aot^s sont rendus avec des applaudissemens universels. On attendait avec «impatience Lusignan a il parait ; et ton» les spectateurs sont attendris à la vue de ce personnage vénérable. Mais le cœur de M. Bond était plus ému que tous les autres ensemble ; ce vieiMard se livre tellement à la force de son imagination ^ et à l'impétuosité de ses sentimens» que se trouvant trop foible pour soutiçnir tant d^^igilation , il tombe sans connaissance au moment qu'il reconnaît sa fille. On se figura c^abord que c'était un évanouissement factice , et ^ut le mon* de admira l'art avec lequel il rendait la nature. Cependant la longueur de cette situation com* mençant à fatiguer les spectateurs, Chàtillon^' Zaïre et !Nérestan l'avertirent qu'il était temps de la finir. Il ouvre un ipstant les yeux ;> mais
âf AngUHtrre ^ ^Ecosse et d'Irlande. 4 1 5
Ie9 fermant aussitôt, il tombe de son fauteuil sans pronoDcer une parole ; il étend les bras comme pour embrasser ses enfans y et ce mou* vement fut le dernier de sa vie.
Les comédiens du théâtre anglais ne sont pas moins extraordinaires que ses drames. Au troisième <icte d'une pièce intitulée The Rover (le Ravisseur ) , dont la scène se passe dan^ un mau« vais lieu , on voit une fille débauchée dans son lit, et un libertin en chemise, prêt à prendre place à ses cÀtés ^ tomber par une trappe , dans un cloaque rempli d'ordures ^ et en sortir un instant après tout couvert.
Les petites pièces , que les Anglais appellent Êirees , succèdent aux grandes ; mais Tintervallç de l'une à l'autre est très-long ^ parce que les acteurs sont obligés , comme à Paris et ailleurs, de changer d'habiUement : pour empêcher que l'ennui ou Fimpatience ne s^empare des spectateurs, quelques acteura viennent sur l'avant •cane amuser le peuple par des bouffonneries.
Les batailles qui doivent avoir lieu sur la «cène sont toujours annoncées au lever du rideau, par un vaste tapb qui couvre le champ de bataille , et que Ton enlève ensuite avec les morts, pour procurer la liberté des trappes aux revenans iqui pari^iasent communément sur jiascène, dans les actes qui suivent les combats.
Le mot de siffler une pièce paraît trop fai-
ble aux Anglais ; ils disent damner une pièce j damner un acteur. Cette façon de parler n'est pas trop forte , pQur exprimer la manière dont ils reçoivent un ouvrage qui leur déplaît. Ils chassent les acteurs de la scène , et il n'y aurait peut-être pas de sûreté pour la vie même de î'auleur^ si, dans ce moment, il tôgibail entre leurs mains. Ce <|u'il y a de singulier, c'est que ce sont les avocats , placés au parterre , qui Bont les spectateurs les plus bruyans/
Une pièce nouvelle ,. ayant commentée par la lecture d'une lettre fort longue et fort ennuyeu* se , un plaisant du parterre s'écria : « La cham- » bre ordonne l'impression et distribution à 9 deux exemplaires^ passons à l'ordre du jour »* La piècç n'alla pas plus loin.
On se souvient encore du pi«odigieux succès qu'eut la tragédie de Caton d'U tique y par Addisson. Ce fut la première tragédie un peu ré' gulière qui parut sur le théâtre britanniquei Les royalistes et les membres de l'opposition ^ qui divisent ordinairement l'Angleterre^ mireht tout en usage pour en faire un ouvrage de parti. Néanmoins on- peut appliquer à l'auteur^ avec la dernière justesse , ce qu'il a dit d'un au* tre , dans une occasion à peu près semblable i « L'envie elle-même , saisie d'étonnement, reste 31 muette , et les factions se disputent qui ap^ • plaudira le plus ». . . ^
d* Angleterre , d Ecosse et d Irlande, 4 ' 7
Les battemens de mains dea Wigghs f patriotes ) , à la première représentation , ne furent ni plus nombreux , ni plus unanimes que ceux des Tory s (royalistes). Milord Bolingbrocke, chef de ce dernier parti, fit venir, après la représentation. Facteur Booth , qui avait joué le rôle de Caton , et lui fit présent de 5o guinées, pour lui témoigner sa reconnaissance, dit-il, d'avoir si bien défendu la cause de la liberté contre un dictateur perpétuel. Les Wigghs, dès le lendemain , pour n'avoir pas un air d'infériorité , envoyèrent un riche présent au même Caton ; ee qui fit dire au docteur Garth , qu'il y avait apparence que Caton aurait de quoi vivre après sa mort.
4 1 8 . tondit. , /(Z cour et les provinces.
Lieux d\amu$emens , Tji^âtrfis , Promenades dans r intérieur de Londres et hors de la ville,
Jl/ans une capitale aussi vaste et aussi peu- ^ ée que Londres , il n'existe que trois grands théâtres , FOpera , Drury -Lane , Covent - Gar^ dên. et un petit spectacle désigné sous le nom de théâtre de Hay-Market. Les grands théâtres ti'ûuvrent que pendant l'hiver ; le petit théâtre îi*buvre que Fêté ^ durant la clôture des autres. I«es spectacles les plus réguUèrement fréquent tés par goût sont Drury - I^ne et Coyent - Garden. On va seulement à l'Opéra par, ton. Les moindres places y sont fort chères; aussi n'y Toit -on que des gens riches. Les salles des grands théâtres sont fort belles , et dignes d'une grande capitale.
Le parc de Saiitt- James est le seul jardin qui se trouve dans l'intérieur de la ville ; on ne s'y promène que dans une enceinte peu vaste , en face et au pied du palais du roi. Cette promet nade est peu fréquentée , et conséquemment fort ennuyeuse. On voit , assez près de cette enceinte j qui n'est séparée du reste du parc que
JC Angleterre ^ JC Ecosse et â^ Irlande . 4ic|
par une longue barre de bois de charpente ^ les vaches paître sur un gazon superbe. Cela fait un bel effet pour ceux qui aiment tout ce €(ui se rapproche de la nature.
Ce parc est si étendu , que , pdui*' pouvoir en distinguer les différentes parties, on leur a don-" ne différentes dénomination^. Ainsi la partie^ qui avotstne le- palais de 'la reine se nommé Gbeeit Park; celle-ci conduit à une autre'plufll^ éloignée , appelée HTDE-PARk , d^où Ton peut* aller à KEfrsiif Gtoir , lieu du rendez - vous dés gens aisés qui s'y rassemblent à certains jours, en voitures et à 'cheval , vêtus le pttis élégamment possible.
Vaux-Hall -Gardait, est le Ueu principalement destiné 'à'iâ danse; c'^était dans l'origine Une fameuse guinguette. Il^est éloigné de deux milles du pont de Westminster, mais on y arrive par eatf eri très-peu de temps , et l'entrée ne coûte qu'un schelUng. Il eit éclairé par plus de trois mille lanternes artistement mêlées dans les arbres , et qui forment' un coup d'oeil délicieux. Son étendtie et ses agrémens y attirent tous les soirs , pendant l'été , lé beau monde en foule, et rendent ce jardin Tùn des plus brillans dé toute l'Europe. La perspective en est magnifique. La représentation de voûtes anti« ques produit un effet admirable. La sculpture et la peinture ont contribué à Tornement de ce
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beau lieu. Parmi les statues, la plus remarquable est celle de l'illustre Hendel y par Roubillac , artiste français. ^La rotonde est une salle spacieuse, superbement illuminée , où le pu-, blic se réunit dans les temps de pluie. Deux grands tableaux de Hayman y entretiennent l'esprit et l'orgueil national; l'un représente la conquête du Canada , par le général Amherst , qui fait distribuer des vivres aux Canadiens , et leur promet la protection de la Grande-Breta* , gne. L'autre offre aux yeux le triomphe de la . Grande-Bretagne sur ses ennemis. Les tableaux des cabinets , dans les jardins , sont du même , maître. On boit et l'on mange au Vaux-Hall , , mais à un prix excessif.
RàNKLAc^H-GARDEirs , u'cst pas aussi vaste que le Vaux - Hall , les jardins n'en sont pas aussi . beaux, mais cette promenade est également très-fréquentée. Elle est située à un raille du parc Saint- James , dans la campagne ^ au bord de la rivière. On y prend du thé et du café pour a schellings et demi, que l'on paye à la porte. Les personnes riches , qui aiment le plaisir , y vont habituellement déjeûner pendant la belle maison. La rotonde , où l'on tourne isans cesse lorsque le temps est pluvieux et froid , est décorée avec goût : soixante cabinets ou berceaux, qui régnent autour de cette salle, sont iort bien éclairés , et servent d'asUesi aux amans.
d^ Angleterre ^ d* Ecosse et d* Irlande. 4^*
enchantés d'avoir un agréable tête à tête. Dans le fond de la salle s'élève un orchestre , qui fart entendre de fort bonne musique et d'excellens chanteurs. Quoique rassemblée soit quelquefois de trois à quatre mille personnes , parmi lesquelles on remarque les plus jolies femmes , il règne un silence qui étonne les étrangers. Les entrepreneurs donnent un souper de cla« ture qui fait honneur à leur goût^poùr les fêtes, et à leur prodigalité.
Let Pawthéon est une vaste rotonde richenient décorée , dont les colonnes sont travaillées en stuc ; les salles , salons et galeries qui l'entourent sont ornés et meublés avec élégance. €ette magnifique salle est destinée aux bals mas* qués , ainsi que ceHe de l'Opéra , et il s'y rassemble quelquefois plus de deux mille cinq cents personnes, quoique les billets soient souyent très-chers , puisqu'ils coûtent a à 3 gui* nées. On y trouve tout ce qu'on peut désirer en vins et en liqueurs. ^
Le goût des plaisirs s'aille dans la Grande- Bretagne avec le patriotisme. Parmi les encouragemens que les Anglais donnent aux manufactures, on peut citer les bals qui ont lieu dans plusieurs comtés depuis plus de vingt-cinq ans {^Manufacture Bail). Voici les réglemens qu'on suit dans ces bals. Les dames y sont admises sans payer, mais elles doivent se présenter vê-
^a Londres , la cour et les provinces .
tues d'étoffes filées, ourdies et finies dans le comté, et dé la couleur fixée par la directrice ou patronne du bal , et doivent produire un billet signé par le tisserand et contre-signe par 1^ teinturier ; ces billets ne sont livrés qu'avec dix rards (aunage) dé chaque étoffe. Les hommes, payent les billets d'entrée une demi*guinée , et leur habillement doit aussi être composé de tout pe que fournissent les manufactures du comté. Ces bals patriotiques attirent un grand nombre de spectateurs. C'est ainsi qu'on donne aux fimusemens des gens riches un objet d'utilité publique.
La manière de danser des Anglais est fort agréable. Ils commencent ordinairement leurs ]b^ par des menuets , et les contredanse^ du pays viennent ensuite. Ils se joignient , sur deux ]ignes , quinze ou vingt hommes avec autant de femmes : ils pourraient être en plus grand nombre si les salles avaient plus d'étendue ; et sans la moindre confusion, ils tournent, sautent^ et se croisent en mille façons. Les airs sont d'une vivacité qui porte la joie et la gaîté dans, l'ame. Les Anglaises sont d'infatigables danseu* ses, et font admirer leurs grâces et leurs .at> traits. (lUes ne paraissent point se lasser, quoiqu'elles soient 4^ns un mouvement continue) pendant quatre ou cinq heures consécutives.
Il^jest étonnant ^uç les Ap^lais, ce peuple
cTjàngièieiTe , d Ecosse et d^ Irlande. 4^5
grave et penseur , aiment si passionnément la danse , plaisir que la plupart des philosophes regardent comme frivole et indigne des hommes sensës( : les An£;laises en font surtout leurs délices. Peut-être sentent-ils que les fortes secousses et Fagitation de la danse , sont très-nécessaires à leur humeur mélancolique , et parviennent à dissiper , en partie , l!humeur sooibre à laquelle ils sont en proie.
LâEis BALS MASQUES fout touJQurs beaucoup de sensation à Londres , parce qu'on n'y en donne^ chaque hiver, que trois. pu quatre à l'Opéra, et autant au Panthéon. Il en coûte au moins a guinées pour un billet, et souvent on paye un «eul billet jusqu'à 5 guinées. Au lieu de marons glacés , de massepains ^ d'oranges^ on y sert des fricandeaux , des pâtés, des poulets, des langues fourrées , des daubes ; les vins cie Portugal, d'Espagne, de France^ y remplacent l'orgeat et la limonade. Ces bals sont des espè« ces d'orgies où les gens sobres s'amusent de l'intempérance des vrais amateurs en gloutonnerie , qui sq font une loi de boire et de manger asse? copieusement pour ce pas s(Voir à regretter le lendemain \p prix de leur billet. Du reste , on y voit quelquefois des mascarades aussi singulières que bizarres , dont le but est de tourner en ridicule les ministres ou les opésiations du gouverneoieiit..
4^4 Londres f la cour et les provinces
Dans un bal particulier^ qiii se donna dans le quartier de Westminster , on vit un masque qui I enseyeli dans de ta flanelle , traînait après, lui son cercueil^ et dans lequel it se couchait de temps en temps, poussant par intervalle des^ êris sourds et plaintifs. Ce cercueil était orné^ comme le sont ceux des personnes qui attachent une grande importance à îa décoration:
de leur dernière demeure. Sur lé cercueil on. lisait : « Tremblez , mortels ; ce cadavre , pâFe
> et inanimé , ressemblait , it y. a trois mois , àt 9 Hector pouf ta force et pour te courage. Le » temps et le plaisir Font conduit à Tetat où » vous le voyez. Le temps passe , tes heiwes^s'é- » coulent , et celle qui vous mettra de niveau
> avec lui , ne tardera pas à sonner-».
Cette mascarade lugubre n'était pas fort re"jouissante, et il fallait être Anglais pour l'avoir imaginée et s'en amuser. Elle était del'invention d'un jeune eoloneL.
Une demoiselle du nombre de celles qu*pnj appelle à tout hasard vieilles filles , se tx'ouvant à un bal masqué , fut accostée par un jeune oPficier fort aimable^ dont les propos tendres et enjoués allumèrent le feu qui, depuis quarante ans, couvait sous la cendre. Cette grand'mère des amours, dont l'occupation la plus pénible* avait été d'empêcher que ses feux cachés n'écla-
et jingîèterre f éP Ecosse et d'Mahde^ 4^5
tassent au grand jour, hors d'eUe-méme, hasarda de donner un rendez • vous ^ mais, hëlas! elle connut que son yainqueur était une £pmme déguisée y et faillit en mourir de honte et de chagrin.
Les FétES PUBLIQUES , en usage dans la Grande - Bretagne y mettent à même lé peuple de prendre part au plaisir des gens, riches y et de se divertir dans son particulier..
Le jour de la naissance de leurs majestés , et te jour du couronnement , sont marques par des fêtes. Le matin on sonne partout les cloches dans Londres , les drapeaux sont déployéssur les clochers , et tous les vaisseaux sont pavoises. A midi la noblesse et les ministres étrangers complimentent leurs majestés : la cour est très -brillante. A une heure on tire lie canon du parc et de la tour. Le soir il y a bal au. palais de Saint-James et illumination y avec de grandes démonstrations de joie dans toute la ville
Les Gallois ont vaincu autrefois les Anglais y le jour de Saint-David , leur patron ; et ^ depuis cette époque ^d n'est pas un habitant du paya de Galles r qui, le i" mars, ne porte à son chapeau un porreau naturel ou artificiel, qu'ils re« gardent comme une figure symbolique de leui^ ainour pour leur patrie : sans doute parce que ce légume y croit en abondance Le roi même
est obligé i ce jour là, d'arborer un pareil signe à son chapeau^
Il se célèbre tous les ans une grande fête à Coventry , dans la province de Warwick , dont l'origine est fort singulière. Cette fête est établie en l'honneur d'une princesse Godiva , qui ,. sous le règne d'Edouard-le-Confesseur, vers l'an io5o, consentit àe parcourir, toute nue> la principale rue de Coventry, pour obtenir de son mari , alors seigneur de cette ville , la grâce de ses babitans , qu'il voulait faire massacrer, parce qu'il avait lieu de se plaindre de leur désobéissance; grâce qu'il avait mise à ce prix, bien persuadé que son épouse ne se prêterait jamais à.uâe condition aussi étrange. Mais la princesse Et'hésita point de sacrifier, pour un moment, le sentiment de la pudeur , si naturel et si puissant dans les personnes de son sexe , au désir de conserver la vie à un nombre considérable de ses vassaux. Elle fi.t publier dans la ville , uii ordt'e à tous les babitans de se tenir renfermés^ chez eux , et défense , sous peine de la vie , de se mettre aux fenêtres. Après avoir pris cette précaution , elle monta à cheval , couverte de ses seuls cheveux , qui étaient fort longs , et traversa la ville au grand galop. Un boulanger, dit la tradition , plus curieux que ses compatriotes , osa se montrer à une feiiêtce. , tandis
^jingieterre , d^ Ecosse et d^ Irlande., 4^*7
<que Godiva passait ; il ^eçut ^ mort pouir prix de son indiscrète cqriosité.
Depuis celte époque mémorable , le jour mê-s me où Févënement est arrivé, on porte dans les rues de Co venir jr, la statue de Grodiva. Toutesi les maisons sont illuminées , et la statue du l>oulanger trop curieux, est à la même fenêtre et dans la même posture où il était lorsqu'il fu( arrêté : celui qui occupe la maison , est mênîie obligé de faire repeindre celte statue tous les ^ns , ainsi que de lui couvrir la tète dt'un chi^r peau et d'une perruque.