CHAPITRE LXXVII
Acteurs dramatiques ^ Chanteurs <, Cantatrices^ Virtuoses^ Danseurs et Danseuses.
Aj'état de comédien est très-lucratif en Angle»» terre , quand celui qui l'exerce a des talens pro près à le faire aimer du public. M. Gibson, acteur du théâtre de Covent-Garden , qui mourut, en 1771* laissa une fortune de 1 5, 000 livres, sterlings.
L'enthousiasme qu'inspirent^ à Londres ^ lesbons acteurs , a fait dire au célèbre Addisson ^ qu'on voit moins d'excellens comédiens que degrands ministres et de grands capitaines.
Le plus célèbre comédien que l'Angleterre ait possédé , le fameux Garrick ,. était d'originefrançaise. Il descendait d'un bon gentilhomme normand, dont le nom était La Garrigue , et que la révocation de l'édit de Nantes fit passer en Angleterre , où il crut devoir angliciser son nom. Le père du célèbre acteur était capitaine d'infanterie, mais peu riche, et destinait son fils au commerce ; mais le goût du jeune homme en décida autrement , et lui fit embrasser la profession du théâtre ^ Devenu comédien du. r^oi f, ii acquit une part
éC Angleterre y d'Ecosse et d'Irlande. 4*9
coosidérabie à la direction des principaux spectacles de la capitale , et fit la fortune de ses associes et la sienne. *
Comme la profession de comédien ne déroge ]point en Angleterre , milord **** lui proposa de' Be mettre sur les rangs pour obtenir l'entrée au parlement, en qualité de représentant du comté de****. «Après avoir joué avec assez d'esprit mon rôle sur le théâtre ^ répondit Garrick , je craindrais de jouer celui d'un sot au parlement ».
Ce grand acteur avait l'art si nécessaire au théâtre , de décomposer sa figure , et de lui donner tous les tours qu'il voulait : en voici un exemple. Garrick et le peintre Hogarth , étaient tous deux intimes amis du célèbre Fielding , atUieur des Aventures de Joseph Andrews , de Tom^JoneSy etc. Ce dernier venait de mourir , ^ns qu'il eût été possible de l'engager à permettre qu'on i^t son portrait. Pea de teipps après sa mort , on publia à Londres , une édi-» tien complette de ses œuvres (huit volumes iii-8**. ). Hogarth est le premier à regretter que le portrait de l'auteur n'en orne pas le frontis^ pice , et fait part à Garrick de son chagrin à ce isujjet. Celui-ci, le lendemain^ entre dans l'ate-» lier de son ami , au moment qu'il était le plus Qocupé à peindre un tableau : « Je viens d'imaginer , lui dit-il., quelques situations théâtrales
43o Londres ^ la cour et les pfwinee$.
que je voudrais essayer; indiquez- moi un en* droit où je puisse me recueillir ». Hogartb, sans^ se déranger de son travail, lui montré de la* main une petite pièce dont la porte 4onne dans Tatelier, Garrick y entre , et le peintre continue son ouvrage Quelques instans après , cedernier entend une voix qui prononce distinl;^ tement, Hogarth. D'abord il y, fait. peu d'aftention ; mais la même voix se faisant ' entende pour la secpnde fois , il frissonne involontaire* ment. Il ne croit point aux revenans; toutefois il ne peut se dissimuler que c'est le son de la voix de feu Fielding , qni vient de frappet son oreille. La frayeur le saisît', quoiqu'il s'efforce de la surmonter. Enfin i une troisifème fois , là même voix articule avec force : « Hogarth !
u'es-itu pas- las ^ de me faire attendre ? Prends tes crayons^y viens ici ; je n'ai que quelques ins* tans à te donner «• Le trouble qui agite Hogarthconfond ses idées; il oublie que c'es^ -dans le cabinet d'où^part» cette voix, qu'il' a relégué Garrick^ Cependant il > s'arme de fermeté , il prend ses crayons^ et vole avec précipitationoù ces.accensil'appeUent. Quel prodige! c'est Fielding qu'il voit ; ce sont ses traits ^ son air ^ sa coiffure , sa démarche ; en^ un mot ^ c'est son ami lui-même. Hogarth ét^nné^ effrayé , ému $ dessine à la hâte. Le peintre' s'applaudit de ht ressemblance^ il ne soft dj^ son- erreui? que;
^Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande. 43 1
quand , l'ouvrage achevé , il échappe à l'autçur un éclat de rire qui décompose son visage, et en fait disparaître les traits erppruntés , pour, restituer à leur place ceux de rinimitablé Carrick. C'est ce dessin original qui est à la tête des œuvres de Fielding.
Voici un trait qu'il n^ f^i^t poinV confondre, ajec celui ^qiCou viçpt de, lire, quoiqu'il s'y.rapA porte beai^çoup, IlAe d^me anglaise ^ de la cpn-^ n;siissance de.Gai:rick^ désirant avoir le portrait^ d'un lord sçn^^pai:^ nt , qui a vfti,^ ia.manie.de ne pa^ vpuloi.^ sç lai;?s,er peindçe., pf ja l'acteuy.de \^ sçiîQnder da|i^. .ce dessein ^ Le. conMQdien.cé-* lèbre , aprèçi, avpir, altçn.ûvepienjtj étudié, le^^
traits, Iç nxain^tie^ , le3 ti^3v^?^'^?î^*^^'^ ^r toujt ce qui ppuvait; caractériser J^.^ersonnagQ: dpQt il était qjuestion y paryinjt à..se donner la ^ physionomie du lord , et se rendit, avec cet vi*^, sagp^erpprunté , ch^zunhîibile p^eintre, auquel il fit faire .le,pprtraij::.de.la £gurje. qu'il s'était; com]>osée. TçiitJiç mipndfî reconnut .si hien la, ressçmblan^erdu^^loj'd,, que , ce , seigneur lui-m^* me convint qu'il était rendu d'après nature, çt ne put jamais conqevoii: comment on: était, parveixu . à le ^ppiudre,
GarriqksayaiMi bien coipppsér rexpres;5ion .
d^ spA vi^9g^,, qu'il; ,fiç ,ébaucber 3on portrait fious d^u:ïiijBgurf& difiEerentejs , et par le même > pfifttïje.
43a . Londres^ la cour et les provinces
Ce comédien célèbre a élevé à la mémoire de Shakespear , à Rampton , un monument qui immortaliserait le plus grand monarque. Sur un monticule de terres rapportées , ayant vue sur les bords de la Tamise , et séparé du jardin par un massif continu de lauriers et d'arbres toujours verts , s'élève un petit temple , bâti avec autant de solidité que de goût ^ en pierre de Portland. Il est de forme ronde, et terminé* en coupole, sur vingt pieds de diamètre. La porte est surmontée d'un fronton en saillie , porté à l'antique par deux colonnes isolées. Le fond du temple est orné de la statue en pied de Shakespear, de grandeur naturelle, exécutée par le fameux Lyonnais Roubillac , en mar* bre de Carare. Ce poëte tient des tablettes d'une main , et paraît se livrer à l'iospiration des Muses.
Garrick , les trois dernières années de sa vie, fit les honneurs de ce monument d'une manière qui en relevait encore le mérite. « Je dois tout à Shakespear , disait-il : Si vivo et valeOy suum est C'est un faible témoignage d'une reconnaissance sans bornes x.
Cet acteur, que les Anglais auront tant de peine à remplacer , mourut le lo janvier 1779 y et laissa une succession de 3,6oo,ooo livres tournois. Après que son corps eut été exposé ' pendant un jour sur un lit de parade , et visité •
d* Angleterre^ d'Ecosse ef d* Irlande. 433
par plus de .vingt mille personnes , il fut tuansporlé avec la plus grande pompe dans l'église de:' Westminster, et déposé au pied d'un monument érigé à la mémoire de Shakespear. Le drajp mortuaire était porté par le duc de De^ vonshire, lèrdCamden, le comte d'Ossory, le comte de Spencer , le vicomte de *Palmerston , sir William Wine, MM, Rigby, Stanley, Pattereon, et Albar^y Wallis. Nombre de personnes de distinction suivaient le convoi à pied; puis venaient cinquante carrosses drapés , et une quantité prodigieuse de voitures vides :
un: dctachemcnt des gardes , chargés de main^ tenir l'ordre , fermait la marchje. .
Samuel Foote, à la fois auteur et acteur y peignait avec une si grande vérité, et d'une manière si origiiiale , les travers et les ridicu-^ les de tous les. états, qu'il mérita, que ses com* patriotes le surnommassent X Aristophane de C Angleterre. Foote donnait ses représentations sur le théâtre de Hay-Market : secondé par une troupe de comédiens qui'lui étaient biien rnfjérieurs, ii se distinguait surtout dans les $cènes qu'il jouait seul. Assis devant im bureau , il montrait au public différentes tétès , qu'il affu* blait tour à toUr d'une perruque, et qui représentaient alternativement un petitmaîtré, uno petite, maîtresse^ un magistrat , un.:miUtaireir a. a8
un avare , un prodigue , une précieuse , une fiemnie galante. Il faisait parler à chacune de ces têtes le langage propre à leur caractère, ayec un naturel qui excitait le rire , et alimentait la malignité des spectateurs ; il n'épargnait ni la inode ni les hommes en place.
, Samuel Foote composait de petites comédies extrêmement enjouées. La dédicace d'une de sea pièces est singulière ; c'est à sou Ubraire qu'elle ^t adressée, a Comme je n'ai nulle obligation à aucun grand seigneur, lu) dit-il^ ni à aucune ^ande damedece pays-ci, et que je désire d'ail^» leurs que mes écrits n'ayent jamais besoin de leur protection, je ne connais personne dont les 1x>ns of&ces me soient aussi nécessaires que ceux •46 mon libraire ; c'est pourquoi , M« Vaillant , je TOUS remercie de la netteté de l'impression , de la beauté des caractères , et de la bonté da papier, dont vous avez décoré L'ouTragcde yo« tes très*humble serviteur , Samuel f oote »<
L'idée du prologue qui suit la dédicace , est tout^à*£ait bizarre ; c'est une dispute très-vive entre un acteur et sa femme, dont ils veulent fiiire juge le parterre. Il s'agit de savoir en quoi consiste la différence de l'homme à la brute. L'actrice soutient que c'est dans le rire ; son mari prétend , au contraire , que c'est dans l'action de siffler. « J'en appelle , dit- il , aux critiques : p'est-ce pas popr eux le bonhe^r suprême? Ëh !
4*^Jngl€terTe^ d'Ecùsse et dP Mande. 4^5
qù*est-ce ^ à leur a^is , que le plaisir 5e rire auprès de celui de siffler ? — Eh bien , répond laclrice , qu'est-ce que celli prouve ? Si tos comédie» ont été siffl^es y n-a-t^oli pas ri de tout son otàeuT à vos tragédies»? LVctrice coutil nue sa réplique , et Voici j selon elle > la ratscni décisive en faveur du rire : « L'homme seul pos* «ède cette faculté exclusivement aux^ bétes ; au lieu que celle de siffler lui est commune avec les serpens et avec les oies» îTaveit-vous pas- dô * honte, 6 critiquer! de ressembler à ces vils ani*" maux? — Oh! poiiit dqi tout, lui répliquée Comédien , apologiste des sifflets, c'est au con* traire une pratique très-utile ici y de réprimei? ainsi les abuS' des» mauvais poètes et des auteur's pitoyables. Si cependant, messieurs (ajoute-t* il «il s'adressant au« public ), vous voulee pren« dre mon avis , n'aâlisz pas siffler comme àes oiuseaux , hors de priypos et sans' savoir pourquoi ; imitez fe serpent- » soye*' comme lui prudenâl^ et subtils, mais^ s'il se peut^ exempts de son venin ».
Les premiei% chanteurs et les cantatrices^ dé l^ondres sont payés un pri|: fou«r Ce sont des vir* tuoses qu'on fait vçnir d'Itsiiiè à gl:ands fr^is» ]N"icolini eut 8oo guinées pour un hiver. En 1 738 , Farinelli en eut plus dé sik fois autant 4 La si* ^nora FausMna :, outre se» ^scppointemens , reetueilUt pour î^héti^çf de la i^èpréiratMioa
4^6 Londres f h cour et les pros^inca
donnée.àson profit, la somme de 800 liv. sterL , c'est-à-dire y* environ ao^ooo livres tournois.
En 1809, M"*' Catalani eut 4»ooo guinées d'ap pQÎntemens ( 96,000 francs ) , et deux reprësen* tatîons à son bénéfice , au théâtre de Coyent- Garden.
Quelques seigneurs ayant demandé à Farinelli, 4*il pensait à prendre de nouveaux engagera ens à Londres pour Thiver prochain, il répondit qu'il le voulait bien , mais à condition que ses appointemens fussent plus .considérables que çéhx des autres premiers chanteurs. Ils étaient quatre à cinq, à chacun desquels on donnait quinze cents liv. sterl. pour un hiver. On pria, Farinelli d'expliquer à quoi pouvaient monter #es prétentions. « Je iie demande qu'une guinéç de plus , répondit-il , pour faire connaître seur iement la différence qu'il y a, de mes concur^ cens à moi ». Oniùi en donna 5oo.
La représentation qui fut .donnée au profit du signor Faciuelli , lui valut 21,000 guinées, et 100 guinées que le prince dé Galles lui envoya^ le lendemain^ avec une tabatière d'or d'un grand prix.
Les grands artistes, dans la danse, sont aussi magnifiquement payés, dans la Grandé-Breta* gne , que les virtuoses d'Italie. La fameuse Sallé eut , pour un hiver , i^ooô guinées. 9c nos jours ^ la demoiselle ïïeiinei , Gardai j WiVelgn | le» Ves*
d' Angleterre ] d'Ecosse et d'Irlande^ 4^7
ïris , etc. ; ont gagné à Londres dés sotnmes immenses , proportionnées à leurs talèns.
Les annales du théâtre anglais offrent une foule d'anecdotes , dont" la lecture ne peut qu'être agréable. Nous en citerons quelques^mea,
Nelly , ou plutôt Hélène Guyn , née dans tine inativaise taverne, ne reçut aucune sorte d'édu*^ cation. Elle commença par vendre dtf poisson ; ensuite, comifie elle avait la voix, agréable , elle allait chanter dans les cabarets. Une fameuse -çippareilleuse , nommée mistriss Rose , s'en em^ para , et parvint à la polir un peu , tout en corrompant ses moeurs. Elle fût admise en 1667 au théâtre royal , et appartint successivement à plusieurs acteurs. Charles II prit du goût pour cette actrice en 1671, en lui entendant réciter Tépiïogue de \ Amour tjrannique^ que Dryden avait fait exprès pour elle. Nelly était l'actrice favorite de ce poète, et il composait des rôles partir culiers pour la faire briller; Un acteiir d'un autre théâtre, ayant paru sur la scène aivec un chapeau d'une grandeur démesurée , le public, engoué de ce grand ctotpeau, protégea une méchante pièce. Dryden , piqué de ce ridicule «uccés , fit faire un chapeau large comifne une roue de carrosse, et le fit porter par mademoiselle Guyn, qui était une beauté iBÂgnoiine et pigwan t« Cette plaisanterie aixi^usa singitlièrement
438 Londres y Ut eaur et let provinces
et la cour et la ville ; les acteurs eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher d'en rire. Charles II fui aussi enchanlé du chapeau , et ne fut pas celui qui en rit le moins. Madame Hélène ( c'est ainsi 4]u'on rappelait depuis qu'elle était maîtresse du roi) jouait rarement dans la tragédie ^ où elle était médiocre , et elle ne valait guère mieux dans le comique; mais avec beaucoup d'enjoué^» ment , de^vivacité , de coquetterie , elle avait àe grands talens pour le chant et pour la danse « Lesr rues et les cabarets de Londres étaient une j
école qui aurait dûla conduire à la plus misérable crapule ; il e^^t bien étonnant qu'elle soit parvenue à briller sur le premier théâtre de iondres^ et qu'elle ^t fait les délices d'un monarque. Mais elle avait d'excellentes qualités, et elle était ejçtrémement généreuse. Elle ne rougit pa& de faire éclater les sentimens que lui inspiraient les obligations qu'elle avait à Dryden. Dans s^ plus grande prospérité, elle ne négligeait aucune de $eis connaissances de théâtre , ni ceux qui lui «vaient fait du bien dans l'état obscur où. elle avait d'abord vécu. Elle fit des libéralités à plusieurs hommes de lettres ^ et entr'autres à Lée et à Ottway : elle étendit même ses bienfaits jusqu'à des ecclésiastiques , quoiqu'alors ce ne lut pas la mode à la cour. Un jour, qu'en superbe i
équipage, elle passait dans les rues de Londres» I
:çi^ y^t trainçr en prisop uni honnie pasteur,^
d^ Angleterre y d'Eoa$$ç et d'Irlande. 430
dont la misère et les dettes ae provenaient qu9 de circonstances imprévues ; elle paya sur-le-j champ ce qu'il devait, et lui procura une boone cure. Welly est la seule des maîtrespes de Char-, le^ II 9 qui lui ait été fidelle. Après la mort do ce prince, elie ne changea poin^t de conduire ( elle ne fit la cour à personne , et sut éviter aveô soin de dépendre d aucun ministre. C'est aussi dé toutes les maîtresses , celle qui était la plus agréable aux Anglais. Un jour une foulé de peur pie s'était assemblé devant la boutique d'un orfèvre qui faisait un très*beau service d'argent pour la duchesse de Porismouth à qui le ro4 voulait en faire présent; on éclata en murmure;! et eu malédictions contre la duchesse ; on regrettait que ce riche, cadeau iiie fut pas dessin? pour madame Hélène* Les portraits de cette ac? trice , faits par Lély et par d'autres peintres y U représentaient très- belle; cependant elle était df petite taille <9 et on Ta^ocusait d'affecter un pei^ trop de négligence dans ;sa parure : rare défaul; dans une jojie femme, et qui ne permet pajs d^ l'accuser de coquetterie.
La célèbre Oldfield, morte en Î1730, eut son iombeau dans l'église de Westminster. Elle fut exposée pendant deux jours sur un magnifiqi^ lit de parade^ Ses obsèques ^e firent avec autant de pompe et de magnificence que i\ pendant 94
44o ' Londres y la cour et les pronnies
vie elle avait été une des illustres prinoéiïBes qu'elle avait eu Tàrt de représenter avec tant de dignité. Le drap mortuaire qui couvrait son cercueil , fut porté par les premiers pairs de ta Grande-Bretagne , entr'autres par les lords Lawar et Harley. Le doyen de Westriiinster officia à la cérémonie. Dans des honneurs aussi extraordinaires, voyons un sentiment de reconnaissance pour des talens qui excitèrent l'adaii^ ^tion générale.
' Le Boileau anglais , l'iramortel Pope, nous a représenté miss Oldfield comme la personne d^ son temps qui avait porté le plus loin le luxe et la sensualité.
' Il aurait pu aussi nous la peindre oâmme ex-* trémement bienfaisatite. Elle as&ura àSavage, té^ duit à la plus grande misère , et IHin des poètes les plus célèbres de son temps , ^Tie pension annuelle de 5o livres sterling, qui fut payée trèsexactement tant quelle vécut. Savage navait'jafilais eu aucun cofnmerce de galanterie avee ^Ué. Quand çiiss Oldfield mourut , il porta^ k deuil comme si elle eût été sa mère.
' Mademoiselle Woffington , actrice excellente dans le tragique , morte yets 1 760 , emporta ies regrets de totis les amateurs de Tart dramatique. L'armée britannique d'Allemagne lui fut Iredevable ^ pendant laguerr^ , de la souscription
d'^ngkteiTe , d^ Ecosse et ^Irland^. 44 1
•volontaire ëtâblve à Londres , et dans plusieurs villes du royaume , pour pràenrer aux giierriers anglais lès soulagemens dont ils avaient besoin* Le produit considérable de celte souscription , dont elle avait, donné la première idée , fut employé à leur fournir un nombre suffisant de ^il«ts et rlesouiiers, qu'un hiver* rigoureux leu» rendait très*nécesf*aîres.
• * Gette actrice j après avoir jbiïé avec succèâ lin rôle d'homme , s'écria en rentrant dans le foyer : « En vwté , la moitié du parterre \ient de me prendre pour un homme!— -- Qu'importe^ ïui dit malignement une de ses compagnes ^ si l'autre moitié du- public est parfaitement as* surée'du contraire ?
* Reddish ,. fameux acteur de Londres , étant
devenu incapable de jouer, à la suite d'une raap
dadie qui le kûssa dans un état de démence , ftit
réduit à une pension annuelle de 70 livres ster- «li^g. Le voyant dans cette .situât ion, quelques- -uns de ses amis s'intcpessèrent auprès du di^
recteur du théâtre de CoventrGarden , pour lui
laire^accorder les profits.d'une représentation). <Jywie&'7îe:fiit la pièce annoncée au public , dans .laquelle Reddish devait jouer le rôle de Posl- •humus. En entrant- dans une maison où il viat «passer une heure avant de se rendre au ihéâr
tce, U se présenta. avec la démarche d'uaidiat
44s Londres 9 la cour et les provinces
$eê yeux étaient égarés ^ et sa contenance ioiijhqnait un homme doot la raison était absolu-^ ment aliénéCt Quelqu'un le félicita sur ce que sa santé lui permettait de jouer. « Oui , dit il ^ je jouerai « et dans la scène du jardin , je ikius étonnerai tous. -^ Dans la scène du jardin ^ monsieur Reddish 1 je croyais que vous deviez, jouer le rôle de Posthumus? — Non , monsieur^ je joue celui de Roméo. — Mon ami , lui dit le maître de la maison , tous jouez le rôle de Post*^ humus. — En vérité , répliqua-t*il , j'en suîs.&« ché ; mais, puisqu'il le faut, à la Jxmne heure »% En se rendant au théâtre , son esprit était si frappé du rôle de Roméo, qu'il le récitait le long du chemin. Arrivé à la salle, ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté qu'on le per; fiuda qu'il avait un rôle différent à jouer ; enfin , on le poussa sur la scène. Â la vue de l'as*^ semblée , il parait reprendre l'usage de ses sens. et de sa mémoire ; ses yeux s'animent ; il salue d'un air modeste et respectueux , et joue le rol^ de Posthumus beaucoup mieux qu'il n'avait encore fait. Dès qu'il ce fut plus eit scène , le rôle de Roméo lui revint dans l'esprit , ce qui conr tinua pendant toute la pièce, où il ne revenait à son sujet qu'en reparaissant sur le théâtre. Maigre cet état de faiblesse et de délire, il s'aoquitta de son rôle mieux qu'il n'avait £aiit dans son bon sens. Ce fut la dernière fois qu'il parut au
éC Angleterre\ d'Ecoise et d'Irlande^ 44^
théâtre ; il motirùt dans une maison de foux, ou il passa cînqanssans jamais recouvrer la raison.
Un Anglais écrivit à^ une jeune et charmante actrice dont il était atppureux. « J'apprends, mis- » triss, que vous vous annoncez dans le monde , » comme absolument résolue à nepas vousécar- » ter dessentimens de la vertu ; la résolution est » excellente. Pour vous encourager à y persp- » yérer, je vous ferai une pension de 5ô gui* » nées par mois, aussi long- temps que vous ' i> continuerez à être vertueuse. Mais si par ha- D sard il yous prenait fantaisie de changer de j) conduite , je vous demande la préférence , et » votre pension sera doublée ».
La jeune actrice ne reçut sa pension de 5o guinéçs que le premier mois; elle fut si touchée de la générosité de son amant , qu'elle se mit à la double pension dès le seconde
Un célèbre acteur, noramé>Quin, ayant un jour commandé à souper dans une taverne, pria Je maître de la maison de lui tenir compagnie à table. Le traiteur,. pour lui faire la cour, corn* siença à trouver à redire à la manière dont la iiappe était mise , et se mit à jeter les fourchettes et les couteaux en bas de l'escalier , sous prétexte qu'ils n'étaient pas assez bien nettoyés, <^uin , ne voulant pas contrarier l'humeur de «on bote, l'imita en jetant les plata ft les assiet-
444 Londres, la cour et les prw^inces-
te». Le traiteur, surpris de ce procédé, lui'de^ manda quelle en était la cause ?<i Je croyais, lui rt'pondit Quin , que votre intention était de nous faire souper en bas ». •
L'anecdote suivante fait le plus grand bon* neur à la mémoire de ce grand comédien.
Tompson, auteur du poème des Saisons, a'a pas joui tout d'un coup d'une fortune égale à sou mérite et à sa réputation. Dans le temps même que ses ouvrages avaient ta plus grande vogue, il était réduit aux extrémités les plus fâcbeuses; il avait été forcé de faire beaucoup de dettes. Un de ses créanciers, immédiatement après ta publication du poème des Saisons y le fit arrêter, dans Fespérance d'être bientôt payé par l'imprimeur. M. Quin apprit le malheur de Tompson; îl ne le connaissait que par son poërae , et , ne se bornant pas à le plaindre , comme une infinité de gens riches et en état de le secourir, il se rendit chez le bailh où Tompson avait été conduit. Il obtint facilement la permission de le voir. « Monsieur, lui<lit*il, je ne crois pas avoir l'honneur d'être connu de vous, mais mon -nom est Quin ». Tompson lui répondit que, fjuoiqu'il ne le connût pas personnellement , son nom et son mérite ne lui étaient point étrangers. Quin le pria de souper avec lui, et de ne pas trouvçr mauvaii^ qu'il eût fait appor-
ff Angleterre , d Ecosse et d' Mande. --■ 445
ter quelques plats. Le repas fut gai. Ijorsque le Ressert* fut arrivé : a Parlons d'affaires à présent, lui dit Quin; en vpici le moment. Vous êtes mon créancier , M. Tompson ; je vous dois * loo livres sterling y et je viens vous les payer »v Tompson prit un air grave , et se plaignit de ce qu'on abi^isait de son infortune pour venir l'insulter. « Je veux être. confondu, reprit le comédien , si c'est là mon intention : voilà un billet de banque qui vous prouvera ma sincérité. 4 l'égard de la dette que j'acquitte , voici comment elle a été contractée. J'ai lu l'autre jour xoire poème des Saisons; le plaisir qu'il m'a fait, méritait ma reconnaissance : il m'est venu dans ridée que , puisque j'avais quelques biens dan3 le monde , je devais faire mon testament , et laisser de petits legs à ceux à qui j'avais des obligations 4 j'ai en conséquence légué loo liv*. stejrL à l'auteur du poème des Saisons. Ce ma-? tin;, j'ai entendu dire que vous étiez dans^ cette maison , et j'ai imaginé que je ferais mieux de vous payer mon legs pendant qu'il vous serait utile , que de laisser ce soin à mon exécuteur testamentaire, qui n'aurait peut être roccasion de s'en acquitter que lorsque vous n'en auries^ plus besoin ». Un présent fait de cette manière, et en pareille circonstance , ne pouvait manquer 4'êjrç accepté ; il le fut ayec recounaissance.
ft.
44^ Londres, la ecur et les proptrtces