CHAPITRE L
Médecins. Charlatans.
X-/Airs tous les pays du monde les médecins ressemblent à leurs remèdes; les uns et les autres deviennent tout à coup à la mode , tout le monde en raffole , sans trop savoir pourquoi ; on les vante sans cesse , on les porte aux nues , on ne veut voir que le cher docteur, que* le di^ 'vin docteur ; on ne croit être soulagé , guéri de ses maux , qu'en prenant son remède par ^excellence : mais bientôt une vicissitude très- •ordinaire produit sur la scène un autre médecin encore plus célèbre, un, nouveau remède.
Tin préservatif merveilleux , et Ton ne parle plus que de ce dernier , jusqu*à ce qu'il soit oublié à son tour. Lorsque l'Europe reçut l'inoculation avec des transports inouis de reconnaissance, se serait^on douté qu'un docteur anglais (Jenner) Tiendrait du fond du Glocestershire renverser de fond eh comble cette découverte , regardée comme si précieuse pour Inhumanité , et qu'il élèverait à sa place la vaccine, c'est-à-dire l'insertion d'une sérosité prise dans un bouton qui vient au pis des vaches. Oui , tout est
! d^ Angleterre y d'Ecosse et d'Irlande. ài
mode , tout est caprice , tout est révolution dans la médecine.
Lors de la grande vogue d*e Tinoculation, un gentilhomme campagnard, anglai^^ se fit inno* culer à lage de quatre-vingt un ans.
M. Pringle, savant médecin écossais, don^ nait dans son grt beaucoup à Texpérience, et peu au raisonnement , parce que , disait-il , l'expérience lui avait tout donné. L'empirisme lui f paraissait le moyen le plus efficace pour l'avancement de la médecine. Qu'il soit au moins
raisonné cet empirisme, lui disait un de sesr confrères. Non, répliquait M. Pringle, c'est ttt raisonnant en médecine que les médecins ont tant déraisonné ». >
t Un habile médecin de Londres, se trouvant
b dans une compagnie où la conversation roulait
sur les différentes manières dont un cheval peut
marcher , une dame qui montait quelquefois à
cheval , fît des réflexions sur l'amble. Cest ,
dit-elle, le seul pas où cet animal lève les deux
pieds du même côté, dans le même instant. Le
médecin surpris de cette idée , tâche de prou-
1 ver honnêtement le contraire. La dame sou-
! tient vivement son dire. Le docteur prend le
parti du silence , et les disputans se séparent ,
convaincus chacun de la bopté de sa cause.
Rentré chez lui > l'esculape pr^nd la plume et
a a Londres j la cour et les provinces
démontre de la manière la plus apparente , qu'il est impossible^ qu'un cheval marche les deux pieds levés du même côté à la fois, le centre de grjivité ne le pouvant permettre. Il envoie sa démonstration à la dame , qui , pour toutç réponse , le fait prier de passer chez elle. Il s'y rend, et la dame, excellente cavalière, ayant fait ambler son cheval en présence du docteur , elle lui fait remarquer les deux pieds du cheval levés du même côté^ dans Iç même instant. « Yoilà, monsieur , lui dit-elle , en quoi vous avez mal raisonné , vous avez cru devoir spéculer , lorsqu'il fallait consulter l'expérience ». L'erreur du médecin était d'autant plus grossière , que tout homme qui marche est dans le même cas que le cheval qui amble. Cette anecdote est une nouvelle preuve que l'expérienpe est un guide ùès-sùr , que les médecins anglais, et ceux du çotntinent devraient toujours consulter.
■ Il est cepenaant des circonstances où le rai- ' bonnement est nécessaire, surtout lorsqu'il s'agit de guérii!' le moral dans l'homme qui est affecté d'un sentiment pénible.
Un poète anglais passait en vain son temps à faire des ouvrages que le public ne goûtait pas. Sa manie était de faire des poèmes qu'il croyait çxcellçns, et d'en faire la lecture à toutes les personnes qui voulaient bien l'jejçitendre. U s'en
d'Jngleterre y d'Ecosse et d'Irlande. »3
trouvait peu qui eussent assez de patience pour satisfaire k Qet égard Famour-propre du poëtç. Son ceryeau en, fut affecté, il devint mélancolique , et toniba enfin malade. On appela pn médecin qui connaissait son faible. Celui-ci, après, s'être fait rendr/e compte de 1^ n^aladie ^ voyant que la cause était dans rimaginatioii du ma-, lade , lui demanda s'il n'avait point de poëme nouveau qui n'eût pas encore vu le jour. Le malade fi,t alors voir à son médecin un très-long poème. « Faites-moi le plaisir, dit celui-ci, de me le lire ». Le malade 1^ lut en effet avec beau-: coup d'emphase. Le médecin s'apercevant du plaisir qu'il prenait, le pria de le lire une seconde fois. Le plaisir brilla alors dans les yçux du poète, presque éteints Finstaut d'auparavant. Il fit cette seconde lecture avec un pouvel enthousiasme, a Je vous en prie, dit le docteur Jjénévole, lisez -le encore; je n'ai jamais entendu de poëme qui m'intéressât autant».
Le poète, animé par ce surcroit de complaisanc , qui flattait si agréable;nent sa passion favo* rite ^ fit cette troisième lecture ave,c un ravists^ment difficile à peindre, a Maintenant, jdit le docteur , vous pouvez être jtranquille sur votre état ; quapd on a l'ei^prit aussi vigoureux,, le corps ne peut être dangereusement malade. Je ce doute point que vous ne vous trouviez parfaitement rétabli, et que vous ne puissiea^^ortâ
a4 Londres , la cour et les provinces
dès demain ». Le remède avait produit son effet. Le poète enchante alla le lendemain remercier son cher docteur, et lui fit une autre lecture de son poème pour lui tenir lieu d'hono^
raires.
Aprè$ cette lecture, Rochester et Bucking-*
ham convinrent eux-mêmes qu'il n'y avait point
de style qui valut celui-là.
Un médecin , las d'être inconnu et négligé à Londres où il vivait dans la misère^ prit le parti de passer à Lisbonne , dans l'espérance que sa qualité d'Anglais lui tiendrait lieu de mérite. Il ignorait malheureusement la langue portugaise ; mais loin d'être découragé par cet obstacle , il s'imagina que s'il pouvait contrefaire le muet , €t même le sourd , la rareté du fait ne servirait qu'à augmenter sa réputation , et rendrait par conséquent sa fortune plus rapide. Ce docteur eut le bonheur de réussir, malgré la bizarrerie et l'extravagance de l'expédient qu'il mit en usage. Un charlatan dont il s'était fait suivre, et qui avait autant de babil que son maître af- . fectait d'en avoir peu , employa quelques semaines à répandre le bruit des cures miraculeuses du médecin anglsrts. . Lisbonne en fut rempli , avant qu'elles fussent vérifiées par la moindre expérience. On se racontait l'histoire de cent ^uérisons étonnantes j^ opérées par l'il-
, St Angleterre ^ d" Ecosse et d* Irlande. a 5
lustre étranger ; guéri&ons cju'on attribuait moins aux règles communes de la médecine (ju'à quelque don extraordinaire de \a nature i: car, pour frapper davantage les esprits, on assurait qu'au lieu de se servir de ses mains pour tâter le pouls des malades et pour les autres opérations de son art, il ne jugeait des maladies que par la vue et par l'odorat. Ceux qui recoururent les premiers au médecin anglais , s'imaginèrent qu'ils n'allaient chez lui qu'à la suite d'une infinité d'autres, et regardèrent sa maison comme un lieu déjà fameux par quantité de miracles. Il avait peu de peine à les satisfaire ; son silence perpétuel le délivrait de l'embarras de répondre. Après avoir examiné quelque temps les parties extérieures du malade ^ et les avoir flairées plusieurs fois , il prenait une plume et du papier, sur lequel il écrivait au hasard quelque recette de sa propre invention^ Heureux qui s^en trouvait soulagé ! plus heureux ceux qui ne s'en trouvaient pas beaucoup plus mal ! Mais comme la fortune seconde souvent l'intrigue et la mauvaise foi ,^1 arriva qu'une personne de distinction fut guérie par cette voie d'une incommodité dangereuse : c'était une femme. Elle signala sa reconnaissance par un présent considérable , et par des éloges continuels de son esculape. Il n'en fallut pas davantage pour ]rendre la cour aussi crédule que la ville. Les ri*
a6 Londres^ la cour ei les provinces
chesses des deux Indes sortirent bientôt des coffres d'une infinité de vieux seigneurs , pour entrer dans celui du médecin étranger : les femmes croyaient lui devoir le rajeunissement de leurs charmes flétris ; les vieillards se flattaient qu'il les ferait vivre encore un siècle.
Dans la crainte de se trahir lui-même par quelque parole involontaire , il n'admettait jamais personne sans avoir eu soin de se remplir la bouche d^un morceau d'ambre y garni de pointes assez piquantes, pour lui rappeler continuellement que son intérêt était de se taire. Cette précaution , qui lui réussit d'abord avec tant de bonheur, qu'en moins de six mois il se vit riche de 10,000 moydors^ n'empêcha pas néanmoins qu'il ne se perdît luirméme. Comme il ne se piquait pas de continence , il passait peu de nuits sans avoir la compagnie d'une belle portugaise ; mais ne pouvant s'armer alors contre les indiscrétions de sa langue y il eut le malheur de laisser échapper quelques paroles. Quoique sa maîtresse n'y comprît rien, parce qu'elles étaient en anglais , elle reconnut fort bien que c'étaient des mots articulés ; elle les attribua à la vertu de ses charmes. L'associé du médecin muet qui l'entendit le lendemain plaisanter sur cette aventure , en craignit aussitôt les suites. II en avertit son maître : et d'un commun accord ils lui offrirent 100 moydors pour l'engager au
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silence. Elle les accepta, mais bien résolue de Tiolerle plutôt qu'elle pourrait tous les sermens qu'on avait exigés d'elle.
L'histoire fut promptement répandue dans tous les lieux où la réputation du médecin avait pénétré. La plupart de ceux qui l'avaient vu avec la plus grande estime , commencèrent à le regarder comme un imposteur. Quelquesuns néanmoins poussèrent la crédulité jusqu'à se persuader qu'il pouyait lui être arrivé, comme à d'autres muets , de recouvrer tout d'un coup l'usage de la langue , et s'il eût tâché lui même d'aider à cette erreur, il eût dissipé l'orage qui menaçait de le perdre. Mais ne se défiant point assez de la fidélité de celle qui le trahissait , il reprît son personnage ordinaire avec plus d'effronterie que jamais. Cette hardiesse irrita ses dupes. Un jour qu'il était dans l'exercice^ de sa profession , quelques jeunes gens se saisirent de lui, sans autre dessein d'abord que de le contraindre à parler , et le tou;rmentèrent avec plus de légèreté que d'envie de lui nuire. L'inquiétude qu'il en eut, et la crainte que cette insulte personnelle n'eût des suites encore plu^ graves, ne lui permirent pas'de retenir om du moins de cacher le freijn qu'il avait daps la bouche. Les jeunes gens l'aperçurent , et le voyant armé de pointes, ils se firent un plaisir cruel de lui serrer tellement les deux mâchoires , qu'elles
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demeurèrent clouées l'une contre l'autre. Ils le laissèrent dans cet état, criant de toute sa force, par une espèce de réparation du long silence qu'il avait gardé. Malgré celte désagréable aventure , il trouva le moyen da. se soutenir encore quelqtie temps à Xisbonne , et d'en sortir à la fin avec tout ce qu'il avait acquis de biens. Les malades qu'il avait mis au tombeau n'étaient plus en état de se plaindre à la justice; et ceux que le hasard lui avait fait guérir , crurent qu'ils lui devaient assez de reconnaissance pour faciliter son évasion. Il se retira à Londres , où il jouit .tranquillement du fruit deson industrie ^ et continua de pratiquer la mé« decine.
Un seigneur anglais, étant dans son lit cruellement tourmenté par la gouttte , on lui annonça un médecin qui lui apportait un remède excellent contre son mal. a Ce médecin est-il venu à pied ou en carrosse , demanda le lord ? A pied, lui répondit-on. Eh bien, répliqua le malade , qu'on dise à ce fripon de sortir de chez moi et de s'en retourner ; car s'il avait le remède dont il se vante , que son efficacité fût telle qu'il le dit , il roulerait carrosse à six chevaux. J'aurais été le chercher moi-même, et lui offrir la moitié dç mon bien pour être délivré de mes maijx ».
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Les Anglais , plus que tout autre peuple , devraient se garantir des charlatans : c'est une maxime parmi eux, qu'à l'âge de trente ans, tout homme , s'il n'est pas une béte , doit être son premier médectR.
Le, docteur Vansleblen , célèbre médecin hollandais , établi depuis long - temps à Londres , passant un jour sur la place, dite Grasvenor-- Square y vit un charlatan dans une superbe calèche à quatre chevaux , avec plusieurs domestiques magnifiquement vêtus , et distribuant ^on orviétan à la foule immense qui l'écoutait , bouche béante. Le docteur hollandais s'informe de sa demeure , va le trouver , et lui dit : « Je crois vous reconnaître , mais je ne puis me rappeler où je vous ai vu. — Il m'est très-aisé de vous satisfaire , répond le charlatan ; j'ai servi plusieurs années chez milady Waler, où vous alliez souvent. — Mais , reprit le docteur, comment est-il possible que, sans éducation et sans étude , vousi vous soyez procuré en si peu de temps une fortune et un état dont je n'approche pas /quoique j'exerce ma profession depuis plus de quarante ans , et j'ose dire avec quelque célébrité ? — Avant de répondre à votre question , permettez - moi , monsieur , de vous en faire deux autres. Vous demeurez dans une des rues les plus fréquentées de Londres : combien
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régnait dans ce temple voluptueux enchantait tous les regards , et les parfums les plus suaves ravissaient tous les sens. On y entendait une symphonie délicieuse. Ce médecin universel ,• cet esculape si charmant ^ distribuait , pour une guinée , un avis imprimé y dans. lequel il an-^ Bonçait les plus grandes merveilles. Il préten» dait remédier à la stérilité et à l'impuissance. Il recommandait beaucoup de modération dan»
les sacrifices offerts à l'hymen , car , observaitil dans une note y il n'est pas moins ridicule qu'imprudent, dansleshpmmesde nos jours, de trancher de l'Hercule, quand hélas ! grâce à l'inconduite de leurs pères et a leur propre fai^ blesse, on n'en voit qu'un petit nombre qui soit en état de donner des preuves , même mo* déréçs, de leur existence conjugale. Il faut se coucher de bonne heure, disait-il, se lever matin, laisser entrer la lumière dans l'appartement , surtout celle de la lune. Il coBseîilait ensuite aux maris et aux femmes , de s'amuser à chanter , soit ensemble , soit tour à tour , « parce qu'a- Hà. lors les âmes d'un couple heureux se trouvant » amollies , remplies d'amour , d'harmonie et » de tendresse , s'abandonnent à l'ardeur d'un » transport céleste , et ne se croient plus habi- » tantes de ce bas monde. Si , après avoir suivi » xaes conseils de point en point , ajoutait-iï , » et pris , pour se fortifier , du baume divin que
d'Jn^leterrej d'Ecosse et d'Irlande. 33
» je prépare, et que, pour le bien, de Thumajt nité , je ne vends qu'une guinée la bouteille ; » si , disje , malgré toutes ^es précaiitions , oïl, j» est trompé dans ses vœux:, ' il me reste à re* D commander un moyen par excellence, dont » le succés-estln&illible : c'est le lit: merveilleux » et céleste , que je nomme magnetico-électric y 9 le premier , le sçul qui ait jamais existé dans n l'Univers. Il est placé au second étage dans j» une vaste et superbe chambre , à la droite de » mon orchestre , sur le • devant de ma char- 9 mante solitude : dans /l'appartement contigù 9 est un cylindre, qui sert à conduire dans cette » chambre à, coucher les émanations du fèu ce* » leste et vivifiant ; et alors les i^apeurs des.më* V decines restaurantes^ des parfcteas de l'Orient^ » passent à travers des tubes de verre dans Tap- » partement où se.trouve ce lit digncdes dieux ^ y» soutenu $ur six piliers de cristal ;^ des draps de 9 satin pourpre ou bleu clair sont étendus dans j» ce lit voluptueux , résultat de Tétude la plus j» suivie et d'un travail opiniâtre , ainsi que d'une 9 dépense prodigieuse. On ne montre jamais le 9 lit céleste aux:, personnes que la^ouriosité attire » chez moi : cett^ précaution n'est pas moins sage » que délicate, car qui pourrait résister au plaisir ,- 9 au ravissement extatique que ferait naître la :» vue de ce lieu enchanteur, en in^irant de uou*
34 Londres^ la cour et lesptovinces
9 velles idées de raffinement pour porter à \ex^ :» ces la volupté et les jouissances multipliées , »qui ne servent qu'à abréger les jours et af- » faiblir les ressorts de l'ame et du corps ? Ceux » qui voudront pénétrer dans ce lieu de délices, » auront soin de m'en prévenir par un mot de 1» lettre , spécifiant la nuit qu'ib choisiront , et 9 contenant un billet de banque de 5o liv. sterl. ^ ^ pour lequel ils recevront un ordre d'être ad«> j» mis dan» le Sancium Sandorum ».
Dans une note , servant de supplément à la description du lit céleste , le docteur ajoute : « Rien de plus étonnant que l'énergie divine de » ce Ut rempli du feu céleste ou électrique, avec y un mélange des vapeurs magnétiques si effi* ^ caces pour donner aux nerfs toute leur vi^ )» gueur , le tout joint aux sontf mélodieux de » l'hwmonica , de la c^lestine , des fiâtes douces , 9 et des voix les plus mélodieuses. La force et m la propriété de cet ensemble spont bien faites » pour remplir les médecinset les philosophes n d'étonnement et de plaisir ; et jamais peut^ » être on n'a pensé à recourir à un pareil moyen 9 pour faire cesser la stérilité dans lés femmes , »les rendre mères, et réint^rer' l'homme âgé 9 dans la vigueur première ».
I7e serait-il pas à désirer qu'un docteur si habile , si ami des voluptés donjugales i s'avisât
d Angleterre , d* Ecosse et d'Irlande. 35
de former en France un semblable établissement?
Un autre fameux charlatan mourut dans ht principauté de Galles , en laidsant une fortune considérable; maisil n'a peut-être jamais exisié un empyrique moins dangereux que lui. Sst réputation était si étendue , que les malades ac-* couraient le consulter de tous le pays de Galles^ et de plusieurs parties de l'Angleterre. Il donnait ses consultations sans sortir de chez lui. En face de sa maison, il y avait une assez bonne auberge , où les malades descendaient ; et comme le docteur ne se laissait voir que le surlendemain de leur arrivée , l'hôte et l'hôtesse , qui étaient intéressés, au succès du cher empyrique , avaient soin de s'informer adroitement de l'espèce de maladie des nouveaux venus ^ et de ce qui l'avait occasionnée , et ils avaient soin d'en instruire en secret le grave médecin» qui, dès c][u'il voyait paraître le malade y lui disait qu'il était attaqué de tel ou tel mal , et qu'il allait lui donner le remède le plus efficace pour son indisposition. Les malades, qui ne se doutaient point de la supercherie, ne manquaient pas de le regarder comme un très-habile homme , et s'ils guérissaient , ils contribuaient à lui faire une réputation que les morts ne pouvaient pas détruire. Attendu que plusieurs de ses ma-
lades venaient de fort loin , l'exercice , le chan-^ gement d'air opéraient souvent une guërison parfaite , et la réputation du docteur en augmentait chaque jour. Enfin, il mourut, et Ton ne trouva dans toute sa pharmacie que de la crêm&de tartre, qu'il administrait indistinctement à tous ceux qui venaient le consulter.
^d'Jngleterre, d'Ecosse et d* Irlande. 3j