CHAPITRE LI. * Enterremens. Sépultures
»J*iL est vrai que la médecine, ou plutôt les médecins, et surtout les charlatans > contribuent à augmenter le nombre des enterremens , l'objet de ce chapitre ne paraîtra pas tout-à-fait déplacé à la suite du précédent. Ainsi nous dirons, sans aucun préambule , que les Anglais ont une loi fort sage , que l'on a adoptée en France ; c'est celle qui oblige à R»nstater juridiquement VétdX des morts. Aucun cadavre ne peut être .enterré , s'il n'a pas été examiné auparavant par des experts-jurés, qui certifient que le fer m le poison n'ont pas tranché les jours du dâunt.
En vertu d'une loi qui a pour but de favoriser les manufactures de laine , les chemises , les suaires, les oreillers, et tout ce qui tient aux pompes funèbres , tant des pauvres que d^s riches > doit être d'étofïe de laine, sous peine de 5o liv. sterL d'amende. Des officiers civils doivent constater que toutes ces conditions Siont exactement remj^ies. Il faut même que le suaire et tout l'équipage soient cousus avec un fil de laine. . , ,
«Un suaire de flanelle! O ciel !, Il y aurait df
3S^ Londres , fa cour et lesprôsHncés
quoi révolter un saint, s'écria ftristement, sur le point d'expiter , miss Oldfield , célèbre actrice du théâtre de Londres. Oh ! je veux être ensevelie dans une toile de Perse ; je veux que xnpn visage pâle soit couvert d'une dentelle de Malines. Faut -il faire peur aux genâ quand on est mort ? Betzy , mets-moi un peu de rouge ».
La tête du mort est couverte d'un bonnet de laine , attaché sous le menton , et les femmes 6nt une coiffe avec un bandeau , pareillement de laine , qui leur cache le front ; les hommes ont une cravate de laine, et les femmes Un large mouchoir de même étoffe : leurs mains sont couvertes de gants. *
' Avant que de revêtir le défunt dé son dernier habillement , on lui fait la barbe avec la même attention que s'il vivait encore.
Quand lé cadavre est couché dans la bière, ^r trois ou quatre couches de son , Ton pose éoîis sa tête un oreiller de laine fort proprefilent fait.
t\ est d'usage , en Angleterre , que l'on fasse faire d'avance son cercueil, que l'on conserve avec grand soin pendant plusieurs années. Ces cercueils sont souvent très -riches et couverts âV)rnemens élégans et d'un travail précieux y argentés ou dorés avec soin. '
Dans la province de Sussex , près d'Hejdonfiill , ùfi meunier , nommé Client Olivier ,
d* Angleterre y d* Ecosse et dH Irlande. 3$
wt fit ériger, vingt ans avant sa mort , un tombeau dans lequel il allait chaque jour boire un pot do bière , fumer sa pipe , et causer tranqwUement avec ses amis.
. Un mauvais plaisant proposa au faineux lord Nbrth de mettre un impôt sur les cercueils. » objet d'une nécessité indispensable j et qui auf rait , disait*il , le rare avantage de ne pas fairecrier les consommateurs.
Les entrepreneurs des pompes funèbres ont ^ à Londres et dans toutes les grandes villes ^ des naagasins très-propfes et fort él^amment rem* plis de cercueils de toute espèce et de toutes couleurs , décorés de têtes de mort ^ d'ossemens en sautoir, et d^autresorpemens lugubres^ qu'ib étalent comme des bijoux précieux ^ afin de sa* lisfaire tous les genres de vanité : ces sortes de magasins sont éclairés le soir , comme cetix de nos bijoutiers ou de nos marchandes de modes, afin de tenter les passans , qui Tondraient son*. ger d avance à leur convoi y ou qui pourraient être dégoûtés de la vie. Un de ces marchands funéraires, s'avisa d'employer plusieurs peintres habiles , dltalie et do France , surtout le ce* lèbre Boucher , dont l'imagination était très* riante , à faire des dessins agréables d'un grand nombre de tombeaux. Chaque Anglais admis dans ces magasins galans et mortuaires., a la liberté de choisir le projet d'un tombeau ana-
4Ô Londres f la cour et les provinces
logue à son ëtat et à ses caprices , et il" a la ^ satisfaction de le faire exécuter de son vivant ,
s'il n'aime mieuit s'en procurer un tout fait , ainsi qu'un cercueil ëlëgamment décoré.
« ^ L'attention que mettent les Anglais à la manière dont ils se font inhumer , ferait croire qu'ils ont plus de plaisir, à mourir qu'à vivre. Celui qui s'est tenu le plus ignoré dans ce monde , parait jaloux d'en sortir avec éclat ; il veut que son enterrement ait l'air d'un triomphe. L'amour-propre est de tous les états et de tous les âges : comme il est né avec l'homme , il ne meurt qu'avec lui.
Il existe en Angleterre comme en France, des entrepreneurs de deuil qui se chargent des devoirs funèbres (i). Les obsèques forment le prin* cip^al reveiru des recteurs ou curés. Lès droits en sont d'autant plus considérables , que> dans toutes les conditions, la magnificence des funérailles fait la partie capitale du luxe anglais. vE^uUe part elles ne sont plus follement somptueuses que dans 'les îles britanniques. Si un -artisan meurt sans avoir la certitude d'être conduit en terre dans un Carrosse à six chevaux, comme un pair dû royaunje ou un marchand de la cité , il peut du moins se flatter qu'il y
(t) C'est aux Anglais que lious devons l'usage introduit depuis ^uel({ue» auAéeA pour le^ enterremeiu^
d'jéngleterre , d'Ecosse et d^ Irlande. 4 H
sera conduit en voiture (dans'uri corbillard). Sa femme et ses enfans se passeraient de pain , vendraient leurs meubles, plutôt que de per-^ mettre que son cercueil traversât les rues de Xiondres, mesquinement porté par dés hoûimes k pied. Plus le carrosse est magnifique , et le .cortège nombreux (des parens et des amis), plus la famille se croit honorée.
En France , la dépense des équipages y àtn babits f et autres objets de luxe , ruine une famille : à Londres , une pompe funèbre absorbe souvent la moitié d'un héritage.
Les morts, ensevelis avec des chemises à jabot, à manchette^ (de laine) , et appuyés dans le cercueil sur des oreillers (aussi de laine), sont transportés dans un corbillard drapé de noir, plus ou moins magnifique , ii la paroisse, où on leur rend les derniers honneurs , en raison de la dépense que jugent à propos de faire les héritiers.
On distribue à ceux qui assistent au convoi , des anneaux funéraires , ornés d'inscriptions , -de bières et de squelettes, si artistement émaillés et si bien déguisés, que souvent, dans les pays étrangers où on les revend , on les porte comme des bagues fort galantes.
Xa sépulture dans les églises est à si hautprix , qu'il n'appartient qu'aux gens les plus riches d'y prétendre. Le cimetière même est fort cher ; l'ouverture de la terre y coûte une guinée. Les
4i Londres y la cour et les prwincef
précautions nécessaires pour j mettre les morts à Tabri de la convoitise des anatomistes , aug-^ mentent encore la dépense, par Ténorme pro* fondeur que Ton fait donner aux fosses. Lés^ frais ]^ur Tenterrement d'un enfant âgé de trois ans, inhumé dans le cttnetîère, se montent à plus de a guinées.
Pour les funérailles d'un enfant qui s'était noyé dans le vivier d'une pension auprès de Londres 9 ses parens dépensèrent 6ao liv. sterL
La plupart des catholiques qui meurent à Londres ou aux environs, obtiennent la permission de se faire enterrer avec décence dans le cimetière d'une église anglicane , nommée Saint-Pantras, qui est à deux milles de Londres. En les coilduisant à la sépulture , on est seulement tenu d'avoir Tattenlion de réciter tout bas les prières d'usage ►
Quand un homme riche , et surtout un grand seigneur , meurt en Angleterre , on embaume son corps avec beaucoup de soin ; on le place ensuite sur un magnifique lit de parade , où on le laisse pendant quinze jours exposé à la Curiosité publique.;
Le jour désigné pour transpor|(er le défunt à la sépulture, tous ceux qui doivent assister à cette triste cérémonie, se rendent chez lui. Des valets et des servantes':présentent auxassistans
d'^ngteêerre^ d^JSe&sse et d'Irlande. 43
des branches ^e romarin , et des verres remplis de vin , de bière on de punch.
E^ Angleterre*; les hommes n'assistent point aux convois des femmes , ni les femmes à ceux 4^,& hommes.
• A h tête du convoi marchent les bedeaux de la paroisse ^ portant à la main leur masse con«» Tçrte d'un grand crêpe. Yient ensuite le recteur ou curé de la paroisse , accompagné de son Qlerc; il est suivi par le cercueil couvert d'un poêle de velours noir, avec des bandes de satin bUnc, ou bien d'un poêle de drap noir, avec des bandes de toile blanche : Fun et l'autre sont si amples , que six ou huit hommes (fui portent sur leurs épaules le cercueil , en sont cachés jusqu'à la ceinture . Les quatre coins soi^t portés par quatre amis , si c'est le convoi d'un homme , ou par quatre amies , si c'est celui d'une femme.
Après le cercueil, ràarchent, deux à deux, les parens et les aoiis du défunt, en grand manteau de deuil , et portant dans leurâ mains couvertes de gants Aoirs, la branche de romarin qu'on leur a donnée dans la maison du défunt.
Mais il est rare que les convois se fassent à pied, surtout à Londres. Le cercueil est ordinairement posé sur un corbillard qui , entiè* rement couvert dé drap noir , tst traîné par six chevaux caparaçonnés, de noir et de blanc ^
44 Londres , la cour et les pronnces
et la tête ornée de grands panaches de même couleur. Toutes les personnes dû deuil suivent dans des carrosses drapés , dont plusieurs sont aussi quelquefois attelés de six chevaux.
Le convoi étant arrivé à l'église, on y pose le cercueil eh face de la chaire. Après les prières prescrites par le rituel , et qui diffèrent peu de celles du rituel romain , on prononce l'oraison funèbre du défunt : elle est plus ou moins longue , plus ou moins éloquente , suivant* qu'elle est bien ou* mal payée. Les prêtres en ont à toute sorte de prix, et pour toutes lesconditions : tellement qu'un simple artisan qui voudrait y mettre le prix , pourait se flatter* d'être loué après sa mort comme le serait un général d'armée, ou un fameux ministre d'Etat.
L'oraison funèbre étant prononcée, on procède à l'inhumation, qui se fait dans Féglise, quand les héritiers sont assez riches pour en faire la dépense , ou dans le cimetière. Les prières qu'on récite en mettant en terre le défunt, ont quelque chose de singulier. « Je recomman- » de , dit le prêtre, ton ame à Dieu , ton corps » à la terre , la terre à la terre , et les cendres » aux cendres ».
Le convoi se retire et retourne à la maison du défunt, dans le même ordre qu'il s'est rendu à l'église. C'est alors qu'on distribue à tons les assistans des bagues funéraires et de nouveaux
d* Angleterre , 4* Ecosse et d'Irlande. 45
Terres de vin. Cette distrîbutioa est souvent suivie d'un splendide repas , au Ton boit largement à la mémoire des vertus du mwt. Le peuple ne manque guère de s'y enivrer coxnplettemént. On but pour 4o,ooo écus de vin aux obsèques de Cromwel , et pour 60,000 à celles du général Bannier , dont toute la fortune ne montait pas à 100,000 écus.
Les Quakers se moquent de ces folles dépenses, ib n'en font aucune pour leurs enterre* mens ; leurs morts sont portés sans appareil et sans pompe , au cimetière de leur secte ; ils ne suivent point le cercueil , et on ne prononce point l'oraison funèbre de celui qui y est ren* fermé.
Non-seulçment les Anglais aiment avec passion les beaux enterremens , mais ils voudraient tous qu'on gravât sur leurs tombeaux des épitaphes propres à immortaliser leurs noms.......
On remarque en parcourant les cimetières , que les épitaphes contiennent des éloges qui conviennent à toute espèce d'individus ; mais cet inconvénient est inévitable ; outre la difficulté de donner des louanges particulières et bien appropriées , la plupart de^ hommes n'ont point de caractère qui les distingue , et il est difficile de dire d'evix quelque chose qui ne soit pas applicable à mille autres. •••« Ce ne sont pas là les seuls défauts qu'on puisse reprocher aux épitsi-
^6 Londres y la cour et lés provinces
phes , eu Angleterre : dans pres(}ue tous les cimetières , on lit des inscriptions sépulcrales, qui choquent la grammaire , le bon sens et la décence. «Les voyageurs, dit M. Knox, au lieu de visiter ces asiles des morts , dans la vue d'y récueillir des réflexions salutaires , y vont ordinairement pour samuser de Tabsurdité et du ridicule des inscriptions gravées sur les tombeaux ».
£n Irlande , on rend de grands honneurs aux morts : nous ne parlerons que de ceux qui se pratiquent parmi les paysans. Après le décès d'un homme de la campagne Ou d'une femme , la paille sur laquelle il a rendu le dernier soupir est brûlée devant la porte de la cabane ; et quand la flamme s'élève dans les airs, la famille pousse le cri de mort. La nuit , le corps , à visage découvert', un drap jeté sur lui , est posé çuF quelques planches , ou bien sur une porte ôtëe de ses gonds , et soutenue par des escabelks, et on le veille très-soignéusement , tandis q^e des pleureurs , se relevant tour à tour , jettent des crié 'horribles, ou plutôt des hurlemens. Quand les pareDs , aitiis et voisins , sont rassemblés , les chandelles et lés' chandeliers de chacun soûl placés autour du cùtps ,' et , seloû les ihoyens dé la famille , l'assemblée est régalée de wkisAejr^ à'ale , de gâteaui , de pipes et de tabac. . ' j.'
'd* Angleterre , et Ecosse et â^ Irlande. 47
Depuis la réformation , Vusage commua > en Angleterre , exclut hs sépultures dans les églises » et laisse seulement la liberté de suspendre aux murs les épitaphes des morts. Mais comme on ne connaît poiiit de règlement civil ni ecclésiastique , aui puisse donner ^ cette coutume la force d'une loi , et qu'il y a même plusieurs églises , telles que celle de Westminster , où les ^exemples opposés sont en grand nombre , il s'est trouvé quelques seigneurs qui , fâchés de voir les cendres de leurs parens et amis, confondues dans des cimetières de campagne , avec celles du peuple, ont entrepris de forcer les ecclésiastiques à leur donner un lieu de repos plus honorable. Ceux-ci , s'autorisant de lliabitude , et de Tinconvénient d'enterrer les morts dans un lieu où s'a/nsemblent constamment les fidèles > t>nt insisté sur U méthode ordinaire , et ne se «entant peut-être point assez forts pour résister au pouvoir séculier, ils ont eu recours, dans plusieurs endroits , à des stratagèmes , qui leur ont d'abord assez bien réussi. Dans quelques bourgs du pays de Galles , où les seigneurs avaient obligé les pasteurs d'accorder la sépulture à leurs parens dans les églises , cette violence eut des suites qui répandirent l'étonnement et la frayeur dans toute cette partie de TAngleterre. Quelques pasteurs , résolus de con-^ fcert à ne rien épargner pour soutenir le droit
48 Londres , la cour et les pronnçes
de leurs églises, avaient trouvé le moyen de faire un miracle autant de fois qu'il en était besoin, pour donner du crédit à leur cause.
Le jour d'après un enterrement , on voyait avce admiration et effroi le tombeau ouvert et le cercueil dehors à quelque distance , comme si le ciel eût voulu déclarer par cet effet prétendu de sa puissance , qu'il n'approuvait point ce que le pasteur avait condamné. Les plus incrédules avaient peine à résister au témoignage de leurs propres yeux , qui voyaient la terre dispersée , sans aucune marque qui pût leur faire soupçonner que la malice humaine eûtlamoiur dre part à ce désordre. Le même événement étant arrivé plusieurs fois, et dans des lieux différens, il n'y eut presque personne qui ne prît parti pour les ecclésiastiques^ et qui ne craignît de s'attirer la vengeance du ciel en manquant de soumission pour des preuves si écla* tantes de sa volonté.
Cependant , un gentilhomme du Carnavonshire , qui ne put croire à tous ces prodiges , attendit quelque occasion pour l^s approfondir , et la trouva bientôt dans l'un àts bourgs mêmes où l'on y croyait davantage.' Une personne d« distinction venait d'être enterrée dans l'église , malgré l'opposition ordinaire du pasteur ; le gentilhomme incrédule , ol^tint à l'aide d'une somme d'argent, qu'on lui ouvrît l'église apr^
d^ Angleterre ^ d^ Ecosse et d'Irlande. 49
renterremént , et eut la constance d'y passer là nuit pour observer tous les événeméns. L'obscurité l'empêcha d'abord de remarquer que.la fosse s'ouvrait , et que fa terre vomissait en effet le cercueil; mais à peine le trou fut-il libre, que la lumière qui se répandit aux environs , lui fit juger que les acteurs de cette comédie n'étaient pas éloignés. Il s'approcha doucement de la fosse , où il aperçut un homme debout qui achevait d'arranger la terre autour de lui; et à la lumière de deux chandelles qui étaient au fond du trou , il découvrit le pasteur , qui , le corps à demi caché sous une espèce de voûte , communiquait à la fosse , et donnait les ordres les plus convenables à son dessein. Le geiitilhomme se retira sans bruit , et remit l'éclaircis-» sèment au lendemain. Ayant profité du reste de la niiit pour avertir les parens du mort , il ne manqua pas de se rendre le lendemain matin à Téglise , où il trouva déjà le peuple en foule, qui considérait le nouveau prodige, et osait à peine s'approcher de la fosse. Pour lui , que la crainte n'arrêtait point , il y descendit aux yeux de tout le inonde, et chercha d'abprd le trou par lequel il avait vu passer la tête dif pasteur. Mais cette ouverture avait été bouchée avec tant de soin , que payant pu la trç^ver , il ne lui resta d'autre parti que d'aller au presbytère qui touchait à l'église. Il se £(t assez a. 4
5o Londres , la cour et les provîntes
bien accoin|pagnei^pour ne craindre aucune rrfsistatice, et découvrit bientôt les traces du tra* vail de la ùuit. C'était en effet le pasteur qui , tiVec te secours de quelques personnes intéressées ail succès de ses vue» , avait profité de Kntervalle qu'on met toujours entre le décès cl l'enterreinent , pour disposer si favorablement la fosse , que par le moyen de quelques plan» ^hes qui soutenaient le peu de terre sur laquelle on posait doucement le cercueil , et d'un trou, inférieur qui était assez grand pour contenir tin homme robuste, rien n'était si facile que de pousser dehors , et le cercueil , et la terre nou-^ Tellement remuée qui le couvrait. Le fond de , la fosse et le chemin creusé qui y conduisait ,
avaient été rétablis du coté de l'église , d'une manière à les dérober à tous les yeux ; mais il AVait été impossible , dans un si court espace , de remettre tout dans le même ordre du côté de la maison.
On voit tians l'église paroissiale de Kedlisfone, dans les environs de Derby, un monument élevé à la mémoire delady Curzon , dont le lord Sarsdale descend eu ligne directe. Le n^nument représente cette dame allaitant deux cpC^ns qu'elle tient dans ses bras. Milady Curzon , depuis long-temps malade , tomba en léthargî^l on la crut morte ; elle fut inhumée
d^ Angleterre , d'Ecosse et (V Irlande. 5i
dans un caveau appartenant à sa famille. Oa avait enseveli avec elle plusieurs bijoux , qui tentèrent la cupidité du fossoyeur. Pendant la nuit qui suivit Tenterrement , il entra dans Téglise y ouvrit le tombeau y et tira avec tant de violence une bague que la prétendue morte avait au doigt , qu'elle en ressentit une douleur assez forte pour la rappeler à la vie. Le cri qu'elle jeta porta Tëpouvante dans 1 ame du fossoyeur , qui s'enfuit de l'église, dont il laissa la porte ouverte , croyant que la morte revenait pour le punir de son crime. Lady Curzon sortit «^e son cercueiU «t eut .la force et le courage de * se rendre chez elle. Ce fut son mari qui lui ouvrit la porte. Après cette espèce de résurrection^ elle mit au monde les jumeaux qui sont représentés sur le monument , et eut encore cinq autres enfans.
Le duc de Cumberland, qui comifiandait l'armée anglaise aux champs deFoutenoy, mourut subitement à Londres, le ii octobre 1765. Jean Mezzo, hussard de ce prince, donna en cett^ occasion des preuves d'une extrême probité. * Itfezzo demanda au premier page de son maître un des habits noirs du prince décédé, pour qu'il pût en porter le deuil avec tout le monde. Le page^ occupé alors, lui dit d'aller à sa chambre , et d'y prendre rhal)it qu'il y trouverait ;
5a Londres , la cour et les pronnces
*xnais le fidèle hussard refusa de profiter de la permission , en l'absence de celui qui la lui avait donnée. Le lendemain, le page lui remit un habit , qu'il porta aussitôt chez le tailleur , pour le faire accommoder à sa taille. Alors il y découvrit une poche secrète ^ et , dans cette poche , un portefeuille dans lequel il se trouva .vingt billets de banque , montant ensemble à ii^Si livres sterling ( 4^, ooo francs). C'était une grande fortune pour un simple hussard. Mezzo refusa de profiter d'une somme qui ne lui appartenait point. En présence du tailleur, qui constate le nombre et le montant des billets , il en fait un paquet cacheté, et» accompagné de son témoin , va le remettre à l'hôtel de Gumberland , entre les mains du gentilhomme de service. Il est à présumer que cette belle action ne resta point sans récompense , et que le brave ihussard n'eût pas seulement la satisfaction de porter avec honneur le deuil de son cher maître.
II mourut à Malden , dans le comté d'Essex , le II mars 1760, le nommé Edouard Bright , qui avait ciiiq pieds neuf pouces de haut^ et dont les épaules étaient si larges qu'elles avaient trois pieds quelques pouces. Il pesait six cent quarante-six livres. Après sa mort on mit sept hommes d'une grosseur ordinaire dans sa veste
dAngUterre^ d! Ecosse et d'Irlande. 53t
boutonnée , sans qu'aucun bouton se détachât. Il était cependant d'une agilité surprenante.
Au mois de mai 1787, on enterra da^is le cir metière de Rosewallis^ dans le comté de la Reine (Queen's County ) , le cadavre le plus eoloasal qu'on ait jamais vu en Angleterre , depuis Pinnacoule, fameux géant irlandais. Le cercueU était porté par de forts jeunes gens qui se relayaient alternativement; ils étaient au nom-, bre de trente. Cet homme extraordinaire, nomraé Royer Byrne , qui demeurait près de Bor- . ros , en Ossory, mourut dans la cinquante-quatrième année de son âge , dune suffocation, occasionnée par un excès de graisse qui arrêta le jeu des poumons. Il pesait quatre-vingt-dix -huit livres de plus que le fameux Edouard Bright , ^ont nous venons de parler.
Mais il mourut eu Angleterre, en 1809, à l'âge de quarante ans, un homme d'un poids encore plus considérable , puisqu'il pesait sept cent trente-neuf livres. On construisit son cercueil sujT d'eux essieux et quatre roues.