‹ Lord BaconChapitre 38 sur 53 · È()RT) BACON · texte numérisé non relu

È()RT) BACON

qiï^s Sont des oiseaux^ ; peu importe après cela qu'il y ait des oiseaux moirs ou blancs, chez lesquels les sécrétions qui produisent les plumes doivent également passer par les tuyaux de celles-ci .

**Jies exemples que je "vais citer seraient tout "^a Mt iïfôompréhensiMes si Ton n'admettait pas que J?(7C0n exposait toutes ses études delà nature sans être sorti de son cabinet de travail , que les faits qu'il rapporte étaient empruntés aux livres, et que la plupart des expériences et des résultats qu'il invoquait en faveur de ses assertions étaient de pures imaginations de son cerveau. Bacon débute toujours par nous donner l'explication d'un fait, explication qu'il soumet à une épreuve probante ; puis il entreprend de présenter ce fruit de son invention comme le résultat d'une expérience réelle. km^i Bacon admet que V esprit -de -vin a une chaleur latente ; il le démontre/ dans

Novumorganum^ par ce fait^ que du blanc d'œuf jeté dans ralcool se coagule comme par l'ébullition, et aussi par cet autre fait que « du pain plongé dans lalcool se grille et se recouvre d'une croûte à Finstar . du pai n- griMé au f e u . )^ ,

Or, cette dernière assertion est complètement fausse.

De même, Bacon se figure que le dur-f: cissement et la putréfaction des corps mous s'opèrent par trois moyens qui sont : la chaleur, le froid et Tassimilation.; Pour le démontrer, il rapporte l'expérience suivante faite par lui, dit^-il, avec le grès et Fétain {pewter) : il fait chauffer Tun et l'autre dans une grande quantité d'eau, et ensuite il déclare que « le grès s'est ramolli, mais que rétain, qui n'a pu être pénétré par l'eau, est au contraire devenu plus blanc, semblable à l'argent et a perdu beaux>oup de sa flexibilité. » [Sylva sylvanim, 82.) -

Eh bien, nous savons que, placé dans de semblables conditions , Tétain n'est susceptible de subir aucun changement, et que, par conséquent, tout ce que Bacon en dit est encore une pure fiction.

Ce défaut de véracité grandit chez lui à mesure que les phénomènes dont il prétend donner l'explication se compliquent. La flamme et ses propriétés l'occupent souvent : « Elle n'est point, dit-il, de Tair en ignition, ainsi que plusieurs l'admettent: au contraire, l'air est hostile à la flamme; il cherche à la déplacer, la resserre de haut en bas, et lui donne de cette manière sa forme conique. Si cette compression opérée par l'air n'avait pas lieu, la flamme resterait ronde et aurait une forme globulaire. »

Voici l'expérience qu'il cite à l'appui de cette assertion : « Que l'on attache une petite bougie en cire dans l'intérieur d'un tube

métallique, et que l'on place cet appareil dans un large plat en versant sur ce dernier de l'esprit de vin ; puis qu'on allume d'abord la bougie et ensuite Tesprit-de-vin : on verra que la flamme de la bougie s'étendra au milieu de celle produite par Talcool brûlant, et que la première deviendra globulaire et conservera sa forme. C'est un phénomène bien instructif dont on peut tirer cette double conséquence : V qu'une flamme n'éteint point l'autre; 2'' que les flammes ne se confondent point entre elles comme l'air se confond avec l'air. » (Loc. cit., 3.)

A cela Bacon rattache ensuite l'idée qu'il se forme des corps célestes qui lui paraissent être autant de flammes roulantes. Or, on sait que toute cette expérience est purement et simplement impossible; car il n'y a point d'oxygène au milieu d'une flamme, et une deuxième flamme ne saurait s'y trouver.

Bacon prétend qu'en se dissolvant les corps deviennent plus pesants, et il nous le démontre par la preuve suivante :

« Que Ton pèse, chacun séparémentv du^

fer et de Tacide nitrique, que l'on mette

ensuite le fer en contact avec ce dernier,

de manière à le faire dissoudre : on troiï-i

►,, vera que la solution aura exactement . le

*i^ poids du fer et de l'acide réunis, malgré

^^r la perte que cette solution éprouve par le

fait des substances qui ^'en échappent sous

forme d'une épaisse vapeur ; rouge. Cela

prouve que la dissolution d'un corps accroît

le poids de ce même corps. » {Sylva syl-

varum^A^^^

Rien de plus plaisant que ce qu'il ajoute : « J'ai fait , dit-il , cette expérience deux ou trois fois, sans cependant être certain qu'elle ne soit entachée de quelque erreur. » Quant à nous, voici comment nous expliquons ce commentaire : Bacon aura

trouvé oh que ron troave infaiUiblement eii répétant cette expérieneevsayoir.: .uuedimiT nution de poids ; mais sou idée lui aura, été plus chère que le fait lut-même; aussi, pour la soutenir^ ue:inanque-irviLppintdans plusieurs autres occasions^ .d'affirmer, devant son lecteur, que la dissolution (o;9^mi^^) des corps accroît leur poids^ ^li i, :

Les expériences que nous venons de citer ne sont que des échantillons d'expériences que Bacon qaoMiie de fructueuses; mais il en est d'autres qu'il appelle lumineuses. . Ces deux genres d'expériences diffèrent entre elles, en ce que les premières ont été faites conformément à une idée et servent de démonstration, tandis que « les expériences lumineuses possèdent l'admirable propriété de ne jamais tromper les attentes. En effet, elles ne sont pas accomplies en vue d'un problème quelconque, mais uniquement pour pénétrer la vraie cause d'un phéno-

mène. Le résultat de ce genre d'expériences est toujours parfaitement assuré. »

L'exemple suivant que donne Bacon d'une semblable expérience lumineuse {No^ vum organum^ Aph> 99) prouve qu'il entend par là certaines expériences auxquelles on se livre sans savoir ce que Ton fait; on peut les comparer à des actes dénués de motifs et suivis de résultats sans portée et sans but.

(( La durée d'une flamme placée dans diverses conditions mérite, dit Bacon^ d'être étudiée. Nous allons d'abord parler des corps qui brûlent directement et sans intervention d'une mèche quelconque. Une cuillerée d'esprit-de-vin chaud brûla pendant 116 battements du pouls; la même cuillerée, avec l'addition de 1/6 de salpêtre, brûla pendant 94 pulsations, et avec 1/6 de sel, pendant 83 pulsations; avec 1/6 de poudre à tirer, pendant 1 1 0 pulsations; un mor-

ceau de cire, placé au milieu de Tesprit-devin, brûla pendant 87; un morceau de silex, pendant 94 pulsations; avec un 1/6 d'eau, pendant 86 pulsations, et avec la même quantité d'eau, seulement pendant 4 pulsations. » (Sylva sylvarmn^ 366.)

Bacon veut ainsi mesurer, en la fixant par des nombres, l'influence qu'exercent des corps divers sur la combustion de l'esprit-de-vin. Mais d'abord il ne peut se servir de ces chiffres pour un résultat quelconque, puisque une cuillerée n'exprime qu'une mesure tout à fait vague, variant selon les dimensions d'une cuiller ; ensuite la durée de combustion a été arbitrairement établie et modifiée par lui-même, nullement par les substances qu'il a placées dans la cuiller. Qui ne voit que le temps que met l'espritde-vin à brûler dépend de la quantité de ce dernier? Et comme dans une cuillerée sans salpêtre, poudre à tirer, silex, etc., il y a

2 s LORD BACON.

plus d'esprit-de- vin qu'avec ruddition de ees substances, il est évident que les chiffres qu'il a obtenus n^ expriment point une relation quelconque entre ces substances et Facte de combustion. -Une cuillerée d^espritde-vin sans mélange a dû naturellement brûler plus longtemps, puisque dans toutes les' autres expériences la cuillerée renfermait moins d"esprit-de-vin. - -^ ^1(^ La Traie méthode ne cherche point au hasard, dit Baœ?i; les faits bien compris lui fournissent des principes (^.rVo;?2à/a) qui, une fois établis, m.ènent à de nouvelles expériences. » {Noviwi organwn^ Aph. 81). Cette maxime, qu'un demi-siècle a\3iiit Bacon, Léonard de YincimdMàê] à formulée presque dans les mêmes termes, et dont l'application conduisit ce grand homme aux plus admirables et aux plus belles découvertes dans Thistoire naturelle, dans la mécanique, dans l'hydrostatique, etc. (LiBRi, jfiT/^/. des. sciences ma-

thém. aux xv^ et wV siècles, Paris, 1838), se convertit dans les procédés de Bacon en une véritable parodie qui ne permet plus de reconnaître la maxime qu'elle est censée représenter; Tune des meilleures preuves à Fappui de cette assertion, c'est le procédé de l'auteur pour la fabrication de Tor donné dans son Sylva sylvarum, pages 326 et 327. Tous les ouvrages de Bacon débutent, comme on le sait, d'abord par des doléances répétées sur l'état misérable dans lequel les sciences se trouvaient à son époque, et sur les causes qui les y avaient réduites; viennent ensuite les apologies qu'il fait, en phrases pompeuses, des nouvelles voies et des nouveaux moyens découverts par lui, afin, dit-il, de rem.édier à ce pitoyable ordre de choses, et de conduire enfin les sciences à leur véritable terme. C'est donc de cette manière qu'il commence la description de sa recette pour la fabrication de l'or.

« Le monde, dit-il, a été souvent grossièrement trompé par tout ce qui a été débité sur la question de fabriquer de l'or. Dans le fait, je crois la chose possible ; seulement les moyens proposés jusqu'ici sont pleins d'erreurs et d'impostures dans la pratique, et de fictions creuses en théorie.

« Six axiomes de maturation (0/ maturatioii) ne doivent pas être perdus de vue : le premier axiome prescrit une chaleur modérée; le deuxième la vivification et la dissolution du spirit métallique ; le troisième la répartition uniforme et non saccadée des spiritsilo; quatrième la nécessité d'empêcher l'évasion d'aucun^/9/nV;le cinquième le choix du métal le plus approprié à l'objet; le sixième, enfin, le soin d'accorder le temps nécessaire à l'opération. »

Puis il continue ainsi : a II faut construire un petit four et y entretenir une chaleur modérée ; choisir l'argent comme ma-

tière première, et y ajouter yô de mercure et Y2 de salpêtre. L'opération doit durer six mois : un peu d'huile, ajoutée de temps à autre ace mélange, donnera au métal de la densité et de l'élasticité. » (Loc. cit., 327.)

Cette recette nous représente au complet Bacon et ses œuvres. Tous les moyens proposés par lui, pour la fabrication de l'or, ne sont qu'erreurs et impostures, de même que les axiomes composant sa théorie ne sont que fictions creuses.

Qu'on lise avec la plus grande attention et avec la meilleure foi du monde son Novum organum., ou tout autre de ses ouvrages; qu'on se donne la peine de suivre patiemment et avec persévérance une seule des idées de l'auteur à travers tous ses détours et tous ses circuits, et l'on trouvera infailliblement qu'à son début l'ouvrage ressemble à une source jaillissant avec vigueur, qui promet non-seulement de se répandre au

milieu de prairies verdoyantes, ornées de fleurs et de taillis ombreux, mais encore qui s'annonce comme devant former d'abord un ruisseau capable de faire tourner des moulins producteurs, et ensuite un fleuve susceptible de porter des bâtiments. Malheureusement, à mesure que le pèlerin descend la source, il est conduit dans un désert oii toute vie s'éteint, et oii l'onde traîtresse se perd dans des sables stériles. Mais peut-être que cette déception n'est qu'accidentelle; on poursuit et l'on espère qu'une deuxième, une troisième tentative conduiront dans un autre sentier, et amèneront quelque dédommagement à tant de fatigues et de déceptions. Rien, et définitivement il faut s'arrêter à la triste conviction que tout cela n'était qu'une vaine fantasmagorie. Alors, on se sent blessé, la rougeur monte au front à la pensée qu'on a pu se laisser aller un instant sur la trace d'un pareil charlatan, et qu'on

srest ' exposé à tomber^^Etns un piège aussi grossier.

vvA:ti Testey il esirimpossible de refuser son admiration à la dextérité dont Bacon fait preuve datts^^le^ choix et Tapplication des moyens qu'il emploie "pour produire une profonde impression sur l'esprit de la soéiété pourlaqueile sont écrits ses ouvrages. Les sucGes qu'il obtint disent assez la justesse aveclaquelie il But reconnaître le point de vue sous lequel cette société considérait tout ce qui avait trait aux sciences d observation. ' "D ailleurs le fatras d'érudition qu'il exhibe dans ses Hisioria naturalis , Historia ventorurriy Historia soni et auditus, Historia densiet mri y etc. ^n est, ce que d'ailleurs il ne dissimule guère, que l'œuvre d'un plagiaire qui emprunte en grande partie à ses contemporains. Ainsi sa table des corps électriques et non électriques , de même que les phénomènes relatifs à l'ai-

mant {Inquisitiones de ma g ne te) sont littéralement extraits du célèbre ouvrage de Gilbert {de Magnete^ magnelicisc/ue corporibus et de magno magne te telluro^ Physiologia nova, London, 1600). Il décrit le thermoscope avec les propres termes de Drebbel, son inventeur, qu'il a soin de ne pas nommer. A cet égard, il se montre fidèle à la maxime qu'il recommandesi souvent, savoir : « De renoncer à citer toute autorité, et de ne se laisser conduire que par soi-même; » car jamais il ne mentionne l'auteur d'un ouvrage dont il s'empare, jamais il ne daigne lui adresser quelque parole reconnaissante ^

1. Il serait très-aisé de dresser une longue liste, nonseulement des plagiats commis intentionnellement par Bacon au détriment de ses prédécesseurs ou de ses contemporains, mais encore des faits que par pure ignorance il signale comme nouveaux, bien qu'ils fussent connus depuis longtemps de tout le monde. A cette deuxième catégorie se rapporte, par exemple, ce que Bacon dit de la propriété qu'a le salpêtre, mêlé à la neige, de produire un froid intense et de se prêter par là à la con-

Sans doute , avec notre susceptibilité pour ces sortes de choses, aujourd'hui le procédé de Bacon ne manquerait point d'être flétri ; mais, du temps du célèbre chancelier, le pillage commis par les grands aux dépens des petits était à Tordre du jour; et les idées relatives à la propriété et au vol étaient loin d'être aussi nettement établies qu'elles le sont actuellement. D'ailleurs , chez Bacon en particulier, le pla-

gélation artificielle de l'eau; procédé qu'il a l'air de faire connaître comme une chose nouvelle (De Augm. Scient., vol. II, Sylva Sylv., cent. I). Or, ce procédé était tellement connu à l'époque de Bacon, que l'usage du mélange réfrigérant du salpêtre et de la neige avait déjà été décrit avec beaucoup de détails par Latinus Tancredus, professeur à Na pies, dans son ouvrage intitulé de Famé et Siti, publié en 1607, et par conséquent antérieurement aux ouvrages susmentionnés de JBacow. Et, quanta l'action réfrigérante du salpêtre sur l'eau, elle était si généralement connue en Italie au seizième siècle, que, d'après les savantes recherches de J. Beckmann {Geschihte der Erfindungeiiund Entdekungen), déjà, en i5o0, on ne servait sur la table des familles riches de Rome que de l'eau ou du vin rafraîchis par ce procédé. P. T.

36 LORD BAGOm

giat était censée s'exei^cer eni . fa^eui. d'une entreprise très-D0bk> De plus, Bacon vivait dans i unB sphère trop : élevé^>païir ^ que^Jla voix::de ceux ;qui se seraient permis une plainte eût jamais pu .s'y faire entendre^ C'est bien dans ce sens .qu'il écrivait à Burghley (Lettre 7) : . « J'ai fait entrer dans mon: domaine- toutes lesiconnaissances^hurmainesp) et comme^^en sa qualité de conquérant, il devait trouver fort déplacé de rencontrer dans ce domaine des gens auxquels il n'aurait pu imposer un silence absolu , il ajoute : « Seulement, il serait bon de le purger des deux -espèces de pirates [rowers) qui y ont causé bien des dommages : les uns par de frivoles raisonnements , réfutations et un grand luxe de paroles; les autres par des expériences aveugles, des traditions orales et des trompe^ ries. ))

Sans jamais nous dire ou seulement nous

faire entendre les péchés dont se sont rendus coupables dans leurs observations, leurs expériences, leurs conclusions ou leurs manières de voir ses contemporains et ses prédécesseurs qu'il condamne si énergiquement, il se contente de réunir pêle-mêle les ingrédients les plus répulsifs en une espèce de magma, qui doit paraître à tout le monde parfaitement indigeste.

« Une étude vraiment sincère de la nature, dit-il, n'existe point : cette étude a été gâtée et empestée par Aristote, grâce à sa logique; par Platon, grâce à sa théologie naturelle; et enfin par Proclus et d'autres {les néo- platoniciens) grâce aux mathématiques. » {Novum organum, I, 96 ^) Bacon évite les mathématiques avec une sorte de terreur, comme un véritable poison; ce n'est pas qu'il se dissimule l'action puissante

Page 1