‹ Lord BaconChapitre 39 sur 53 · Vlèces jusiificaHves, n° I · texte numérisé non relu

Vlèces jusiificaHves, n° I

qu'elles sontsusceptiblesd'exercer, mais leur importance réelle n'est jamais où il la croit.

c< Crédules et superficiels qu'ils sont, les savants prêtent leurs oreilles aux contes et aux expériences qu'ils connaissent par ouïdire, et ne se font aucun scrupule de consolider et de constater leurs investigations à à Taide de semblables matériaux. — Dans leur Histoire naturelle^ il n'y a rien qui ait été correctement observé, contrôlé, calculé, pesé et mesuré. Et comme leurs observations sont vacillantes et vagues, leurs explications offrent le même degré de déception et d'incertitude. » {Loc. cit,^ I, 89 ^)

Il est évident que Bacon n'écrivit point ses ouvrages pour ceux de ses contemporains qui s'occupaient des sciences d'observation; car, selon lui, ces pauvres gens étaient tous du même calibre, sans au-

i. Fiéces justificatives, n^ II.

LORD BACOiN. 39

cune exception; tous faisaient partie de la foule et n'étaient que des bavards, plagiaires, trompés ou trompeurs, com.plétement indignes de l'attention d'un gentleman.

« Personne ne se trouva jusqu'à lui doué d'une âme assez forte pour se dépouiller de toutes les anciennes théories et doctrines, et pour se vouer à l'étude des choses spéciales. Voilà pourquoi les connaissances que l'on possédait avant lui ne sont qu'un ramas de crédulités, de casualités et de conceptions puériles. » {Loc. cit., I, 96 ^)

Mais il n'en est pas de même à l'égard de Bacon.

« Lorsqu'un homme {Bacon) d'âge mûr, de sens droit et d'âme épurée, consacre son intelligence à l'étude des faits spéciaux, on a droit d'en mieux augurer. » (Novwn organum^ I, 97 ^)

i. Fièces justificatives^ n« IIL 2. Ibid., n° IV.

(( Nous noua promettons en partie les destinées d'Alexandre le Grand, ce qui ne doit pas nous exposer au reproche de vanité ; car il nous est loisible de nous 'appliquer Tobservation que Tite-Live fait à propos d'Alexandre, puisque la postérité pourra dire de nous aussi (c'est ainsi du moins que Tentendait le modeste personnage) que nous avons accompli de grandes choses, parce que nous avons considéré comme minime ce que d'autres estimaient être grand. » {Novum orgamim. I, 97 ^)

(( Semblable à Colomb, nous voulons découvrir dans les sciences un Nouveau Monde. » {Novuin organum^ I, 93 ^)

«Et nous ne sommes nullement de ces simples prometteurs qui font violence au jugement d'autrui ou cherchent à le fourvoyer; au contraire^ nous conduisons les

2 Ibid., n° VI.

hommes par la main et de leur plein gré. » {Novum organum^ l^ibid.^.)

Sachant que dans le plus grand nombre de cas il est en dehors du vrai, Bacon est assez rusé pour chercher à émousser d'avance la pointe des armes de ses adversaires ; il n'a pas d'indulgence pour les autres, ils lui sont en effet si notoirement inférieurs, car il est, lui, tellement supérieur aux autres! Mais il admet comme quelque chose qui va de soi, qu'on doit user d'une tout autre mesure quand il s'agit de juger le noble Lord dont les exploits égalent ceux d'Alexandre le Grand et de Colomb; aussi nous tient-il par provision ce langage : « Si en lisant attentivement notre Histoire naturelle et nos Tables des inventions {Inventionibus tabulas) ^ on découvrait, fût-ce même dans nos expériences, quelques parties incertaines, sinon

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complètement fausses, on serait peut-être porté à en conclure que nos principes et nos découvertes sont sans valeur. Ce serait se tromper : il en est simplement comme de ces bévues que pourrait commettre un typographe en plaçant une fois par hazard une lettre à la place d'une autre; de telles bévues ne donnent aucun embarras au lecteur expérimenté. Donc, si des erreurs et des choses fausses se trouvaient dans notre ^Z^-toire naturelle, ouvrage compulsé avec tant de soins, tant de diligence et tant de conscience religieuse, cela n'a absolument aucune importance; — autrement, que diraiton alors de plusieurs autres ouvrages d'histoire naturelle qui, comparés au nôtre, ont été rédigés avec tant de négligence et tant de crédulité? » {Novum organum, I, 118 ^) On le voit, apothéose pour soi-même et

\. V. Fiêces justificatives^ 11° VIII.

calomnie pour les autres marchent constamment de pair chez le noble Lord, exactement comme chez le commun des mortels.

A l'entendre, avant de critiquer ses propres ouvrages, il faudra procéder à l'examen de ceux des autres, qui ne fournissent que de méchantes pièces en cuivre , tandis que lui bat de la monnaie d'or; en sorte que si, par le plus grand des hasards, cette monnaie venait à trahir ça et la quelques grains d'alliage, on ne doit attribuer de semblables peccadilles qu'à certains moments de hâte et de défaut de précaution ; d'ailleurs, le public lai-môme peut faire aisément le triage.

Bacon n'oublie pas de faire observer à ce bon public qu'il est en droit d'attendre de sa part encore autre chose en retour des services qu'il lui rend.

« Travail et salaire ne se trouvent auère réunis chez le même individu. Les progrès des sciences émanent d'intelligences supé-

rieures; mais les bénéfices qui en résultent sont recueillis par la foule et par les grands qui, à quelques rares exceptions près, s'élèvent à peine au-dessus de la médiocrité ; de sorte que ceux auxquels on doit les progrès de la science, non-seulement sont frustrés de la rémunération qui leur serait due, mais n'ont pas même les suffrages reconnaissants de la multitude. » (Novum org aman ^ I, 91 ^)

Chez Bacon tout vise à l'effet extérieur; nulle part dans ses ouvrages on ne découvre une trace de ces joies et de ces affections intimes que causent aux éminents explorateurs delà nature, tels que Kepler, Galilée et Newton, leurs investigations et leurs découvertes, ni de ce sentiment d'humilité dont ils se sentaient pénétrés chaque fois que l'accomplissement d'une grande œuvre leur per-

mettait de mieux apprécier les choses plus grandes encore qu'il leur restait à accomplir. Aussi, quoique poursuivis, traités avec indifférence ou opprimés, ne s'avisaient-ils jamais de déprécier ce que faisaient les autres; jamais il ne vint à l'esprit d'aucun d'eux de convoiter les libéralités ou les suffrages de la foule en retour de travaux qui par eux-mêmes leur suffisaient pour leur procurer d'inépuisables jouissances.

Placé en regard de ces hommes, Bacon ne peut nous apparaître que sous la forme du Docteur Merveilleux , debout devant sa boutique, dénigrant ses concurrents, vantant ses spécifiques et ses panacées comme capables de ressusciter les morts et de supprimer les maladies, terminant ses annonces par la déclaration que de tels bienfaits prodigués au genre humain méritent leur récompense.

« A dire vrai, s'écrie Bacon., notre Sylva

sylvarum n'est point une vulgaire Historia naturalisa mais bien une œuvre de haute magie naturelle ; car ce n'est pas seulement la description de la nature : c'est la révélation de ses ouvrages les plus grands et les moins connus. » {Sylva sylvarum, 93.)

Nous savons maintenant ce qu'il en est : V Histoire naturelle de Bacon n'est point le monde tel que Dieu l'a créé; au contraire, dans tout ce que Bacon y a ajouté du sien, c'est un monde d'erreurs et d'impostures. D'après ce que nous avons dit de cet ouvrage qui est la base de son Novum organmn, on peut se figurer d'avance ce que doit être cette dernière œuvre.

Dans l'appréciation du Novum organum, on ne doit pas se laisser éblouir par les phrases scintillantes comme des pierres précieuses, qui ne font que trop aisément oublier les erreurs qu'elles masquent. Ce qu'il y a de plus important pour nous, c'est la

méthode inductive que Bacon recommande aux savants comme un nouvel instrument découvert par lui, instrument destiné à conduire ceux qui sauront s'en servir au term.e de leurs efforts. Mais puisqu'en usant de cet instrument on n'a guère le droit de s'attendre à des résultats supérieurs à ceux qu'en obtint ^^zco/z lui-même, qui d'ailleurs nous a donné une description détaillée du parti qu'on en peut tirer, en l'appliquant à ses recherches sur la nature de la chaleur, il est évident que nous ne saurions manquer d'avoir une idée très-précise de la valeur de la méthode en question, si nous examinons attentivement la manière dont il la met luimême en pratique.

Méthode inductive de Bacon, — Instances affirmatives et négatives. — Degrés de la chaleur. — Théorie des instances.

- — Méthode d'éliaiination. — Argumentation de Bacon.

Sa dialectique. — Recette pour la production de la chaleur.

— Idées de Bacon relativement à la pesanteur. — Pesanteur et mouvement. — Qualités et quantités. — Faculté du sens de perception chez Bacon. — Investigation et phénomènes.

— Doctrine de Newt07l, — Bacon, le naturaliste des Amateurs.

Voici le procédé de Id. Méthode inductive de Bacon, Supposez qu'il s'agisse d'examiner la nature du calorique : dans ce cas, on commence par dresser deux tables renfermant tout ce qui possède la chaleur ou l'opposé de la chaleur. Les choses susceptibles de chaleur sont rangées dans la première table et

constituent les Instances affirmatives \ tandis que toutes celles qui excluent la chaleur viennent se placer dans les Instances négatives qui forment la deuxième table. Je ne choisirai dans les deux tables dressées par Bacon que les Instances suivantes :

Possèdent la chaleur ou sont

Ne possèdent point la chaleur

chauds :

ou sont froids :

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