XIV PREFACE
appartenant à une époque éloignée de la nôtre et placés dans des conditions complètement différentes de celles où nous nous trouvons. Il n'est pas toujours aisé de distinguer ce que ces hommes doivent aux autres de ce qu'ils ont puisé exclusi-" vement en eux-mêmes; rien n'est plus varié, plus insaisissable que les symptômes divers par lesquels se manifestent ces facultés exceptionnelles désignées du nom vague de génie, et dont on a donné les définitions les plus opposées. En effet, un éminent écrivain a prétendu prouver , par esprit de paradoxe sans doute, que le génie n'était que de la persévérance, de la patience : mais ne pourrait-on pas dire avec pkis de raison que le plus souvent ce qui caractérise le génie, c'est plutôt Yimijatimcc que la patience, la spontanéité que le calcul. Ainsi quand , dans les sciences d'observation , on voit un liomme
DU TRADUCTEUR. xv
privilégié faire jaillir d'un petit nombre de faits certains aperçus féconds, certaines conclusions générales que plus tard seulement, par de longues et minutieuses études, des savants de profession viennent confirmer et développer, ne dirait-on pas que Tauteur de ces déductions, en apparence prématurées, n'a pas eu la patience de subir les conditions lentes et pénibles auxquelles il est donné au commun des mortels d'obtenir de semblables résultats ? Tels furent, pour ne parler que de notre siècle, Bujfon etGœthe. Le premier formula des idées fort originales sur plusieurs points des sciences naturelles et physiques, sans avoir eu ni le temps, ni les moyens matériels de se livrer aux études spéciales qui permirent à ses successeurs de constater la justesse de ces idées ^
1. Voir la belle Introduction de M. Flourens aux Chefsd'œuvre littéraires de Buffon^ ainsi que les publications