‹ Lord BaconChapitre 9 sur 53 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

Quant à Goethe^ il posséda à un degré bien plus élevé encore que Buffon la faculté, en quelque sorte providentielle, de saisir 1 essence et la valeur des phénomènes naturels avec cette promptitude pénétrante, qui permet pour ainsi dire dembrasser du premier coup d'œil la synthèse, sans subir le long travail de l'analyse, ou du moins sans y consacrer autant de temps qu'il en faudrait aux in-

spéciales consacrées à ce dernier par l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, qui a eu le mérite d'avoir été le premier à saisir et à faire connaître les traits vraiment saillants de Buffon. Au reste, bien qu'après M. Flourens ce sujet semblât être épuisé, il vient d'être traité avec une remarquable originalité par M. Ckevreul,. dans son discours prononcé (le 8 octobre 1865) à Montbard, lors de l'inauguration de la statue de Buffon. En accueillant comme de précieuses données historiques tout ce que leur disait M. Chevreul avec une verve juvénile^ les nombreux auditeurs n'ont pu éprouver qu'un seul moment d'incrédulité : c'est quand, dans sa verte vieillesse, M. Chevreul leur apprenait qu'il allait bientôt atteindre l'âge auquel mourut Buffon.

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telligences ordinaires pour obtenir les mêmes résultats. C'est ainsi que, n'étant ni botaniste ni zoologiste de métier, Gœthe, par un petit nombre de faits, appréciés avec une admirable clairvoyance, put devancer les naturalistes les plus spéciaux de son époque, et jeter dans ces deux branches de la science les germes de quelques-unes des grandes lois que d'autres développèrent et établirent ensuite définitivement, mais au prix d'un immense et long travail qui n'avait coûté au génie qu'un coup d'œil de perception. Il est vrai qu'en choisissant Gœthe comme terme de comparaison pour l'appréciation du génie en général, on admettrait une mesure tellement exceptionnelle qu'elle risquerait de ne point trouver d'autre exemple. En effet, dans les hommes hors ligne connus jusqu'ici, le génie ne s'est toujours traduit que par une exubérance

XVIIT PREFACE

particulière d'une seule de nos facultés, et cela quelquefois aux dépens des autres qualités ; en sorte que ce qui constituerait ridéal de la puissance intellectuelle, ce serait la réunion dans le même personnage de toutes les facultés également caractérisées par un développement extraordinaire; ce personnage serait, au même titre, maître dans le domaine du beau et dans celui du vrai. Or, jusqu'à présent, un semblable idéal n'a encore été réalisé que par Goethe, et peut-être, mais dans un sens moins étendu, par Leonardo da Vinci. Naturaliste, poëte, philosophe, historien et littérateur, Gœthe pouvait accepter sur chacun de ces terrains le défi des plus célèbres de ses contemporains, parmi lesquels figuraient Cuvier, Geoffroy Saint-Hîlaire, les deux Humholdt, Kant, Schiller, Byronet tant dVautres illustrations dans tous les genres : naturaliste, il eût pu, s'il eût

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