Medwin, t. I, p
dont la tristesse a Faccent du remords, et qui étaient demeurés inédits dans les papiers par lui confiés à Moore*.
Un an ou deux, dit le commentateur, avant la date de ces vers (mettons 1806, Byron avait alors près de dix* huit ans), il écrivit à sa mère pour lui recommander, au nom de son amitié pour Gurzon, un de ses meilleurs amis, emporté par une mort prématurée, un enfant naturel que celui-ci avait eu d'une jeune femme qu'il laissait grosse et dans la pénurie la plus intéressante. Il ne cachait pas que la voix publique désignait comme son père celui qui se faisait ainsi, avant qu'il fût sorti du sein maternel, le prolecteur de l'enfant, mais tout en affirmant que le public se trompait. Mrs Byron reçut cette confidence et cette mission délicate avec une résignation qui prouve combien elle était domptée et combieù ses instincts généreux l'avaient emporté enfin sur les autres. Elle répondit avec bonté à son fils qu'elle se chargerait volontiers de recevoir et de faire élever comme il le désirait l'enftint auquel il prenait un intérêt qu'il était plus convenable de partager que d'approfondir. Elle ne fut pas mise à cette épreuve. La mort précoce de l'enfant, bientôt suivie de celle de la mère, la dispensa de ce sacrifice. Moore voit dans cette confidence une confession déguisée, et il pense que l'en-
1. « n paraît que sa première maîtresse (peut-être la mère de Tenfant auquel il s'adresse) mourut fort jeune, et qu'il s'attribua en partie sa fin prématurée. Ce malheur le frappa aussi comme un pronostic de son sort à venir et de son futur isolement. « Je me suis « trouvé seul à mon entrée dans la vie, disait-il plus tard^ seul dans a mes amours^ seul dans mon ménage ^ et je mourrai seuk Je suis « un animal essentiellement solitaire f non -par choix, mais par néces- « site. » (Moore, I, 168.)
fant auquel Byrpn s'intéressait assez potjr oser, au mépris de plus d'une convenance, le recommander ainsi aux soins de sa mère,, lui appartenait. Il attribue le silence que le poète a gardé sur cette liaison et sur ses suites , à un scrupule de discrétion généreuse et d'ombrageuse pudeur qu'il devait apporter en effet inviolablement dans toutes ses relations de ce genre. De toutes les nombreuses maîtresses anglaises que lui donnèrent plus tard la double fascination du génie et de la mode, nul n'a su par lui le nom. Les journaux plus explicites en ce qui concerne ses bonnes fortunes continentales ou orientales, ne vont jamais jusqu'à démasquer l'initiale qui les désigne. Celles de ses passions dont on sait le mieux l'histoire, lady Lamb et la comtesse Guiccioli, se sont trahies elles-mêmes, Tune par jalousie et par vengeance, l'autre par ce naïf et héroïque mépris du qu'en dira-t-on qui est, en Italie, le premier sacrifice de l'amour sincère; sacrifice moins coûteux qu'ailleurs sous ce ciel indulgent, au milieu de ces mœurs complices, où, il y a quarante ans, un grand amour était encore un grand honneur.
Cette première maîtresse dont il eut un enfant qu'elle suivit si vite au tombeau, Byron ne la désigne pas, et dans les vers admirables oti il a un jour de souvenir et de regrets, peut-être de remords, pieusement embaumé leur mémoire, nul ne peut lire que ces deux noms muets pour la postérité. Hélène : -^ Williams.
C'est à Byron lui-même, jeté au milieu du tourbillon, faute d'une admiration inspiratrice ou d'une affection tutélaire, qu'il faut demander par ses lettres, par ses journauXy le tableau saccadé de sa vie, vie fébrile, dé-
sordonnée, ennuyée, dont parfois une plainte mélancolique de la conscience, un cri du cœur, percent, pour monter jusqu'à nous, le perpétuel orage.
Dans toute cette Correspondance si franche, si vive, si leste, avec cette jeune femme à l'amitié toute masculine, que Moore ne nomme pas, et que Byron appelle familièrement « chère Reine Bess*, » il n'est question que de ce tourbillon qui l'emporte, et où il se jette avec la furie du sang saxon qui, excité par la bile, bouillonne dans ses veines.
c II se livrait, a dit Moore, à la dissipation avec toute Tardeur de la jeunesse et de son caractère, et comme àun exercice de ses forces. » Il n'est question, dans cette Cor^ respondance qui refléchit Byron comme un miroir, c'est-à-dire le Byron extérieur, insoucieux fanfaron de vices et de vanités, que de Savage^ de Damon^ de Brany de Smith, compagnons hérissés, suite de gardiens aux crocs formidables que commande Boatswain, pour lesquels il a ou affecte une prédilection tout anglaise. Après les bouledogues, les chevaux, et ainsi de suite. De ces détails de chenil et d'écurie, fort bien portés comme on sait, Byron passe à d'autres détails sur sa vie universitaire, et en fait claquer les prouesses comme un fouet. Ilva quitter Cambridge où il n'a fait que passer le mois de juin, tout en se réservant d'y revenir Tannée suivante, « attendu que ses appartements y sont meublés dans le dernier goût, qu'il a retrouvé d'anciens amis et fait plusieurs nouvelles connaissances. » Il est enchanté d'avoir maigri de deux livres
1. Abréviation d'Elisabeth. C'est, ce nous semble, l'aînée des demoiselles Pigot.
eigrandi d'un pouce (deux préoccupations qui n'avaient pour lui rien de frivole). L'Université est égayée par des fêles de tout genre, dont il. prend sa part, soupant en ville, savourant sobrement une bouteille de bordeaux, se couchant à deux heures, et montant à cheval à huit.
Les professeurs et autres membres du collège, auxquels il témoigne un respect qui n'est pas sans ironie, lui rendent ces égards douteux avec la politessle un peu torve dont on salue un étudiant qui, à dix-huit ans, a publié un livre où il n'épargne pas l'Université. Ce jeune homma prodige inquiète un peu les révérends. D'ailleurs ce roué précoce est roide et gauche dans ses habits académiques, faute dChabitude. Il dégringole malencontreusetnent ou malicieusement de la fenêtre où il s'est penché pour entendre VOratorio, à Sainte- Marie, non sans rires et sans mumures dans le grave auditoire, ai sans dommage pour sa plus belle robe noire et uûe non moins admirable paire de culottes. Le marquis de Tavistock est arrivé. Byron a soupe avec lui chez son précepteur; tout un monde de ivighs. L'opposition sa recrute ici, et y est en force. Lord Huntingdon, le ducdeLeinstei*,... etc. viendront en octobre, de sorte que ce sera splendide. En attendant, notre étourdi renverse un bateau à beurre dans le giron d'une dame. Cette nouvelle maladresse achève de le diffamer, le diable emporte les rieurs 1 Au reste. Il se console gaiement de ces mésaventures, boit tous les jourâ à se grisery et ne compte se réformer qtf en janvier. S'il ne mange pas de viande, ce n'est pas qu'il soit pythagoricien ; mais il est dandy et a horreurdu ventre.
Rien ne saurait rendre l'accent de fatuité héroïque,
mSTOmB D'UN HOMME. 71
de superbe impertinence, de provocante bile et de sang triomphant de ces lettres, où mi murmure étouffé di; cœur dramatise cette prose saccadée, haletante, coupée et hachée comme le vers, et qui ressemble à un iro^ nique Hosarmah de la chair révoltée.
S'il demande des nouvelles de ce Southwell où il a sa mère, et où il ne reviendra de longtemps, si Tétat de sa bourse ne Ty force, il ne s'inquiète que de sa ménagerie j de sa petite chienne Fanny, du nombre des exemplaires que Ridge a vendus de son livre* , des dames qui l'ont acheté. Une seule pensée noble et attendrie trav^se ces vulgaires et frivoles soucis de dandy et d'auteur. C'est le regret, vraiment du cœur et non de la tête, que lui cause sa séparation d'avec cet Edleston*, ce chpriste à la voix charmante pour lequel il ressent une de ces amitiés pures mais passionnées qu'il a appelées en un endroit « desamov/rs sans ailes, i^
Mon protégé musical, dont je vous ai déjà parlé, a quitté le chœur pour aller s'établir dans une grande maison de la capitale. Je vous. ai dit qu'à une heure près, il est de deux ans plus jeune que moi. Je Tai trouvé grandi, et comme vous pouvez croire, très- ravi de revoir son ancien patron. Il est à peu près de ma taille, mince et élancé; il a un très-beau teint, des yeux noirs, des cheveux d'un brun clair et brillant. Vous connaissez mon opinion sur son esprit et son caractère. J'espère n'avoir jamais occasion d'en changer.
Byron conserva toujours et jusqu^au dévouenaent le plus généreux, cette prédilection pour son jeune protégé musical, devenu négociant, et dont il 09e avouer