‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 14 sur 104 · Moore, t. I, 221. — Medwin, t. I, p · texte numérisé non relu

Moore, t. I, 221. — Medwin, t. I, p

du pauvre Keats, avait trouvé un de ces adversaires pour lesquels il n'est pas de Gibraltar et qui ont à leur service, pour faire taire Tartillerie des forts littéraires où se retranche l'envie, les foudroyantes ripostes du génie.

Malheureusement, si ces premières attaques et ces premières épreuves de ses débuts littéraires trempèrent et fortifièrent l'intelligence de Byron, elles n'exercèrent pas, d'accord avec tant d'autres amers levains qui fermentaient en lui, sur son caractère et sur sa vie, une si heureuse influence. Par contradiction, par bravade, par dégoût, par vertige, Byron se jeta, avec cette puissance effi*ayante d'entraînement qu'il tenait de sa fpugueuse nature, dans ce tourbillon de dissipation et de folie d'où les préoccupations littéraires l'avaient un moment retiré. C'est dans cette vie désordonnée, vagabonde, éparpillée sur toutes les routes, gaspillée à toutes les occasions, passant de l'appartement meublé du collège de la Trinité à l'appartement meublé de Londres, de l'hôtel de Brompton à celui de Brighton, ne s'arrêtant jamais sous l'influence d'un toit héréditaire, d'une hospitalité amie, c'est dans cette vie de fièvre que Byron chaufiFa le fer de ses flèches satiriques, et dans cette vie de corruption qu'il les empoisonna, n a fait lui-même, sur ce point, des aveux encore empreints de cette exagération maladive qu'il portait alors en tout ce qui le concernait.

Je passai avec une effrayante rapidité par tous les degrés du vice, et cela sans jo^ir. Car les passions de ma jeunesse, quoique violentes à l'excès, étaient concentrées, et haïssaient de se répandre au dehors ou de se partager. J'aurais quitté ou perdu le monde entier avec ou pour ce que j'aimais; mais

quoique mon tempérament fAt de feu, je ne pouvais sans dégoût prendre ma part du libertinage vulgaire et grossier du temps. Et cependant ce dégoût et Tisolement de mon cœur, refoulé sur lui-môme, me jetèrent dans des excès peut-être plus funestes que ceux que je fuyais, en fixant sur une seule personne à la fois les passions qui^ répandues sur plusieurs, n'eussent nui qu'à moi-môme....

Gomment s'étonner des calomnies qui ont eu si longtemps force de loi sur le compte de Byron, alors que lui-même se calomnie si volontiers, et que c'est contre lui-même qu'il faut le défendre. Fanfaron de vices, qui eût été en d'autres temps essayé, par curiosité d'orgueil, par suite de ce goût du déâ qui était dans son sang, de faire le fanfaron de crimes, disons bien vite que sa vie ne futpas, aux plus mauvais jours de cette période, si coupable et si satanique qu'on voulait bien le dire, parce que Byron voulait bien le laissejr croire. Il vécut avec des maîtres à danser, des acteurs et des boxeurs de profession, et prodigua à Jackson, le roi du pugilat en Angleterre, des autographes familiers. Il chassa, il joua, il maquignonna, il se grisa, il eut des lévriers et une maîtresse. Il habilla cette maîtresse en homme, et dans une sorte de vêtement de page, qui ne déguisait pas assez les rondeurs féminines, de même que son langage ne dissimulait pas suffisamment les lacunes de son éducation, elle montait à cheval comme lui, et il s'amusait à présenter aux révérends et révérendes comme un frère cadet ce camarade delit^.

Voilà cependant les torts que l'hypocrisie universitaire et l'hypocrisie puritaine combinées allaient tra-

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