‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 31 sur 104 · Ifoore, t. II, p. 24. Lettres à Harness, p · texte numérisé non relu

Ifoore, t. II, p. 24. Lettres à Harness, p

de la faim, cette guerre du salaire qui met encore de temps en temps aux prises, la routine et le progrès, le travail et le capital. Tout en désapprouvant les excès de ces insurgés du labeur manuel, effrayés des usurpations triomphantes de la machine, Byronles trouvait encore plus malheureux que coupables, et il demandait des mesures de conciliation et non des mesures de répression capables de pousser à une révolte sociale ces multitudes exaspérées par l'égoïste tyrannie du fabricant monopoleur. Byron prépara avec soin et débita artistement cette harangue généreuse et ironique, dont la nouveauté éloquente frappa d'étonnement ceux qu'elle ne frappa point d'admiration. Le vieux Sheridan tressaillit d'aise aux premiers éclats de cette éloquence sarcastique qui lui prédisait un héritier. Lord HoUand, que l'amitié commune de Rogers avait rapproché de Byron, applaudit à un succès qui ébranlait les échos, réveillés d'un long sommeil, de la Chambre aux soporifiques débats. Sir Francis Burdett déclara que depuis Dieu sait quand, on n'avait pas entendu pareil langage dans la bouche d'un lord. Lord Grenville remarqua dans les périodes de Byron la structure familière à Burke. Lord Eldon et les ministériels s'émurent et déguisèrent sous des compliments la crainte d'un adversaire sérieux. Hodgson, Drury, Campbell, Rogers, Moore, Bankes, Scrope Davies, Hobbhouse félicitèrent de près ou de loin cet ancien élève, cet ancien camarade, dont l'aurore parlementaire brillait d'un éclat plein dé promesses. Mais cet engouement du groupe amical devint une sorte de public enivrement, lorsque quelques jours après parurent les deux premiers chants de Childe-Harold et que

retentirent dans le cœur de l'Angleterre étonnée ces vers mélancoliques et fiers, pareils tour à tour au bruit du marteau sur Ténclume ou du battant sur la cloche. L'effet de cette poésie nouvelle, de ces Novissima verba fut immense, universel, électrique.

La célébrité de Byron, sans passer par tous les degrés ordinaires, apparut tout à coup, comme ces palais de fée, bâtis en une nuit. Et lui-môme, dans ses souvenirs, dit : c Un matin, je m'éveillai, et me trouvai célèbre. » La première édition de son poôme fut enlevée en un instant. Childe-Harold et lord Byron devinrent le sujet universel des conversations. Les premiers noms de l'époque se firent inscrire à sa porte, et parmi eux se trouvaient les hommes quUI avait le moins ménagés dans sa satire, mais dont le ressentiment cédait à une généreuse admiration *.

Lord Byron dut cet unanime succès, à la fois vif comme la mode et durable comme la gloire, à l'accord harmonieux, unique, de sa personne et de son héros, de ses vers et des circonstances. L'influence d'événements grandioses avait développé jusqu'à l'exaltation ce sentiment d'orgueil national et de dignité individuelle qui est le double caractère du génie anglais, surtout quand une révolution ou une guerre remettent en relief ces patriotiques empreintes que n'effacent plus les frottements mercantiles. La nouvelle école, qui ne comprenait guère, malgré le talent de Grabbe, de Coleridge et de Wordsworth, que des maîtres secondaires, salua comme le chef attendu cet inconnu si habile à faire vibrer sous une forme archaïque, originalement rsgeunie, non plus une corde,

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