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mais tontes les cordes de la lyre humaine, et à revêtir les sentiments étemels sans lesquels il n'est pas de poésie des couleurs empruntées à ces pays du Midi, FËspagne, la Turquie et la Grèce» sur laquelle se fixait à ce moment même l'attention du Nord. Byron, dépassant de son premier élan les lakistes contemplatifs, les lyriques comme Moore et les épiques comme Soutbey, allait partager le trône poétique de Walter-Scott, bientôt obligé d'en descendre pour chercher dans le roman un indisputable royaume. À partir du printemps de 1812, lord Byron se trouva en possession d'une de ces royautés littéraires qui comportent les hommages de toutes les autres. LHnco^ gnito ne lui fut plus possible. Adieu les gais repas avec Moore, Rogers et Scrope Davies, et le spirituel Douglas Kinnaird, son banquier, chez Stevenson Saint-Albans, ou au club d'Alfred, ou à la taverne du Cocotier. Adieu les heures de rêverie solitaire ou de lecture dans cet appartement de Saint-James-Street, dont la vieille mistress Mule était l'inexorable gardienne. Adieu les bonnes soirées passées à entendre Kemble dans Coriolan, ou Kean dans Richard. D faut se montrer, répondre à quelques invitations sur les dix de chaque jour, subir ce supplice de la curiosité la plus indiscrète, la plus insatiable, poser, quoi qu'on fasse, sous l'œil jaloux des hommes chuchotants, sous l'œil ardent des femmes à la mode qui vous cherchent dans l'ombre, et par amour-propre, par haine d'un^ autre, par sympathie irrésistible quelquefois, vous provoquent à ces hommages que payera l'amour, n faut répondra aussi aux inconnus dont vous avez parlé dans vos ouvrages par hasard, et qui brûlept de se faire, en
VOUS attirant à une querelle, une réputation dans votre peau. Pès le lendemain de la publication de ChUite-Haroldf Byron ne reçut-il p^ un cartel d'un certain colonel Gréville, qui venait, après trois ans de réflexion, de se trouver insulté dans les Bardes anglais? Après les ennemis qui le provoquaient en duel, ne fallait-il pas se vouer aux amis qui le chargeaient d'arranger leurs afiaires? Vingt fois Byron dut ise prêter aux délicatesses de ce rôle ingrat de témoin ou d'arbitre qui oscille perpétuellement entre l'odieux ou le ridicule. Un autre jour, il fallait poser pour Sanders ou donner des idées à Westall pour ses illustrations de Childe-Harold, roulant avec le bruit du tonnerre d'édition en édition; et un autre jour il fallait songer au 'prologue que le comité du nouveau théâtre de Drury-Lane demandait, par le flatteur et irrésistible iatermédiaire de lord HoUand. Un autre jour, il fallait arrêter chez Gawthorn et faire livrer aux flammes la cinquième édition de cette satire qui avait commencé scandaleusement une gloire que Byron voulait pure de tous reproches. Maudite œuvre de jeunesse et de colère, que la contrefaçon renouvelait quand il croyait l'avoir étoufiée, et qui tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, toujours poursuivie, jamais complètement mise hors de combat, relevait une tête invulnérable, et, ,phénix moqueur, renaissait des cendres de Tauto-da-fé volontaire pour narguer le repentir de l'auteur, et railler ses anciens ennemis devenus ses amis. On ne dira jamais combien un mauvais livre qu'on a fait et qu'on voudrait n'avoir pas fait, a la vie dure. Satisfait de ce côté, ou croyant l'être, tenant ses libraires enchaînés, Fun par une obligation écrite en
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reça de Tédition qui loi avait été payée, Faotre par la menace d'un procès, cessant de se préoccoper de Cawthome oo de Ridge, Byn»i sacrifiait encore la Malédiction de Minerve et la Paraphrase ^Horace. Alors c'étaient ses embarras financiers qui le tourmentaient ; le marché laborieux de la vente de Newstead, les mines de charbon de Rochdale, un emprunt à contracter avec Scrope Davies, les mille soirées d'un grand seigneur encore obéré et qui ne pouvait tirer de ses ouvrages qu'un cadeau de six cents livres à &ire à M. Dallas. Puis c'étaient les obligations de l'homme du monde et les préoccupations du débutant politique. Les aflEcdres littéraires réglées, la Remte d^Édîmbourg et la Quarterly, dans la personne de M. Giffbrd et de Jeffries lui-même, gagnées à sa cause par ces déférences que permet vis-à-vis d'un juge autorisé la dignité la plus scrupuleuse et dont ne dispense pas le talent, il fallait songer à la motion de lord Donoughmore en faveur des réclamations des catholiques d'Irlande. Lord Byron l'appuya en avril 1812, dans un second discours, moins important que le premier, mais qui entretint cette jeune réputation parlementaire qu'il finit par laisser se faner à sa troisième fleur. Il fallait, mais de ceci Byron se préoccupa peu, car il n'y avait pas en lui, quoi qu'en dise M. Dallas, l'étoffe d'un courtisan ni d'un poète lauréat, songer à sa présentation au Régent, que Fauteur de Childe-Harold ajourna jusqu'au jour où il fut appelé au milieu d'un bal et conduit au prince, sur sa demande, par un de ces opiniâtres médiateurs auxquels on n'échappe pas. Lord Byron du reste eut la surprise de trouver dans le futur Georges lY, un homme lettré et un homme de
goût, et le plus gentleman des princes. bonheur! quand un prince a du goût et du tact, et sait manier les hommes sans les casser, quand une princesse est une véritable artiste et une femme charmante, dont le talent fait oublier le rang, dont la bonté se pare de grftce et dont le cœur pétille d'esprit 1 La race n'en est pas tout h fait perdue, et au milieu des violettes comme au milieu des lis, il y a eu, il y a encore des fleurs exquises de royauté et de principauté, dont le parfum embaumera l'histoire !
Ceci nous amène naturellement aux salons. Quel salon, quel château ne se fût honoré de la présence de ByronîOn se le disputait tour à tour chez les Lamb, où l'attirait déjà une prédilection marquée, chez les marquis de Lansdowne, de Tawistock, chez les Jersey, à Midleton, à Withe-Hall, chez les Melbourne , et à Londres, chez lord HoUand, chez lady Spencer, lady Cahirs, lady Heatcote, chez sir Francis Burdett, chez sir Humphrey Davy ou le commissaire-priseur Robins, chez les miss Berry, bientôt chez Mme de Staël. Tout cela sans compter les dîners chez Rogers, chez Douglas Kinnaird, chez Gilbert EUiott, et les rencontres avec Walter Scott ou Moore chez Murray , et les causeries arrosées de Champagne, où Sheridan, en pleurant et en riant tour à tour, excitait à la fois, par une éloquence que rendaient si pénétrante sa gloire, sa vieillesse et ses malheurs, le rire et les larmes, où Scrope Davies ne tarissait point de verve, où Colman lui donnait si spirituellement la réplique, verre contre verre, épigramme contre épigramme. Là, un jour, Bayley et Maddocks, camarades* de collège de Byron, lui rappelaient les émotions qu'ils avaient goûtées en-
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semble le jour de l'exécution de BeUinghâm, pendu pour avoir assassiné en pleine Chambre des communes M. Percival; ou, un autre jour, M. Hobbhouse et lui relisaient et commentaient cette fameuse lettre d'Ali, -pacha dé Janina, rapportée par le docteur Holland à Byrori, et où, dans le latin le plus élégant, le même hotnme qui, le printemps précédent, avait fait fusiller devant lui tous les habitants d'une ville où quarante-deux ans auparavant sa mère et sa sœur avaient été maltraitées, lui souhaitait le bonjour et 16 priait de lui faire faire un fusil à son goût.
Parmi les autres incidents de cette année 1813, glorieuse et mondaine, il faut signaler Id publication d'un poëme sur la Valse , ravissant de grâce et d'ironie, dont le succès ne^ répondit pas à l'attente de l'auteur qui eut la coquetterie de le désavouer, et en mai, après cette œuvre printanière, d'une couleur et d'un parfum trop délicat pour n'être pas fragile, cette rose d'Orient, éclatante, superbe, ce poëme de terreur, de pitié et d'amour, le Giaour^ écho immortel d'un souvenir du cœur de Byron. Le succès, cette fois, fut immense. Le Giaour^ à l'automne de 1813, avait eu déjà cinq éditions.
Notons encore la connaissance que fit Byron à cette époque du journaliste Leight Hunt, son futur avotat et son futur calomniateur, relations qui ne furent pias sans quelque influence sur l'esprit du poëte. C'est Moore, le gai compagnon de ces promenades à Sommerset-House, où lord Byron était si embarrassé de ce chapeau qu'il détestait et remplaçait en voyage, si volontiers, par un bonnet de fourrure ou de drap ; c'est Moore, le gai convive des soupers chez Rogers, parfois
Improvisés au point de se composer de pain et de fromage, qui fut l'entremetteur de cette liaison avec un homme qui devait éprouver la générosité de Byron et l'en punir par l'ingratitude.
M. Leigh Hunt, dont le mérite comme littérateur n'est pas contestable, était éditeur d'un journal hebdomadaire indépendant, ï Examinateur ^ qui, en 1813, avait attiré sur lui les foudres du pouvoir, en reprochant, au nom des wighs déçus, au prince régent, la désertion qui trompait si inopinément leurs espérances d'avènement, dans la personne même de leur ancien patron. Un procès intrépidement affronté, terminé par une condamnation à deux ans de prison courageusement subie, avait fait de Leigh Hunt et de son frère les héros et. les martyrs de la persécution toryste, et leur avait attiré de nombreuses sympathies. Byron n'hésita pas à joindre son hommage consolateur à celui de ses amis, et, au mois de mai 1813, il entra avec Moore, en qualité de convive, dans la prison de Cold-Bath-Pields, où le journaliste populaire donnait de temps en temps à dtner à seâ admirateurs. Ainsi commencèrent les rapports qui devaient associer plus tard lord Byron à la fondation et à la rédaction du Libéral.
Le 2 juin, il fit à la Chambre haute sa troisième et dernière apparition, son troisième début, à propos d'une pétition du major Cartwright, héros et martyr obscur de l'apostolat de la réforme parlementaire. Frappé sans doute de ce fait commun à toutes les Assemblées, que les motions les plus écoutées sont souvent les moins entendues , et que les plus éloquents discours sont les plus stériles, dégoûté d'ailleurs de cette gloire parlementaire qui ne croit qu'à force de
sueurs oratoires et de quotidiens efforts, par la jouissance d'une gloire supérieure, épanouie, inviolable, Byron descendit de la tribune pour n'y plus remonter, et échangea le rôle d'acteur contre celui d'observateur. Il avait au moins donné, en protégeant dts ouvriers plus malheureux que coupables contre la terreur et la rancune des manufacturiers, et en protestant, au nom du travail servile contre la féodalité financière ; en demandant, lui protestant, l'égalité civile et la liberté religieuse pour les catholiques opprimés; enfiu, en faisant rougir l'intolérance ministérielle des affronts et des cicatrices d'un vétéran du progrès, il avait, disons-nous, donné des gages d'une intelligeuce et d'une générosité politiques dignes d'un poète, et rares chez un grand seigneur. Il a laissé en plus , dans son Mémo^ randtim, sur les orateurs dont il dédaigna de suivre plus longtemps les traces, des notes et des croquis qui attestent la perspicacité d'un dilettante parlementaire, arraché à l'arène par un dégoût d'artiste plus que par la crainte d'un échec *.
La Correspondance de Byron, relative à la fin de l'année 1813, nous le montre partagé entre le dégoût des autres et de lui-même, oscillant d'une incertitude à une autre , touchant tour à tour au fond amer de l'amour et de la gloire, fatigué de passion et non assouvi; arrivant enfin, d'expérience en expérience, de déception en déception, de satiété en satiété , aux extrêmes degrés de l'exaltation intellectuelle et de l'angoisse morale. Son journal intime, commencé en 1813 et poursuivi jusqu'en 1814, jusqu'à ce qu'une suprême