Moore, t. Il, p. 141, 142. — 2. Née Iç 13 novembre
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alanguie de ses vingt ans, de cette serre chaude de la jeune fille prodige, elle était charmante, avec cet adorable mélange de liberté et de pudeur, de naïveté et de coquetterie de la femme précoce, qui devine tout ce qu'elle ignore et aspire à tout savoir. L'homme auquel échut la mission de lui tout apprendre dans cette délicate initiation du mariage, qui compte si peu de bons maîtres et tant d'écolières rebelles, n'était peut-être pas tout à fait celui qu'il eût fallu à une jeune épouse douée de cette imagination fatale aux prestiges conjugaux. Cependant, il faut le dire, pendant plusieurs années, lady Caroline, devenue le 3 juin 1805 la femme de l'honorable William Lamb , un des fils du premier vicomte Melbourne (Peniston Lamb) et son mari, furent prosaïquement heureux, et ils eurent plusieurs enfants. Ce bonheur intime et domestique, dont des succès mondains et de fréquentes lectures dans la bibliothèque d'une maison intelligente , faites en commun avec un époux lettré, accentuaient et variaient suffisamment la monotone et légitime douceur, ne cessa que lorsque parut Byron, revenant de ses voyages aventureux, et incarnant, dans sa beauté aristocratique et sa mélancolique attitude, ce type de Childe-Harold, dont pas une femme du temps en Angleterre ne pourrait jurer qu'elle n'a point rêvé.
A partir du jour où Byron et Caroline Lamb se rencontrèrent chez lady Jersey, par un de ces hasards qui décident d'une destinée, le charme de celte existence sereine et honorée fut rompu à jamais , et lord Byron se sentit entraîné lui-même par un de ces attraits impérieux auxquels on ne résiste qu'après les avoir subis. Gomment, par admiration, par pitié, par simple ga-
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lanterie^ par curiosité enfin^ sinon pftr amour^ n'eût-il pas été un moment Séduit lui-même autant qu'il avait fasciné? N'était-ce pas un triste, ttn superbe, un douloureux, un sublime spectacle que celui de cette fille et femme de pair, de cette mère de trois beaux enfants, s'abandonuant tout d'un coup aiu délire d'une passion telle que, perdant à la fois la t)udetir et la raison, elle eu oubliait tout ce qu'il y à de ôOi:Éplable dans le sacrifice de soi-même quand on ne s'el^ipartlent pas, et tout ce qu'il y a de hoiiteux dans une chute faite de si haut? Oui, du premier jour^ du premier moment, Caroline Lamb, frappée du trait foudroyatit qui ne s'arrache plus, se donna, — que dis-je? foulant aux pieds ayec joie toutes les convenances, — s'oflrit à son vainqueur. On devine l'éclat scandaleux d'une liaison aussi témérairement affichée par celle qui avait le plus d'intérêt à la dissimuler, et qui, au contraire, prenait plaisir à déchirer les voiles et à provoquer l'hypocrisie et la curiosité. Malgré les efforts chevaleresques de Byron pour atténuer la faute en en partageant la responsabilité, malgré les malins expédients que lui fournit bientôt la satiété pour échapper à la contrainte de ce lien tour à tour odieux et ridicule^ dont Caroline Lamb, de victime devenue tyran, serrait chaque jour publiquement les nœuds, ce fut un cri général de surprise, d'indignation et de mépris. Tandis que le mari, sage et discret personnage, se retirait tristement dans la dignité du silence et méritait ainsi, sans les implorer, les sympathies qui, en semblable occurrence, sont rarement de son côté, la noble coupable, la folle romanesque, était flétrie tout haut par la réprobation d'un sexe qui sait mettre au besoin tant
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de jalousie dans son honiiêteié et tdtit de cruauté dans sa vertu. Au fond, ce que les femmes pardontifiiiènt le moins à Caroline Lamb, c'était d'avoir affiché sa faiblesse et pointé préjudice à Torgueilletix renom d'iînpeccabilité dont s'honore le corps des pairesses anglaises; uti autre grief, qu'il û'ëât pas inutile de faire entrer en ligne de conlptç pour expliquer cet iiiexorable haro, t'est l'accaparement d'Un homme qui, eu sa qualité de lord, de grand poëte et de cavalier accompli, appartenait un peu à toutes les femmes. Pour leâ hommes, qui falsaieht chorus â l'anathème, ils n'étaieiit pas fâchés de diminuer le prestige dii plus dangereux des rivaux, et d'humiUer impunément d'Un reproche moral un homme dont il était plus facile de critiquer la conduite que le talent.
De tout cela, il résulta, pour lady Caroline Lamb, la mise hors la loi des chutes qui n'ont pas su ou n'ont pas daigné se ménager l'impunité du hiystère, et pour Byron, la mise hors la loi de toute complicité (fût-elle innocente) de cette violation du décorum social, con* jugal, immoral. Une femme qui laisse un homme se jeter à ses gieds, peut encore se tirer d'affaire^ comme réputation, fût-elle surprise. Mais une femme surprise se jetant à la tête d'un hdmtile, est à jatnais perdue. Le monde, qui a créé des degrés pour la vertu, en a aussi imaginé pour le vice, et sa morale est celle de la faute cachée à moitié pardonnée. Mais il est implacable sur rinsolence d'une faute avouée et le Scandaleux défi d'une passion sincère jusqu^à l'oubli de son autorité. Il faut avouer aussi, pour excuser la sévérité du monde et expliquer Tindififérence qui finit par
devenir de la haine entre deux êtres également incapables de porter longtenaps le même joug, que lady Caroline Lamb poussa parfois jusqu'à un sans façon fantastique si ce sacrifice des convenances qu'elle immolait si facilement à sa passion, que son mérite en était fort diminué, même aux yeux de celui qui en était l'objet. Byron était de la race de ces Anglais qui ont pas mal de sang français dans les vaines. Le descendant des Byron Normands, comme Bolingbrocke, comme Chesterfield, comme Horace Walpole surtout, avait l'horreur superstitieuse, féroce, du ridicule. Or, lady Caroline Lamb l'avait à peine vu, que travestie en jockey, déguisement qui faisait valoir d'une façon originale sa désinvolture d'Italienne et sa cambrure d'Espagnole, et auquel ne nuisait point le contraste provoquant de ses cheveux blonds, bouclés, et de ses yeux d'un noir ardent, elle se présenta chez l'auteur de Childe-Harold avec une missive, venant, disait le groom improvisé, de la part d'une femme prête à devenir sa maîtresse.
Byron n'eut pas de peine à reconnaître dans ce page alerte et mutin, l'auteur de la lettre elle-même, fragile passe-port d'une vertu qu'il eût été impertinent de respecter. Des relations qui débutaient ainsi ne pouvaient manquer de devenir intimes. Leur miel se fut aigri moins vite sans les publiques incartades, les folles violences, les querelles jalouses d'une femme exaltée d'imagination et de caractère, qui s'était embarquée un peu trop vite, et surtout avait eu le tort de brûler son vaisseau et de s'interdire toute retraite. De là des scènes frisant tour à tour le tragique et le grotesque, suivies parfois de réconciliations tellement impruden-
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tes, qu'elles se laissaient surprendre parle mari. Byron ne put esquiver une de ces brusques rencontres qu'en jouant au voleur et en quittant la chambre où il laissait sa belle, simulant l'attaque de nerfs, armé d'un poignard de boudoir, et emportant un écrinsous le bras. Malheureusement pour l'effet de ce rôle, il laissa tomber de sa poche, dans l'élan de cette théâtrale sortie, une lettre à son adresse. De semblables accidents unissaient par agacer un homme comme Byron, surtout quand une femme comme Caroline Lamb ne trouve d'autre remède à lasituation que de fuir ensemble pour une lointaine contrée. Byron, qui se refroidissait à mesure que sa conquête révoltée s'exaltait davantage, finit par cesser complètement de la voir, après avoir épuisé l'indirecte leçon, que, toujours à la façon de Walpole, il avait essayé de donner à ses emportements de passion et à ses excès de style, en lui copiant, en réponse, les brûlantes épîtres des Lettres portugaises et des Liaisons dangereuses.
Vous devinez l'inévitable dénoûment, juste fatalité des amours adultères. Ce qui ne se dénoue pas, on le brise. Byron rompit brusquement, presque brutalement sa chaîne. Caroline Lamb n'était pas pour lui la femme de toute la vie, mairf la femme de quelques jours. Il n'y a rien de terrible comme une lady qui s'obstine à régner. Ce n'est pas tout que d'être folle, encore faut-il être jolie. Or, au dire de Byron, il y aurait eu à redire de ce côté, Caroline Lamb étant surtout ce qu'on appelle gracieuse. On sait ce que ce mot peut comporter de restrictions et de perfidies. Mais pourquoi ne pas demander à Byron lui-même le récit rapporté par Medwin, de cet épisode amoureux et dramatique
de son rè^ d'homme à la mode, entre la publication du Childe-Harold et celle du Qorsaire (1812-1814)?
On pu})liait alors mon second phant de ChUde-Harold, et, comme, iQalgré tout ce cpie je pus (ii^e, le monde voulut reconnaître mon portrait dans ce poëme, chacun était curieux de me connaître et de s'assurer de l'identité. Je fus partout Tobjet d'une déférence marquée, je fus recherché dans toutes les sociétés, fêté par lady Jersey; j'eus mes entrées à Devonshire- ' House, et je mp vis dans les bonnes grâces de Brummel, ce iç[ui, à cette époque, suffisait pour naettre un homme à 1^ mode; enfin, j'étais un lion, le poëte de toutes les fêtes, l'homme adoré qu'on se disputait! Le Corsaire porta ma réputation à son comble, comme vous pouvez le croire, puisque une édition fut enlevée en un seul jour (quatorze mille ezem* plaires).
Polidori (son médecin), qui était un peu vain, me demanda un jour quelle était la chose qu'il ne saurait pas faire aussi bien que moi. Je lui citai, je crois, quatre choses : que je pourrais faire quatre milles à la nage ; composer un ouvrage dont quatorze mille exemplaires seraient vendus en un. seul jour; boire quatre bouteilles de vin; Qt j'oublie quelle était la quatrième. Cependant, comme je vous V3^ dit , mon Corsaire suffisait pour captiver toutes les dames.
A cette époque, je devins ce que les Français appellent un homme à bonnes fortunes, et fus engagé dans une liaison que je puis dire sérieuse. A peine la dame était-elle remarquable par quelques charmes extérieurs; quoique gracieuse, sa personne était un peu trop mince dans son ensemble; elle manquait de ces contours arrondis que l'élégance et la grâce voudraient vainement remplacer. D'ailleurs elle était jeune et tenait aux premières familles; elle était douce, d'une extrême vivacité ; son imagination était échauffée par la lecture des ronïans, dont elle s'im^inait être l'héroïne, et elle s'abandonnait enfin à tous les écarts de son imagination. Elle était mariée, mais pe n'était qu'un mariage de convenance, et jamais couple ne professe à un plus haut degré cette indifférence de bon ton et cette indépendance réciproque qui régnaient
dans ce méoage. Qe fut dans oe temps qae le hasard nous rapprochîj soi^vei^t. Jf^mais plie n'^y^it connu ramour, du moins ce qui concenje les affections; peut-être môme était* elle née sans cœ|ir, comme tant d'autres de son sexe; mais sa tète suppléait à ce défaut, et au delà.
Je fus bientôt félicité par mes s^xcàn de ma conquête , et je fis moQ possible pour montrer que ja n'étais piMf insensible ^ une préférpi^cp que je ne pouv?iis m'empêpher d'apercevoir. Je fis tous mes efforts pour devenir amoureux. J'exprimai toute l'ardeur que je pus rassembler en moi, et je continuai à nourrir ma flamme d'un constant aliment de billets doux et de vers amoureux.
Il ne fallait pas êtri» un adepte pour voir où tout cela
allait aboutir. Je me Jaisse facilement gouyemer par le^ femmes, et elle prit sur moi un ascendant auquel il ne me Jut pas aisé de me soustraire. Je me soumis longtemps à cet esclavage, car je hais les scènes et suis d'un caractère indolent ; mais à la fin je fus forcé de briser le nœud assez brusque* ment. Comme tous les amants, pous eûmes plusieurs querelles, avant d'en venir h une rupture défînitivp. Une entre autres eut lieu d'une manière fort étrange et sans aucune explication verbale. Elle ne Toubliera pas. Pendant notre intimité même je ne fus rien moins que fidèle à cette belle, ce qu'elle soupçonna bien. Dans le dessein de découvrir mes in- |;rigues, elle m'épia, trouya |ine dame ches moi, y pénétra elle-même comme un furet, déguisée en postillon. Mon valet de chambre, dupe de cette mascarade, la laissa entrer, lorsque, au grand désespoir de Fletcher, elle quitta le rôle masculin pour reprendre le féminin. Imagines un peu la scène, elle était digne de Faublas I
Sa conduite pqsl;érieure ïje fut qu'iu^e fo}ie ii^exprim^ble, up mélange ^e dépit ej; de jalousie *..,.
Et d'amour sincère, éperdu, car il est impossible de douter de la sincérité de cette femme que la passion dévore, tout entière à sa proie attachée, et qui s'épuise