Moore, t II, p
Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que cette femme, dont l'absence fut si funeste à Byron, ne fut pas, ne pouvait pas être cette jeune puritaine prodige qui va faire son entrée sur la scène. C'est elle qui, par un mélange de dédains et d'avances , calculé pour exalter chez Byron l'amour-propre jusqu'à l'amour, le fera, au moment précis indiqué par un de ces cœurs positifs, qui battent comme une montre, tomber dans le piège légitime d'un mariage fatal. C'est elle qui, à peine femme, à peine mère, le jour où son empire se heurtera à la première résistance de Tesclave légal, du serviteur intime, de l'époux-consort qu'elle a rêvé, l'abandonnera sans pitié, sans pardon, sans remords, emportant sur son sein impassible l'enfant qu'elle a conquis. Cette jeune fille, cette femme, perfide épouse de Byron sans défiance, tyran domestique qui poussera si loin l'art de se poser en victime, ce sera la vengeance incarnée de Thypocrisie anglaise, irritée des railleries irrévérencieuses de Byron. Ce joug qu'il n'a pas voulu portef socialement, on le lui imposera conjugalement, et ce masque glacé qu'il a arraché audacieusement du front de l'égoïste vertu et de l'honnêteté étroite, de la vertu sans cœur et de l'honnêteté sans entrailles, il le retrouvera sous ses lèvres, dès le premier tête-à-tête de cette irréparable union. Et cependant il y avait là peut-être, sans le cant, tout ce qu'il fallait pour être heureux. Byron désirait l'être et ce lion était un enfant qu'une main plus caressante eût gouverné. C'est la douceur qui dompte les forts.