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terie de Teau dormante ! aboutirent facilement et rapidement au résultat logique de ces rapports entre deux natures également dominatrices , mais inégalement patientes. La victoire demeura à la ruse sur la force. La vipère fascina le lion. Byron, vaincu, aspira au joug conjugal, impatient peut-être de secrètes revanches. Miss Millbank sentit le danger. Elle éluda la demande la plus positive qui puisse être faite en ce monde par ce non^ gros de oui futurs, qui retient en repoussant. Elle formula ce refus avec tant de tact et de ménagements, qu'il^emblait une victoire, puisqu'elle reculait, ' et se retournait en fuyant. Acharné à sa conquête, attribuant Téchec de cette première épreuve à des craintes qui n'ont rien que de flatteur, à des scrupules où Ton peut voir la moitié d'un aveu, Byron se sentit plutôt excité que découragé :
Son refus était exprimé en termes qui n'avaient rien d'offensant pour moi. D'ailleurs, j'étais persuadé qu'en rejetant mon offre, elle était gouvernée par l'influence de sa mère. Ce qui dut surtout me confirmer dans cette opinion, c'est qu'elle renoua elle-même sa correspondance avec moi un an après. Sa lettre portait en substance que, quoiqu'elle ne pût pas m'aimer, elle désirait mon amitié. L'amitié est un mot dangereux pour de jeunes personnes. C'est l'amour avec toutes ses plumes, et qui n'attend plus qu'un beau jour pour s'envoler.
Byron, à la suite de cet échec, retomba bientôt dans les tergiversations et les oscillations de sa pensée toujours portée à l'extrême et de sa vie contradictoire. Son journal et ses lettres sont l'image fidèle de ces houles perpétuelles de son âme agitée, et de ces désirs vaga-
bonds, tour à tour emportés par le goût de Torage ou le désir du nid.
Les premiers mois de 1814 forent marqués par la publication et le succès sans égal encore dans cette vie déjà gâtée par le succès, du Cormre, troisième épreuve de ce type favori de Byron , et dont il a jusqu'au bout multiplié et caressé les images, comme s'il y eût mis ou s'il y eût cherché les traits de sa propre ressemblance, Childô'Haroldf le Giaour^ le Corsaire Lara, Ainsi, de degré en degré, de spirale en spirale, de ténèbres en ténèbres , descendra constamment vers l'abtme cette Muse conçue dans la douleur et éprise de la sombre beauté des têtes fatales, que tuera enfin, à la dernière marche de ce puits d'ombre de l'abstraction et de l'exception, le froid baiser de Manfred. Ce Conrad du Corsaire^ dans lequel les lectrices surtout virent le portrait de 1 auteur, répondait si bien à l'idéal du moment, à la mode régnante, qu'il est impossible de dire l'effet qu'il produisit sur ces imaginations de 1814, passionnées par les luttes gigantesques qui faisaient trembler l'Europe sur ses fondements, avides des émotions étranges, des passions excessives, des dénoûments terribles qu'on exigeait d'autant plus du poëme et du roman, quand la réalité elle-même les contenait dans son drame. Cette double coïncidence, que le poëte n'avait peut-être pas assez dédaignée, assura à Fouvrage un débit prodigieux, et plus d'un vers de ce poème ardent mit le feuàplus d'une têteetàplus d'un cœur. Pour achever de passionner cette élite de lecteurs, qui pour la première fois se faisait foule, Byron avait, à l'adresse des deux sexes de ce public, exalté à la fois par le satanisme et le patriotisme , dé-
cochi^ ces stanas à la princesse Charlotte^ un des chefsd'œuvre de la satire lyrique : « Pleure, fille d'une race recale ! » Les journaux ministériels ouvrirent aussitôt le feu sur cet insolent petit brûlot, jet.é dans leurs aaux d'une main infaillible et inexorable. Au même mopaeiit, l'auteur du Corsaire et des stanpes à la princesse Charlotte, affectait d'irriter encore la fibre officielle et populaire par ses épigrammes sur la décadence anglaise et sur la déchéance royale s'enrôlant au service de la Restauration, épigrammes rendues plus cruelles encore par cette admiration poqr Napoléon, à la fois sincère et artificielle, où il faut faire la part des circonstances et du défi, mais qui est demeurée jusqu^au bout une des passions de Byron, et un des traits de sa physionomie littéraire et morale les plus caractéristiques. De là, contre le poète impie, le lord Jacobin, l'Anglais bonapartiste, un déchaînement de colères aveugles, de susceptibilités étroites, une conspiration de haines aristocratiques et populaires qui devait trouver dans miss Milbank Tinstrument de cette vengeance presque nationale qui eut dans une querelle conjugale, son vulgaire Waterloo, et, dans le roc de Missolonghi, son sublime gibet.
C'est peu de jours après les premières manifestations publiques ou privées, dont le poursuivaient à la fois l'admiration et la colère, que le poète provocateur, rentré dans la solitude, l'oisiveté, et ce que Locke appelait « la mauvaise compagnie de soi-même, » retombait dans ses analyses araères et stériles ; et, en songeant au passé* au présent et à Tavenir, ne trouvait, pour caractériser son état de doute et d'inquiétude, que les vers funèbres i'Hamlet. Voici un échan-
tillon de ses réflexions moroses et sarcastiques. Nous passons, par upe réserve facile h comprendre pour ceux qui les liront, celles qui concernent Napoléon , la République, tous les paradoxes politiques enfin qui illuminent sans cesse le ciel de son esprit, fusées brillantes, puis carcasses fumeuses et vides. Byron s'amusait de ces sublimes absurdités d'un génie en délire qui joue, brutalement téméraire , avec la poésie et la raison, comme un enfant avec des cristaux étincelants, mais fragiles, qui se brisent avec bruit, après avoir décrit une brillante parabole, sur l'angle aigu du bon sens. Mais citons seulement, de ces épanchements intimes, ce qui a trait à cette situation morale que nous essayons d'analyser.
Irai-je chez Mackintosh, mardi? Hein! Je ne suis point allé chez le marquis de Lansdowne, ni chez les miss Berry, quoique ces deux réunions soient agréables ; j'en dis autant de sir James. Mais je ne sius, il me semble qu'il n'y a rien à gagner 4ans les assemblées, à moins que l'on n'y rfsncontre quelque belle ^soi, quelque passion, sap.eine *....
Le dimanche 25 février, sa pensée incline vers la femme, la femme et sa présence toujours pacificatrice, consolatrice, tutélaire, « même sans amour, » même sous la figure ridée et les vêtements sordides de la farouche mistress Mule « chargée d'allumer son feu. < La plus vieille simpiternelle, et la plus flétrie de son « espèce ; sentinelle vigilante, constant épouvantail « qui le préserve d'importuns visiteurs, dont la phy- « sionomie rechignée centriste ses plus dévoués amis, « dont enfin le caractère aigre ne s'humanise que par