Moore, t. I, p
pâle et sardonique, réprésentait l'éclair, et ou Mrs Byron, qui passait rapidement de la menace à Texéculion, représentait la foudre ou plutôt la grêle. Les tasses brisées, le thé répandu (infanduml)^ elle puisait au coin du foyer, dans le fourgon lui-même, arsenal imprévu, des arguments plus massifs et plus dangereux. De là des scènes à la tpis tragiques et comiques. Un soir, par exemple, la mère et le fils, saisis des mêmes craintes et des mêmes pressentiments, faillirent se rencontrer chez le pharmacien du voisinage, où ils venaient, chacun de leur côté, se recommander à sa circonspection en cas de demande suspecte. L'un et l'autre se calomniaient ainsi évidemment, emportés par leur imagination bien au delà du but. Dans la dernière contestation , Byron n'ayant évité que par un brusque mouvement l'espèce de masse d'armes avec laquelle on attise le feu du charbon, trouva la mesure comble , se réfugia chez un voisin, et de là ne fit qu'une traite jusqu'à Londres. C'est de Piccadilly qu'il fait avec plus de malice que de colère, à son ami Pigot,les honneurs d'une aventure qui lui avait fourni la clef des champs (9 août 1806.) Il y parle de sa mère, qu'il appelle irrévérencieusement « mon aimable Alecton » avec un sans-façon qui, tout afiecté qu'il est, semble pire que la haine. On met là tristement le doigt sur une des plaies secrètes de ce cœur ulcéré : l'absence d'une bonne et grande mère , de ses caresses préservatrices, de ses conseils inspirateurs, voilà le véritable, l'irrémédiable malheur de la jeunesse et de la vie de Byron.
A ce point de vue, toute cette Correspondance fajniière relative à la première escapade de Byron fait
mal au cœur. La première ivresse d'une telle indépendance a quelque chose de douloureux. On sent qu'elle est payée de déceptions sur lesquelles on s'étourdit en vain. Cette plaisanterie artificielle est navrante comme le sourire du condamné : la fusée y rate mouillée de secrètes larmes ; l'épigramme y retombe à terre comme un oiseau blessé.
Byron veut à toute force échapper à sa mère, qui, afQigée le lendemain autant qu'elle était irritée la veille, s'iiviigne et s'humilie à la fois, prie et menace tour à tour, va s'élancer enfin à la poursuite « de son lionceau, » Byron écrit :
Je viens de recevoir d'elle un acte de contrition auquel, crainte de récidive, j'ai fait une réponse modérée, avec une espèce de promesse d'être de retour dans une quinzaine, qu'entre nous je ne compte point tenir.... Je resterai ici au moins une semaine ou dix jours; avant mon départ je vous enverrai mon adresse; que sera-t-eDe? c'est ce que je n'ai point encore décidé; il faut, dans tous les cas, que Mrs B.... l'ignore ; vous pouvez lui présenter mes compliments et lui dire que toute tentative de poursuite serait inutile, attendu que j'ai pris des mesures pour battre en retraite vers Portsmouth, à la première nouvelle de son départ de Soutfiwell *....
Bientôt Mrs Byron, ses colères, ses repentirs, tout ce manège de tendre tigrerie qui lui donnent la seule originalité à laquelle elle puisse prétendre, cessent d'occuper le premier plan de cette correspondance caractéristique. Pour en finir avec cet incident, Mrs Byron annonce à son fils son départ pour Londres, et lentement y arrive. Byron l'attend de pied ferme, et