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finit par la dompter. Après quelques rugissements désespérés, la lionne rentrera à Southwell, vaincue à jamais, à jamais charmée. Deux choses peuvent expliquer ce prestige imprévu du rebelle triomphant, en dehors de Tefifet pour la première fois bu jusqu'à la lie, par Mrs Byron, d'une résistance inexorable. La mère vulgaire n'a pu revoir impunément l'être brillant et fort sorti de ses entrailles. Elle sent que toute sa gloire consistera un jour dans cet enfantement : à quoi lui servirait de le gâter? Le pot-au-feu aux ridicules orages n'a rien de mieux à faire que de vivre en paix avec ce vase d'acier, qui d'un choc le briserait. Mrs Byron , en somme, aimait son fils; on peut même dire qu'elle l'adorait, à sa manière sans doute, mais sincèrement. Cette humble résignation, consolée par l'orgueil, exaltée par l'espérance, qui suit le combat d'où elle sort domptée , le prouve surabondamment. Il est même permis de croire que nature inférieure, pliée soudain au joug d'une volpnté et d'une intelligence d'élite, elle n'aima jamais plus son fils que le jour où, de son sujet, il se fit à son tour son tyran. La mère détrônée revint à Soutjiwell, frappée d'une sorte d'illumination prophétique de l'avenir, emportant dans l'esprit comme un reflet de la gloire future dont le premier rayon dorait déjà le front de son fils , et dans le cœur une sorte d'admiration et de respect pour cet enfant qui voulait comme un homme. C'est en ce chaud mois d'août, où elle se sentit frappée au cœur d'une sorte de grâce qui la rendit raisonnable , que Byron lit ce double acte d'indépendance qui fascina sa mère et signala son avènement. Le jeune lord, à l'heureuse nouvelle du gain de ce procès en revendication de la
terre de Rochdale, qui le faisait plus riche de trente mille livres sterling, acheta sa première voiture et ses premiers chevaux. Le jeune poète songea à publier ses premiers vers. Quand sa mère le vit, il avait sur Le front ce double et foudroyant rayon qu'y mettent la victoire remportée sur le premier carrossier, la victoire sur le premier libraire. Étranges caprices de la destinée ! peut-être si elle fût venue une minute plus tôt ou plus tard, Mrs Byron eût-elle ramené à Southwell un fils repentant. Tout est affaire de la première vue, du hasard des circonstances et des sentiments au moment décisif.
Parlons d'abord des vers de Byron; nous dirons ensuite l'histoire de son carrosse, de son groom, de ses chiens et de ses chevaux, qui à ce moment ne l'occupèrent pas moins que ses vers. N'oublions pas que Byron était Anglais, lord, et qu'il avait dix-huit ans.
Byron, on l'a deviné, avait commencé d'écrire des vers dès le jour où il avait su bégayer cette divine langue, dont le don descend comme une flamme aux prédestinés, au milieu de leur premier rêve de gloire ou d'amour. Tous les sentiments qui avaient jusque-là effleuré son cœur l'avaient fait vibrer comme un luth. Enfin un jour il s'était senti çt déclaré poète, comme la Fontaine le sentit en entendant une ode de Malherbe^ comme le Corrége se sentit peintre devant la sainte Cécile de Bologne. Miss Pigot, qui ne lui connaissait pas ce talent (on n'avoue les premiers vers qu'en rougissant, comme le premier amour), venait de lire avec âme quelques poésies de Burns. Byron, encouragé jusqu'à l'indiscrétion par cette harmonieuse avance d'une jeune fille, qui ne lisait pas en profane, lui dit « que
lui aussi était poète et qu'il écrirait pour elle quelquesuns de ses vers, dont lise souvenait. » Il traça en effet au crayon la pièce qui commence ainsi :
In thee I fondly hoped to clasp.
Il lui récita ensuite : « Quand la voix de mes pères, du haut de leur palais aérien, rappellera à mon âme, » fragment, dit MooreS si plein du pressentiment de sa gloire à venir.
L'appétit de la célébrité vient en goûtant au premier éloge. Il n'y a que le premier pas qui coûte, entre lire ses vers et les imprimer. Byron se sentit bientôt piqué de cette curiosité ambitieuse qui nous fait auteurs. Son vœu n'allait pas cependant alors plus loin que la yolupté de se voir imprimé, tout au plus de se faire lire de quelques donataires choisis. N'oublions pas que Byron appartenait à cette aristocratie anglaise où l'on a le bon goût de ne pas mépriser le talent, mais où Ton a une horreur du ridicule bien supérieure au désir de la gloire. Là on ne se risque dans la publicité, où nos Français se jettent si volontiers du haut d'un pont ou d'un clocher, qu'avec précaution, et en ne mettant, comme a dit Dante, qu'un pied après l'autre dans cette eau variable, tantôt pure comme la source, tantôt fangeuse comme l'égout, selon qu'on y entre ou qu'on y tombe.
C'est Ridge, libraire à Newarck, qui reçut les premières confidences de la Muse byronienne et fut chargé d'imprimer à ses frais les manuscrits d'un jeune poète, qui ne devait pas tarder à pratiquer l'art, que nul ne posséda comme lui, de les vendre fort cher, de