Moore, t. II, p. 342, 365. — 2. Moorej t. II, p
pars pour Pltalie. Newstead m'est rendu, et des vingt-huit mille livres déjà payées, vingt-einq mille me sont remboursées. Le dernier acquéreur appelle cela un sacrifice et nous ne nous disputons pas sur les mots. J'ai payé une partie de mes anciennes dettes, et j'en ai fait de nouvelles; il me reste pourtant quelques milliers de guinées, que jamais je ne pourrais dépenser selon mes goûts dans un pays comme celui-ci; par conséquent, je reprendrai mon vol vers le Midi. Mais tout ceci dépend d'un événement. Arrivera- t-il, ou non? Demain on décidera probablement. S'il arrive, ce ne sera pas trop le cas de voyager à l'étranger.
Cet événement, c'était la demande de sa main, adressée à miss Milbanck par lord Byron, dans une lettre dont un de ses amis, mêlé à cette affaire, et hostile au choix, dit après l'avoir lue : « Vraiment c'est une fort jolie épître. Il est dommage qu'elle ne parte point. Je n'en ai jamais lue de plus charmante. » « Alors, elle partira, » dit Byron, qui aimait à faire violence à la fortune, et qui écoutait volontiers les conseils, quand on était de son avis. La lettre fut scellée et partit.
Pendant cinq jours, Byron fut dans un état d'anxiété mêlé d'espérance, dont sa seconde lettre au même Moore, 15 septembre 1814 (deux lettres en un jour), respire le frémissement.
Le 20, c'est l'hosannah ému, attendri du triomphe nuptial intime. Éprouvé et reconnu capable de constance, Byron est agréé, agréé avec un empressement flatteur. Elle se rend enfin, cette citadelle de piété, de vertu, de pudeur. Et la clef de ce cœur si longtemps fermé, gardé par tant de scrupules, cuirassé partant de méfiances, elle part, par une double lettre, à la double adresse de Byron, à Londres et à Newstead. Empresse-
ment qui peut sembler étrange et qui trahit la pensée secrète de cette longue résistance! Après avoir fait attendre deux ans un Byron, on tremblait d'attendre à son tour, d'attendre en vain, la coupe de la patience étant pleine, et le soupirant, pour un jour de retard, pouvant se lasser, se décourager, s'irriter peut-être. Byron satisfait, écrivait le 20 septembre à Moorece bulletin de victoire, précédé d'une épigraphe empruntée aux Mélodies irlandaises^ et qui peint bien l'illusion d*un cœur généreux, qui se croyait rassasié et qui n'était qu'aflfamé d'aimer.
Mon cher Moore, je vais me marier, c'est-à-dire que je suis agréé, et il est naturel d'espérer que le reste suivra. La mère de mes Gracques futurs est, selon vous, trop guindée pour moi, quoique le modèle des enfants uniques ^ imbue des maximes dorées de toutes sortes de grands hommes, et douée d'autant de qualités heureuses que Desdemona môme. La dame en question est miss Milbanck, et j'ai reçu de son père l'invitation de me rendre chez lui en ma qualité d'élu; ce que pourtant je ne puis faire qu'après avoir terminé quelques affaires à Londres, et m'ôtre procuré un habit bleu.
On dit que miss Milbanck est une héritière ; circonstance que j'ignore entièrement et dont je ne m'informerai point. Ce que je sais, c'est qu'elle a des talents et d'excellentes qualités. Je crois aussi que vous lui accorderez du jugement, puisqu'elle a rejeté six candidats et qu'elle m'a choisi.
Si vous avez quelque chose à dire contre cette affaire, parlez, ma résolution est arrêtée, fixe, invariable; je suis donc dans la meilleure disposition pour écouter la raison, puisque ses effets sont neutralisés d'avance. Telle chose pourrait advenir qui nous fit rompre, mais j'espère le contraire....
.... Il faufr maintenant que je me réforme tout de bon, et sérieusement; si je puis contribuer à son bonheur, j'assurerai par là le mien. Elle est si bonne que.... que,... en un mot, je me voudrais meilleur.
Nous citons volontiers ces lettres de Byron , parce qu'elles sont admirables , d'une verve soutenue et d'une légèreté ailée que n'ont pas toujours ses vers, mais surtout parce qu'elles éclairent singulièrement son âme, permettent de juger enfin , en la prenant aux origines, aux débuts, aux imperceptibles levains, aux germes peu à peu envenimés, celte grande querelle, demeurée jusqu'à ce jour indécise, des causes et des torts dans cette séparation où l'^ngle^ terre prit si passionnément et si injustement parti contre la véritable victime. On voit les sentiments de Byron dans l'intimité, la nudité des épanchements épistolaires. On voit se rouvrir peu à peu, à la première goutte de pure rosée, celte âme brûlée et aussi purifiée par le feu des passions. Que de jeunesse encore en ce cœur qu'on disait blasé ! Comme elle refleurit vite, cette fleur d'imagination et de sentiment qu'on prétendait à jamais flétrie. Et c'est le mariage auquel revient l'honneur d'un pareil miracle I Que n'a-t-il donc tenu ses promesses, cet hymen regardé comme une rédemption? Que ne devait-elle point pardonner, l'implacable matrone, à celui qui lui dressait dans ses lettres ces naïfs arcs de triomphe dont on ne trouve les hommages et promesses que dans l'enthousiasme d'un fiancé candide et sincère. Le 5 octobre 1814, il écrivait à la comtesse de....
...i Madame, je prends la poste pour devenir heureux. C'est miss Milbanck qui veut bien avoir la bonté de se charger de moi, etc....
Les préparatifs du mariage s'agitèrent au milieu des plus souriants auspices de concorde et d'espérance.
Quelques nuages de calomnie ou de médisance, qui ne firent que passer, ne firent aussi que rendre plus bleu Fazur serein de ce ciel nuptial, où allait se lever la lune de miel.
Et lord Byron, tout étonné de croire au bonheur, c'est-à-dire d'être heureux, enchanté de la surprise de soins et de sentiments si nouveaux pour lui, s'avoua gaiement vaincu dans son défi à la fortune, et s'occupa de payer à ses amis Hawke et Ray, les cent cinquante livres qu'il leur devait pour le pari, peu galamment tenu, mais galamment perdu de ne jamais se marier*.
Oubliant ses préoccupations, à ce moment si diverses et si nombreuses, et tout ce ciel menaçant de procès, de dettes, de diffamation et d'envie qui semblait n'attendre, pour tomber sur sa tête, que la couronne de fleurs, Byron, de plus en plus pénétré du dévouement de celle qui bravait ainsi l'opinion et la sagesse elle^ même pour s'enchaîner à son sort orageux, et le pacifier de sa bénédiction, Byron écrivait, toujours à son cher « Tom » Moore :
Ma femme future est une perfection. Je n'entends parler que de son mérite, de ses talents, de sa beauté. Ses espé*rances de fortune sont grandes, dit-on, mais je n'ai point pris d'information là-dessus. Il y a dix mois que je ne Pal vue*.
Le 15 octobre 1814, il lui écrivait encore, pour épancher la source intarissable de reconnaissance, d'espé* rance et d'illusions. Nièce de lady Melbourne, cousine de lady Cooper, héritière de lord Wentworth, distinguée par l'esprit, embaumée de cette odeur de bonne