Moore,t. IV
rhorizon azuré de l'amour et de l'espérance; —soumis au perpétuel affront d'une contradiction vulgaire, atterré parles craquements de l'édiGce, sourdement miné, de sa fortune et de son crédit, poursuivi par l'impérieuse jalousie de sa femme jusque dans les souvenirs de ce passé où elle s'obstioe à chercher des rivales, condamné, avant d'être plaint, par l'opinion d'une société qui s'honore et se venge à la fois par ses rigueurs, — quoi d'étonnant que Byron ait eu des accès de cette incurable mélancolie qui faisait, à son avis', le fond amer, héréditaire, fatal de sa nature? Quoi d'étonnant qu'il ait parfois perdu patience, non jusqu'à sortir des bornes des convenances, mais de celles de la douceur? Quoi d'étonnant, enfin, dans son présent, fait vers cette époque, à Walter Scott, d'une grande urne d'argent, remplie d'ossements trouvés en février 1811 dans les sépulcres voisins des murailles d'Athènes , avec une inscription tirée de l'âpre Juvénal ^? N'était-ce pas là le symbole navrant, l'aveu muet de son âme et de sa destinée, déjà pleines d'ossements et de tombeaux? Pourquoi , en ces moments funèbres , ne pas le laisser à lui-même, luttant contre l'ange des ténèbres et en triomphant, et reprenant peu à peu sa force et sa sérénité, comme une source un moment troublée? Mais lady Byron regardait comme un affront une tristesse dont on lui cachait les causes par oi^ueil et par pitié, et elle s'offensait, comme d'une révolte ou d'une rivalité, de toute infidélité du rêve, de toute distraction de la mélancolie. Mais on n'épouse pas un poète alors, un grand seigneur ruiné, un malade de l'esprit, un blessé