‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 58 sur 104 · Medwin, 1. 1, p · texte numérisé non relu

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sortie pour accuser, pardonner, ou protester, du silence de son égoïste vertu» de sa glaciale dignité. Ce silence finit par être un aveu.

Pourquoi n'a-t-elle donc, si elle n'était pas insensible, jamais répondu à ces lettres, que Byron, navré de solitude, découragé d'abandon, poursuivi par le désir de l'impossible retour, la chimère de l'impossible réconciliation, la douleur de ne pouvoir contempler que dans ses rêves et embrasser que sur son portrait sa fille adorée, lui écrivit successivement de Genève, de Venise, de Gênes, pour lui faire l'aveu et le reproche de ses douleurs d'absent et d'exilé, de ses fautes de désespéré dont elle était cause, de son spleen domestique, de sa nostalgie paternelle? Pourquoi n'a-t-elle pas protesté non plus contre ce passage de ses Mémoires, manuscrit remis par lui à Moore, contenant l'histoire franche et loyale de son mariage et de sa séparation, et qu'elle était sommée de lire et de démentir, si elle l'osait.

Si elle ne l'a pas fait, et c'est là sa seule, et maigre et étroite excuse, c'est qu'il eût fallu abandonner les agréments et les bénéfices de son attitude de persécutée de la vertu, de victime du mariage, d'héroïne puritaine, conjugale et maternelle. C'est qu'il eût fallu renoncer à Finfaillibilité, à l'inviolabilité ; reconnaître ses torts, et désavouer ses complices, sa mère morte et sa gouvernante toujours gouvernante. C'est qu'il eût fallu descendre de son trône de présidente des bals de charité, de dame patronnesse, et trouver dans un cœur avare et stérile de quoi réparer le temps perdu, effacer les injustices, guérir les blessures, se refaire dans les prodigalités d'un dévouement expiatoire, sans récompense de popularité mondaine, une

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seconde, obscure et véritable vertu ; c'est qu'il eût fallu enfin racheter les fautes de son égoïsme et de son orgueil en faisant de chaque heure des éternités d'affection, de repentir et d'humilité.

Voilà pourquoi lady Byron ne répondit rien, froide comme la statue, froide comme le tombeau, aux adjurations, aux reproches, au défi d'un mari de génie, de ceux que la postérité écoute et de ceux qui en appellent à la postérité. Voilà pourquoi elle ne répondit rien, à celui qui portait son souvenir comme un cilice et le portrait de sa fille comme un talisman. On s'est évertué, depuis longtemps, à trouver le mot de cette énigme, à soulever le voile de ce mystère, à résoudre ce problème moral, à expliquer enfin d'une façon pertinente et plausible, cette conduite contradictoire d'une femme honnête et perfide, dévote et ingrate, sage et coupable, douce et implacable. La chronique a interrogé, avant l'histoire, ce sphinx à l'œil mystérieux, à la lèvre scellée. Les champions de la vertu anglicane et de l'impeccabilité protestante, ont cherché des causes complexes et diverses à cette séparation qui s'explique cependant par les motifs les plus simples : l'incompatibilité des caractères, l'intolérance de l'égoïsme, l'inflexibilité de l'orgueil. On a rappelé, en les exagérant, des griefs d'une futilité ridicule, un mot ou un geste d'impatience, comme si l'épouse digne de ce nom, n'avait pas le privilège de calmer d'un baiser, de se venger par un pardon ou une larme, de l'involontaire et inofiensif outrage d'une vivacité. On a parlé, mais sans les détailler, d'infidélités scandaleuses, et, sans les nommer, de mattresses adultères, alors qu'un mot, un nom fermaient la bouche aux défenseurs les plus déterminés.

est avéré que la conduite deByron, pendant la première année du mariage , envisagée à ce point de vue strict et étroit, ne laisse point place à un de ces blâmes motivés qui excusent les représailles. Ce prétendu sérail d'actrices galantes et de poétesses échevelées,dont on faisait au membre du comité du théâtre de Drury- Lane le scandaleux honneur, s'évanouit dès qu*on rapproche ; mistress Mardyns, innocente séductrice, rivale imaginaire à laquelle on attribua un moment la discorde du mariage, et qui fut au théâtre sifflée sur cette imputation, ne tarda pas à être vengée par l'évidence, des rigueurs vertueuses du parterre et des loges, et réhabilitée par une ovation, d'une invraisemblable calomnie* Le récit de la querelle provoquée par son accidentelle et irréprochable présence dans l'hôtel de Byron, d'où elle aurait été chassée par une épouse outragée, et delà trop galante défense de Byron, obstiné à venger, sans respect pouf les erreurs de la jalousie, l'hospitalité et l'innocence violées dans la personne d'une honnête femme soupçonnée, tout ce récit de l'auteur féminin d'une biographie incomplète et partiale*, ne supporte pas la critique. Si des soupçons et des susceptibilités de ce genre, comme on pourraitle croire d'après certains aveux échappés ou prêtés à Byron lui^ même ^ ont été la cause de la séparation, il est permis de n'y voir qu'un prétexte, tant qu'on n'alléguera, à la décharge de lady Byron, que des coiyectures, des hypothèses ou des insinuations.

Mais quand bien même tout cela serait vrai, quand

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