Moore, t. II. —Lady Blessington
236 LORD BTRON.
Il faat lire dans les Mémoires de Moore, pour comprendre et partager notre indignation, les détails de cette injuste, profane et humiliante Passion de Byron, crucifié à Tbonneur de l'hypocrisie anglaise, entre les plus grands scélérats de l'histoire. Il faut le yoir hué à la chambre haute, sîfQé au théâtre, insulté dans la rue, condamné dans les salons, flagellé dans les pamphlets, dénoncé dans les journaux, anathématisé dans les chaires,deyenu enfin, en 1 8 1 5, le bouc émissaire de toutes les rancunes et de tous les préjugés sociaux et nationaux, le maudit expiatoire de toutes les iniquités du siècle, le plastron de toutes les vengeances anti-philosophiques, anti-libérales et anti-firançaises, de même qu'il avait été, en i8i2,lefavori des clubs, le lion des salons, l'enfant gâté de la presse, l'idole du peuple. Ufautlevoir mordu par les mâchoires de tous les Philistins, criblé des flèches de tous les difiamateurs, comptant par ses jours les trahisons d'amis, les ingratitudes d'obligés, les piqûres de scorpion et les coups de pied de l'âne. Qu'il ne se soit pas, conmie il l'a dit, brûlé la cervelle, ou qu'il n'ait pas cherché la mort dans un duel quotidien, c'est ce qui ne peut s'expliquer que par la pensée que cela aurait trop bien fini la tragédie, fait trop de plaisir à sa belle-mère et à sa femme. Walter Scott et Leigh Hunt dans la presse, Hobbhouse et sir Francis Burdett dans la société, et parmi les femmes, lady Jersey etuneou deux autres peut-être, eurent seuls le courage de le défendre, ou tout au moins de le plaindre, et de ne pas abandonner celui que l'opinion avait tellement flétri que le devoir en semblait changé, que le courage consistait à l'attaquer, quoique désarmé, la générosité à l'achever quoique terrassé, l'honneur à l'abandonner.
quoique malheureux. Il fautS il faut, disons-nous, lire dans les lettres et les vers de Byron, et sa brochure en réponse à cette conspiration mondaine et populaire, les épisodes, les traits épars de ce supplice, les scènes diverses de cette lutte inouïe d'un homme seul contre une nation, un des faits les plus caractéristiques, les plus scandaleux et les plus rares de l'histoire de la société, des opinions et des mœurs en Angleterre. Macaulay en a tracé le tableau et a énergiquement réprouvé, en grand historien et en grand moraliste, l'injustice et le déchaînement monstrueux de cet ostracisme de Tintolérance et de l'hypocrisie *.
Le 25 avril 18L6, Byron, réunissant les épaves sauvées du naufrage de sa réputation et de sa fortune, quittait définitivement l'Angleterre qu'il ne devait plus revoir. Il partait, secouant la poussière de ses foyers brisés, ayant dans le cœur et sur les lèvres la malédiction de Scipion proscrit : « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os. » Avant de partir il avait fait, jen poëte, le testament vengeur de ses infortunes imméritées, léguant à son pays, comme un reproche, les beaux vers de Parisina et du Siège de Corintfie, dernières inspirations de son génie en deuil, sa gloire comme un remords et son silence comme une honte. Avant de briser la plume que l'ombre de Manfred remettra, dans un an, aux mains du voyageur laissant tomber son bâton, il avait adressé à lady Jersey, assez courageuse pour recevoir une dernière fois, la veille de son départ, dans son salon, un homme que repoussait tout un pays, et