CHAPITRE IL vcNise
Rôle important, ctwmaiit et timeste de Venise dans la ?ie de Byron. — La discrétion et l'indiscrétion de Moore. — Byron prévoyait son biographe. — Le Janus de la biographie. — Double visage de Hoore. — La Gapoue vénitienne. ^ Les villes courtisanes.
— Un propriétaire commode. — Maison à tout faire. — Marianna S.... — Son portrait par Byron. — Distractions profanes et sacrées. — L'amour et l'érudition. — Le couvent Saint-Lazare. — Byron élève du P. Pascal, collabo|»teur et protecteur des Méchitaristes. — Incubation de Manfred. — Carnaval d'un poète qui s'amuse dans un Anglais qui s'ennuie. — Impression pittoresque et morale de Venise sur Byron. — Sa haine des Anglais voyageurs.
— Son hospitalité. — Genre de vie de Byron à Venise. — Conversations. — Théâtres. — Redoutes. — La comtesse Albrizzi. — Promenades à cheval au lido. — Débauches de natation. — Influence croissante de Marianna. — Allegra. -- Rupture avec Marianna. — Motifs et conjectures. — Byron cesse d'habiter la rue de la Spezzeria et d'entretenir sa belle propriétaire. — Le palais Mocenigo. — Fantaisies polygames. — Le sérail à Venise. — Réveil du poète. — Manfred. — Excès de fatigues de toutes sortes. — Décadence de la santé de Byron» — Aveux douloureux. — Pressentiments funestes. — Orgueilleuses espérances. — L'épée et le fourreau. — Victoire de l'âme sur la bête. — Tendances catholiques de Byron. — Germe remarquable. — Heures d^Estro.
— Bilan littéraire et poétique de Venise. — Manfred. — Les Lamentations du Tasse. — Le quatrième chant de Childe-Harold. — feppo. — Marina Faliero. — Don Juan. — Le carnaval de 1818. ~ Margarita Cogni. — Le cimetière des juifs au Lido.— Le 5e/ sangue vénitien. — Tragi-comédie amoureuse. — Dénoûment.
Venise joua dans la vie de Byron un rôle digne de sa renommée poétique et voluptueuse, de ses mérites
HISTÛIEB D'UN HOMME. S55
inspirateurs et de ses attraits pluei profanes. C'est de Venise que date la déchéance morale de Byron» bientôt suivie d'une réparatrice renaissance. C'est à Venise qu'il aima enfin d'un amour pur, sincère et fécond, après avoir cherché à aimer de toutes lies autres manières qui existent, d'amuser et de ruiner son cœur. C'est à Venise enfin que, dans l'essor de ses idées et la marche de ses passions, il toucha la boue de plus près et aussi s'éleva le plus haut dans le ciel idéal.
Nous touchons au moment où les Mémoire de Moore laissent enfin déborder sur les mystères de la vie privée du poëte, Cf3tte lumière si rarement tamisée sur tout ce qui concerne les aventures dont le monde anglais fut le théâtre. Ëtrange biographe deByron que cet Irlandais, si mal à propos discret ou loquace, q\\\ nous refuse obstinément les faits et les noms où nous pourrions trouver le secret précieux des f évolutions de son cœur et des influences de son génie, mais qui, ennuyé de ce rôle de confident sans confidences et de chroniqueur sans scandale, jette, dès que la Manche est fi^anchie, sa réserve par-dessus les monts; et, libre de la crainte des vendette anglaises, nous accable jusqu'4 Fennui, nous bourre jusqu'à l'indigestion de ces révélations épicées, et fait succéder enfin à 3on carême décent une orgie d'indiscrétions grivoises. Nous voulions la clef du cœur de Byron. Il nous apporte celle de son alcôve. Nous connaissons à satiété les aventures vénitiennes et les passions vulgaires de ce carnaval de la vie de Byron. Mai3 nous ignorons, ou nous (EiYops été réduit à djein^uder ^ d'autres l'histoire 4es aventures anglaises et des passions plus hautes qui ont dévoré et épuré un cœur qui, après avoir yomi
toutes ses scories Jettera dans rattachement suprême de si belles flammes. Ainsi , Moore a bien fait son métier et mérité une fois de plus, pour le corps des biographes, Tépithète stéréotypée pour celui des traducteurs. Il nous a refusé les franchises nécessaires, mais il nous a prodigué toutes les superflues. Il s'est tu quand il y avait avantage à parler, et il a parlé quand il n'y aurait eu aucun inconvénient à se taire.
Byron semblait prévoir toutes ces petites trahisons de rhistorien, si discret en ce qui concerne lady Caroline Lamb et lady Byron, si prolixe au sujet des Marianna et des Margarita, lorsqu'il disait, par une plaisanterie où Ton trouve toute l'amertume d'un pressentiment, à lady Blessington : « que la crainte des bio*graphes l'avait préservé du suicide. »
Il n'est pas d'épigramme, il n'est pas de satire Gomme les souvenirs de nos meilleurs amis.
Et il semblait, par un miracle d'intuition, lire d'avance ces Mémoires faits avec les débris de ceux qu'il écrivait lui-même à l'intention du tribunal de la postérité, et dont les mutilations ont trahi sa confiance. Il avait prévu jusqu'à ces étranges excuses de Moore, qui justifie sa palinodie et le contraste un peu trop brusque de son indiscrétion et de sa réserve par le contraste même qui existe entre les mœurs anglaises et les mœurs italiennes. Mensonge en deçà, vérité au delà de la Manche.
On a pu remarquer que dans mon récit de la vie de Byron avant son mariage, sans passer sous silence certaines affaires